Retraites : la réforme va se heurter aux privilèges

Ça y est, le projet de refonte des systèmes de retraite que l’on avait cru enterré est ressorti. Les résultats du travail d’Hercule de Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire chargé des consultations pour cette réforme, sont maintenant publics : le rapport « pour un système universel de retraite » est disponible sur le site reforme–retraite.gouv.fr. Que faut-il en penser ?

Le plan gouvernemental de reforme des retraites

L’origine de ce plan est la reprise des promesses présidentielles. Elles ont été précisées et complétées en octobre 2018 par Jean-Paul Delevoye, et précisées davantage dans son rapport.

Pour que les débats se passent autant que possible dans le calme, il a été précisé dès le début qu’on ne toucherait pas à l’âge de départ (62 ans), ni aux revenus des retraités, aux pensions de réversion et à ceux qui prendront leur retraite entre maintenant et 2024. Et que la partie redistributive, c’est-à-dire indépendante des cotisations, sera augmentée. Par exemple la pension minimale passera à 85 % du SMIC.

L’objectif du plan est d’atténuer la complication et les injustices des 42 (!) régimes actuels en instituant « une retraite égale à cotisations égales », ce que la majorité de l’opinion considère comme un progrès, mais qui pourrait être vigoureusement combattu par les privilégiés.

Il s’agit surtout des régimes spéciaux (SNCF, RATP…) qui, avec ceux des fonctionnaires, devraient être intégrés avec les mêmes droits et les mêmes devoirs dans le régime général.

Toutefois il semble impossible d’atteindre ces objectifs si tout le monde partait à 62 ans, car il y aurait alors trop de retraités et pas assez de cotisants.

Notre pyramide des âges impose que l’âge moyen de départ soit d’environ 64 ans, et c’est donc cet âge pivot de 64 ans qui a été choisi pour imposer des décotes en cas de départ antérieur et offrir des surcotes en cas de travail prolongé.

Rappelons que les Allemands sont en train de passer à 67 ans et que le Japon débat du passage de 65 à 70 ans (The Economist du 6 juillet 2019) !

Ce régime fonctionnera « par points », 10 € cotisés donnant droit à un point. La base des 6 derniers mois de salaire pour les fonctionnaires ou des 25 meilleures années pour le privé va donc disparaître.

À mon avis, ce projet est globalement très positif, malgré son côté trop purement financier. Mais il sera difficile à appliquer, car cette unification génère forcément des perdants. Et consoler ces derniers par des avantages forcément coûteux ruinerait l’économie de la réforme.

Les indépendants posent un problème particulier, puisque leurs revenus sont un peu l’équivalent du salaire « économique » (c’est-à-dire charges sociales patronales et salariales comprises) et le grand public se perd dans des comparaisons qui ne sont jamais parfaites. La réflexion à leur sujet n’est pas terminée.

L’équilibre financier des retraites, c’est bien, mais…

Pourquoi cette réserve : « globalement très positif malgré son côté purement financier » ? Parce que l’on raisonne sur la base de cotisants et de pensionnés pour déterminer le montant des pensions. C’est tout à fait logique, mais l’argent ne résout pas tous les problèmes des retraités.

Ce qui compte, c’est que la société puisse leur offrir des prestations de santé et de la vie quotidienne. Peu importe le montant de la pension si on ne trouve pas d’infirmières, des aides-soignantes, des boulangers et… le réparateur l’ascenseur.

Pour cela, il faut qu’il y ait d’une part suffisamment d’adultes actifs dans la société pour offrir tous les services nécessaires (ce qui nous ramène au nombre d’enfants par famille ou à l’immigration) et d’autre part que ces actifs soient en nombre suffisant dans les métiers particulièrement nécessaires pour les retraités.

Dans ce qui suit j’emploierai pour cela le terme de « ressources humaines ».

Un louable souci pour les ressources humaines

Le programme gouvernemental représente un progrès dans ce domaine :

  • d’abord par l’apparition de cet âge pivot de 64 ans qui mettra davantage d’adultes en face de moins de retraités et qui pourrait d’ailleurs être revu régulièrement de façon à maintenir le régime à l’équilibre. Une objection fréquente est que le recul de l’âge de la retraite ne fera qu’augmenter le chômage déjà élevé des seniors. En fait il semble que ce soit plutôt l’inverse : à partir d’environ 58 ans, un probable départ à 62 ans coupe par exemple toute motivation de l’employeur comme de l’employé à une formation qualifiante, voire à une promotion opérationnelle. À l’étranger, où les retraites sont plus tardives, les 60-64 ans sont beaucoup moins souvent au chômage qu’en France ,
  • par les mesures en faveur des « aidants », car il est beaucoup plus agréable pour un retraité affaibli de pouvoir rester chez lui, c’est également beaucoup moins coûteux pour la collectivité et économise un personnel précieux,
  • par un avantage prévu pour les parents (majoration de 5 % du point et peut-être des points gratuits…), pour la mère « par défaut », de façon à soutenir la natalité et avoir suffisamment d’adultes dans l’avenir. Il faut en effet éviter les catastrophes comme celle du Japon ou de la Chine après 40 ans d’obligation de l’enfant unique. Aujourd’hui cet enfant a la charge ses 2 parents (la retraite est précoce dans ce pays), de ses 4 grands-parents et un ou 2 arrière-grands-parents (tout cela à multiplier par 2 s’il s’agit d’un couple, alors que la femme a ses propres contraintes en plus de son travail).
  • dans le même esprit d’augmentation des « ressources humaines », le cumul emploi-retraite sera rendu plus attractif, et permettra notamment d’accumuler des points supplémentaires.

Certains espèrent trouver ces « ressources humaines » dans l’immigration. C’est déjà largement le cas pour les nounous et le personnel de santé, médecins compris. Mais les autres pays riches nous concurrencent sur ce « marché » du personnel de santé.

Il est dommage que ces mesures très positives soient présentées uniquement comme nécessaires à l’équilibre financier ou comme des mesures sociales (la compensation d’une inégalité envers les mères).

Cette présentation masque la nécessité de la présence physique d’individus concrets.

Qu’est-ce qu’un privilège ?

« Privilège » est un mot maudit en France et mon article « La retraite, droit ou privilège ? » m’a valu de vives réactions, positives comme négatives.

Rappelons qu’un privilège est étymologiquement « une loi privée », c’est-à-dire visant positivement un groupe et non l’ensemble des citoyens. Les plus connus en France sont ceux de l’ancien régime dont bénéficiaient les nobles et le clergé.

Cette connotation négative explique que ceux qui en bénéficient cherchent un autre terme, par exemple « avantage acquis ». Mot à mot ce n’est pas très différent, le privilège étant accordé par une loi et l’avantage acquis par une discussion sociale suivie d’un contrat, souvent entérinée par une loi.

Les deux ont une valeur juridique incontestable, mais toute loi peut évoluer, surtout si elle est rejetée par la grande majorité de la population. Or c’est probablement le cas pour les régimes des fonctionnaires et plus particulièrement pour ceux des régimes spéciaux.

La Cour des Comptes vient d’en faire le bilan :

  • Les avantages les plus connus et les plus coûteux sont les départs précoces à la retraite (5 à 7 ans plus tôt).
  • S’y ajoutent des pensions plus élevées malgré des cotisations plus faibles,
  • des avantages financiers très divers, comme la quasi gratuité des transports pour les familles d’employés de la SNCF.
  • Le tout financé directement par l’État c’est-à-dire par les impôts ou la dette.

Au total 5,5 milliards d’euros qui peuvent s’analyser comme un transfert des cotisants du privé vers les retraités du public.

Il y aura probablement de très fortes oppositions à cet alignement très progressif vers l’âge de départ général de 62 ans, même si de nombreuses exceptions sont prévues en cas de pénibilité, pour les policiers par exemple.

Le cas des « 14 % »

Depuis quelques mois, les articles se multiplient sur le thème suivant : « actuellement 14 % du PIB français est utilisé pour le paiement des pensions. Or il y aura davantage de retraités, et si l’on maintient ce taux de 14 %, cela veut dire que les pensions vont baisser ».

Ce raisonnement est curieux, car ces 14 % se dilatent parallèlement à l’économie et parce que l’objectif des 64 ans va justement diminuer le nombre de retraités. Enfin augmenter ce chiffre voudrait dire que l’on fait cotiser davantage les actifs, ce qui n’est pas forcément équitable.

Publicité mensongère sur la capitalisation

Nous avons vu que la proportion d’actifs cotisants et de retraités bénéficiaires oblige soit à baisser les pensions, ce qui est exclu, soit à partir plus tard. C’est ce que l’on appelle la contrainte démographique.

Les milieux financiers lancent donc une offensive en faveur de la retraite par capitalisation (épargner pour la retraite), ce qui est évidemment dans leur intérêt professionnel, puisqu’ils auraient à gérer l’argent ainsi épargné.

Je n’ai rien contre le principe de la retraite par capitalisation qui est une formule responsabilisante et pouvant financer des investissements utiles.

Mais je suis opposé à l’argument selon lequel cela permet de « préserver la retraite des évolutions démographiques », comme exposé par François de Saint-Pierre président du Cercle Jean-Baptiste Say
et associé-gérant chez Lazard Frères dans Les Échos du 2 mai : en effet, les entités qui vous rendront l’argent (et en principe davantage) quelques décennies plus tard auront, comme la répartition, besoin de suffisamment d’actifs pour fonctionner.

C’était le sens de mon précédent article : Retraites : les fonds de pension ne règlent pas la question démographique

A ce propos, on tombe parfois dans la publicité mensongère, comme dans un article publié par les Échos disant qu’un placement à 5 % permettait une retraite égale à celle générée par une cotisation de 10 % dans le système par répartition. À la même erreur concernant la démographie s’ajoute qu’un rendement réel de 5 % n’a jamais été constaté dans la durée, ne serait-ce que parce que les PIB augmentent moins vite.

 

En conclusion, le programme gouvernemental apporte des améliorations importantes au système actuel, mais aura beaucoup de mal à être accepté. Une coalition des perdants est à prévoir, et a jusqu’à présent réussi à bloquer toute transformation du système.

Et tous ces raisonnements financiers échappent en partie au grand public à qui il serait plus simple d’expliquer que, si l’on ne fait rien, un vieillard de 90 ans bloqué au 10e étage par une panne d’ascenseur se verra répondre : « Désolé, mes techniciens sont partis à la retraite ! »

Yves Montenay

Auteur de Retraites, familles et immigration en France et en Europe (2006)

 

16 commentaires sur “Retraites : la réforme va se heurter aux privilèges”

  1. Je trouve que votre passage sur les « privilèges » dans lesquels vous incluez de manière sarcastique les « avantages acquis » est inutile et plutôt contre productif pour soutenir une réforme des retraites efficace et juste.
    En effet, un « avantage acquis » ne choque personne quand il s’agit, par exemple, de bons salaires acquis à la sueur de son front (ou prétendus obtenus de cette manière, par certains….). L’histoire des régimes spéciaux de retraites entre dans cette logique de justification: ils étaient la contrepartie future de conditions de travail présentes lourdes, difficiles ou délicates. On peut aujourd’hui critiquer le bien fondé de certains régimes spéciaux, mais il faut alors faire cette critique de manière saine et directe, et ne pas utiliser de mots inadaptés comme celui de « privilèges », et encore moins en profiter pour dénigrer la notion d »avantages acquis », car cette critique est dangereuse parce que contradictoire: un épargnant qui sait bien placer son argent estime, lui, que ses gains sont bel et bien des « avantages acquis ». Un entrepreneur qui a bien géré sa boite estime, lui, que ses profits sont des « avantages acquis » justifiés et mérités. Un artisan qui a travaillé dur pendant des mois sur un projet qui va lui rapporter beaucoup de relations (et d’argent) va défendre ses « avantages acquis ». ETC.
    Le gros problème avec toute réforme possible du système de financement des retraites en France trouve son principal blocage, à mon avis, dans les postures idéologiques qui sont, par définition, abstraites et déconnectées de la réalité sociale et humaine du moment. Ainsi, il en est du blocage relatif à l’âge du départ en retraite: on retrouve, ici, les mêmes blocages qui se sont exprimés sur la durée du temps de travail ! La France raisonne encore en 2019 avec les mêmes réflexes que ceux qui étaient justifiés au 19ème siècle avec les usines et les conditions de travail de l’époque: travailler moins pour vivre mieux. Aujourd’hui, on voit bien que les 35 h ont épuisé les travailleurs (moins de temps pour répondre à une consommation de biens et de services en augmentation permanente, par exemple dans les hôpitaux ou dans les écoles). Au lieu de se battre pour partir tôt à la retraite (ou pour travailler moins de temps), les Français feraient mieux de se battre pour de bonnes conditions de travail qui leur rendent les journées d’usine agréables (avec ses pauses ou ses siestes), utiles (avec ses crèches, ses restaurants, ses salles de sport, …et ses bons salaires) et épanouissantes (avec des métiers valorisant). Partir tôt à la retraite épuisé par une productivité accrue, et fatigué d’avoir fait des métiers déplaisants, ce n’est pas un progrès pour la société humaine, c’est plutôt une régression sociale. D’ailleurs, toutes les personnes qui ont fait carrière dans des métiers qui les passionnaient, ont toujours continué à travailler très tard: preuve que la solution au financement des retraites passe aussi par là (l’amélioration des conditions de travail et épanouissement au travail)

    1. Merci pour votre analyse détaillée, mais je ne vois pas de contradiction. J’essaie de dire que même les arguments les plus solides tant humainement que juridiquement (privilèges, droits acquis, bonne gestion de l’épargne…) se heurtent à une impossibilité démographique. Je ne pensais pas être sarcastique mais seulement réaliste. Si je prends l’exemple du « droit opposable au logement », on a un droit juridiquement solide, mais qui se heurte au manque de logements. Je suis assez d’accord sur vos autres arguments.

  2. Bonjour,
    -Etant professeur des écoles du public, je pense que je fais partie des « privilégiés » comme vous l’écrivez. Je travaille largement plus de 42 h par semaine hors vacances, sans primes mais on va estimer que cela est, pour l’instant, plus ou moins compensé par les vacances. Je fais partie de la catégorie A mais si l’on compare nos salaires avec ceux du privé, nous sommes largement perdants. Et la situation s’est nettement dégradée depuis 10 ans car le point d’indice, qui définit la base de nos rémunérations, est bloqué d’où une baisse significative de notre pouvoir d’achat. Vous me répondrez peut-être que nous avons la garantie de l’emploi ; c’est vrai mais il est vrai aussi que le chômage des cadres A est très bas aussi…
    La base des 6 derniers mois de salaires permet donc de rétablir une certaine justice par rapport aux cadres A du privé. Sans cette mesure et avec la réforme par points, ma future retraite va être nettement diminuée, notamment par rapport à celles du privé.
    On peut d’ailleurs généraliser pour le public : actuellement,le montant moyen d’une retraite dans le public est à peu près équivalente à celui du privé ( alors que la proportion de personnes de catégorie A est nettement plus élevée que dans le privé ). Avec la réforme, il va y avoir un décrochage vers le bas du public. Et ce n’est pas l’intégration de primes – inexistante ou presque dans le premier degré ! – qui va rétablir l’équité !

    – Vous oubliez une catégorie de » privilégiés » : les actuels retraités. Pourquoi votre génération – je suppose que vous êtes retraité ou en tout cas, pas loin de l’être- et les générations précédentes qui touchent leur retraite, pourquoi ne seraient-elle pas concernées par la réforme ? Il y a une injustice criante à faire toujours payer nos générations, à leur faire subir des réformes toujours plus dures alors que les générations à la retraite depuis des années sont épargnées.

    – Vous évoquez la retraite par capitalisation : c’est en fait cela que la réforme veut privilégier à terme. Les grands groupes d’assurances font un lobbying intense pour la développer et la retraite par points va les y aider. Car, la valeur du point va évoluer selon des critères décidés par le grand capital : vous ne connaitrez donc jamais à l’avance le montant de votre retraite qui va très probablement diminuer. Les gens seront donc incités, s’ils le peuvent, ce qui sera loin d’être le cas pour la majorité si l’on observe la situation en Grande Bretagne, à épargner auprès de fonds de pension. Avec des risques financiers énormes car les sommes dépendront de l’évolution des marchés. Et en cas de pertes, les gens reprendront un travail à 80 ans comme on le voit aux Etats Unis. En quoi cela est-il plus juste ?

    1. D’abord mon message ne vise ni à la justice ni à l’équité, il se borne à exposer le plan gouvernemental et les contraintes démographiques et à constater qu’elles sont partiellement prises en compte.

      Ensuite, si vous me lisez bien, je suis opposé à la retraite par capitalisation d’une part pour les raisons que vous évoquez, et d’autre part parce qu’elle ne lève absolument pas la contrainte démographique.

      Plus généralement, la tâche de tout gouvernement est de ne promettre que ce qui est possible. Le fait que certains secteurs soient privilégiés (terme neutre à ne pas prendre péjorativement) pèse profondément sur les autres secteurs, notamment de manière démographique : si les employés de la SNCF travaillaient plus longtemps, la SNCF embaucherait moins et il y aurait des personnes disponibles pour les métiers indispensables aux retraités, par exemple le réparateur d’ascenseur.

      Je vous souhaite une bonne santé à 90 ans, mais je ne sais pas si vous pourrez monter 10 étages à pied. Vous souvenez d’un roman d’Agatha Christie où le criminel pose le panneau « en panne » sur l’ascenseur, ce qui oblige le vieux monsieur qui l’a reconnu à monter à pied dans sa chambre … il en meurt. Voici un témoin éliminé par un crime parfait !

  3. Je vous suis sur la prise en compte de la réalité démographique. Il faut quand même dire que le principe du financement des retraites sur la base de points accumulés au cours de son activité réintroduit en douce (en filigrane microscopique) le principe des « avantages acquis » (retraite autofinancée, presque) et créée même une injustice qui n’est pas moindre que celle des avantages « mal acquis »: les point acquis pendant toute une vie à travailler sur un chantier du bâtiment auront le même poids que ceux acquis à travailler une vie entière dans un espace climatisé ou chauffé dans un bureau à faire de la paperasse. Je simplifie, évidemment, mais je pointe du doigt l’intérêt qu’il y avait à accorder, à certains métiers difficiles, l’octroi d’un avantage mérité (acquis) pour la retraite. Notre gouvernement aurait pu trouver une méthode moins primaire (et moins brutale), et plus juste surtout, pour lutter contre les régimes spéciaux de retraites non justifiés, en faisant par exemple un audit préalable de ces régimes avant de les réformer ou de les supprimer. Supprimer des avantages acquis présentés comme des privilèges en créant un nouveau système qui crée, à son tour, de nouveaux « Avantages Acquis » , c’est un peu lutter contre l’exploitation de l’Homme par l’Homme en faisant…l’inverse ! Ou réduire le temps de travail en le remplaçant par des Burn-Out. Ou encore: reposer les écoliers en leur supprimant les cours de l’après-midi mais en leur faisant faire des activités périscolaires obligatoires à la place, et en les faisant travailler le mercredi matin !

    1. Aucun système n’est parfait, mais j’ai compris que la pénibilité continuerait à être prise en compte. À l’idéal il faudrait que ce soit à titre individuel (mais qui ferait le dossier ?). Car la crainte est qu’une pression syndicale en faveur de telle ou telle corporation n’amène à décréter que tous ses membres ont eu une carrière pénible, mélangeant des mineurs de fond et le comptable (c’est une image, il n’y a plus mineurs de fond)

  4. La pénibilité ou la non attractivité de l’emploi ne me paraissent pas constituer des paramètres pertinents dans le calcul du montant des retraites.
    En revanche il me paraîtrait juste de tenir compte de l’espérance de vie moyenne qui est différente selon les catégories sociales.
    Le montant des points acquis durant les années travaillées et cotisées est une donnée, mais la durée prévisible de la retraite en est une autre.
    S’il est exact que les gens plus éduqués vivent en moyenne plus longtemps que les autres, la justice sociale exigerait qu’on en tienne compte dans le montant des points.

    Autre point: la pension de réversion. Elle va à en principe à l’épouse qui a sacrifié une part de ses revenus possibles au profit des revenus de son conjoint.
    Pourquoi le conjoint ne cotiserait pas de son vivant pour la retraite de l’autre moitié du couple?
    N’est-ce pas lui qui en profite?
    Un mot sur privilèges et avantages acquis.
    On ne peut annuler des avantages qui ont été acquis dans le passé que si l’on montre qu’ils ne se justifient pas, ou plus, et qu’ils sont donc des privilèges injustifiables.

    1. Tout cela est intéressant mais ce n’est pas pas le sujet de l’article.
      Toutes les situations actuelles, justes ou injustes,sont fondées juridiquement, mais mènent à des impasses pour la vie concrète des retraités, et de l’ensemble de la nation. Cette réforme améliore un peu « les ressources humaines ».
      Voir ma réponse aux autres commentaires

  5. Merci pour votre article. Je me permet quatre remarques

    -1- Le mot privilège est certes très racoleur, il faut ensuite désamorcer la polémique. Les fonctionnaires ont accepté des rémunérations moindres en échange d’une meilleure retraite. Ne serait-il donc pas juste de dédommager? Qu’est ce qui est juste dans ce système ou l’on promet a tous sans provisionner.

    -2- La retraite par capitalisation permet aux actifs de contribuer moins pour recevoir plus. La performance passée de 5% au dessus de l’inflation sur 100 ans a été mesurée par des universitaires et contrôlée pour de nombreux pays développés. Singapour (pour un modèle public), l’Angleterre et les USA (pour un modèle prive) ont fait un travail remarquable pour éviter la captation de rentes par l’industrie financière. Je le pense sincèrement. C’est un peu rapide de dire que ceux qui proposent cela sont des menteurs.

    -3- La question de l’activité économique future et du dynamisme de la population est un point crucial.

    -4- Qui fait ces promesses et comment évite-t-on l’extraction de rentes? Tandis que la capitalisation est supportées par des actifs certes a risques, la répartition distribue des promesses qui n’engagent que ceux qui contribuent. Il y a depuis 1945 une question constante de gouvernance et de pérennité du système.

    J’avais écrit un billet en faveur de la capitalisation: https://economiepublique.blogspot.com/2019/04/le-cout-des-retraites-retraites-par.html. Je me rend compte en lisant votre billet que je n’avais pas assez considéré le point -3- et que le point -4-.

    1. Deux remarques :
      –concernant le point numéro un, cet articleNe traite pas de la justice, mais du faisable. Par ailleurs il n’est pas certain qu’aujourd’hui les revenus des fonctionnaires soient inférieurs à ceux du lui privé,
      – la clé est effectivement le point trois, qui peut « détruire » le point deux, Et aussi le point quatre

      Je vais d’ailleurs préparer un texte explicitant cela

  6. Trois remarques
    Quand les avantages particuliers qui ont été acquis dans un contexte qui les rendait légitimes cessent dans un autre contexte d’être légitimes, ils deviennent des privilèges indéfendables.
    La différence ne tient pas à leur caractère particulier, mais au fait que cette particularité fait entorse à la règle générale.

    L’espérance de vie moyenne variant selon les catégories sociales: ne devrait on pas tenir compte de cette donnée dans ce que rapporte une année de cotisation ? Ce serait une mesure sociale indiscutable.

    Dans son principe il me semble que La pension de réversion est versée aux épouses qui ont permis à leurs maris de bien gagner leurs vies: ne serait ce pas à ces époux de cotiser à cette fin?

    1. Tout à fait d’accord sur le premier point qui est une simple constatation dont on aurait dû tirer des conclusions depuis longtemps. Pour les autres, les difficultés d’application me semblent telles que je n’en en envisage même pas l’examen : il faudrait un dossier par personne si l’on ne veut pas recréer des injustices à l’intérieur de chaque catégorie. Sans parler de la définition de chacune desdites catégorie, et des pressions syndicales pour y rattacher un maximum de personnes, cassant l’équilibre financier !

  7. Cher Mr Montenay,
    Je lis toujours avec un plaisir certain vos chroniques sur la demographie car elles prennent une hauteur sur le sujet des retraites que l’on ne voit que trop peu, malheureusement.
    De mon cote, je constate que le system de retraite par capitalisation ne s’est cree que recemment et n’a pas une longue histoire de centaines d’annees derriere lui.
    Il a en autre beneficier des effets conjugues d’une baisse des taux d’interets seculaires sur 30 ans, d’un rapport actif/retraites extremement favorable, d’un monde qui s’interconnectait de plus en plus et du fait que l’activite humaine avait un impact relativement tolerable sur la sante de notre planete.
    Tout cela est en train de s’inverser.
    Et si je ne serait pas contre le fait d’avoir 25% de notre epargne retraite de francais en investissement action, pour des raisons de souverainete economique et pour faire beneficier financierement les francais de la destruction creatrice schumpeterienne.
    Celle-ci n’a lieu que dans le monde prive, et qu’il m’apparait fondamental, economiquement parlant, que sur le long terme investor dans des entrepreneurs rapporte plus que thesauriser et enterer ses talents.
    Avoir une retraite par capitalisation plus importante risquerait en outre de creer un alea moral chez la majorite de la population qui serait plus hesitante a defendre l’interet du travailleur face a l’actionnaire, comme cela a eu lieu aux Etats-Unis ou personne n’a proteste lorsque les emplois ont etes exportes a l’etranger au benefice de la bourse (c’est a dire de ceux qui avait la sagesse et un patrimoine suffisant pour conserver leur titres lors des nombreuses recessions pour obtenir les 9% de retour annuels sur le long terme) et de la population des pays emergents.

    1. Merci pour ce commentaire nuancé, mais qui n’est pas tout à fait dans l’axe de mon article qui vise à questionner les libéraux sur leur croyance que la capitalisation évite la contrainte démographique.
      Il y a d’abord le fait brut que j’ai développé dans mes articles et dans mes réponses aux commentaires : il faut suffisamment d’hommes pour faire marcher tant les entreprises (capitalisation) que la répartition. Les 2 sont donc soumis à la contraint démographique.

      Un argument de « second ordre » est que les investissements permis par la capitalisation seraient meilleurs que ceux générés par le marché dans le système actuel (voir l’article). On ne le saura bien sûr jamais, puisqu’on ne peut pas remonter dans le temps et refaire une expérience en changeant un paramètre. Disons que cet argument comme de multiples autres ne fait pas clairement la différence entre répartition et capitalisation.
      Comme dit dans l’article la seule vraie différence est le « sur-mesure » et plus généralement la liberté de choix de l’investissement et de l’âge de départ, en contrepartie d’un risque individuel positif ou négatif très important.

      Je remarque aussi que les partisans de la retraite par capitalisation ne parlent pas de l’énorme problème de la période transitoire pour un changement de régime, et le contourne en ne parlant que de « complément par capitalisation ».

      1. Je remarque seulement maintenant que vous ne répondez pas à mon dernier article mais à un précédent. Excusez cette erreur !

        Mes remarques sont valables pour capitalisation et contraint démographique

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