L’échec du terrorisme islamique en Occident

Le terrorisme effraie et exaspère. Il marque les esprits, influence les lois, les comportements de certains, et a un coût économique notable (personnel de surveillance, impact sur le tourisme…). Mais il n’a même pas atteint la première étape de son objectif : affaiblir l’Occident.

Un objectif stratégique clair

L’objectif de l’État islamique (EI) est le califat mondial, c’est-à-dire le gouvernement des populations de la planète, musulmanes ou pas, par un héritier du prophète. Les non-musulmans y auront un statut inférieur. Cela par la conquête, comme l’ont fait les premiers califes au 7è siècle, ce qui est cohérent avec le retour à l’islam de cette période prêché par les salafistes. El Bagdhadi, qui s’est auto désigné calife à Mossoul le 29 juin 2014, le rappelle dans ses discours et l’enseigne à ses troupes. Cette désignation n’a été reconnue par aucune autorité musulmane ni par aucun groupe djihadiste, à part le sien.

Ce califat est évidemment une utopie, qui ignore notamment le nationalisme des grands pays musulmans, à commencer par la Turquie voisine, et plus encore le mode de fonctionnement des sociétés occidentales. Mais cette utopie nourrit le terrorisme.

À plus court terme, l’EI étant en mauvaise posture militaire, il s’agit de décourager les pays qui luttent contre lui, tant sur son territoire syro-irakien que sur ses prolongements au Sud, où il se trouve notamment face à l’armée française au Sahel. Il cherche donc à affaiblir ces pays, et cela par deux moyens s’agissant des pays occidentaux : perturber gravement leur fonctionnement et déclencher des représailles anti-musulmanes pour les affaiblir encore plus par une guerre civile « asymétrique ».

Une perturbation très limitée en Occident

« Très limitée » ? N’est-ce pas du mépris pour victimes ? C’est simplement la constatation que si leur vie et celles de leurs proches est effectivement bouleversée, cela n’empêche pas le fonctionnement des pays touchés. Il y a eu quelques dizaines de terroristes, la plupart du temps des délinquants fraîchement « radicalisés » et des centaines de victimes dans l’ensemble des pays occidentaux. C’est-à-dire rien par rapport aux 900 millions d’Occidentaux dont environ 30 millions de musulmans, d’ailleurs eux aussi victimes des attentats.

Même le 11 septembre et ses milliers de victimes, oeuvre d’El Qaïda et non de l’EI, n’a perturbé que psychologiquement la vie américaine, et encore de façon limitée et provisoire. Matériellement ni l’économie ni même la finance, métier principal des victimes, n’ont cessé de fonctionner normalement.

Et y aurait-il demain 2 voire 3 fois plus de terroristes et de victimes que ça ne changerait rien. L’impact sur le tourisme ne devrait pas être durable, d’autant que les étrangers constatent que les attentats ont lieu dans tous les pays et notamment dans le leur. Donc que voyager n’est pas plus dangereux que de rester chez soi. Les principaux indicateurs de l’économie française sont d’ailleurs en progression depuis quelques mois.

Pas de cycle de représailles

En Orient et ailleurs, la tradition ancienne et profondément enracinée des représailles ouvre des cycles sans fin de violences réciproques, qui finissent par faire s’écrouler des clans, des tribus voire des régions entières. L’EI espère donc susciter des réactions anti musulmanes violentes puis des contre-représailles pour aboutir à un enchaînement se terminant par une guérilla généralisée. Ce serait une guerre « asymétrique » contre laquelle une armée régulière est peu efficace, et qui nécessite des effectifs très nombreux du côté du maintien de l’ordre. Mais la société occidentale est différente de l’orientale, les crimes et autres actions violentes y donnent lieu à des réactions juridiques et non à des représailles physiques, du moins tant que la démocratie fonctionne. Et ni la masse des Européens, ni celle des musulmans occidentaux n’a visé physiquement l’autre communauté. L’individualisme des sociétés occidentales, souvent dénoncé par toutes les religions, va ici dans le bon sens.

Néanmoins une frange des Occidentaux, déjà plus qu’agacés par les tenants du relativisme et du multiculturalisme, commence à s’impatienter. Souhaitant aller au-delà des mesures nécessaires à une meilleure efficacité de la lutte contre les terroristes, elle ne se rend pas compte qu’elle fait exactement ce qu’ils souhaitent en inondant les réseaux sociaux d’injures anti musulmanes. Et là, l’EI a marqué un point : la suspicion puis le rejet des réfugiés, qui aggravera la haine de l’Occident.

Par ailleurs, les djihadistes affaiblissent leur propre religion.

L’évolution religieuse

Dans un premier temps les réactions des musulmans d’Occident ont été « Nous sommes pas concernés, ces terroristes ne suivent pas le véritable islam ». Aujourd’hui, le vocabulaire religieux du terrorisme devient un repoussoir et on note le passage d’un nombre croissant de musulmans vers l’athéisme ou le christianisme, évangélique surtout. Les missionnaires de ce protestantisme sont actifs dans le monde entier et le terrorisme leur donne des arguments de conversion. Ce troisième échec du terrorisme est resté discret jusqu’à présent, s’agissant d’évolutions personnelles pouvant couper de la communauté, quoique dans l’autre sens, la conversion permette une intégration sociale dont les pays comme l’Allemagne où le protestantisme est vivace. Beaucoup de musulmans qualifiés étaient d’ailleurs venus en Occident pour échapper à la pression socio-religieuse dont l’EI est le promoteur extrême.

Analyse n’est pas complaisance

Pour être efficace dans la lutte anti-terroriste, il faut commencer par analyser et comprendre, non seulement le contexte social et religieux, mais aussi l’extrême décentralisation de l’action de l’EI, qui se contente souvent d’inspirer plus que d’organiser : « Le terrorisme est ubérisé » nous dit le criminologue Alain Bauer. La maison mère se borne à quelques –très efficaces- vidéos de propagande, et le terroriste se procure lui-même des armes très simples :  une camionnette, un marteau, un couteau.

Analyser et comprendre est une étape nécessaire que l’on confond trop souvent avec la complaisance. Cette dernière existe effectivement dans certains cercles : le terme « multiculturalisme » y est proclamé comme l’enrichissement qu’est la connaissance d’autres cultures, alors qu’en pratique il s’agit au contraire d’un « multi-monoculturalisme » c’est-à-dire la cohabitation de groupes ignorant la culture des autres. Mais cette naïveté ou complaisance semble en repli. Par exemple avec la découverte à gauche « du racisme de l’antiracisme » (accepter un comportement communautariste sous prétexte que ladite communauté est victime du racisme). Ou, à l’extrême gauche, avec les doutes sur « l’islamisme acteur révolutionnaire », qu’il fallait naguère soutenir pour détruire la société contre laquelle on lutte.

Il semble donc qu’une convergence soit possible et que l’on puisse éviter le piège des réactions communautaristes tout en menant une lutte intelligente et adaptée. Donc sans hystérie xénophobe, mais sans compromis ni complaisance. L’ennemi veut abattre les fondements de nos sociétés : liberté religieuse, laïcité, liberté d’expression, droits de l’homme, égalité des sexes. Cette lutte doit toucher tous les domaines, du principal, l’éducation, aux plus quotidiens comme la présence des femmes dans les cafés.

Je suis optimiste quant à l’issue de ce combat, l’islamisme, et pas seulement sa version violente, le djihadisme, étant d’abord une réaction à la modernisation des sociétés musulmanes, or cette modernisation me semble irréversible en Occident et souvent amorcée au Sud.

9 commentaires sur “L’échec du terrorisme islamique en Occident”

  1. Article certes intelligent qui masque cependant le problème principal que nous connaissons en France, la nécessité de réformer nos institutions. En effet comment lutter contre, racisme de toutes sortes, insécurités multiformes (délinquances diverses, commerce de drogues, prises illicites d’intérêts, etc.) dans un pays où l’Etat de droit n’est pas respecté et où la population a oublié depuis longtemps le sens de la liberté liée à la responsabilité individuelle. Je le dis depuis longtemps et le redirai tant que je saurai encore m’exprimer : une vraie décentralisation basée sur une véritable subsidiarité ascendante pourrait seule éviter les risques de conflits liés aux inégalités uniquement et mal contrôlées par l’Etat nounou !

    1. Je suis tout à fait d’accord sur le fait que l’État est trop loin du terrain pour s’attaquer à beaucoup de problèmes, dans ce domaine comme dans d’autres (la façon dont travail le fonctionnaires de base par exemple).

  2. Ce n’est pas tant le terrorisme qui pose problème. Ce n’est qu’une modalité du combat séculaire que l’islam livre à l’occident. Bien plus redoutable est la progression silencieuse de l’islam qui s’opère dans la société avec l’indifférence ou même la complicité du pouvoir. L’immigration illégale est tolérée ainsi que les moeurs. Le pouvoir laïc salue le ramadan mais pas le carême.
    Macron a fait partie de cette politique de grignotage. On verra s’il change

  3. Avant le califat mondial, l’Etat Islamique a d’abord pour objectif sa propre préservation sur ses zones d’influence, et son premier objectif atteint grâce à Obama (l’installation d’un proto état à cheval sur deux autres) en 2014 devait être suivi d’une tentative d’attaque contre l’Arabie Saoudite si les choses n’étaient pas devenues plus difficiles pour eux.
    Le terrorisme en occident comme ailleurs a pour vocation d’affaiblir l’ennemi, vous le dites bien, mais certainement pas de déclencher une guerre civile comme vous le dites aussi, et comme trop de gens s’évertuent à le dire à tort.

    L’objectif est au contraire d’attendrir, et je suis désolé de vous le dire, cet objectif est atteint.

    Contre toute attente, il n ‘y a pas de rejet massif des musulmans et même si ce que vous décrivez (et qui parait logique: le rejet par l’immigration en occident d’un discours religieux en phase avec un insupportable barbarie) a une réalité (faible), on observe surtout une banalisation de la tolérance envers les communautarismes en général. L’islam « modéré » est vu comme ce qu’il faut soutenir pour avoir la paix et on en rajoute, pour se rassurer, avec l’affirmation de sa compatibilité avec la modernité. Soumettre par la gentillesse obligée est un grand classique, pratiqué depuis la plus haute antiquité.

    Macron qui comme tous les autres occidentaux, sauf Trump pour l’instant, adopte cette attitude va donc faire ce qui justifie son soutien par le communautarisme français, y compris l’UOIF: subventionner. C’était l’objectif du terrorisme qui conforte sa base arrière, ça tombe bien il pourrait en avoir besoin, un repli est à prévoir.
    La croisade anti Qatar a un sens et elle sonne peut être une offensive contre un islam politique favorisé à l’excès par Obama. On ne peut que regretter l’absence d’une politique qui aurait été exemplaire en Europe contre cette lèpre. Fillon aurait pu la mener en France.

    En attendant votre optimisme béat favorise les ghettos communautaristes en augmentation qui vont bénéficier du partage des migrants à venir.

  4. Le fait est que le terrorisme seul n’a pas ébranlé les sociétés occidentales, mais il n’est qu’un
    mode d’action parmi bien d’autres utilisés par l’islam totalitaire pour reprendre l’entreprise de
    conquête abandonnée avec le déclin de l’empire ottoman.
    Son arme principale est démographique, c’est l’invasion migratoire que nous voyons à l’oeuvre depuis des décennies. Elle nous engloutira inévitablement si nous persistons, dans
    une optique mondialiste et libérale, à considérer que les hommes sont interchangeables
    quelles que soient leur origine et leur identité communautaire.
    L’arsenal idéologique et juridique utilisé par l’islam joue aussi un grand rôle. Forts de
    l’inculture de nos « élites », les meneurs de l’islam conquérant excellent à exploiter contre nous
    la « repentance » des idiots utiles aussi bien que la doctrine dévoyée des « droits de l’homme »
    qui permet tout aux envahisseurs et réprime toute tentative de leur résister. Ainsi s’étend
    de proche en proche la soumission aux interdits alimentaires, vestimentaires et
    comportementaux de l’islam, c »est-à-dire à la charia.
    Finalement, la lutte armée (djihad) -dont le terrorisme fait partie- n’est pas un instrument essentiel de la conquête, les islamistes sachant fort bien qu’ils ne l’emporteront pas sur ce
    terrain.Son rôle principal me paraît être d’entretenir le ressentiment contre les infidèles dans
    la communauté musulmane (oumma) et l’ardeur au combat de sa minorité agissante.

    1. Vous parlez de l’islam comme si c’était le capitaine d’une armée. Les musulmans sont extrêmement variés, et une bonne part d’entre eux détestent les islamistes. Par contre vous avez raison de dire qu’ils cherchent à entretenir un ressentiment. Malheureusement certains islamophobes les aident dans ce domaine.

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