La guerre peut-elle devenir mondiale

La guerre peut-elle devenir mondiale ?

L’actualité récente réveille la crainte périodique d’être à l’aube d’une nouvelle guerre mondiale. Après la guerre en Ukraine, le conflit israélo-palestinien, c’est maintenant l’escalade de l’attaque israélo-américaine contre l’Iran et ses conséquences dans toute la région qui ravivent les scénarios catastrophes.

Article du 19 mars 2026, mis à jour le 8 avril

La dernière péripétie est particulièrement inquiétante : le nouveau guide suprême iranien, apparemment en proie à un désir de vengeance, a choisi de frapper les États du Golfe, accusés de soutenir les adversaires de Téhéran.

Et il menace non seulement ses petits voisins mais également l’Arabie Saoudite et l’Irak, sans parler de l’ordre donné au Hezbollah libanais d’attaquer Israël, qui a bien entendu riposté vigoureusement.

Il menace de détruire voire d’occuper ou annexer la partie du Liban au sud du fleuve Litani. De même pour ses alliés, les Houtis du Yemen, qui menacent la route menant au canal de Suez.

Le conflit se polarise principalement autour du détroit d’Ormuz, devenu l’atout principal de l’Iran. Les ultimatums américains se multiplient, n’hésitant pas à menacer les infrastructures civiles, ce qui serait un crime de guerre, crimes déjà assez largement pratiqués par les 2 parties.

Le cessez-le-feu annoncé ce 8 avril a rassuré les opérateurs économiques du monde entier, mais reste très fragile, notamment du fait d’Israël et de la psychologie des divers responsables impliqués dans tous les camps.

La guerre est donc devenue régionale. Peut-elle devenir mondiale ?

La riposte de l’Iran au 13 mars 2026

L’Iran étend la guerre à toute la région

Les attaques de l’Iran ne visent plus seulement les bases militaires américaines, mais aussi des infrastructures civiles : terminaux pétroliers, infrastructures logistiques et installations énergétiques sont désormais considérés comme des cibles légitimes.

Les États du Golfe sont ainsi frappés dans la base même de leur prospérité. Plusieurs de ces pays sont contraints de réduire leur production pétrolière et les industries qui en dépendent, notamment les engrais, indispensables à l’agriculture mondiale. Et l’on découvre chaque jour que tel autre produit va également manquer si le détroit demeure fermé.

Les compagnies maritimes hésitent à autoriser les navires à traverser le détroit d’Ormuz, les primes d’assurance explosent et certains cargos sont incendiés en pleine mer. Des marins exigent de rentrer chez eux.

Mais l’effet le plus grave pour ces Etats, et notamment pour Dubaï, est la perte de leur réputation d’endroits sûrs.

Les États du Golfe frappés par la guerre en Iran

La conséquence est immédiate. Plusieurs de ces pays sont contraints de réduire leur production pétrolière et les industries qui en dépendent, notamment les engrais, indispensables à l’agriculture mondiale.

Les compagnies maritimes hésitent à traverser le détroit d’Ormuz, les primes d’assurance explosent et certains cargos sont incendiés en pleine mer.

Mais l’effet le plus grave pour ces Etats, et notamment pour Dubaï, est la perte de leur réputation d’endroits sûrs.

Fiscalité faible, discrétion financière et stabilité politique leur avaient permis de devenir une sorte de « Suisse du Moyen-Orient ». Cette réputation pourrait disparaître très rapidement si la région devenait une zone de guerre permanente.

Revenons maintenant à notre interrogation sur une éventuelle guerre mondiale.

L’histoire montre que les grandes guerres commencent rarement par une décision claire. Elles naissent plutôt d’une succession de crises mal maîtrisées.

1. L’enseignement de l’histoire : comment naissent les guerres mondiales

L’histoire du XXᵉ siècle montre que les grandes guerres ne sont presque jamais déclenchées volontairement.

La Première Guerre mondiale en est un exemple classique.

En 1914, aucun gouvernement européen ne souhaite une guerre générale.

L’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo provoque une crise austro-serbe qui aurait pu rester locale.

Mais le système d’alliances transforme rapidement cet incident en guerre européenne puis mondiale.

Chaque acteur pense intervenir de manière limitée pour soutenir un allié ou défendre ses intérêts. Mais les interventions se cumulent et finissent par entraîner tout le système international.

La Seconde Guerre mondiale suit un mécanisme comparable.

Elle n’éclate pas brutalement en 1939 : elle est précédée d’une série de crises régionales : Mandchourie, Éthiopie, guerre d’Espagne, expansion allemande (Autriche, Tchécoslovaquie…).

Ces crises ont révélé progressivement à l’Allemagne la fragilité de l’ordre international.

Aujourd’hui, les grandes puissances disposent d’armes nucléaires qui rendent extrêmement risqué un affrontement direct. Elles cherchent donc à éviter la confrontation frontale, tout en poursuivant leurs rivalités par d’autres moyens.

C’est ce qui s’est passé pendant la guerre froide : si l’Europe n’a rien subi, les alliés de part et d’autre ont beaucoup souffert, notamment notamment la Chine avec la victoire de Mao, la Hongrie en 1956 et les 2 Vietnam avec l’ensemble de l’Indochine pendant plus de 20 ans

Depuis plusieurs années, on observe de nouveau plusieurs foyers de tension majeurs : la guerre en Ukraine, les tensions autour de Taïwan, la rivalité en mer de Chine et les conflits permanents au Moyen-Orient.

Chaque crise semble locale, mais toutes mobilisent plus ou moins les mêmes acteurs : États-Unis, Russie et Chine.

Autrement dit, la guerre mondiale pourrait ne pas apparaître comme une décision d’un des acteurs, mais comme la conséquence de crises simultanées impliquant progressivement les grandes puissances.

2. La situation géopolitique en 2026

Cela étant rappelé, que se passe-t-il autour de l’Iran ?

La République islamique n’est pas seulement un État national classique. Elle est une théocratie qui repose sur une organisation politique spécifique dominée par le Guide suprême et les Gardiens de la révolution.

Elle n’est une république que de façade, les élections se faisant entre des personnalités choisies par le pouvoir et qui de toute façon doivent suivre ce que Dieu dit au Guide suprême. Et elle proclame depuis sa fondation son hostilité aux États-Unis et sa décision de détruire Israël, ce qui crée un risque de guerre permanent.

L’Iran entretenait à grands frais la combativité des chiites d’Irak, de Syrie, du Liban et du Yémen, auxquels il faut ajouter le Hamas, qui partage avec l’Iran l’objectif de détruire Israël.

Si ce réseau est aujourd’hui affaibli, les États du Golfe sont particulièrement vulnérables.

D’abord par leur proximité géographique avec l’Iran, ensuite par leur richesse, qui repose sur des infrastructures extrêmement concentrées : terminaux pétroliers, raffineries, installations de dessalement, centrales électriques, ports et aéroports.

Or la guerre moderne permet aujourd’hui de frapper ces installations avec des moyens relativement limités. Des missiles ou des drones relativement peu coûteux peuvent interrompre une production énergétique majeure ou bloquer un port stratégique.

Les attaques récentes ont illustré cette vulnérabilité.

Un autre problème militaire est en train d’apparaître. Les guerres contemporaines consomment d’énormes quantités de missiles, de drones et de munitions de précision.

Or les stocks accumulés pendant les périodes de paix ne sont pas illimités. Cela concerne autant l’attaque que la défense : intercepter les drones et missiles demande des systèmes de défense qui nécessitent eux aussi des ressources considérables.

La capacité industrielle redevient donc un facteur stratégique central.

Dans les conflits modernes, l’endurance économique peut être aussi importante que la puissance militaire elle-même. On l’a vu pendant la 2e guerre mondiale où ni l’Angleterre ni l’URSS n’auraient pu tenir sans la puissance industrielle américaine.

Aujourd’hui, on se demande si la baisse des stocks américains ne va pas indirectement nuire à l’Ukraine, voire à l’OTAN ou à Taïwan.

3. Les possibilités d’extension du conflit

La question essentielle est désormais celle de l’extension du conflit.

Un premier scénario serait celui d’une régionalisation de la guerre. Les tensions pourraient s’étendre à l’ensemble du Moyen-Orient. Israël et le Liban sont déjà sous les bombes, Irak ou même Turquie pourraient être entraînés dans une spirale d’affrontements.

Un second scénario serait celui d’un élargissement par le jeu des alliances.

La Russie entretient depuis longtemps des relations étroites avec l’Iran, notamment dans le domaine militaire. Elle pourrait être tentée de soutenir davantage Téhéran qu’elle aide déjà par ses réseau de satellites.

À l’inverse, plusieurs pays occidentaux entretiennent des liens étroits avec les États du Golfe. La France, par exemple, possède des bases militaires dans la région et des accords de défense avec certains de ces États.

On retrouve ainsi, au moins partiellement, une mécanique d’alliances comparable à celle qui existait avant 1914.

Cependant, plusieurs facteurs jouent aujourd’hui en sens inverse.

Le rôle modérateur de la Chine

Le premier est la Chine.

Pékin dépend fortement des importations d’hydrocarbures du Golfe. Une guerre prolongée dans cette région perturberait gravement son approvisionnement énergétique et donc sa croissance économique.

La Chine a donc tout intérêt à favoriser l’apaisement et à jouer un rôle modérateur. Tout en savourant les difficultés américaines.

La politique intérieure américaine

Le second facteur, et peut-être le principal, est la politique intérieure américaine.

Les États-Unis approchent des élections de mi–mandat qui pourrait limiter la marge de manœuvre de Donald Trump. Les manifestations « No Kings » (« pas de rois ») s’intensifient contre le président.

Une guerre longue et coûteuse au Moyen-Orient serait politiquement risquée, surtout si elle provoque une hausse durable des prix de l’énergie.

Le Moyen Orient fragilisé

Enfin, les acteurs régionaux eux-mêmes savent qu’un conflit généralisé serait catastrophique.

Les États du Golfe pourraient perdre leur principal atout : la stabilité qui attire les capitaux internationaux.

Quant à l’Iran, son économie déjà fragilisée aurait de grandes difficultés à soutenir une guerre prolongée contre une coalition occidentale.

Ces contraintes créent des pressions permanentes pour limiter l’escalade. Les optimistes ont remarqué que 21 navires ont passé le détroit d’Ormuz pendant le week-end de Pâques, mais environ 2000 resteraient bloqués.

Et l’Europe dans tout cela ?

Elle n’est pas en danger dans l’immédiat : d’une part elle est loin de la zone de conflits, d’autre part Poutine est occupé en Ukraine (merci aux Ukrainiens).

Elle n’est pas menacée par un manque physique et massif pétrole, notamment grâce à ses fournisseurs en Afrique et en Amérique.

Elle subit par contre la hausse des prix, car la pénurie à venir en Asie déclenche une hausse du prix du pétrole mondial.

Et puis en France, il y a le nucléaire et en Europe des renouvelables, certes mal gérés (mauvais raccordement au réseau, pas encore de batteries étalant la production dans la journée…) mais c’est mieux que rien.

À moyen terme (quelques semaines ou mois), la situation européenne devient imprévisible.

Enfin, les incertitudes quant aux prévisions sont accrues pour un autre motif non négligeable : le facteur humain.

Le facteur humain

Je pense à la personnalité des principaux gouvernants en lice :

  • en Iran, un nouveau guide probablement blessé tant physiquement que par la perte de sa famille, voulant se venger, et peut-être moins rodé à la géopolitique mondiale.
  • en Amérique et en Russie, des dirigeants qui ne sont pas des modèles de pondération et de souci du reste du monde.
  • en Chine, si le président devrait être logiquement modérateur au Moyen-Orient, il ne l’est pas en Asie orientale avec, dans un passé récent son comportement envers les Tibétains, les Ouïghours et les habitants de Hong Kong. Et aujourd’hui ou demain envers Taïwan et la mer de Chine du Sud.

En conclusion

L’histoire montre que les crises internationales évoluent souvent par surprise. Une succession de conflits régionaux peut y mener sans qu’aucun acteur n’ait réellement voulu cette évolution.

Il est évidemment très inquiétant de voir que tant de choses dépendent largement des réactions plus ou moins réfléchies des présidents Trump, Poutine et Xi Jinping…

Aujourd’hui 8 avril, on parle d’un cessez-le-feu de 15 jours, mais il peut être remis en cause à tout moment !

Yves Montenay

5 commentaires sur “La guerre peut-elle devenir mondiale ?”

  1. Comme toujours chronique excellente, mais à laquelle il manque cependant un élément : Israël et son Premier Ministre. La population d’Israël certes résiliente commence cependant à en avoir assez de devoir se battre pour simplement continuer à exister, de plus elle est dérigée par un Premier Ministre sur un siège éjectable qui ne maintient son poste qu’en fonction de la guerre. IL me paraît évident qu’il a forcé la main de Trump et qu’il continue de le faire pour son existence et celle de son pays intimement liées. Dans les prochaines semaines nous verrons qui lachera prise le premier, abstraction faite de l’Iran qui se battra jusqu’au dernier martyr.

  2. Les deux guerres étaient revenues mondiales car la toile de fond était des rivalités coloniales entre les puissances établies et les puissances montantes voulant leur part du gâteau.

    L’éclatement des empires coloniaux tend à écarter l’hypothèse d’un nouveau conflit généralisé.

    De plus, outre les armes nucléaires, les drones et plus largement la guerre asymétrique paralysent les armées modernes, obligeant à revenir à des combats d’infanterie comme en 14/18 où celui qui gagne est celui ayant le plus de chair à canon à sacrifier.

    Or avec le vieillissement, les jeunes deviennent trop précieux pour ça, à part pour la Russie car elle vit essentiellement de l’exploitation du gaz et du pétrole dont les besoins de main d’oeuvre sont minimes, elle peut donc se permettre les pertes qu’elle encaisse actuellement en Ukraine.

    J’ai cependant tendance à penser que Poutine a JUSTEMENT déclenché la guerre car il a encore pour le moment les moyens humains de le faire. De même, en 1914, le Royaume Uni était à l’affut pour entrer en guerre car une course aux armements navals était engagée avec l’Allemagne et le temps jouait contre le Royaume Uni.

    Et de nos jours, c’est contre les Etats-Unis que le temps joue, ils sont en pleine déliquescence et ce n’est plus délirant d’envisager que Trump proclame l’état d’urgence pour empêcher la tenue des mid-terms…

      1. Gâteau tout court car la révolution industrielle enrichissait certes une nation, mais, nécessitait des matières premières et de l’énergie bon marché qu’il faut potentiellement importer.

        Et le pays le plus accro aux importations était de loin le Royaume Uni qui, en plus d’être le premier pays à s’industrialiser, est un petit pays insulaire dépendant de la marine pour s’approvisionner et pour commercer, d’où le besoin impérieux de disposer de la suprématie en mer à une époque où les alliances pouvaient se faire ou se défaire du jour au lendemain.

        La France était la principale menace jusqu’à que la défaite de Napoléon en 1815 n’en fasse un second couteau sur la scène internationale, puis l’Allemagne malgré les origines allemandes de la famille royale d’Angleterre dont le véritable nom est la maison Saxe-Cobourg-Gotha, anglicisé en Windsor pour d’évidentes raisons d’Etat lors de la 1ère guerre mondiale.

        Puis il y a eu les Japon industrialisé à toute vitesse pendant l’ère Meiji et dont situation était encore plus critique, le relief montagneux à 85% bridant mécaniquement le potentiel de production agricole.

        Même chose dans une moindre mesure pour l’Allemagne, confrontée à des Länds surpeuplés de paysans les uns sur les autres.

        Et leurs projets coloniaux n’étaient pas de la colonisation de baltringue à la française, mais de véritables projets génocidaires visant à faire place nette dans les territoires conquis pour orchestrer l’émigration du surplus démographique.

        D’une certaine manière votre chère théorie du déversement, mais à l’allemande ou à la japonaise :-)

  3. Merci Monsieur Montenay pour cet exposé clair et exhaustif de cette situation de guerre. Vous avez bien noté les similitudes et les différences entre les deux guerres mondiales précédentes et analysé les évolutions possibles de la guerre actuelle, avec tout de même une note finale sur l’influence que peuvent avoir les décisions combinées des trois grands leaders que vous citez, et qui sont évidemment bien différents les uns des autres, aussi bien par leur intelligence, leurs capacités d’analyse, leur influence personnelle sur un plus ou moins grand nombre de personnes. C’est un peu, à une autre échelle, comme une dispute entre deux groupes de gamins jusqu’à ce que une ou plusieurs grandes personnes viennent interrompre les hostilités. Si on veut être optimiste (ou naïf) on pourrait s’attendre, ou espérer, que ces trois-là s’entendent pour négocier ensemble une fin de récréation. Utinam !
    Francis Drey

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