Baisse pétrole Epidémie

La baisse du pétrole est une bonne chose, l’épidémie un choc limité

Les bourses mondiales chutent et la guerre des prix sur le pétrole est déclarée. Quelles répercussions cette crise peut-elle avoir ?

Mon point de vue est que nous sommes dans une phase de panique qui sera rétrospectivement incompréhensible : le pétrole baisse, c’est une bonne chose, et une épidémie va toucher énormément de monde, mais dans 80 % des cas de façon bénigne.

Et la toile de fond dramatise tout : « crise » des migrants, répressions féroces dans plusieurs pays, inquiétude écologique…

Si l’on regarde les événements froidement, ces raisons de panique sont indépendantes les unes des autres. Seule la psychologie des financiers les relie, même si, bien sûr, c’est déjà trop.

La chute des prix du pétrole est, globalement, une excellente chose

D’abord, ici, je parle français. « Globalement » ne signifie pas « mondialement », mais « dans l’ensemble », c’est-à-dire que les effets positifs sont supérieurs aux effets négatifs.

Comme lors de la précédente baisse du pétrole en 2016, on peut le vérifier en regardant qui sont les gagnants et les perdants.

Les gagnants sont les consommateurs du monde entier. Les particuliers comme les entreprises, les paysans indiens et chinois (pour nous borner aux principaux groupes) paieront moins cher leurs engrais, les riches paieront moins cher leurs carburants, leur chauffage, leur climatisation.

Les perdants sont les pays producteurs. Là, il n’y a que des cas particuliers. Néanmoins si le gâchis colossal qui a lieu quotidiennement en Arabie et dans les Émirats diminuait un peu ce ne serait pas dramatique. Si le financement du djihadisme était plus difficile, on ne le regrettera pas non plus. De même, si la Russie a plus de mal à financer ses aventures militaires.

Il y aura certes des cas particulièrement difficiles, de l’Algérie au producteurs de « gaz de schiste » texans.

La baisse est une excellente chose pour les gagnants et n’est pas à regretter pour une partie des perdants. Elle est donc globalement positive.

Quant au virus, son effet est momentané

Une épidémie n’est durablement grave que si elle tue grande partie de la population.

Or, même en Chine, ce n’est pas le cas. « L’usine du monde » redémarre et les chaînes de production se reconstituent. Il est probable qu’à long terme ces chaînes de production se modifieront pour répartir les risques, y compris politiques. Ce ne sera pas une mauvaise chose non plus.

D’ailleurs la presse a presque oublié la Chine pour se focaliser sur le reste du monde.

Il y a deux craintes. Celle, médicale, de l’inconnu mais jusqu’à présent l’impact sanitaire est extrêmement limité. Certes le nombre de contaminés va flamber à quelques centaines de milliers voire un bon paquet de millions, mais le risque global sur la mortalité semble faible : comme pour la grippe, comme pour la canicule, ce sont surtout les personnes fragiles qui seront en risque vital, c’est-à-dire celles qui auraient de toute façon disparu peu de temps après.

On se souvient qu’après la première canicule française, à laquelle nous étions mal préparés, les quelques milliers de décès supplémentaires ont été compensés dès l’année suivante. Autrement dit, globalement, quelques milliers de personnes sont mortes un an plus tôt. Au delà de cas particuliers dramatiques, ce n’est pas un bouleversement, notamment en économie.

Qu’est-ce qui sera finalement perdu économiquement ? Certains services, comme les places d’avion ou les nuitées d’hôtel. Ce sera sensible dans certaines professions. Pour toutes les autres il y aura un rattrapage : ce qui n’a pas été dépensé aujourd’hui le sera demain, les biens qui n’ont pas été produits le seront, ou le montant de leur achat sera reporté sur d’autres biens.

Bref on verra de nombreux bouleversements, mais pas « un bouleversement général ».

Casser l’engrenage de la panique.

Finalement beaucoup de secteurs seront chahutés alors que les gains (ou le rattrapage des pertes) ne se fera que progressivement.

Donc l’intention va se porter sur ces bouleversements sectoriels, ce qui entretiendra la panique et s’ajoutera, comme dit, à des questions qui n’ont rien à voir comme les catastrophes humaines du Moyen-Orient et le raidissement européen en matière de réfugiés.

C’est un problème dont les responsables sont à Damas, Moscou et Ankara, et qui n’a rien à voir avec le prix du pétrole ou notre virus.

Le seul lien entre tout cela, ce sont les marchés financiers. Donc des hommes, et pas forcément les mieux informés et plus sereins. Espérons qu’il ne leur faudra que quelques jours pour réaliser ce que je viens d’exposer.

Yves Montenay

 

6 commentaires sur “La baisse du pétrole est une bonne chose, l’épidémie un choc limité”

  1. humm pour être profitable il faut qu’elle dure un certain temps pour provoquer une petite reprise et que ceux qui en souffre ne soient pas morts avant de pouvoir en bénéficier a leurs tour !
    la Libye avait pour des raison de  » politique intérieur  » réduit dernièrement ses ventes elle devrait reprendre bientôt pour alimenter le financement des combattants !

    1. Bien sûr ! Plus généralement les analyses que je lis ne tiens pas compte du facteur temps.

      L’effet du virus est immédiat, celui de la baisse du pétrole est un gain pour les uns et une perte pour les autres (voir article) qui ne se matérialise que progressivement. Or comme on vient justement de le voir, le prix du pétrole est largement politique et la durée de la baisse actuelle est imprévisible.

      Je me borne donc à dire que si cette baisse du pétrole durait, elle aurait plus d’avantages que d’inconvénients, alors qu’à mon avis dans quelques semaines le gros de l’impact du virus sera certes important, mais derrière nous

  2. Il est à craindre que le choc économique (le choc sanitaire étant, vous avez raison, limité) ne soit vraiment très important. Rien ne permet de croire avec assurance que « ça repartira » facilement.
    Déjà mortellement endettés, beaucoup de pays européens, dont la France, vont avoir du mal à s’endetter encore plus pour absorber le choc à la hauteur des promesses faites actuellement à des économies qu’on met à l’arrêt quasi complet.

    Sans solution « miracle », (j’espère comme beaucoup un traitement efficace rapide) le confinement pourrait durer bien plus que prévu (disons plus d’un ou deux mois) et se révéler mortel pour bien plus que les hôtels et les compagnies aériennes. Tout le secteur des transports et son industrie (automobile, aéronautique) va voir sa rentabilité diminuer très fortement, et un bas prix du pétrole prolongé pourrait bien en résulter.

    En gros, et on voit bien les cris anti mondialisation à l’heure actuelle, le transport international pourrait bien diminuer brutalement, et le retour à la fabrication locale sera surtout l’occasion d’un appauvrissement caractérisé et global, qui sera le moyen (comme toujours) d’absorber vraiment le choc.
    Bon on a le droit d’être optimiste, malgré tout…

    1. Vous abordez beaucoup de sujets. Je vais me borner à l’importance de l’impact. Puisque ni des équipements industriels ou de services (hôtels, avion…) ni les hommes qualifiés n’auront disparu, cet impact se limitera finalement à ce qui est définitivement perdu, par exemple une chambre d’hôtel vide en mars. Tout le reste sera plus ou moins rapidement compensé.

      1. C’est toute la question. Prenons les « grandes » usines (automobile, aéronautique): tout est fait actuellement pour les maintenir « chaudes », en espérant une fin de confinement rapide. Mais il n’est pas sur du tout que cela tiendra le temps d’un confinement qui pourrait aller au delà de quelques mois. Une production massive arrêtée brutalement a des effets catastrophiques: ce que vous dites revient à faire une surproduction et à stocker les objets non consommés le temps que « ça reparte ». De fait, ce stockage peut très vite devenir absolument ruineux et sa réduction aussi. Sans être un expert de logistique et de production industrielle, je crois savoir que les effets de levier en ces matières sont incroyablement puissants.

        Réduire les effets néfastes de la crise à des nuités annulées me parait sous estimer gravement la situation… Mais bon, un concours de pessimisme catastrophiste n’est pas non plus pour me déplaire, je le reconnais.

        1. Le confinement ne durera pas longtemps. Soit il réussira, soit il échouera et dans ce cas là on fera autre chose. Le meilleur exemple est le Japon qui contient complètement l’épidémie sans confinement, puis la Corée et Singapour qui la contiennent assez bien

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