La guerre au Moyen-Orient est un révélateur : l’économie mondiale reste profondément dépendante des hydrocarbures, et donc de zones géopolitiquement instables. Comment sortir de cette dépendance ?
La simple menace sur les flux pétroliers suffit à déclencher une hausse des prix, affectant d’abord les économies asiatiques fortement importatrices et l’ensemble du monde du fait de la hausse des prix ainsi déclenchée.
Ce choc relance un débat ancien : faut-il accélérer la transition énergétique ou sécuriser les approvisionnements fossiles ?
Entre ces deux visions opposées, je penche vers une accélération de la transition partout où elle est raisonnablement possible.
1. Les énergies renouvelables : oui, même si…
Une partie des médias et l’opinion sonnent l’alarme : la politique de Trump, les restrictions budgétaires dans de nombreux pays et la crainte de manquer de pétrole, du fait de la crise du Moyen-Orient, retardent ou annulent les efforts de transition énergétique.
Pourtant, les énergies renouvelables apparaissent comme la solution idéale en théorie : locales, décarbonées, inépuisables.
Mais leur déploiement massif se heurte à plusieurs obstacles.
Une source d’énergie intermittente
Le premier est celui de l’intermittence. Le solaire et l’éolien produisent de manière variable, ce qui impose des capacités de stockage locale importante et une transformation profonde des réseaux électriques.
En Europe, on observe déjà des situations paradoxales où les prix deviennent négatifs en journée, faute de capacité de stockage.
Par exemple, l’éolien et le solaire du nord de l’Allemagne, quand les circonstances sont favorables, ne peuvent utiliser le réseau allemand pour alimenter les points de grande consommation. Il faut utiliser les réseaux des Pays-Bas de la Belgique et de la France.
Les batteries pour le stockage
Le second obstacle est le stockage, pourtant nécessaire pour lisser l’intermittence.
Les batteries actuelles restent coûteuses et dépendent de ressources concentrées géographiquement, notamment en Chine. Cette dépendance déplace la contrainte géopolitique, sans la supprimer.
Mais les projets d’usines de fabrication ou de recyclage se multiplient dans le monde, malgré quelques échecs.
Enfin, la production même des équipements renouvelables est énergivore et polluante, ce qui diminue leur bilan écologique global.
Nous verrons que, malgré ces défauts, il y a un grand nombre de régions où leur implantation est bénéfique dès maintenant.
2. Le nucléaire : retour d’une énergie stratégique
Longtemps marginalisé sous la pression des partis écologistes, le nucléaire revient au centre du jeu énergétique mondial.
Il offre une production stable, très faiblement carbonée et indépendante des conditions climatiques.
La France conserve un avantage comparatif grâce à son parc nucléaire, tandis que la Chine investit massivement dans cette technologie.
À l’inverse, la sortie du nucléaire en Allemagne a entraîné un recours accru au charbon et au gaz russe, illustrant la faillite d’une politique énergétique guidée par l’idéologie.
Le nucléaire reste toutefois contraint par ses coûts, ses délais de construction et les questions liées aux déchets, néanmoins très exagérées, à mon avis, si l’on regarde le très faible volume des déchets durablement radioactifs en question.
Compte tenu de tout cela, il est un pilier indispensable d’un mix énergétique équilibré.
On essaie de sortir des questions de coûts et de délais par des mini-réacteurs fabriqués en série, mais on n’en est pas encore au stade industriel.
3. Les énergies fossiles : une roue de secours ?
Malgré les discours sur leur déclin, les énergies fossiles conservent un rôle central.
Le charbon reste abondant sur toute la planète et est largement utilisé, notamment en Asie.
Son prix de revient est faible, car une grande partie des mines sont à ciel ouvert, et il se stocke facilement presque n’importe où.
C’est un point important souvent passé sous silence : pensez aux installations sophistiquées nécessaires pour le gaz naturel liquéfié, et au fait que les renouvelables ne sont pas stockables pour l’instant.
Le charbon est ainsi un peu l’inverse du pétrole si l’on pense à toute la technicité, et donc la fragilité, de tous les stades de l’exploitation pétrolière : exploration, forage, oléoducs, raffineries, nouveaux oléoducs, dépôts coûteux, transport terminal par camions spéciaux.
Certes, les infrastructures pétrolières sont en général déjà en place, mais elles doivent être entretenues et maintenant agrandies suite à la crise moyen-orientale : stockages terminaux, nouveaux oléoducs venant du Moyen-Orient et évitant les détroit d’Ormuz et de la mer Rouge ou venant des nouveaux champs en cours d’installation : Mozambique, Guyane, probablement Amérique du Nord…
Les émissions de méthane constituent un problème important, qu’il soit brûlé ou relâché dans l’atmosphère : elles sont responsables d’un tiers du réchauffement planétaire à court terme.
Les États-Unis, avec le pétrole et le gaz de schiste, illustrent que de nouvelles ressources deviennent exploitables grâce aux technologies récentes.
La géologie française permet de supposer que nous en avons de vastes réserves, mais nous avons voté une loi interdisant l’exploration !
Le gaz naturel joue un rôle clé comme énergie de transition, permettant de compenser l’intermittence des renouvelables.
Mais le gaz naturel doit être liquéfié, ce qui demande de l’énergie et des infrastructures particulières : gazoducs, stockage, navires spéciaux.
4. Le cas des pays du Sud
L’électrification y est encore plus nécessaire : pas seulement pour la climatisation – luxe réservé à une minorité et écologiquement discutable – mais surtout pour pouvoir faire marcher les innombrables technologies modernes.
Par exemple faute de banque, de médecins et de clients de denrées périssables à proximité de la plupart des villages africains, le téléphone portable est devenu vital, et est parfois partagé entre plusieurs personnes. Encore faut-il pouvoir le charger !
De même pour les ordinateurs professionnels ou pédagogiques, les réfrigérateurs et de multiples outils essentiels notamment pour le bâtiment, particulièrement au fond de l’Afrique.
Un panneau solaire n’est dans ce cas plus un militantisme écologique mais une nécessité de survie, même s’il n’est pas couplé à une batterie permettant de retrouver du courant pendant la nuit.
5. L’électrification : une dynamique structurelle
Toutes ces considérations, couplées aux considérations environnementales, poussent à l’électrification des usages.
Les véhicules électriques symbolisent cette transformation pour le grand public occidental.
Leur rendement énergétique est largement supérieur à celui des moteurs thermiques, ce qui leur confèrera un avantage économique à mon avis décisif, dès que les infrastructures et les batteries seront adaptées.
Pour les non techniciens, rappelons que le moteur thermique est infiniment plus compliqué mécaniquement qu’un moteur électrique. Ce dernier supporte par nature d’importantes pertes d’énergie (refroidissement par exemple).
Alors qu’un moteur électrique ne génère pas de rejets, donc de pollution, et récupère l’énergie de freinage. Au total son rendement est de plus du double de celui du moteur thermique.
L’électricité nucléaire ou renouvelable
Presque toute la flotte norvégienne est maintenant électrique du fait de la prépondérance de l’hydroélectricité dans ce pays.
En France, l’électrification des véhicules progresse maintenant très rapidement, notamment pour les marques françaises, tant sur le marché que sur celui de l’occasion. Ce dernier point diminue fortement le prix des véhicules.
L’électrification concerne également l’industrie et le chauffage, contribuant là aussi à une meilleure efficacité énergétique globale.
Il est dommage que cela intéresse moins le grand public, qui pourtant par ailleurs accuse l’industrie des pires défauts !
Et surtout, géopolitiquement, l’électricité présente l’immense avantage de pouvoir être produite à partir de sources variées physiquement ou géographiquement.
L’énergie primaire peut être locale (charbon, pétrole, gaz, éolien, solaire, hydraulique…), ou venir de pays très variés (États-Unis, Afrique…)
En conclusion
La transition énergétique n’est pas un miracle, et est certes beaucoup plus complexe que sa présentation par des écologistes dogmatiques.
Le monde des décideurs d’entreprise et des ingénieurs s’y est toutefois maintenant mis, d’autant plus que les clients commencent à l’adopter, contrairement à la contre-attaque médiatique anti véhicules électriques d’il y a quelques mois pour tenter d’infléchir la politique à Bruxelles.
La nécessité de la souveraineté énergétique a été réveillée par la crise au Moyen-Orient et reposera sur une combinaison de solutions, adaptées aux contraintes de chaque pays, de chaque région et même de chaque village.
Elle permettra aux pays du Sud d’avoir des ressources locales, sans attendre le développement d’un réseau électrique complet, ce qui est extrêmement lent et coûteux.
On retrouve le développement extrêmement rapide des téléphones portables dans ces pays alors que le téléphone fixe y reste un luxe.
Les entreprises et les innovations technologiques joueront un rôle central, bien plus que les approches idéologiques.
Yves Montenay

La France pourrait forer au large de la Guyane où existerait un gisement important de pétrole (comme celui découvert en Guyana).
Tout à fait ! Cela pour de plus grand bien du Brésil, et accessoirement de notre budget
On devrait se passer de la Russie, puis du Moyen-Orient.
Ça commence à en faire des producteurs importants infréquentables ou au moins problématiques pour des raisons diverses.
Il ne manquerait plus qu’il y ait un problème avec l’Algérie, un de nos principaux fournisseurs de gaz, ou même avec les Etats-Unis, autre fournisseur important.
Et donc je partage totalement votre point de vue.