L’islam est-il vraiment en expansion

L’islam est-il vraiment en expansion ?

Si vous posez cette question, la réponse sera en général « évidemment », quel que soit votre interlocuteur, que ce soit un Français de base (surtout s’il vient de croiser une femme en voile intégral), un islamophobe ou un islamiste.

En fait, c’est très difficile à savoir. Je vais tenter de répondre.

D’abord, combien de musulmans ?

Pour se borner à des chiffres pas trop fantaisistes, on parle en général de 1,9 milliards de musulmans. Rappelons qu’il y a environ 7 milliards d’habitants sur notre planète, dont 2,4 milliards de chrétiens.

D’’où vient ce chiffre de 1,9 milliards ? Pas des recensements nationaux car rares sont les pays qui demandent leur religion à leurs citoyens à cette occasion. Habituellement, on prend l’ensemble de la population des pays réputés musulmans, et pour ceux qui ne le sont que partiellement, on prend une fraction au doigt mouillé.

Pour la France par exemple, les uns retiennent, à juste titre à mon avis, le chiffre de 5 millions mais d’autres celui de 10 millions. Vous me direz qu’une différence de 5 millions est faible par rapport au total mondial.

Des chiffres probablement au-dessus de la réalité

Le défaut de cette méthode est qu’elle sous-estime le nombre de non-musulmans dans les pays qui le sont officiellement, qu’il s’agisse de religions minoritaires ou plus souvent, à mon avis, d’agnostiques ou d’athées. Mais impossible d’avoir une idée du nombre de ces derniers, puisque la pression sociale les oblige souvent à ne pas se dévoiler.

Il y a toutefois deux indices : les sondages et les réseaux sociaux.

On constate un scepticisme croissant envers les autorités religieuses dans les pays musulmans, scepticisme confirmé par un sondage récent dont le point le plus inattendu serait l’agacement de 33 % des jeunes Tunisiens envers l’islam. Un témoin m’a même affirmé que cet agacement prenait la forme d’interpellations hostiles aux croyants, ce qui est très mal vu dans ce pays où les idées des anciens sont en principe respectées.

Par ailleurs il est de notoriété publique qu’une partie de la population turque et une forte proportion de celle de l’Iran ne sont plus croyantes, ainsi qu’une partie de celles des régions anciennement communistes d’Asie centrale et d’Albanie, où l’athéisme a longtemps été obligatoire.

Par ailleurs les sondages dans les pays occidentaux montrent un nombre de personnes « se déclarant musulmanes » très inférieur au nombre de migrants originaires de pays musulmans et de leurs descendants. Une partie s’est donc éloignée de la religion, tout comme les chrétiens et les juifs de ces mêmes pays.

Le deuxième indice se trouve sur les réseaux sociaux où foisonnent les groupes athées, laïques, « modernes » … extrêmement critiques envers l’islam. Les noms de famille utilisés et les événements auxquels ils font allusion montrent qu’il s’agit de résidents ou d’originaires d’Afrique du Nord. Les intervenants dans ces réseaux sociaux sont souvent plus virulents que ne le serait un membre français d’un parti d’extrême droite.

Bref retenir la population des pays dits musulmans mène à surévaluer le nombre des croyants.

Mais, pensent beaucoup d’Occidentaux, de toute façon, une croissance démographique rapide multiplie le nombre des musulmans.

C’est à nuancer fortement;

L’islam est-il en croissance démographique rapide ?

Dans tous les pays pauvres, musulmans ou pas, la croissance démographique a été très forte pendant une cinquantaine d’années, avec des chiffres très variables selon les pays.

Mais c’est maintenant terminé dans les pays musulmans « blancs » (du Maroc au nord de l’Inde) et « jaunes » (Asie de l’Asie du Sud-Est) ainsi que dans le sud de l’Inde et au Bangladesh. La fécondité y est en effet de deux à trois enfants par femme, ce qui n’a plus rien à voir avec les sept à huit enfants de naguère.

L’Égypte est ainsi à 2,9, la Turquie à 2,3 et les deux pays musulmans les plus peuplées d’Asie du Sud et du Sud-Est, le Bangladesh et l’Indonésie n’ont que 2,3 enfants par femme.

Mais il y a une exception importante et dramatique : l’Afrique subsaharienne où les principales zones musulmanes que sont le Sahel, le nord du Nigéria compris, et la côte est du continent. La fécondité y est encore très élevée avec cinq à sept enfants par femme

Donc, à part le cas important du Sahel, la période d’accroissement démographique rapide des musulmans se termine. Cela désole par exemple le président Erdogan qui adjure les femmes turques d’avoir au moins trois enfants.

Le nombre des musulmans vient principalement des conversions passées

Longtemps, le principal facteur d’augmentation du nombre de musulmans était la conversion, parfois à coups de sabre. Mais contrairement à ce que pensent les Européens traumatisés par les contraintes ou les massacres qui ont lieu aux limites de la chrétienté, notamment au Maghreb lors de la conquête arabe, la masse de ces conversions a été pacifique.

Elles se sont faites de deux façons : par des « missionnaires » et par la pression sociale.

Au Sahel comme en Asie « jaune », les commerçants venant de pays arabes se multipliés depuis trois ou cinq siècles. Ils ont présenté leur religion de manière très simple (un Dieu unique et tout-puissant), et elle a été adoptée, soit parce qu’on la trouvait supérieure à la religion locale (au Sahel et dans certaines zones hindouistes), soit parce que les souverains locaux y voyaient un intérêt commercial (en Indonésie).

L’exemple de ces souverains a été ensuite suivi par le peuple, comme cela a été le cas pour le christianisme au début de son histoire.

Quant à la conversion pour des raisons sociales et notamment fiscales, elle s’est faite progressivement au Moyen-Orient et dans l’Europe méridionale et orientale sous contrôle turc. Dans cette dernière région restent des îlots musulmans non négligeables (Bosnie, Kosovo, Albanie et plus partiellement Bulgarie, Monténégro, Serbie et Macédoine du Nord). Une partie de cette population a émigré vers la Turquie, mais la majorité est restée sur place.

Cette période de conversion massive semble terminée, la religion musulmane ayant moins de prestige dans beaucoup de ces régions. La pression sociale continue néanmoins ponctuellement, notamment en Égypte par le biais des mariages mixtes « à sens unique ».

Et l’islam est miné de l’intérieur

Non seulement l’accroissement rapide du nombre de musulmans appartient au passé, mais l’islam est miné de l’intérieur.

C’est la férocité de certains groupes, par exemple en Afghanistan ou au Sahel, ainsi que les attentats en Occident, qui donne cette impression d’accroissement rapide. Ces mêmes groupes, par ailleurs, maintiennent localement une fécondité élevée en interdisant l’école aux filles et en les mariant vers 13 ans.

Par contre cette férocité éloigne une partie des musulmans de leur religion. Et elle est notamment un argument des missionnaires évangélistes présents dans le monde entier, qui convertissent beaucoup de catholiques mais également de musulmans, même dans des pays où l’islam est officiel et ces missionnaires mal vus.

Un autre facteur du poids (et non du nombre) des musulmans est l’instrumentalisation de l’islam par certains États. Par la Turquie par exemple, depuis le virage islamiste du président Erdogan, ou par l’Iran pour les communautés chiites.

Et surtout l’islam n’est pas un bloc

En effet, la variété des musulmans fait que l’on ne peut pas parler de l’islam comme un tout. Quelques éléments communs comme l’appel à la prière en arabe ne compensent pas les différences de langue, de nationalité (un peu partout, le nationalisme concurrence la religion) et surtout les différences de tradition : l’islam wahhabite d’Arabie est loin de l’islam soufi sénégalais ou de celui imprégné de bouddhisme au fond de l’Indonésie.

Il ne faut certes pas négliger les appels à l’unité planétaire (« le califat mondial ») mais la dernière tentative autour de l’État islamique a été un échec. Remarquons masse de militaires qui l’ont combattu et vaincu étaient eux-mêmes des musulmans.

Mon avis personnel est qu’une partie croissante des musulmans va se séculariser et même abandonner la religion.

En effet, contrairement à la Chine, les musulmans ne peuvent se couper du reste du monde car les populations ne seront pas de sitôt prises aussi efficacement en main sur le plan technique (par opposition au plan social et policier) par les États musulmans. De toute façon les diasporas vont leur échapper.

Par exemple, les controverses sur la naissance de l’islam commencent à déborder du cadre universitaire. Quelles que soient les conclusions de ces dernières, l’habitude de la discussion des textes va se répandre avec la progression de l’alphabétisation.

Finalement, dire qu’il y aura bientôt 2 milliards et plus de musulmans est probablement faux et de toute façon ne signifie pas grand-chose : un médecin algérien d’un hôpital français, un islamiste du fonds du Sahel et un paysan indonésien ne constituent pas un groupe de trois personnes !

Yves Montenay,
docteur en démographie politique et auteur des Echos du Monde Musulman

37 commentaires sur “L’islam est-il vraiment en expansion ?”

  1. Belle analyse encore une fois . Par contre , je considère qu’à la base l’islam est effectivement un tout . formellement défini par ses textes fondateurs. Que certains pays , certaines ethnies le pratiquent à leur manière , plus ou moins modérément (il n’y a pas d’islam modéré, il y a des gens qui pratiquent modérément l’islam) , c’est autre chose .

    1. Vous avez théoriquement raison, mais encore faudrait-il que ces textes soient connus et interprétés de façon uniforme dans le monde, et c’est très loin d’être le cas. Le musulman de base est formé à la religion par ses parents, parfois par son imam, qui lui-même est souvent ignorant

  2. « encore faudrait-il que ces textes soient connus et interprétés de façon uniforme » écrivez-vous, et c’est bien à quoi s’attachent des pays comme l’Arabie Saoudite, le Qatar ou la Pakistan, le faire savoir ici, chez nous sur nos territoires….En France, Belgique, Allemagne, Espagne, Pays-Bas, UK, etc… l’islam est en expansion c’est une certitude ! Voulez-vous préciser, s’il vous plait, ce que vous entendez par français de base ? Par contre le calcul en France ne se fait pas au doigt mouillé…les noms et les prénoms des fichiers de la Sécurité Sociale nous apporteraient un éclaircissement sur la question…mais la loi interdit les fichiers ethniques, religieux ou raciaux, contrairement à Israël que personne n’osera traiter de raciste.
    Il était ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances en 2005, Azouz Begag, qui en principe avait les moyens de savoir, Azouz Begag donc, déclarait en 2015 qu’il y avait au moins 15 à 20 millions de musulmans en France : https://www.youtube.com/watch?v=oXj7NQVm4F0 c’était en 2015. Nous sommes en 2021 combien sont-ils aujourd’hui ? Déjà en 2016 il avait été comptabilisé que 18% des naissances portaient des prénoms musulmans ! La question à se poser ça n’est pas de savoir si dans le monde l’islam est en progression mais que faut-il faire pour arrêter l’islam de progresser en France ?.

    1. Il faut varier vos renseignements. Mon article est d’ailleurs là pour ça

      Je suis d’accord sur le fait que les pays que vous citez diffusent une interprétation traditionaliste de l’islam, qui n’est pas d’ailleurs pas la seule. Mais ce qui compte, c’est la réception : si cela excite quelques uns, ça en écarte d’autres de la religion. De toute façon je suis d’accord avec vous pour dire qu’il faut faire pression sur ces pays pour qu’ils arrêtent d’exciter la terre entière !

      Ensuite vous semblez suivre les gens qui pensent qu’il y a « un gêne de l’islam », et en particulier qu’un nom de famille et un prénom suffisent pour que l’intéressé soit musulman, voire islamiste. D’abord ce sondage dont je me souviens vaguement (porte-t-il sur la France entière ou sur l’Île-de-France ?) parlait des prénoms « arabo-musulmans », ce qui n’est pas pareil : beaucoup de prénoms arabes peuvent être à la fois musulmans et chrétiens (les innombrables variantes de Marie, Myriam etc.), d’autres sont tout simplement la reprise du prénom d’un ancêtre (ça se fait dans de nombreuses familles, religieuses ou pas), en l’occurrence d’un grand-père arabe, musulman ou pas, ce qui ne préjuge pas de la religion de son petit-fils. Enfin, depuis la libéralisation du choix des prénoms, il se choisit beaucoup de prénoms « internationaux » que l’on rattache à ce qu’on veut.

      Et puis surtout, comme répété en fin d’article, le mot « musulman » regroupe artificiellement des gens tellement différents (un grand médecin français, un trafiquant de drogue) que ça n’a pas beaucoup de sens de s’intéresser au total. Si vous avez lu mes articles précédents, j’insiste sur le fait que la première chose à faire est de faire respecter les lois. Les autorités musulmanes répètent sans cesse qu’il faut respecter les lois du pays, ou émigrer si elles ne plaisent pas.

    2. Israeil pas raciste mais pour les juifs uniquement
      Vos chiffres des mus. En Gaule sont trop bas entre 2015 et 2021,sachant que chaque musulman en a deux dans ses bourses et que bien sur il a 4 femmes ona donc 15 à 20 multiplié par (2par 4),soit environ. …calculéz( vous même (je n’inclue pas fort boyard )ou les îles naturistes du levant

      1. Ce commentaire est incompréhensible, pouvez-vous le rédiger autrement ? Un détail mathématique : dans toute population il y a à peu près autant d’hommes que de femmes donc tous les hommes ne peuvent avoir quatre femmes. Lorsqu’un homme a plusieurs femmes, ça signifie que d’autres hommes sont célibataires.

  3. Si « une partie croissante des musulmans va se séculariser et même abandonner la religion », alors raison de plus pour que les citoyens des pays démocratiques et laïcs, la France en particulier, ne baissent pas les bras devant les intimidations des fanatiques et des fascistes religieux. Comme certains responsables musulmans (par exemple, le recteur de la Grande Mosquée de Paris, entre autres) appellent leurs coreligionnaires à respecter sinon aimer la France, il n’y a aucune justification à ce que les Français et leurs responsables politiques abandonnent leurs principes de liberté et de laïcité et se soumettent à la collaboration avec le totalitarisme rampant: ils doivent donc enfoncer le clou (de la laïcité), dès maintenant ! La religion, c’est chez soi et pas dans les écoles ou les piscines. C’est pourquoi le jeu de certaines bonnes âmes françaises à devancer les désirs politiques de certains religieux est totalement dangereux. On est un peu (toute proportion gardée) dans la situation de la langue française: elle est en danger parce que les Français (et leurs élites) l’abandonnent, et non parce que les Anglais (et le monde) nous imposeraient l’anglais (et c’est encore moins la faute de la langue anglaise, elle même !). Bref: comme vous le dîtes si bien, faire respecter la loi, ce serait déjà une belle réussite, mais…ce n’est pas gagné. On est quand même, actuellement, en France (et dans les pays démocratiques) dans une configuration idéologique et mentale majoritaire où des minorités arrivent à faire passer dans la loi (donc…pour tous !) des revendications en fait…minoritaires ! Grâce à ce marais psychologique et idéologique dans lequel baigne bon nombre de nos décideurs qui les pousse à se préoccuper d’abord des minorités avant de décider (on l’a vu avec Notre Dame des Landes, avec le traité Européen de 2005, ou avec la dernière Loi Bioéthique), il n’est pas impossible qu’un petit nombre de fanatiques musulmans arrivent à imposer des revendications minoritaires à une majorité de Français passifs, honteux et faibles avec leurs principes républicains et laïcs.

    1. Je suis en gros d’accord. On a vu effectivement avec le nazisme puis au début de la guerre froide et maintenant avec la Chine que les dictatures réagissent tout de suite pour écraser les mouvements leur paraissant hostiles, alors qu’il faut une accumulation d’humiliations avant que les démocraties ne réagissent. Les nazis, après les communistes, avaient très bien résumé cela : « ou nom de vos idées vous n’avez pas le droit de me toucher, ou nom des miennes, j’ai le droit de vous tuer »

  4. Cette analyse est un peu plate a mon avis parce qu’elle comporte de nombreux préjugés . Beaucoup de faux paramettre ont été pris en compte comme «Pas des recensements nationaux car rares sont les pays qui demandent leur religion à leurs citoyens à cette occasion. Habituellement, on prend l’ensemble de la population des pays réputés musulmans, et pour ceux qui ne le sont que partiellement, on prend une fraction au doigt mouillé.» ce n’est absolument pas vrai. Car si l’on tient compte de cet etat de fait, il y’a plus la Chrétienté n’atteint pas non plus le le chiffre de 2 milliards dans le monde car dans beaucoup pays dit chrétien, il y’a beaucoup plus d’athés que de pratiquant. La religion a toujours influencé la culture et ce, à tous les niveaux. Il n’y a pas d’Etat musulman a 100%. De ce fait tous les recensement effectués, même avec des prévisions ont toujours accordé une marge pour toutes les autres religions, y compris l’athéisme ou le Theisme. Si l’on s’en tient a votre analyse, aucun pays en Afrique subsaharienne n’est alors musulman. On pourrait meme dire que la majorité des populations s’adonnent avant tout a la religions ancestrale qui est l’animisme. Car même si l’on est musulman ou chrétien, l’animisme demeure vivace dans la vie des peuples. Ce qui va beaucoup plus faciliter la penetration islamique en Afrique subsaharienne, c’est cette religion presente parfois les mêmes caracteriques que la culture africaine. Cette pénétration sera favoriser par les marchands caravaniers du Sahara mais aussi par la traite négrière comme ce fut le cas pour la chrétienté jusqu’à la colonisation.
    Aussi «On constate un scepticisme croissant envers les autorités religieuses dans les pays musulmans, scepticisme confirmé par un sondage récent dont le point le plus inattendu serait l’agacement de 33 % des jeunes Tunisiens envers l’islam.» n’est pas vrai. Ce qui ces jeunes tunisien remettent en cause, c’est beaucoup plus l’ingérence des autorités religieuses dans les affaires politiques comme on a pu le constater dans tout le Maghreb durant le printemps arabe.
    L’islam constitut un bloc car malgré les divergences ideologiques comme c’est le cas dans la chrétienté, tous les musulmans du monde reconnaissent l’Arabie saoudite comme le berceau et lieu de pèlerinage par excellence de l’islam. Ils ont un coran unique, les meme rites c’es pourquoi l’on parle de la  »Ouma ».

    Je m’arrête là. Pour l’instant

    1. Merci pour cet avis. Il est bien certain qu’il ne faut pas compter tous les Français comme catholiques mais je ne sais pas si le nombre de chrétiens est calculé comme le nombre de musulmans, car dans le principal chrétien, les États-Unis, on a un recensement par religion. Je suis d’accord également pour dire que chaque religion est souvent influencée localement par la précédente (bouddhisme, animisme). Mais ça ne change pas ma conclusion : ce n’esi pas parce qu’il y a un Coran unique (mais mal connu et interprété de façons diverses) et quelques rites communs (mais souvent non pratiqués) que l’islam forme un bloc : depuis des siècles il est déchiré contre lui-même (la fitna) et certaines factions s’allient avec des no-musulmans pour combattre d’autres musulmans, militairement (croisades, conquête de l’Algérie …) ou intellectuellement, voir : https://www.yvesmontenay.fr/2020/05/07/les-nouvelles-technologies-bousculent-lhistoire-de-lislam/

      Quant au 33 % de jeunes tunisiens, c’est tiré d’un sondage ultra sérieux couvrant l’ensemble du monde arabe, dont je vais essayer de vous retrouver la référence. Bien sûr, les gens répondent ce qu’ils veulent aux sondages, mais c’est quand même très intéressant

  5. Vous rappelez une excellente formule qui n’est pas utilisée par les seuls dictateurs (« au nom de vos idées vous n’avez pas le droit de me toucher, ou nom des miennes j’ai le droit de vous tuer »), elle est aussi utilisé par tous les ennemis de la République et tous les délinquants de base. Les mouvements minoritaires militants peuvent reprendre cette formule sans la modifier beaucoup: « au nom de vos idées vous devez m’écouter, au nom des miennes vous devez me suivre ».

  6. Effectivement , sur les réseaux sociaux , il y a de plus en plus de groupes qui se revendiquent apostats. J’y participe , d’ailleurs . Ce que je leur reproche , c’et leur agressivité , leur critique qui utilise plutôt la raillerie que le raisonnement . Mais ils apportent beaucoup , par leur histoire , sur les rouages interne de cette idéologie. Ici et là fleurissent des pages Facebook de personnes courageuses et souvent bien seules ,

    1. Tout à fait d’accord. Moi aussi. C’est souvent plus de la complicité que des tentatives de conviction qui seraient pourtant bien nécessaires ! Mais ce courant est mal connu en France. Il ne vient même pas à l’esprit des islamophobes que ça puisse exister (voir ma réponse à un commentaire venant d’un croyant à un « gène de l’islam »)

  7. Le sujet qui me semble le plus important est celui de la croissance effective en France de personnes ayant des comportements de culture musulmane, volontairement, actuellement, alors qu’il y a quelques dizaines d’années, il y avait une volonté d’européanisation. Les sondages sur cette cette attitude semblent montrer que chez les jeunes, les 20% de naissances, elle est assez forte par effet de groupes de désoeuvrement… Mais là c’est la faute des frankaouis qui ont bloqué depuis des décennies, en France, la création d’emplois pour occuper les personnes en age de travailler. Au delà du taux de chômage conventionnel, il y a des millions de « français » et habitants qui n’ont que leurs groupes communautaires pour survivre psychologiquement face à cette situation inadmissible, en comparaison avec la Suisse par exemple.

    1. Je suis d’accord que le désœuvrement est très malsain et touche trop de monde pour de mauvaises raisons. Mais la majorité des musulmans résidant en France travaille et se conduit normalement. Ils sont par exemple médecins ou soignants pour prendre un exemple d’actualité

    2. Vous écrivez  » Ils sont par exemple médecins ou soignants pour prendre un exemple d’actualité » C’est vrai mais il y a une raison à cela et vous le savez bien, la raison ce sont les salaires à la baisse. Le français ayant une forte estime pour son travail, justifié selon moi, s’est toujours battu pour avoir des salaires dignes de ce nom. De tous temps les français ont été d’excellents ouvriers, d’excellents ingénieurs, d’excellents éleveurs et agriculteurs, mais depuis toujours le français et un mauvais payeur et en particulier quand il est patron ! Ainsi le patronat est allé chercher au Maghreb de la main d’oeuvre qui ne nécessitait pas de grandes compétences, surtout dans le bâtiment et les services de nettoyages, d’employés de maison etc…une population corvéable à merci car bien contente d’échapper à pire dans leurs pays fraîchement indépendants et incapables pour la plupart de nourrir leur sujets…Aujourd’hui, toujours dans le même esprit, ne pas payer, elle vide de ses élites les pays anciennement sous la tutelle de la France. La situation dans laquelle se trouve la France aujourd’hui a ses responsables et si l’islam intégriste se développe peu à peu, mais sûrement, c’est bien pour des raisons économiques et pour lesquelles le patronat a sa part de responsabilité. Si l’ouvrier français avait été payé à sa juste mesure si les médecins français en milieu hospitalier, comme les internes, les infirmières et les aides soignantes françaises avaient été mieux rémunérés et obtenus des conditions de travail plus humaines nous n’en serions pas la ! Quand à l’Etat au lieu d’imposer la préférence nationale il a pratiquer la même politique que le grand patronat par purs soucis d’économies….Je ne suis ni communiste, ni socialiste ni quoique que ce soit en ismes, je suis plutôt honnête et lucide ! Il y a eut les polonais, les italiens, les espagnols, les portugais, au delà de l’intégration c’est l’assimilation qui prédominait avec ces populations européenne et chrétiennes, puis vinrent en masse les algériens, les marocains, les tunisiens, les africains, maliens, guinéens, sénégalais, ivoirien, camerounais, togolais, mauritaniens, etc etc aujourd’hui arrivent en masse les pakistanais, les turcs, les afghans, et encore et encore et tous, sauf exception infime, musulmans parfois intégristes, parfois raciste, parfois terroristes ….J’jusqu’à quand les immigrations de plus en plus antinomique, hostile aux franchouillards ? Jusqu’à la disparition du peuple français d’origine, de formation gréco-latine et chrétienne ? Le mondialisme, l’universalisme, encore des ismes si c’est l’idéologie des gens de Davos alors peut-être serait-il temps de s’en débarrasser ! La haine se cultive et croit dans notre pays et cela n’est pas du fait du français lambda ! Il suffit d’ouvrir les yeux et de voir la France telle que quelques irresponsables l’ont rendue pour du fric ! Il y a pour ma part une forme de crime contre l’humanité ! L’islam croit et l’islamisme par surcroit !

      1. Je pense que vous « complotez». Relisez mon article, et parlez à des musulmans.
        Quelle que soit la raison du manque de médecins en France, le résultat illustre l’utilité des étrangers, sauf exception punissable par la loi.

  8. Il y a un aspect que vous avez laissé de côté : la finance islamique.
    Il est de notoriété publique que certains pays producteurs de pétrole financent, dans d’autres pays en général pauvres, le développement de l’islamisation par des dollars sonnants et trébuchants (financement de mosquées, de stages de “formation” à l’étranger pour les jeunes recrues, d’infirmeries, d’hôpitaux, d’écoles…).
    Or cet état de fait me fait aboutir à la conclusion suivante : quand il n’y aura plus de pétrole, l’islam sera beaucoup moins conquérant.
    Mais ça prendra encore quelques dizaines d’années.

    1. Tout à fait d’accord. Et à mon avis, plus rapidement car les derniers dollars seront gardés pour les populations locales.

  9. Je ne suis pas convaincu par le commentaire suivant « quand il n’y aura plus de pétrole, l’islam sera beaucoup moins conquérant ». D’abord, l’islam peut très bien se répandre (pas forcément conquérir…) indépendamment du pétrole (c’est quand même une religion, ne l’oublions pas), et l’islamisme (manipulation politique de l’Islam) surfera sur tout ce qu’il peut utiliser pour s’imposer. Les investissements (reconversions) des rois du pétrole ont déjà commencé. Les fortunes accumulées, et les liens établis durant tout le 20ème siècle, permettent cette adaptation. L’exemple du club de foot PSG devrait nous inciter à la méfiance. L’histoire nous a bien prouvé que le fanatisme religieux (n’importe lequel) savait récupérer le moindre problème pour se nourrir de la crédulité populaire, surtout s’il est bien travaillé de l’intérieur par des politiciens habiles. En plus, plus inquiétant, l’islamisme n’étant plus domicilié dans la péninsule arabique (mais ayant trouvé refuge en Occident), il peut demain croître sur le solaire ou l’hydrogène (chez lui, donc): ces technologies peuvent devenir islamistes, dans le futur. Les ingénieurs terroristes qui pilotaient les avions jetés sur les Tours Jumelles seront capables de faire la même chose avec des engins solaires (fabriqués peut-être, d’ailleurs, en Arabie Saoudite, au Qatar, ou en Iran). La fin du pétrole ne sera pas nécessairement la fin de l’islamisme (et encore moins celle de l’Islam). Il vaut mieux ne pas trop se reposer ou s’endormir sur cette douce illusion….

    1. Vous abordez plusieurs sujets très différents

      Les financements pétroliers me semblent importants pour les djihadistes. Une activité militaire demande beaucoup d’argent. Ce ne sont pas forcément les Etats qui distribuent et contrôlent mais des sociétés « de bienfaisance » qui reçoivent des dons du princes voulons gagner le paradis. Les revenus pétroliers peuvent aussi être déviés par les Frères musulmans par exemple (Qatar ?) ou des islamistes proche des pouvoirs (Lybie ?). L’État islamique en Irak et en Syrie vivait beaucoup de l’exportation du pétrole vers la Turquie … Ce qui nécessitait une complicité au moins locale et probablement au plus haut niveau en Turquie.

      Pour moins dépendre du pétrole, les djihadistes essayent de contrôler un espace pour taxer les habitants ou prendre une commission sur des trafics

      L’influence du discours religieux est un problème différent. Il se transmet notamment par l’école au Maghreb et ailleurs. C’est pour cela que bien qu’étant libéral, je suis pas favorable à la liberté d’enseignement à la maison, qui permet en pratique les écoles islamistes clandestines. Il se transmet également par la télévision et Internet et, là, n’a pas besoin de beaucoup d’argent donc c’est indépendant du pétrole

      Je n’ai pas compris votre remarque sur un éventuel solaire ou hydrogène islamiste

      Et une remarque économique générale : ce n’est pas parce qu’il y aura moins de pétrole qu’il sera moins cher, peut-être au contraire

  10. La situation financière de l’Arabie Saoudite se dégrade depuis déjà quelques années, et ça ne va pas s’arranger. Les pays solvables capables de payer 80 ou 100$ le baril vont apprendre à se passer progressivement de pétrole pour des raisons environnementales. On ne pourra plus vendre de véhicules avec moteur à combustion dans l’UE en 2035, c’est seulement dans 14 ans. Plus de chaudières au fioul non plus. La Chine cherche aussi à s’affranchir du pétrole, pour de sérieuses raisons géostratégiques, c’est un de ses points faibles critiques.
    Les pays en développement auraient bien besoin de ce pétrole mais ne pourront pas le payer à ce prix sur de longues périodes.
    Ce niveau de 80-100$/baril est pourtant ce qui est requis pour équilibrer le budget de certains Etats producteurs dont c’est la seule ressource, et qui sont actuellement en train de consommer leurs réserves financières. Quelques petits émirats producteurs de gaz tiendront plus longtemps, et il pourra y avoir quelques embellies passagères, mais le phénomène parait tendanciel.
    Donc je pense aussi que les sources de financement de l’expansion de l’Islam intégriste vont s’assécher progressivement, mais c’est plus une intuition qu’une analyse basée sur des données chiffrées (certainement très difficiles à obtenir, je doute que l’Arabie Saoudite communique volontiers le détail de ses budgets consacrés à l’Islam).

    1. Oui, d’autant qu’officiellement il ne font que de la « bienfaisance » : œuvres sociales, éducation (dont bourses à de nombreux cadres africains, ce qui commence à poser problème).

  11. « solaire ou hydrogène islamiste » : je pense que les groupes islamistes (ou Etats complaisants sinon complices) s’adapteront à ces nouveaux secteurs industriels et y trouvent leurs financement futurs. La fin du pétrole ne sera donc pas forcément, à mon avis, la fin de l’islamisme (et encore moins celle de la religion musulmane),

    Il me semble que le pétrole est une « ressource » naturelle, devenue industrielle et économique, tout simplement à cause du développement occidental fondé, historiquement (et donc provisoirement) sur une technologie carbonée dépendant du pétrole (moteur thermique). Les territoires exploités pour cette ressource nécessaire à l’Occident ont été, souvent mais pas exclusivement, des régions musulmanes: leurs États, ou leurs trafiquants de toutes sortes, en ont profité. En plus, ces zones géographiques se sont « occidentalisées » aussi: elles se sont développées en suivant un modèle économique importé (imposé ou récupéré). Par conséquent, les musulmans et les islamistes font donc partie intégrante de notre monde globalisé sur le plan économique ou consumériste. Les nouvelles technologies émergentes, alternatives au pétrole, nous emporteront donc tous sur le même bateau (toutes religions confondues et tous fanatiques confondus). D’ailleurs, il ne faut pas oublier que les terroristes qui tué au nom de l’Islam, en Occident, sont aussi des citoyens officiels de ces États occidentaux.

    Quant aux territoires actuels musulmans ayant tiré leurs revenus du pétrole, ils se reconvertiront aux nouvelles technologies, et si la manne pétrolière les enrichit moins (ce qui n’est pas sûr en effet: « ce n’est pas parce qu’il y aura moins de pétrole qu’il sera moins cher »), le financement (par certains États ou groupes) du terrorisme en Occident (au nom de l’Islam) sera toujours possible (ça ne coûte pas une fortune, surtout que les terroristes sont déjà sur place).

    Expansion ou pas de l’Islam actuellement, et donc (corolaire inévitable, puisque les terroristes tuent au nom de l’Islam) expansion ou pas de l’islamisme, la fin du pétrole ne va peut-être pas changer grand chose sur cette « expansion ».

    1. Merci pour ces précisions. Je ne suis pas certain que des rentiers se transforment en entrepreneurs ou salariés efficaces. Mais cette remarque ne vise que les pays peuplés (hors immigration).
      Comme dit dans ma première réponse, il faut distinguer le djihadisme, qui est coûteux comme toute guerre et l’influence intellectuelle.

  12. Bonsoir Monsieur Montenay, votre article est une bonne synthèse des connaissances que devraient avoir les gens au sujet des musulmans. L’impression de l’expansion de l’islam me semble provenir du fait que des groupes qui deviennent minoritaires ont tendance à se rendre plus visibles, par le vêtement ou le comportement. Au Sénégal tout le monde sait que la population est en majorité musulmane (environ 95%, si je ne me trompe), ce qui fait que la plupart des sénégalais n’ont pas besoin de « montrer » qu’ils sont musulmans, c’est du moins l’impression que j’avais pendant mes quatre ans de séjour dans ce pays. Quelques rares individus ont voulu montrer au toubab que j’étais qu’ils sont très pratiquants, par exemple, dans une administration, en me demandant d’attendre un peu, le temps de faire la prière, alors que tous leurs collègues dans le bureau « open space » continuaient tranquillement leur travail ; je ne m’en formalisais pas, bien sûr.

  13. L’islam est un patchwork d’une diversité incroyable tant dans un même pays qu’à travers tous les pays dits « terre d’islam »., mais avec quelques communs dénominateurs qui font qu’il constitue aussi bien un mode de vie qu’une spiritualité, avec des courants qui se veulent exclusifs, dominants et expansionnistes et, comme le Vatican est à Rome, la Mecque est en Arabie, sous dominante arabe, avec divers autres centres de pensée religieuses, tous sans véritable autorité réelle et chacun y va d’interprétations diverses toujours condamnées dans le passé. Mais le monde a bien changé et les moyens de communications ont ouvert des portes qui ne se refermeront plus. L’islam rigoriste va sans doute perdre du terrain. L’islam pourra-t-il composer avec la modernité et se développer ou est-ce l’inverse qui va se produire. J’ai tendance à penser que ce sera l’inverse et que ce sera pour beaucoup le choix de la liberté qui prévaudra sur celui du conditionnement et de l’obéissance absolue. Pour moi, il est certain que la puissance économique de l’or noir va décliner et que les grandes régions économiques du futur vont développer localement d’autres sources énergétiques locales et conquérir leur indépendance énergétique totale avec des transitions comme celle de ce nouveau gazoduc qui va permettre à la Russie d’alimenter l’Allemagne, voire toute l’Europe du Nord. N’était-ce pas d’ailleurs un projet de gazoduc qui fut à l’origine de la guerre contre Bachar El Assad? Mais c’est une autre histoire.

  14. Je ne suis pas convaincu que « la puissance économique de l’or noir va décliner »: L’UE a beau vouloir (ou prétendre…) rompre avec le pétrole, il n’est pas certain que le monde entier (encore très carboné) la suive dans ce projet bureaucratique inspiré par les Accords de Paris (sur le climat) et par une vague idéologique un peu simpliste qui saisit de plus en plus les cerveaux de nos dirigeants politiques (la fameuse corrélation faite entre les courbes des émission de CO2 depuis l’ère industrielle, et celle du réchauffement climatique). Si l’Europe veut se détacher du pétrole, il est clair qu’elle va ainsi donner aux actuels pays producteurs de cette ressource (Moyen Orient, Russie, par exemple) un poids politique (sinon…économique) qui va peut-être consolider leur emprise sur certains États ou certains mouvements politiques. L’expansion de l’Islam est indépendante du pétrole (en Europe, les musulmans sont tout a fait capables de faire tache d’huile par un activisme religieux ou spirituel efficace et séducteur), mais l’expansion de l’Islamisme radicale et guerrier est dépendant du pétrole (en ce moment, et pas forcément pour l’éternité). Donc, la concentration de la production pétrolière aux mains de certains Etats producteurs musulmans intégristes ne sera pas la fin immédiate du pétrole: elle risque au contraire de donner encore plus de moyens financiers à ces Etats pour aider Daech ou n’importe quelle autre mouvance islamiste, dans la mesure où ces États ont encore de belles années devant eux pour vendre leur production (L’UE n’ayant pas l’influence économique ou politique qu’elle prétend avoir…).

    1. Merci. Ça recoupe assez largement mon article, donc je suppose que ça vise aussi les autres commentaires. Pour ce qui concerne l’UE, elle n’existe géopolitiquement pas.

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