Racisme, esclavage et colonies l’histoire méconnue

Racisme, esclavage et colonies : l’histoire méconnue

A partir du meurtre d’un noir américain par un policier blanc aux États-Unis, une déferlante a gagné le monde entier. Or si le problème noir est très réel aux États-Unis, ce n’est pas une raison pour inventer une fausse histoire du monde.

Certains utilisent ce problème américain pour semer la haine et détruire les relations entre l’Europe et l’Afrique, au détriment de cette dernière à qui l’on répéte que ses problèmes de développement économique et humain sont dus à l’esclavage et à la colonisation.

Allons bon, direz-vous, voici un suprématiste blanc qui veut nier l’évidence !

Pas du tout. Un peu de chronologie paraît nécessaire pour revenir à la vérité historique.

Race et esclavage, la chronologie

Dans l’Antiquité, l’esclavage était général dans l’empire romain, chez les Grecs et ailleurs. Il ne concernait que les blancs, seuls habitants de ces régions. Je mets de côté l’Égypte pharaonique puis grecque et romaine, qui était au contact des populations noires dans son extrême sud.

Au Moyen Âge l’esclavage a disparu en Europe occidentale.

Manière dont les prisonniers chrétiens sont vendus comme esclaves au marché d'Alger. Gravure hollandaise de 1684.
Manière dont les prisonniers chrétiens sont vendus comme esclaves au marché d’Alger. Gravure hollandaise de 1684.

En Afrique subsaharienne esclavagistes et esclaves étaient noirs, avant comme après l’arrivée des Européens dans les comptoirs africains, tout simplement parce qu’il n’y avait pas de population blanche.

Dans l’empire ottoman, qui comprenait l’Algérie mais pas le Maroc, les esclaves étaient européens et subsahariens.

De même au Maroc, dans la péninsule arabique et j’en oublie.

Les blancs étaient des prisonniers de guerre (principalement pris par les Turcs en Europe orientale et dans le Caucase) ou des populations civiles razziées (principalement sur les côtes espagnoles, françaises et italiennes par les pirates « barbaresques» maghrébins).

 

la traite arabeLes noirs étaient dans un premier temps achetés par les marchands arabes aux Africains en échange des biens manufacturés. Puis, au fur et à mesure des progrès arabes en armement, ces échanges devinrent des razzias de populations entières et certaines populations africaines et certaines populations africaines étaient train de disparaître à l’arrivée des armées coloniales. A ce sujet vous pouvez vous reporter à l’étude d’Olivier Pétré-Grenouilleau : La traite oubliée des négriers musulmans.

Plus tard, au 18e et XIXe siècle les reculs des armées musulmanes, notamment turques, en Europe et en Asie occidentale et centrale tarirent la source d’esclaves blancs dans le monde musulman, où le mot arabe pour esclaves  se confondit avec le mot « noir », comme le rappelle Alban Dignat dans Des origines au XXe siècle L’esclavage en Afrique.

Revenons chez les chrétiens.

Quand les Européens ont commencé à occuper les Amériques, ils ont entrepris une colonisation agricole et ont réduit « les Indiens » en esclavage. Mais Charles Quint en 1526, puis le pape en 1537, le leur a très vite interdit (Controverse de Valladolid).

Les nouveaux propriétaires fonciers se sont alors tournés vers le marché aux esclaves existant en Afrique subsaharienne et en ont acheté aux autorités locales. Ces propriétaires des deux Amériques étaient en très grande majorité des blancs, mais certains étaient africains ou mulâtres.

En Afrique, pour les Européens, cette époque était non pas celle de la colonisation, qui date de la fin du XIXe siècle, mais des comptoirs. Les premiers datent de la Renaissance et se sont installés avec l’accord de l’autorité africaine locale. C’étaient des lieux de commerce où étaient échangés les produits européens et les produits africains, dont les esclaves.

Quand les Européens ont colonisé l’Afrique à la fin du XIXe siècle, ils avaient aboli l’esclavage dans leurs colonies américaines et l’ont donc aboli également en Afrique.

Ainsi prirent fin la traite intérieure (entre Africains) et la traite génocidaire arabe, bien décrite par l’anthropologue sénégalais Tidiane N’Diaye.

La traite arabe perdit aussi ses débouchés en Afrique du Nord avec l’arrivée des Français.

C’est au Maroc que l’esclavage a disparu le plus tardivement (en 1922) puisque les Français n’ont vraiment administré le pays qu’à partir de 1919 du fait de la guerre, même si le début du protectorat date de 1911.

Donc grâce à la colonisation européenne en Afrique et à la guerre civile américaine, qui se termine en 1865, l’histoire de l’esclavage se termine. À chacun d’apprécier si, 5 à 7 générations plus tard, cela détermine encore les trajectoires professionnelles et familiales.

De l’esclavage au racisme, un phénomène américain

Il y eut toutefois une exception importante : le sud des États-Unis.

À contre-courant de l’évolution intellectuelle en Europe, illustrée notamment par Montesquieu, les États-Unis institutionnalisent le racisme sur tout leur territoire, notamment avec la loi de « naturalisation » du 26 mars 1790, qui la réservait aux blancs.

C’est en 1861 que le gouvernement américain supprime l’esclavage. Le Sud fait sécession. Il est battu en 1865 et l’esclavage y est alors supprimé.

Un Noir boit à un distributeur d'eau réservé aux « gens de couleur » à un terminal de tramway en 1939, à Oklahoma City.
Un Noir boit à un distributeur d’eau réservé aux « gens de couleur » à un terminal de tramway en 1939, à Oklahoma City.

Mais les États-Unis étant un pays très décentralisé (États, municipalités …) beaucoup d’autorités locales mirent en place des politiques racistes qui ont considérablement réduit les droits des noirs, y compris sur le plan électoral.

Ces politiques ségrégationnistes ont été démantelées depuis plus de 50 ans, mais leur souvenir est resté et certaines mentalités « blanches » en sont encore imprégnées. Remarquons qu’il ne s’agit plus de l’esclavage, même s’il y a une évidente continuité historique.

C’est dans ce contexte que le déboulonnage des statues d’hommes politiques vivant à l’époque de l’esclavage se répand aux États-Unis, dont une statue de Louis XVI. Ce dernier est pourtant l’acteur principal de l’indépendance américaine avec la création d’une flotte qui a permis de neutraliser celle de la Grande-Bretagne, notamment à Chesapeake, permettant aux Américains et à Lafayette leur victoire sur terre.

On se focalise aujourd’hui sur les différences sociales.

Les statistiques montrent en effet un très réel retard économique et scolaire de la population « noire » américaine.

Une parenthèse pour dire que jusqu’à récemment, était considérée comme noire toute personne « ayant une goutte de sang noir ». La définition a changé et le président Obama a fait savoir qu’il avait coché la case du recensement « origine mixte ».

Mais quel est le lien entre ce retard économique et scolaire et le racisme au sens courant du terme ?

Une partie de la différence raciale ainsi statistiquement apparente s’explique par la proportion élevée des mères célibataires dans la population noire (55%), avec leur conséquence sur les revenus et les difficultés d’éducation des enfants.

Familles monoparentales aux Etats-UnisOn peut discuter à l’infini de l’origine esclavagiste de cette différence, et des mesures à prendre pour la faire disparaître, en gardant à l’esprit que des allocations préférentielles peuvent générer des effets pervers : par exemple, cela a eu pour conséquence imprévue de faire des mères célibataires la cible de séducteurs parasites, ce qui n’arrange pas leur situation.

Et puis, une corrélation statistique ne dit rien de plus que ce qu’elle indique.

Les mères célibataires blanches sont plus nombreuses que les noires (7, 5 millions contre 3,4), même si elles forment une partie plus faible de la population blanche (14,6 % contre 55,5 % chez les femmes noires). Voir à ce sujet l’étude sur les Familles monoparentales aux États-Unis de Sylviane Diouf-Kamara.

Et leurs problèmes sont également graves bien que non raciaux, ce qui affaiblit le lien de cause à effet entre la race et leur situation.

Enfin le phénomène n’est devenu massif que dans la deuxième moitié du XXe siècle, donc longtemps après la fin de l’esclavage.

Cette histoire américaine est très loin des généralités sur l’esclavage ou le colonialisme, surtout quand elles visent la France ou la Grande-Bretagne pour leurs actions en Afrique.

Police et racisme

En France, comme aux États-Unis, la police est pluriethnique. C’est une promotion sociale d’y entrer. Dans les colonies anglaises et françaises, c’était également le cas, comme pour l’armée.

Bien sûr, les policiers ne sont pas des anges, comme dans beaucoup d’autres professions. Leur métier comprend l’usage de la force, comme d’autres métiers comprennent l’usage de l’argent et il y a dans les 2 cas des dérapages dont la justice est saisie. Là aussi on peut tirer des corrélations mais qui ne disent pas où est la cause et où est l’effet.

Plusieurs solutions ont été envisagées. La plus simple est que toute interpellation soit automatiquement filmée. On a également envisagé de donner « un reçu » de contrôle policier des papiers pour éviter leur multiplication « au faciès » … mais qui suppose un nouveau contrôle pour être certain qu’il n’a pas été passé à un copain…

Les manifestants voudraient peser pour cela sur le pouvoir politique. Mais dans un État de droit, ce n’est pas le politique qui rend la justice. C’est au juge de dire si tel policier est abusivement violent, ou raciste.

N’oublions pas qu’en Afrique la brutalité policière est beaucoup plus répandue qu’en France, ainsi que la corruption et l’extorsion de fonds, notamment aux automobilistes. Donc, s’il y avait des statistiques locales et si on utilisait là aussi les corrélations, la police française croulerait sous les félicitations de la population africaine !

Et la colonisation ?

L’Afrique est en effet un continent où la violence dans certains États est infiniment plus grande qu’en Europe et en Amérique du Nord, alors que l’ordre public était bien plus calme à l’époque coloniale. Et ceux qui disent que c’était à cause d’une pression policière et militaire ne savent visiblement pas que la police et l’armée étaient alors largement indigènes.

Civilization The West and the RestUn livre fondateur pour ceux qui s’intéressent aux grandes synthèses anglo-saxonnes est « Civilization, the West and the Rest » (La civilisation, l’Occident et le reste du monde) de Niall Ferguson. Auteur qui par ailleurs est marié avec Ayaan Hirsi Ali, réfugiée aux États-Unis après les menaces islamistes reçues aux Pays-Bas, où elle était députée.

L’auteur raille la classe intellectuelle qui affirme que tous les malheurs du monde sont le fruit du colonialisme disparu depuis plus d’un demi-siècle, colonialisme devenu un alibi commode pour les pires dictateurs. Sa position rappelle celle de Raymond Aron pendant la guerre froide.

Il estime que la civilisation occidentale a un bilan globalement très positif pour l’ensemble du monde. Notamment en ayant apporté, ou tenter d’apporter, « la propriété et l’État de droit », donc la prospérité en économie (voir l’Asie de l’Est et du Sud-Est), et la médecine dans le domaine scientifique.

Par ailleurs, les métropoles ex coloniales sont généreuses, ayant accueilli tous les réfugiés « indigènes » même ceux qui avait pris les armes contre elles avant d’être purgés par ceux qu’ils avaient aidés à prendre le pouvoir.

Enfin, avant d’attaquer les sociétés occidentales, on pourrait, par exemple se souvenir de la mise en esclavage actuelle par les Libyens des migrants subsahariens ou moyen orientaux qui transitent par ce pays.

La France contaminée par les États-Unis

Comme souvent, les modes américaines sont saisies avec empressement par une partie des intellectuels français.

On a exigé le déplacement d’une statue de Colbert, notamment parce qu’il a été un des rédacteurs du « code noir » qui réglementait les rapport maître/esclave pour éviter les pires abus… ce qui illustre aux yeux des « décoloniaux » qu’il connaissait le système et ne s’y opposait pas.

Devra-t-on aussi déboulonner les statues de Socrate ou de Cicéron qui, eux, avaient des esclaves chez eux et non dans des îles lointaines ?

L’œuvre de Colbert, dont je ne suis pas un admirateur, a été par ailleurs très importante et il mérite amplement sa statue. Le problème pourrait se résumer à quelques lignes sur le socle de la statue décrivant les aspects positifs ou non de son œuvre.

Mais les intellectuels arrivent parfois à influencer les gouvernants.

Ainsi, la loi Taubira du 10 mai 2001 a fait de la traite européenne, et elle seule, un crime contre l’humanité, et son anniversaire est devenu une « journée de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions », réinjectant dans les esprits des drames qui ne correspondent plus aux situations sociales d’aujourd’hui, mais permettant à certains d’utiliser la corde sensible de la victimisation.

Pourtant, la France n’a eu aucun rôle moteur dans cette histoire universelle.

Depuis, se sont multipliées les manifestations d’une pensée « décoloniale » ou « indigéniste » au vocabulaire marxiste.

On voit ressurgir le vocabulaire de la race dans le milieu universitaire et chez les jeunes.

Le groupe le plus en vue dans ce domaine est le Parti des indigènes de la République (PIR) qui proclame « le racial d’abord ».

En filigrane, il y a la conviction que la France a construit sa richesse sur son empire colonial et la division raciale. C’était la vieille conviction de Lénine, qui a poussé les partis communistes locaux à agir pour l’indépendance des colonies, pensant que la France et la Grande-Bretagne s’effondreraient. Ce qui n’est pas arrivé et montre l’incompréhension communiste du système de développement libéral.

Combattre « le privilège blanc »

Sans faire de Piketty un marxiste au sens précis du terme, remarquons cette obsession du colonialisme dans sa tribune dans Le Monde du 13 juin 2020 : « La vague de mobilisation contre le racisme pose une question cruciale : celle des réparations face à un passé colonial et esclavagiste qui décidément ne passe pas ».

Même obsession chez Françoise Vergès qui, dans son ouvrage « Un féminisme décolonial » estime que les féministes occidentaux n’ont pas tenu compte du racisme dans l’oppression des femmes et cherchent à imposer aux femmes du Sud un mode de vie occidental.

La confusion avec le problème américain est manifeste dans Le Monde de 12 juin : « Avec le mouvement Black Lives Matter, le Royaume-Uni et la Belgique s’interrogent sur leur passé colonial».

La synthèse de ces mouvements et analyses peut être résumée par la formule : « le privilège blanc », qu’il faut évidemment combattre.

Bref, suivez la mode, repentez-vous, bien que vous-même et la quasi-totalité de vos ascendants lointains n’y soient pour rien.

Pour Sartre, être anticommuniste c’était « être un salaud », aujourd’hui parler de l’époque coloniale comme étant un objet historique à étudier, c’est être « un réactionnaire blanc » à faire taire.

Rien ne pourrait faire plus plaisir aux dictateurs africains pour faire oublier leur police politique, leur violence et les catastrophes économiques et sociales qu’ils ont suscitées !

L’obsession anticoloniale retarde le développement africain

Le noyautage des universités françaises

Aux États-Unis il y a maintenant quelques décennies que des groupes d’étudiants réussissent à faire renvoyer des enseignants pour avoir tenu des propos non acceptés par telle ou telle minorité raciale, sexuelle ou politique.

Le mouvement gagne des universités françaises.

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Affiche d’un festival féministe anticolonial à Paris 8.

En 2016 se lancèrent les groupes en « non-mixité racisée » de Paris VIII.

En 2017 les ateliers de même étiquette ont été organisés par le syndicat d’enseignants Sud éducation 93, et dénoncés par Jean-Michel Blanquer, la Licra et SOS racisme.

Et les universitaires prennent le train en marche, toujours en suivant les États-Unis.

J’ai noté l’annonce suivante sur une « liste » internationale d’historiens : « Je suis en train de monter un projet décolonial sur le genre, la race et violence sexuelle dans la littérature française. Pour l’instant, j’ai une documentation sur Fanon, Camus, Sartre et Guyotat, mais je voudrais les contributions de femmes auteurs. Envoyer les suggestions à… »

On est donc passé d’une conception d’un racisme qui serait le fait d’acteurs individuels déviants, et donc de groupuscules ou de partis secondaires, à la proclamation d’un racisme généralisé anti-blanc en représailles à leur héritage colonial, qui n’a pourtant pas touché la masse des Français, et dont une partie des acteurs étaient des gens dévoués aux populations locales.

J’en connais qui sont morts bouleversés de se voir traiter de monstres sanguinaires par des ignorants de leur travail concret.

Naturellement, ce « racisme par l’antiracisme » déclenche des réactions.

La réaction des « vieux blancs »

Jean-François Revel avait écrit dès 1999 dans La fin du siècle des ombres : « l’antiracisme fabrique plus de racistes qu’il n’en guérit […] L’antiracisme idéologique, qu’il faut soigneusement distinguer de l’antiracisme effectif et sincère, attise les divisions entre les humains. »

De même, Pascal Bruckner remarque les slogans lancés le 6 juin 2020 lors de la manifestation « antiraciste » à Paris : « Sibeth traître à sa race », « mort aux Blancs », et conclut : « On réinvente l’apartheid, on revient aux années 1930 tout en prétendant les combattre ».

De même, dans l’Express du 18 juin Élisabeth Badinter note : « La race partout, c’est la naissance d’un nouveau racisme ».

Enfin, je citerai deux références hors de France :

L’une dans le domaine universitaire, celle d’Andrew Sobanet Generation Stalin: French Writers, the Fatherland, and the Cult of Personality (Génération Staline : les écrivains français, la patrie et le culte de la personnalité).

C’est la conversion à un stalinisme total et qui paraît aujourd’hui caricatural des plus grands écrivains français des années 1930 : le prix Goncourt Henri Barbusse, Romain Rolland, Paul Éluard et Aragon,

L’autre d’un homme de terrain non universitaire, Kakou Ernest Tigori, dont les deux bisaïeules ont été vendues comme esclaves à d’autres africains. Cet écrivain ivoirien est l’auteur de « L’Afrique à désintoxiquer : sortir l’Europe de la repentance et l’Afrique de l’infantilisme » (2018).

L’Afrique à désintoxiquer : sortir l’Europe de la repentance et l’Afrique de l’infantilisme

Mon avis personnel

Et maintenant je vais aggraver mon cas en persistant et signant.

D’abord, je suis « a-raciste » par éducation, et ce n’est que peu à peu que j’ai constaté, à ma surprise, que le monde entier était raciste : j’ai entendu les Asiatiques et les Maghrébins traiter les noirs de (censuré) et des noirs faire de même en visant leurs voisins. Dire que c’est du tribalisme ou de la xénophobie ne change pas le résultat : des remarques désobligeantes d’abord, puis la répression et les massacres. C’est une première raison de trouver le débat actuel ignorant, voire hypocrite.

Ensuite avec mes bientôt 80 ans et ayant été plongé très jeune dans la vie historique et politique, j’ai rencontré des témoins dont certains avaient vécu la fin du XIXe siècle. Ils étaient de toutes origines ethniques et politiques dans ce qui était alors l’empire français.

Par exemple mon grand-père était communiste au Vietnam.

J’ai également vécu la guerre froide, et le débat actuel me rappelle dramatiquement cette époque où beaucoup d’historiens et d’intellectuels francophones, français ou non, ont trahi leur mission en suivant, après les célèbres exemples ci-dessus, la mode soviétophile de l’époque.

Certains se sont rendus compte d’avoir été manipulés et ont changé de cap quelques années plus tard, à commencer par le président Senghor avec qui j’ai beaucoup discuté.

Comme aujourd’hui, les universitaires des années de l’après deuxième guerre mondiale brandissaient l’argument d’autorité en citant tel livre et plus généralement « le dernier état de la recherche » pour s’opposer au système politico-économique français et orienter les esprits vers « la grande lueur qui se lève à l’Est ». Qui s’exprimait autrement n’était qu’un réactionnaire qui serait bientôt ridiculisé.

Sartre, Simone de Beauvoir et Philippe Sollers sont ainsi allés en Chine sans s’apercevoir que les gens y mouraient de famine et de persécution. Mais c’était la « mode Mao ».

François Furet, Edgar Morin, Régis Debray, Annie Kriegel, Michel Foucault, Jean-François Desenti, Alain Besançon, Étiemble et bien d’autres ont suivi la mode marxiste, voire soviétophile de leur temps et s’en sont repentis ensuite dans des livres à succès, dont je vous recommande vivement l’instructive lecture.

D’où ma grande réserve envers ceux qui suivent une mode intellectuelle, actuellement décoloniale, et mon message : « ne recommencez pas, ne suivez pas les modes, l’histoire se décante petit à petit au fil des discussions contradictoires et non des condamnations du passé »

N’allez pas maintenant suivre aveuglément la mode décoloniale !

Yves Montenay

 

A propos de l’image de couverture :
« Slavers Revenging their Losses » (Livingston, 1866) dans Esclavage dans le monde arabo-musulman (source Wikipedia)

22 commentaires sur “Racisme, esclavage et colonies : l’histoire méconnue”

  1. Excellente synthèse. Ceux qui prônent les repentances ou autres réparations en tout genre de la part des grandes puissances coloniales occidentales, devraient y réfléchir de plus près et plus longuement…! Un tel processus enclenché à l’échelle internationale pourrait bien avoir des effets catastrophiques pour les populations (et leurs États actuels) issues des anciennes colonies occidentales. En effet, pas mal de ces pays colonisés ont été, eux aussi dans leur passé, de grands pays colonisateurs.Une mécanique infernale serait alors lancée par laquelle tout le monde serait en droit de réclamer réparation à des contemporains qui ne se sentent pas forcément responsables des agissements de leurs ancêtres et qui, du coup, seraient refroidis à l’idée de tout acte de coopération avec les Etats quémandeurs de réparations. Au lieu de pacifier le monde, ce type de mécanique mentale, si elle devait s’institutionnaliser, provoquerait un effondrement de tous les investissements non nationaux et non locaux. Exactement l’inverse, donc, du projet anti-raciste ou humaniste affiché généreusement: ce ne serait pas la première fois que des idéologues dopés aux bonnes intentions enclencheraient un processus à mille lieux de leurs projets originels…!

    1. Merci ! Effectivement, pourquoi la France, l’Italie et l’Espagne ne demanderaient-elles pas de réparation et de repentance à Alger ?

  2. Toujours heureux de vous lire. Merci ! Votre démonstration et vos explications sont parfaites ! Mais qui finance, qui racialise, qui manipule, qui dirige, qui tire les ficelles des pantins qui nous dirigent ! Nous avons bien vu, avec les question posées à Madame Buyzin qu’un Ministre ne contrôle rien ou pas grand chose ! Qui est en mesure de dénoncer nominativement tous les responsables cachés de cette situation mondiale, en tout cas pour ce qui concerne le monde occidental ? En ce qui concerne l’esclavage transatlantique qui étaient les principaux bailleurs de fond ? Les africains eux même n’avaient-ils pas la part la plus importante de responsabilité sur la traite négrière ? Et le monde Arabe, encore aujourd’hui ?

    1. Aux États-Unis il y a d’une part les mouvements afro-américains, ce qui est normal, d’autres par des activistes qui poussent n’importe quelle cause pourvu qu’elle ébranle une société qu’ils n’aiment pas. En France, le relai a été effectué par toute une palette allant des marxistes et révolutionnaires de tout poil aux humanitaires idéalistes mais un peu ignorants, en passant par le simple carriériste qui monte dans tous les trains permettant notoriété et carrière.

      Y a-t-il quelqu’un derrière tout ça ? Je n’en sais rien

  3. Excellente analyse cher ami dont je partage notamment la conclusion. Votre article aurait une place bien légitime dans la revue « Méthode ».

      1. Re bonjour Ma question était mal posée, je ne pense pas qu’il y ait quelqu’un mais un systéme organisé puissant financierement, politiquement, judiciarement, je comprend que cela soit difficile à savoir qui…

  4. Et comme toujours et partout dans les mouvements militants, il y a souvent un train secondaire qui se cache derrière le principal…Dans le mouvement actuel contre le racisme, il faut retenir cette déclaration de la Cofondatrice de « Black Lives Matter », à Toronto: « les Blancs n’ont pas une quantité élevée de mélanine, qui les empêche d’absorber la lumière, et avec elle un sentiment de clarté morale »…! C’est tout simplement une déclaration raciste.

    1. La mode balaye toute réflexion et mène à tous les excès. Quand il s’agit de chapeaux ou de la transparence des robes, ce n’est pas grave, mais quand il s’agit d’idées lancées par des activistes c’est dramatique …

  5. Peu d’historiens en font état mais, l’abolition de l’esclavage n’est-elle pas due à la machine à vapeur (même en partie ou tout du moins un des déclencheurs) et autres qui remplaçaient 10 esclaves ?

    1. Votre idée est logique. Il faudrait regarder de plus près dans l’espace et dans le temps. Les débuts de la machine à vapeur ont eu lieu dans les pays où il n’y avait pas d’esclavage.
      Si l’on pense aux Antilles, la coupe de la canne est restée manuelle très longtemps et l’est encore sauf erreur à Cuba, alors qu’elle est mécanique en Australie, par cet héritier de la machine à vapeur qu’est le moteur à explosion.
      Bref, à creuser

  6. Bravo de citer Tigori qui le rappelle : tous les chefs d’État africains de la décolonisation étaient marqués par le communisme. Ne parlons pas de l’Asie du sud est. En plein XXème siècle, les petites idéologies françaises ont littéralement vérolé la planète…
    Mais les grands écrivains de la colonisation sont Jacques Marseille et Daniel Lefeuvre: ils ont démontré l’inutilité et le cout injustifié d’une colonisation qui fut une erreur économique complète et bien sur une erreur géopolitique catastrophique.

    Les racialistes anti occidentaux nourris sur notre sol sont des niais ignorants extrêmement dangereux porteurs fascistes d’une violence à venir. Fasse que la vérité historique et la culture raisonnée nous évite un retour, cette fois sur notre sol même, des grandes luttes entre des peuples qui se haïssent.

  7. Les chiffres parlent: En 1959, toutes dépenses confondues, l’Algérie engloutissait ainsi 20% du budget de l’Etat français, soit davantage que les budgets additionnés de l’Education nationale, des Travaux publics, des Transports, de la Reconstruction et du Logement, de l’Industrie et du Commerce.

    Pour ce qui est de l’esclavage et des fake news de son histoire, ne sont-ils pas une arme de la doxa culpabilisatrice ?

    1. Merci pour ce complément (votre premier paragraphe). Pour la doxa, oui, et cela en montre l’imprégnation de beaucoup de gens sincères, ce qui est grave

  8. Peut-on dire aujourd’hui qu’il est plus rentable pour un employeurs de disposer d’une main d’oeuvre « à pas cher » sans avoir à souffrir des obligations et des contraintes qu’imposaient un esclave, prix d’achat, entretiens, soins etc, alors qu’un salarié ne coute pas à l’achat, pas d’entretein, pas de soins etc, sinon un salaire, souvent très bas, d’autant que la main d’oeuvre immigrée et en particulier l’irrégulière propose une masse de travailleurs à bas prix et au black…Peut-on dire que l’esclavage a changé de visage, ce qui lui a permis de changer de nom ?

    1. Je ne suis pas d’accord, ce n’est pas de même nature. Bien sûr il y a des cas particulier d’esclaves bien traités au-delà de la simple nourriture, et des salariés s’étant laisser esclavager. Mais en Occident, et maintenant en Chine et ailleurs, la majorité des salariés a un niveau de vie inespéré et il y a un siècle ou deux (et beaucoup moins que ça en Chine)

    2. Confondre travail exploité (typiquement celui effectué par la main d’oeuvre immigrée, même au moyen orient) et esclavage est une erreur profonde qui méconnait complètement ce qu’est et ce qu’a été l’esclavage. A moins que ce ne soit qu’une manière de parler, basée sur la lente érosion du vrai sens des mots…

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