Les nouvelles technologies bousculent l’histoire de l’islam

L’histoire de l’islam est ressentie comme certaine et bien connue, au moins pour les croyants. Cette histoire est officielle, et y toucher est ressenti comme blasphématoire, donc puni de mort dans beaucoup de pays musulmans.

Elle est néanmoins remise en cause par certains universitaires, soutenus par les avancées de l’intelligence artificielle.

Yves Montenay est intervenu sur le contenu de cet article dans l’émission « Il était une fois… » du 10 juillet 2020 présentée par Patrick Simon « Quand les nouvelles technologies bouleversent l’histoire des religions » sur Radio Courtoisie.

Pourquoi l’histoire de l’islam est-elle si importante ?

Le débat sur l’origine des textes saints de l’islam est aussi ancien que cette religion, mais il a rebondi récemment du fait de nouvelles technologies permettant une analyse massive des textes des septième, huitième et neuvième siècles.

Ce débat est important, non seulement parce que c’est l’occasion d’un progrès de la connaissance historique, mais aussi parce que l’islam est soumis à la pression de courants, notamment salafistes, qui poussent au retour « aux fondements de la religion », « au mode de vie du prophète » etc.

Ces courants sont soutenus notamment par la puissante propagande saoudienne et mettent en péril les régimes politiques des pays musulmans « normaux » comme le Sénégal, l’Indonésie et bien d’autres. Or si ces fondements, notamment la vie du prophète, sont remis en question, ce « retour aux sources » vide de son sens l’argumentation des activistes.

Une autre raison de l’intérêt de ce débat est l’apparition de groupes de musulmans et d’ex musulmans modernistes, agnostiques ou athées, tant dans les pays plus ou moins laïques (l’Occident mais aussi l’Inde et bien d’autres), que dans les pays officiellement musulmans.

Ces groupes font face à une forte pression sociale, familiale ou politique, et ont besoin de pouvoir s’appuyer sur des arguments leur donnant une certaine liberté intellectuelle.

Dans cet article, je vais d’abord exposer les nouvelles technologies qui permettent ces analyses historiques.

Je rappellerai ensuite l’histoire officielle à laquelle adhèrent aujourd’hui la quasi-totalité de ceux qui connaissent l’islam, qu’ils soient musulmans ou non.

Enfin, j’exposerai les conclusions des divers courants intellectuels qui ont analysé cette période.

Un nouvel outil d’analyse historique : l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle est en train de bousculer l’histoire de la naissance de l’islam car elle permet de brasser une énorme quantité de documents.

On peut ainsi par exemple dater la naissance de telle idée en analysant les langues en usage à l’époque et leur évolution dans le temps.

On peut également rapprocher des formulations très dispersées entre les régions du Moyen-Orient et leurs diverses langues et religions, ce qu’un chercheur érudit n’a pas le temps de faire même en y consacrant toute sa vie.

Pensez par exemple à la production des multiples évêchés concurrents des chrétiens de ces 3 siècles qui ont vu s’installer la domination arabe. En effet, le Moyen-Orient, Arabie comprise, était à l’époque largement chrétien et par ailleurs parsemé de communautés juives.

L’histoire officielle de l’islam

Cette histoire s’appuie sur le Coran « dicté par Dieu à Mahomet », la Sira, biographie décrivant la vie de Mahomet, et les hadiths, transmission orale des paroles de Mahomet, transmises de bouche-à-oreille pendant des générations avant d’être couchées par écrit.

Ce sont évidemment ces derniers, les hadiths, qui sont considérés par tous, musulmans compris, comme la source la moins sûre et un tri a été fait par des érudits persans qui ont éliminé la plupart du million et demi (!) d’hadiths et classé les milliers restant en plus ou moins certains.

Le Coran lui-même est traditionnellement divisé en sourates, ensembles de versets du Coran, « mecquoises » et « médinoises ».

Les sourates « mecquoises » ont été reçues de Dieu alors que Mahomet était le mari d’une riche bourgeoise de la Mecque et pouvait se recueillir dans le désert.

Leur contenu est plutôt religieux avec, pour commencer, la proclamation d’un Dieu unique, par opposition aux idoles et à la Trinité.

Par contre les sourates « médinoises » ont été reçues à l’époque où Mahomet, veuf et exilé, était devenu le chef d’une communauté basée à Médine.

Elles énoncent donc des règles concrètes de la vie sociale (les rapports avec les autres groupes, juifs notamment, des règles juridiques avec le témoignage, l’héritage etc.)

Je ne vais pas traiter ici du contenu religieux ou juridique du Coran, qui est d’ailleurs difficile à comprendre du fait de sa langue archaïque, de ses allusions imprécises et de ses paraboles. Par exemple les exégètes sont souvent en désaccord sur la nature des ennemis dénoncés (chrétiens ? idolâtres ? tribu ennemie ?), ambiguïtés qui apparaissent lors des traductions.

Je vais ici seulement évoquer l’imprégnation du monde musulman et de la plupart de ses observateurs par cette histoire officielle.

Son ancrage profond dans les esprits

L’imprégnation des esprits commence en général au début de l’enseignement primaire ou dans les écoles coraniques. L’apprentissage des lettres arabes s’y fait souvent à partir du début du Coran, que les enfants mémorisent donc sans le comprendre, ce qui en fait une référence commune profondément ancrée.

Cette histoire officielle précise que le Coran a été rédigé en 647 soit 15 ans après la mort de Mahomet sur la base des souvenirs ou des notes rassemblées par les fidèles sous le contrôle du calife Othman.

La vie officielle de Mahomet est également enseignée à partir de la Sîra.

L’aspect hagiographique et légendaire de ce texte saute aux yeux des non-musulmans, mais pour le croyant de base, c’est « la vérité tout court ». Toute histoire alternative est évidemment considérée comme une atteinte à la religion, voire comme un blasphème puni de mort dans de nombreux pays.

Entre un Coran difficilement compréhensible, une Sira légendaire (pas plus que la Bible diront certains) et des hadiths souvent douteux, le musulman « de base » ne connaît donc finalement de sa propre religion que ce qui lui vient du pouvoir politique, via les programmes scolaires ou via les instructions données aux imams.

Aujourd’hui, cette connaissance est complétée, ou déformée, par des télévangélistes en général dépendant de l’Arabie, donc wahhabites.

D’où finalement une vue traditionaliste à des degrés très divers selon les pays, l’Asie du Sud-Est et l’Afrique subsaharienne étant plus « modérés », pour diverses raisons, dont leur ignorance de langue arabe.

Leurs gouvernements sont en général éloignés du wahhabisme… sauf intérêt financier ou pression des activistes.

Les musulmans sont de plus en plus protestants

Les discussions universitaires relatives à l’origine de l’islam

Passons maintenant aux discussions universitaires relatives à l’origine de ces textes fondateurs et donc de l’islam.

Voici le premier courant intellectuel de ces analystes modernes de l’histoire.

Des historiens musulmans « sérieux mais prudents »

Je laisse de côté l’énorme littérature traditionnelle et souvent hagiographique dont les auteurs se hérissent face à la simple possibilité d’analyser les écritures traditionnelles et surtout celle du Coran.

Parlons plutôt de l’avis des historiens musulmans qui prennent acte d’invraisemblances ou d’inexactitudes dans les textes traditionnels, mais pour qui cela ne remet pas en cause les fondements de la religion… pas plus que la partie légendaire et non fondée historiquement de la Bible ne remet en cause la foi des juifs et des chrétiens.

Un de leurs arguments est que « l’absence de preuves n’est pas la preuve de l’absence » et donc que tout ce qu’on ne peut pas vérifier historiquement dans la naissance de l’islam n’est pas faux pour autant.

Prenons l’exemple de Rachid Benzine, islamologue, et notamment auteur du livre « Finalement il y a quoi dans le Coran ? » (La Croix du 26 avril 2018). Cet article vise l’antisémitisme musulman, mais son conseil de faire une lecture critique du Coran est valable sur un plan général.

Sa réflexion peut être résumée par : « le Coran étant la parole de Dieu est applicable en tous lieux et à toutes les époques, mais pas avec la même lecture : les Arabes du VIIe siècle ne vivaient pas comme nous et il ne sert à rien de reprendre les problèmes d’alors ».

Bref il faut distinguer les grandes lignes de la foi des arguments et exemples qui étaient nécessaires pour convaincre des Arabes d’il y a bientôt 1500 ans.

Il termine par un appel aux imams : n’enfermez pas les fidèles dans un processus de victimisation mais apprenez-leur à lire le Coran d’un œil critique.

Cet auteur me paraît représentatif des réflexions qui traversent les communautés musulmanes des pays occidentaux, notamment la France, depuis les attentats de ces dernières années.

Les historiens chrétiens militants

Ce courant est composé d’historiens chrétiens militants qui ont trouvé dans les techniques modernes d’analyse des textes des éléments « confirmant » une idée très ancienne qui voit dans l’islam une déformation arabe du christianisme, déformation hérétique pour eux bien entendu.

En résumant très sommairement, on pourrait dire que l’islam est pour eux une adaptation de textes chrétiens visant à légitimer la domination arabe.

Un des livres résumant leur thèse est Le grand secret de l’islam.

Leurs critiques de l’histoire musulmane officielle rejoint celle du 3e courant dont je vais parler maintenant

Les historiens athées sceptiques

Dans ce contexte, et pour simplifier, j’appelle « athées » des historiens soit qui le sont vraiment, soit se conduisent comme tels en faisant primer l’étude rigoureuse des textes sur leurs convictions.

Ils estiment notamment qu’aucune religion ne peut historiquement prouver que ses textes fondateurs correspondent à une vérité historique, et donc qu’une partie des arguments soulevés contre l’histoire traditionnelle de l’islam par les chrétiens militants sont valables également contre le christianisme et le judaïsme.

Par exemple la date et les circonstances de l’écriture des Évangiles, l’absence de preuve de l’existence de Jésus etc. Mais ce n’est pas mon sujet ici.

S’agissant de l’analyse de l’histoire de l’islam, les courants intellectuels « chrétien militant » et « athée » remettent par exemple en cause l’existence de Mahomet.

Certains vont même jusqu’à dire que le mot « Mahomet » n’est pas un nom, mais un titre qui a été porté par plusieurs personnes et notamment par un conquérant arabe de Jérusalem vers 636, c’est-à-dire après la date de la mort du prophète dans la version traditionnelle.

Ce conquérant était allié à des « Nazaréens » (un courant judéo-chrétien qui a été actif plusieurs siècles), mais sa religion n’est pas précisée par les témoins alors que selon la tradition officielle il s’agit d’une conquête musulmane, nouvelle religion qui aurait du être remarquée.

Pour ces 2 courants intellectuels c’est donc un indice parmi beaucoup d’autres que, contrairement l’histoire officielle, l’islam n’existait pas à cette époque..

Citons Pierre Bouvard, auteur de plusieurs textes sur le sujet : « Le constat le plus étonnant, surtout pour tout Musulman, est l’existence d’une majorité de textes témoignant des « débuts de l’Islam » qui ignorent le personnage du « Prophète Mahomet ».

Voici quelques-uns des autres indices relevés par ces 2 courants d’historiens : la description qui est faite de la Mecque dans le Coran ne correspond pas à cette ville, et les premières mosquées étaient tournées en direction de Jérusalem (ce qui d’ailleurs ne choque pas certains musulmans).

En résumé

En résumant très sommairement, disons que les deuxième et troisième courants intellectuels estiment que l’islam tel qu’il est enseigné aujourd’hui est une construction du 9è siècle des empereurs arabes cherchant à légitimer leur pouvoir sur les populations conquises.

Pour cela ils auraient intégré et rédigé des textes et des récits circulant à l’époque autour du christianisme et du judaïsme pour en tirer une nouvelle religion ainsi que le système juridique qui en découle et en inventant l’histoire officielle aujourd’hui enseignée pour légitimer la primauté arabe. Bref, de quoi déstabiliser les salafistes, les Frères musulmans et autres.

Parmi les multiples indices relevés, il y a ceux qui révèlent de grandes similitudes entre le Coran et des formules religieuses chrétiennes datant de périodes postérieures à la prédication officielle de Mahomet.

Quant au courant « musulman sérieux mais prudent », qui pourrait se diffuser sans drame, il aurait l’avantage de débarrasser l’islam de sa variante rétrograde et parfois violente.

Bien entendu, je ne peux pas entrer dans ces querelles d’érudits qui me dépassent et tiens juste à informer mes lecteurs de ce débat dont nous avons vu l’importance. Je tiens une bibliographie à la disposition des lecteurs qui s’intéresseraient au détail des arguments et contre arguments.

Point de vue géopolitique

Je rajoute une vue géopolitique : la formation massive d’étudiants dans les universités d’Arabie par une très généreuse distribution de bourses déstabilise les États « tranquillement » musulmans.

En rentrant au pays ils déclarent que son islam traditionnel n’est pas véritable islam, qu’il faut le remplacer par celui des origines, que l’arabe doit remplacer la langue locale et le français et que l’enseignement religieux doit remplacer l’enseignement occidental.

Bref la vulgarisation du débat sur les origines de l’islam pourrait être une arme puissante contre l’obscurantisme et sa dérive terroriste quel que soit le courant intellectuel qui finisse par l’emporter.

Yves Montenay

 

 

Crédit illustration : Les plus belles images de Mahomet (Books n°39)

 

22 commentaires sur “Les nouvelles technologies bousculent l’histoire de l’islam”

  1. L’article m’a rappelé un roman de Barouk Salamé intitulé « le testament syriaque » qui évoque ces questions complexes de vases communicants entre religions dites du livre.

      1. Le plus souvent lorsque je lis un livre je note son titre et le nom complet de l’auteur dans un répertoire ainsi qu’un bref commentaire. Voici ce que j’ai rédigé au sujet du « Testament syriaque » de Barouk Salamé : Ni policier ni thriller mais les deux à la fois. En fait, avant tout une étude sur la cristallisation de l’Islam à partir du christianisme lui même héritier du judaïsme. Enormément (trop ?) de références pointues sur les religions en cause tout en restant un roman passionnant.
        Je ne peux guère en dire plus aujourd’hui mais depuis cette lecture je sais que je suis plus attentive à un certain syncrétisme de la religion chrétienne qui a intégré des fêtes déjà organisées par des religions païennes anciennes mais également aux « relations incestueuses » entre judaïsme, christianisme et islamisme.
        A mon avis il s’agit là d’une lecture à conseiller même s’il s’agit, a priori, d’un roman…

        1. Merci ! Intellectuellement, que l’on soit croyant ou pas, l’affiliation de l’islam au christianisme est évidente. Si on est musulman croyant, on estime que Dieu a prolongé les religions antérieures qui n’étaient pas totalement fausses. Si on n’est pas croyant, on estime que Mahomet (ou les califes du neuvième siècle, voir mon article) baignait dans le milieu judéo-chrétien de l’époque

    1. Merci ! Je suis alimenté en textes sur les religions par le robot d’Academia, mais pas par celui du Monde et cela m’avait échappé. Sans être spécialiste, j’avais toujours été frappé par le basculement vers une église officielle puissante qui a complètement changé le monde antique

  2. Modeste demande, d’abord : pourriez-vous laisser les termes  » saoudien  » et  » saoudite  » aux anglophones ? Nous avons les termes français  » séoudien  » et  » séoudite  » ; et qu’on ne me parle pas de la soi-disant authenticité de la première graphie par rapport à la langue arabe dans laquelle les voyelles, pas toujours prononcées comme en français, ne sont pas toujours écrites mais  » déduites du contexte « , d’après ce que je comprends. En tout cas, reprendre la graphie anglophone revient, fût-ce involontairement, à propager l’idée que la seule vision légitime du monde doit passer par le canal anglophone. Cela me fait penser au prénom  » Djamel  » que d’aucuns écrivent  » Jamel  » pensant s’affranchir de Dieu sait quoi alors qu’ils adoptent la graphie étasunienne… Nous avons le droit – ni plus, ni moins que les autres peuples – de  » nommer le monde « …

    Sur le fond, ces timides débuts d’une lecture critique de l’Islam ne peut qu’être encouragée. mais on mesure l’énorme retard mental et culturel sur ce point du monde musulman sur le monde (ex-) chrétien dans lequel les relectures critiques des textes sacrés remontent à la Renaissance… cela étant notamment corrélé avec l’apparition au sein du monde chrétien d’écoles de pensée différentes, dont certaines, souvent chez les protestants, ont légitimé le libre examen. Or le combat pour la liberté de pensée dura des siècles et ne fut pas facile.
    À titre d’exemple, je citerai l’affaire du Livre d’Habacuc, prophète mineur dont ce court écrit (3 chapitres) est inclus dans la Bible : à la fin du XIXe siècle, un Herr Doktor philologue analysa ce texte et en conclut que le IIIe chapitre était un ajout postérieur. Tollé horrifié de maintes autorités ecclésiastiques (à défaut d’envoyer ce  » mécréant  » au bûcher). Entre 1947 et 1956, on découvrit les Manuscrits de la Mer Morte comprenant de nombreux livres de l’Ancien Testament : les 2 premiers chapitres du livre d’Habacuc y figuraient mais pas le chapitre III, celui dont le Herr Doktor avait affirmé qu’il était postérieur.
    Alors bon courage à un  » désenfermement mental  » en ce qui concerne la vision des textes sacrés musulmans alors qu’il n’existe (quasiment) pas de tradition de libre examen et que les pouvoirs politique et financier sont généralement aux mains de fanatiques refusant toute discussion. Dans un sens, ils sont cohérents : sauf exception, en Europe occidentale le progrès économique et intellectuel a été fatal à la  » foi de masse « , comme l’atteste la déchristianisation accélérée couplée à une navrante inculture religieuse [là, il s’agit de culture, pas de foi] qui fait par exemple qu’un nombre croissant de Français ne reconnaissent pas plus Saint Pierre que le Bouddha en regardant des statues ou des tableaux.

    Encore merci de la variété de sujets toujours intéressants que vous traitez !

    1. Merci ! Vous avez tout à fait raison pour Séoudien, que j’ai justement longtemps écrit ainsi pour cette raison. Mais à force d’être persécuté par le correcteur d’orthographe, je laisse souvent tomber. Je n’ai pas le temps d’écrire (à qui ?) pour protester, mais si vous le faites, dites-le-moi et je rajoute ma signature.
      Pour le reste, merci pour votre exemple et vous avez tout à fait raison. Je dis souvent les islamistes ont une réaction « de perdants »

  3. Il ne faut jamais sur ces questions, négliger la très grande inertie de ces traditions, pensées et structure mentales. Après 3 siècles intenses de dénigrement acharnés, l’occident vient à peine de se débarrasser quasi complètement de ses traditions religieuses réformées ou pas et on voudrait que l’islam se réforme ? Les religions ne se réforment pas, elles se scindent et se font la guerre à jamais, puis disparaissent.
    Le chemin vers la disparition de l’islam sera long, vous pouvez le croire; quand à penser le « réformer » cela est une illusion complète sauf bien sur, et c’est la leçon de ces dernières années, faut il encore les tirer, dans le sens des formes séduisantes de son fanatisme originel, les frères musulmans n’en étant qu’une version vicieuse, et à la manoeuvre en occident il faut le rappeler.
    L’heure est donc à la lutte explicite contre cette religion dont la forme « tranquille » n’est que le terreau d’un mouvement dans une très mauvaise direction. Il faut donc lutter pour sa disparition, sous toutes ses formes.

    1. « La réforme de l’islam » est une formule qui n’a pas de sens, car il n’y a pas d’autorité centrale. Il n’y a que des individus. Les uns continuent par routine, d’autres se sentent à tort ou à raison humiliés (défaites militaires, économiques, et même, de plus en plus fréquemment, de se voir distancer professionnellement par des femmes) et ont des réactions violentes, d’autres deviennent agnostiques, chrétiens (souvent évangélistes) ou athées (discrètement, car c’est dangereux, mais les témoignages s’accumulent). Mon article a d’ailleurs comme objet, outre la connaissance tout court, d’aider ces dernières catégories

    2. @François Carmignola :

      Tout en n’étant pas croyant, je ne suis pas d’accord avec votre point de vue qui revient à estimer que  » la seule bonne religion est la religion disparue  » ; certes, les religions du Livre ont une propension naturelle à envahir tous les domaines et à se constituer en systèmes de pensée  » totalitaires  » régentant tous les aspects de l’existence et excluant tout autre mode de pensée ; certes, il a fallu lutter pendant des siècles, par exemple contre l’Église catholique (c’est la seule foi que je connaisse bien), pour la faire reculer pas à pas jusqu’à la situation actuelle dans laquelle, du moins en France, elle admet globalement le principe de la laïcité et le respecte ; certes, toujours en ce qui concerne l’église catholique, les vieilles  » mauvaises habitudes  » existent chez certains ou restent latentes chez d’autres ; certes, enfin, la question est encore plus difficile en ce qui concerne l’Islam dans lequel, sauf erreur de ma part, il n’existe pas l’équivalent de la célèbre parole du Christ ( » Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu « ) qui a, je le crois, évité que la même personne exerce l’autorité politique et religieuse, contrairement au Sultan-Calife qui posa tant de problèmes à Atatürk lorsqu’il entrepris la salutaire laïcisation de la Turquie (que le néfaste Erdogan veut détruire) et qui contenait un des germes de la laïcité.

      Pour autant, il existe des pratiques religieuses qui sont tout à fait compatibles avec la modernité, la démocratie et la laïcité et qui sont porteuses de valeurs parfois admirables et fort nécessaires dans un monde dominé par un matérialisme souvent stérile, voire vulgaire : j’ai l’occasion de fréquenter des religieuses dont la foi sereine rayonne et enrichit, que l’on soit croyant ou non. En Islam, les convictions et – c’est un critère essentiel – la conduite dans la vie quotidienne, personnelle ou politique d’un certain nombre de Soufis montrent qu’il existe, au moins potentiellement, la possibilité d’un Islam qui soit compatible avec nos valeurs – sur lesquelles il ne faut pas transiger d’un iota, à commencer par la laïcité. Inversement, je suis révulsé par la religiosité agressive et parfois abrutissante qui pullule aux États-Unis, même si, globalement, la liberté de conscience y est garantie, ce qui montre que la coexistence des religions et de la modernité peut prendre des formes diverses selon les pays et leur civilisation…

      Je me permets donc de nuancer votre propos : la nécessaire évolution des religions est souvent néfaste à la  » foi du charbonnier  » et autres croyances littérales ou simplistes… et je ne le regrette pas car, souvent, ce type de foi engendre obscurantisme et intolérance. Mais il y a une place – et je le crois, une nécessité – pour les croyances de plus haut niveau dépassant la lettre des textes et ne prétendant pas imposer leurs idées aux autres tout en les exposant, les défendant, voire les promouvant, comme cela est normal pour toute conviction, religieuse ou non.

      Enfin, ce qui m’horrifie dans un certain athéisme c’est l’ignorance délibérée des religions au détriment de la simple culture : ne pas avoir des connaissance de base du christianisme, notamment du catholicisme, quand on est par exemple Français, Italien ou Espagnol, c’est ignorer la base de loin la plus importante de notre civilisation, notamment de notre art. J’ai envie d’hurler lorsque j’entends quelqu’un déclarer qu’il n’entre pas dans une église – surtout si elle est intéressante à visiter – parce qu’il n’est pas croyant : là, à moins qu’il y ait de vraies raisons personnelles (on conçoit qu’une personne ayant été la victime d’un prêtre pédophile refuse de mettre les pieds dans une église), cette attitude est sotte et bornée. Se priver de voir les vitraux de la Sainte Chapelle à Paris, les fresques des églises romanes ou les mosaïques carolingiennes de Germigny-des-Prés au nom d’un athéisme  » intégriste  » revient à se mutiler gravement l’esprit et à s’enfoncer dans l’inculture la plus sectaire.

      Merci à Yves Montenay de contribuer à la réflexion sur l’indispensable aggiornamento de l’Islam. Il n’est point besoin d’espérer pour entreprendre…

  4. Etre chrétien n’interdit pas d’être objectif… C’est ainsi qu’en tant qu’auteur du livre « Le grand secret de l’islam », que vous citez, je puis vous dire que c’est votre jugement sur ce travail ne me semble pas très juste. Je ne suis en rien le chef de file de quoi que ce soit. Et je n’ai jamais soutenu dans ce livre que « l’islam » (ou plutôt le Coran) serait « une adaptation de textes chrétiens visant à légitimer la domination arabe ».

    L’islam est fondamentalement une idéologie politico-religieuse, qui vise à légitimer par le divin, par la prétention à éradiquer le mal l’autorité du chef et de ses sbires (et non les seuls Arabes), leurs prétention à conquérir et dominer le monde entier. Les espérances que déploie une telle idéologie proviennent à mon sens, lointainement, des espérances chrétiennes que le monde soit un jour délivré de l’emprise du mal.

    Le Coran, quant à lui, est un texte composite, hétérogène, assemblé au 7e s. à partir d’écrits de prédication à destination d’Arabes christianisés et judaïsés, et à partir de textes juifs et syriaques pour l’essentiel (apocryphes, homélies, apocalypses, traités religieux ou profanes divers, etc. Les chercheurs ne cessent de retrouver ces sources anciennes du texte coranique). Ces prédications sont le fait de prédicateurs arabes formé selon l’idéologie d’un courant juif disparu (voire sont le fait de prédicateurs issus directement de ce courant). Dans un contexte de « fin du monde », ces prédications apocalyptiques visaient à exhorter des Arabes christianisés à déclencher le retour de Jésus attendu pour la fin des temps. En tant que telles, il ne s’agissait pas alors de prédications islamiques, et c’est ainsi que, littéralement, l’essentiel du texte coranique n’est pas islamique. C’est sa compilation, ses quelques corrections et l’invention concomitante de l’islam qui ont inventé aux côtés de ce texte tout un appareil d’interprétation (invention de la figure prophétique de Mahomet, du récit imaginaire de sa vie, invention de concepts musulmans comme le « rappel », les « gens du Livre », les « polythéistes », La Mecque etc). Cet appareil fonctionne comme un prisme déformant qui interdit la lecture littérale du texte, qui transforme son sens réel en un sens islamique.

    C’est ce que j’explique et démontre en détail dans « Le grand secret de l’islam ». Je ne vois pas en quoi cela en ferait un livre d’histoire chrétien… La recherche scientifique n’a pas de religion, pas de croyance, pas de philosophie. La méthode scientifique permet de passer au dessus de tous ces biais. Si vous pensez que je n’y souscris, vous serez bien bon de me le montrer. Au cas contraire, il me semble donc que votre classement n’est pas juste.

    1. Merci pour votre apport, qui est ici lisible par tous et détaille un point de mon article. Je ne pense pas avoir dit le contraire, ni qu’être chrétien altérait le jugement, mais il se trouve que vous vous êtes présenté comme tel donc je le signale.

      Il est certes arbitraire de diviser les historiens en catégories, mais c’est plus clair quand il s’agit de vulgariser. J’estime cette mission complémentaire à la recherche, mais elle oblige à une présentation différente. Vous avez d’ailleurs vu que j’ai regroupé les exemples sans distinguer de catégories

  5. Ce billet de blog m’a intéressé mais il ne fait qu’effleurer le sujet qu’il prétend traiter.
    Premier point il ne dit jamais en quoi les « nouvelles technologies » ou « l’intelligence artificielle » nous apprennent quelque chose que l’on ne savait pas.

    L’auteur classe différents courants de pensées mais quid de son propre mode de pensée ?
    Comment saisir le sens d’un récit ? Est-ce l’objectivité qui est garante de vérité ? Quand les Grecs évouqaient Zeus comme celui qui lance l’éclair, saisit-on correctement ce dont il est question si l’on dit que l’éclair est créé par une différence de potentiel entre l’atmosphère et le sol ?

    Pour ce qui es spécifiquement du wahabbisme et autres courants rétrogrades, le meilleur moyen de lutter contre cet obscurantisme n’est-il pas de laisser sa voiture au garage ?

    1. Je n’ai pas bien compris votre question et vais répondre de mon mieux. D’abord je ne suis qu’un analyste et un vulgarisateur (et non un chercheur) et mon opinion n’a pas d’importance. Je vous informe, c’est tout. En l’occurrence je vous informe premièrement que la tradition imprègne 1,7 milliards de personnes, deuxièmement que cette tradition est remise en cause plus ou moins complètement comme dit dans l’article, troisièmement que cette remise en cause est pour l’instant limitée au monde universitaire et que je pense qu’il est de mon devoir de vulgarisateur d’en parler à un public plus large

      1. Bonjour
        Alors j ai lu votre article et du coup je pense que votre analyse manque de témoignage de gens issue des universités islamique d’Arabie saoudite.
        Car on peut s’imaginer beaucoup de choses infondées…

        2ème chose est de questionner les érudits de ce même pays pour vraiment être sûr qu’ il n’y ait pas de désinformation sur vos données pour ne pas.faire de fausses conclusions.

        L’islam est universelle elle ne se veut pas sectaire si ce n’est de dire d’un côté les croyants et d’un autre côté les non croyants[mécréant] sans distinction d’origines ou de couleurs de peau….

        Un musulman qui n’est pas convaincu de votre article.

        Cordialement

        1. Il y a un malentendu : je suis pas un expert mais un vulgarisateur. J’informe le grand public des travaux universitaires de toutes les tendances que l’on m’envoie spontanément, car mon nom est dans les fichiers des historiens de l’islam depuis que j’ai enseigné l’histoire du monde arabe en grandes écoles et que j’ai écrit mon livre « Nos voisins musulmans ». Je ne cherche à convaincre personne, mais on m’envoie des thèses et des contre thèses que je lis, puis j’en fais profiter mes lecteurs qui en pensent ce qu’ils veulent.

          Comme vous avez vu, j’ai découpé les opinions un peu arbitrairement en quatre courants, le premier étant le courant traditionnel que vous connaissez comme moi et qui est celui des universités islamiques d’Arabie et d’ailleurs.

          Je suppose qu’aucun des universitaires que j’ai lu ne fait de désinformation, et que leur travail est consciencieux, mais, comme tout être humain, ils ont probablement tendance à privilégier les données qui vont dans le sens de leurs convictions.

  6. J’ai apprécié cette discussion.
    Il m’avait toujours semblé que l’islam était plus proche de la religion juive que de la catholique qui repose pour l’essentiel sur la vie de Jésus Christ, établie par les 4 évangiles, mais contestée par certains, ce qui est dans la norme des choses humaines, et dont le message terrestre essentiel est constitué par l’amour, le respect, l’ouverture, le repentir, le pardon, mais a été trop souvent caricaturé et déformé par les hommes d’église.
    Les sciences actuelles ont permis de faire passer au crible des ordinateurs le coran et d’en souligner les aspects particuliers, aussi bien de la langue et du style qui font apparaître l’impossibilité d’un texte « incréé » qui est sa base même. Il est certain qu’avec le temps de nombreux adeptes de cette religion évolueront. Mais cela sera inacceptable pour beaucoup: Pour ceux des dirigeants qui s’appuient totalement sur ses obligations et pour ceux des pratiquants plongés dès le plus jeune âge dans ses textes qui ne supporteront pas qu’on leur arrache ce qui a modelé toute leur vie.

    1. Bonjour

      Une question pourquoi l’islam ?
      Est ce pour convertir les gens ?
      Est ce pour instaurer un califat ?
      Est ce pour terroriser les gens ?

      Quelqu’un peut me dire l’objectif voulu par cette religion ?

      Cordialement

      1. Pour répondre correctement, il faudrait un livre. Je vais donc répondre très sommairement.
        D’abord, je m’en tire par une demi-plaisanterie : « l’islam, ça n’existe pas » https://www.yvesmontenay.fr/2016/02/09/lislam-ca-nexiste-pas/ Lisez cet article pour voir ce que je veux dire
        Donc ce qui n’existe pas n’a pas d’objectif

        Maintenant, si vous parlez des inspirateurs (Télévangélistes saoudiens, ou leurs adversaire Frères musulmans, ou encore le prof de base de l’enseignement public de certains pays), ils veulent effectivement convertir, instaurer un califat si possible mondial et terroriser leurs adversaires, et même les simples indifférents

        En face d’eux, il y a des gens courageux qui essayent d’en faire une religion « normale » mais ils sont réprimés dans les pays où l’islam est religion d’État et ne peuvent s’exprimer que dans les pays libres, Occidentaux en général.

        Il y a de plus en plus d’individus dans les milieux de tradition musulmane qui abandonnent cette religion. Mais ils sont discrets, par prudence pour eux et leur famille. Si cela vous intéresse vous pouvez les trouver sur les réseaux sociaux.

        Si vous voulez sortir du simple commentaire, vous pouvez m’écrire à ymontenay@gmail.com

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