D’innombrables études se penchent sur la moindre efficacité de l’économie française par rapport à des pays comparables. Elles mettent en cause la centralisation, la formation, le manque de capitaux, la fiscalité chargeant les entreprises, la préférence pour les loisirs, la bureaucratie… Mais ces études omettent une cause essentielle selon moi : l’égalitarisme qui règne en France.
L’égalitarisme est devenu en France un réflexe intellectuel et parfois même un dogme : il est enseigné, répété, célébré comme une évidence morale. Beaucoup de différences sont considérées comme des injustices.
On est passé de la promotion de « l’égalité des chances » à une volonté de réduction systématique des écarts.
Sur le long terme, cette culture de l’égalitarisme pèse sur la production nationale, donc sur le niveau de vie général.
L’égalitarisme, un courant d’idées qui a plus de 2 siècles en France
L’égalitarisme moderne date de la Révolution française.
L’égalité est juridique : abolition des privilèges, égalité devant la loi, accès ouvert aux charges publiques. Sa légitimité est indiscutée.
Mais très vite apparaît une lecture plus radicale. Gracchus Babeuf, lors de la « Conjuration des Égaux » (1796), défend l’idée d’une « égalité réelle des conditions« .
La « Conjuration des Égaux » est une tentative insurrectionnelle menée sous le Directoire par Gracchus Babeuf et ses partisans (pour les non-latinistes, ce prénom évoque « les tribuns de la plèbe » chargée des revendications du peuple).
Elle visait à instaurer une égalité réelle des conditions : supprimer les grandes propriétés, mettre les ressources en commun et organiser une répartition collective des biens.
Babeuf dénonçait l’écart persistant entre riches et pauvres malgré la fin des privilèges. Le complot fut découvert ; Babeuf fut arrêté, jugé et exécuté en 1797.
Marx, un demi-siècle plus tard, reprend et systématise cette ambition : pour lui, l’égalité juridique masque les inégalités structurelles du capitalisme. Il faut donc abolir la propriété privée des moyens de production pour obtenir une égalité réelle.
Marx a inspiré de nombreux régimes politico-économiques.
Mon expérience personnelle (URSS, Roumanie, Vietnam…) et de nombreux travaux ont montré que, dans ces nouveaux régimes communistes, les inégalités restaient très fortes. Et simplement que les bénéficiaires en avaient changé, étant en général proches des pouvoirs communistes ou autoritaires.
Le XXe siècle
La révolution industrielle, suivi de la révolution informatique et peut-être demain celle de l’intelligence artificielle, ont déclenché de tels progrès de productivité, donc de niveau de vie, que le frein de l’égalitarisme est passé en arrière-plan.
Mais le progrès français reste inférieur à celui d’autres pays industrialisés.
En 1950, la France sort affaiblie de deux guerres mondiales et de perturbations politico-économiques (le Front populaire, la crise mondiale de 1929…).
Le pays a perdu du capital productif et une grande partie de ses jeunes, de toute qualification. Par exemple, la quasi-totalité des promotions mobilisées de l’Ecole Normale Supérieure pendant la première guerre mondiale.
L’épisode largement marxiste du Front populaire, quelles que soient ses « bonnes intentions » sociales, illustre l’incompréhension des mécanismes économiques.
Les congés payés et la hausse générale des salaires se sont cumulées sans que l’on prenne conscience que le coût pour l’entreprise est le double pendant les congés : le salaire + la perte de production.
Les 40 heures (pas d’heures supplémentaires dans un premier temps) ont bloqué la production, accru le chômage et il a fallu le changement de gouvernement pour qu’Alfred Sauvy puisse se faire entendre et que l’on autorise les heures supplémentaires.
Bref, vers 1950, nous supportions 40 ans de catastrophes et d’erreurs. À cette date, le PIB par habitant français en PPA se situe autour de 8 300 dollars internationaux (2011), alors que les États‑Unis avoisinent 15 200 dollars. Un Français était alors quasiment 2 fois plus pauvre qu’un Américain.
Entre 1950 et 2000, la France effectue un rattrapage spectaculaire. En 2000, elle atteint environ 33 400 dollars contre 45 900 aux États‑Unis, soit environ 73 %. Près de vingt points gagnés en un demi-siècle.
Cette performance repose largement sur la diffusion de technologies déjà éprouvées ailleurs. On cite généralement le Plan Marshall, les missions de productivité aux États-Unis et au Japon.
Citons également l’ouverture européenne validée par de Gaulle et les réformes institutionnelles et économiques lancées par ce dernier.
J’ajoute mon avis personnel : un enseignement resté relativement traditionnel et récompensant le mérite.
Les réformes que je vais critiquer plus bas datent certes du XXe siècle mais leurs effets ne se sont fait sentir que sur les adultes du XXIe.
Le XXIe siècle
Depuis le début des années 2000, la dynamique s’inverse.
Autour de 2022, le ratio France/États-Unis retombe autour de 67 %. Le contraste est cruel avec la Suisse, pourtant de civilisation et de culture très voisine, et qui a, elle, dépassé les États-Unis.
Comment s’explique ce déclin relatif ?
La productivité horaire française demeure élevée, mais le volume total de travail par habitant est plus faible.
Entrée tardive dans la vie active, durée annuelle réduite (les 35 heures en juillet 2000 !), les retraites précoces et donc longues, les taux d’emploi inférieurs à nos voisins.
C’est là que l’on retrouve, à mon avis, l’égalitarisme, indissociable de l’ignorance économique. Cette dernière permet à cette idéologie de durer et notamment de se transmettre par l’école : on ne dit pas, et surtout l’on n’enseigne pas, que le niveau de vie c’est ce que l’on consomme, donc ce que soi-même ou d’autres produisent… sauf endettement.
Égalitarisme et économie
L’égalitarisme se matérialise par une redistribution massive : non seulement des impôts progressifs, mais aussi et surtout, en masse financière, des services gratuits égaux pour tous, comme la santé et l’éducation.
Le système est cohérent et protecteur. Mais la redistribution n’existe que si la production le permet. La plupart des pays développés en sont plus conscients que nous et s’organisent en conséquence.
De plus l’égalitarisme pousse à taxer la réussite entrepreneuriale, de toute façon moralement suspecte depuis Marx.
Les effets de cet endoctrinement sont graduels et cumulatifs. De multiples témoignages dénoncent aujourd’hui une coupure entre les générations : les anciens seraient plus consciencieux et conscients de l’utilité sociale de leur travail, que les jeunes à la fois moins impliqués et moins bien formés.
Cette évolution correspond grosso modo à l’évolution de l’éducation nationale.
L’école : de la méritocratie au chouchoutage ?
À la fin du siècle dernier, un club d’enseignants m’a demandé d’analyser les programmes scolaires de Sciences économiques et sociales (SES), censés enseigner les mécanismes économiques aux élèves des lycées.
J’y ai trouvé des propos hostiles aux entreprises :
- Jamais on ne disait qu’elles étaient à l’origine du niveau de vie de tous, directement ou par redistribution.
- Ni que la croissance reposait sur des talents rares pour les nouveaux procédés et sur des entrepreneurs diffusant chacun à son échelle les dernières technologies …
Je n’ai pas été le seul à m’en apercevoir et un projet de réforme a visé à remplacer les SES par une éducation à l’entreprise calquée sur ce qui s’enseignait dans l’enseignement professionnel (un peu de droit, de comptabilité etc.).
C’était un premier pas, auquel il manquait toutefois le rôle économique des entreprises.
Mais c’était encore trop et la réforme s’est terminée par un compromis : 1h30 par semaine pour l’éducation à l’entreprise et la même durée pour les SES.
Depuis 2019, les SES ont gardé 1h30 en seconde et peuvent être choisir comme spécialité à concurrence de 4 ou 6 heures par semaine. Si le programme et les enseignants sont restés le même, ce n’est pas un progrès !
Plus important que cette bizarrerie des programmes, les classements internationaux montrent une dégradation des performances en mathématiques et en français. Cela au moment où l’économie est plus que jamais fondée sur le numérique, l’ingénierie et la recherche.
Les enseignants interrogés disent que la consigne est de “ne laisser personne de côté”, au risque délibéré de ralentir les meilleurs.
« Les groupes de niveau » ont été refusés « parce qu’ils stigmatisaient les moins bons ».
Tout cela est symbolisé par « le baccalauréat pour tous », auquel nous sommes presque arrivés.
Certes la stigmatisation a disparu, mais, devant la baisse du niveau desdits bacheliers, ce sont maintenant aux entreprises et aux universités d’assurer la formation qui a manqué ou régressé !
Par ailleurs, j’ai noté de nombreuses réflexions disqualifiant l’enseignement professionnel et technique, alors que les exemples de la Suisse et de l’Allemagne démontrent que ce n’est pas du tout une relégation et explique au contraire une partie du succès industriel de ces deux pays.
La baisse du niveau des élèves n’est pas le fait des enseignants, que je ne critique pas : ceux que je connais sont compétents et dévoués, et sont souvent en butte aux « pas de vague » de leur hiérarchie, comme je l’ai personnellement été, quand je dirigeais une école supérieure.
Ils sont de surcroit particulièrement mal payés en début de carrière, ce qui écarte probablement beaucoup d’éléments qualifiés.
C’est plutôt une critique de la hiérarchie et de l’inspection qui me semblent imposer un comportement très permissif.
Le dernier exemple rencontré est celui d’un contractuel de mathématiques au collège, licencié parce qu’il ne s’était pas assez soucié de « l’empathie avec les élèves » !
Le résultat de tout cela est de pousser les parents à des stratégies de contournement : enseignement privé, cours particuliers…, ce qui rétablit une hiérarchie sociale que l’on veut éliminer.
Je note d’ailleurs que le programme du parti socialiste prévoit une « nationalisation à long terme du privé ». Pourquoi détruire ce qui semble mieux marcher et qui par ailleurs coûte moins cher à l’État ?
Le comble à mon avis a été le programme Affelnet, qui, pour l’affectation dans les lycées, ajoute aux élèves « de milieux défavorisés » une note « compensant l’inégalité de départ ».
Autrement dit, on pénalise les enfants dont les parents se donnent du mal pour élargir la culture et les connaissances à domicile !
On peut résumer tout cela par une aversion culturelle à la réussite, et par la confusion entre uniformité et justice.
Conclusion : de l’école à l’économie
Finalement, une école qui nie les différences prépare une société qui a du mal à accepter la différenciation économique : elle installe l’idée que toute hiérarchie est une injustice, que toute sélection est une violence, que tout écart de résultat est une faute du système.
À l’inverse, les pays qui résistent mieux (Suède, Suisse) sont ceux qui articulent plus clairement l’égalité des chances et l’excellence, la protection et la responsabilité, la cohésion et la différenciation.
La productivité horaire française est encore bonne, et notre déclassement provient en partie de notre préférence pour les loisirs. Pourquoi pas, mais les politiques devraient expliquer que c’est un choix de société et que l’on ne peut pas avoir à la fois plus de loisirs et le même niveau de vie que les voisins, puisque ces loisirs sont pris sur la production.
Après quelques dizaines d’années d’égalitarisme à l’éducation nationale, ces idées infusent désormais l’atmosphère politique et gagne petit à petit le monde adulte, menaçant à terme notre productivité horaire : nous cumulerons le double handicap de travailler moins et produire moins pendant notre temps de travail réduit… avec quel résultat, à votre avis ? Certainement pas une hausse du niveau de vie !
Le débat ne me semble pas être “égalité contre efficacité”. Il oppose deux conceptions : l’égalité réelle des chances, exigeante, qui suppose des savoirs solides, une évaluation honnête, des parcours différenciés et réversibles ; et l’égalitarisme nivelant, qui affaiblit les fondamentaux, dénigre l’excellence et se prive des ressorts mêmes du progrès.
Si l’on tient toute hiérarchie pour injuste par principe, les inégalités économiques apparaissent nécessairement suspectes. Pourtant, le niveau de vie de tous vient de ce que quelques personnes et quelques entreprises captent une part disproportionnée de la valeur parce qu’elles innovent, prennent des risques, échouent souvent, réussissent parfois.
La France ne manque ni de talents ni de capacités. Elle a simplement placé l’égalisation des situations au sommet de sa hiérarchie d’objectifs… et notre déclassement en découle !
Yves Montenay

Largement d’accord avec vous. 31 années de direction de 4 collèges et 1 lycée professionnel m’amènent à ajouter un problème sur lequel j’ai souvent butté : la rigidité du statut des enseignants. Non pas que je conteste le statut, mais des circonstances particulières ou ponctuelles pourraient être mieux gérées avec une souplesse raisonnable.
Ce billet manque de solutions réalistes (autres que de quitter la France) pour sortir de cette situation
Il y en a au moins 2 dont les effets seraient très importants rapidement : l’autonomie des écoles et la fin du rationnement en nombre d’enseignants du secteur privé sous contrat. Et qui ne coûtent rien !
Je suis perplexe sur le privé car les parents sont de moins en moins solvables.
On pourrait par ailleurs ajouter qu’il y a beaucoup à redire sur l’enseignement supérieur privé, Parcoursup et la libéralisation de l’apprentissage ayant fait proliférer des écoles créées juste pour capter les aides et delivrant des diplômes sans valeur vous plombant plus sûrement un CV que l’absence de diplôme.
La ministre du travail de l’époque siége d’ailleurs à présent au conseil d’administration d’un groupe possédant sur ces aides, un beau cas de capitalisme de connivence…
Je veux rester sur des choses simples : le secteur privé sous contrat à les mêmes programmes que le secteur public, la différence est dans l’autonomie des écoles. Avoir plus d’élèves dans le privé coûte un peu moins cher et surtout est plus facilement gérable, donc pourquoi continuer à limiter à 20 % ce secteur privé ?
Encore une fois, pour qu’une privée soit viable, il faut encore que la demande soit solvable et c’est de moins en moins le cas…
Et je faisais pour ma part allusion au supérieur car ce qui a explosé ces dernières années, ce sont des écoles hors contrat promettant bien évidemment les mêmes salaires qu’en ayant fait HEC ou Polytechnique… Les diplômes ne sont généralement pas reconnus par le ministère et jouent généralement sur un vague label émanant de la CCI de Trifouilly les Oies…
Il est tout à fait vrai qu’il y a du supérieur bidon, mais les élèves s’en aperçoivent très vite.
Mais je parlais du primaire et secondaire, où nous avons un secteur privé qui marche mieux que le public, alors pourquoi le brider alors que ça ne coûterait rien de le libéraliser toutes choses égales par ailleurs.
« il est tout à fait vrai qu’il y a du supérieur bidon, mais les élèves s’en aperçoivent très vite. »
Justement pas car les nouvelles écoles bidons s’arrangent pour que ça ne se voie pas tout de suite mais seulement quand ils sont obligés d’aller jusqu’au bout sous peine de perdre les sommes déjà engagées…
Et puis il y a toujours l’espoir que ce diplôme puisse faire illusion.
C’est vrai qu’une partie des élèves des écoles bidons préfèrent perdre de l’argent que perdre du temps, et partent. Je suppose qu’ils en parlent autour d’eux et que ça ne continuera pas. Il faut toujours se renseigner avant de faire un gros achat, et ne pas hésiter à porter plainte en cas d’arnaque
Les élèves que je connais sont partis dès qu’ils ont réalisé le côté bidon
Nous sommes dans la vie réelle, pas dans une vie idéale : il y a des arnaqueurs et des arnaqués. Et parmi ces derniers il y en a qui réalisent plus ou moins vite.
Et pour cause, il n’y en a pas car la population augmente plus vite que la capacité de l’économie marchande à créer de la valeur dans un environnement concurrentiel, ce qui est une usine à fabriquer des individus économiquement non-viables…
Concrètement:
1 les revenus avant redistribution du premier décile de population ont été divisés par deux en 20 ans
2. Au bas mot 6 millions d’emplois de droit privé dépendent directement des dépenses et des commandes publiques (BTP, presse, culture…)
3. De manière plus diffuse, des millions d’autres en dépendent indirectement.
Je vous laisse débattre avec Moulin, et je reste sur des choses simples : l’économie marchande augmente au même rythme que la population à technique constante (2 fois plus boulangers s’il y a 2 fois plus de pain consommé) et plus rapidement si il y a progrès de la productivité
La France est un pays catholique d’où cette propension au misérabilisme que Marx pouvait déjà railler en son temps (« si c’est ça le marxisme, je n’ai jamais été marxiste! »).
Pour le reste, il faut être prudent avec les comparaisons internationales car la croissance dans les pays développés est le plus souvent tirée par l’inflation de certains secteurs, habituellement le logement, la santé et l’éducation.
Et encore une fois, la retraite à 60 ans et les 35h étaient des mesures d’accompagnement pour faciliter la restructuration de l’industrie car des qu’on laisse le choix au consommateur, il s’empresse de privilégier les produits importés car les entreprises françaises ont une fâcheuse tendance à sacrifier la qualité au nom de la rentabilité à court terme, comme Stellantis réembauchant des ingénieurs après en avoir massivement licencié au temps de Carlos Tavares adulé en son temps par les actionnaires…
L’égalitarisme (c’est à dire l’Idéologie, pour ne pas dire la Religion, de l’égalité formelle et juridique) va de pair avec l’uniformité (signalé dans l’article): et tout ça ne peut fonctionner qu’avec du contrôle, et de l’interdiction à tous les niveaux. Donc avec de une dépense publique exponentielle. Il y a aussi un aspect psycho-sociologique de cet égalitarisme latent dans l’esprit français : il promeut chez de nombreux citoyens atteints par cette obsession, une intolérance à la différence et (surtout) à la critique: la mise un mort d’un manifestant (Quentin) par un groupe de nature fasciste persuadé d’être du bon côté de la morale égalitariste (ou de l’histoire progressiste), persuadé aussi que cet ennemi était un propagateur de l’inégalité, est le fruit direct de cet esprit du contrôle et de l’interdit. Quand on est obsédé par la mise en ordre égalitaire de tout le monde, on finit forcément par tuer tout ce qui sort des clous.
C’est bien dit !
Pour prolonger cela, je conseille la lecture de l’historien autrichien Walter Scheidel, Une histoire des inégalités (2017, trad. fr. 2021 et 2024 en poche). C’est une sorte d’anti-Piketty:. Les périodes de progression de l’égalité sont plutôt concomitantes, observe-t-il, avec de grands malheurs collectifs, baptisés par lui « Les Quatre Cavaliers » (comme dans l’Apocalypse) : guerres, révolutions, faillite et effondrement de l’Etat, épidémies. Si l’égalité s’associe à la destruction et au déclin, les inégalités seraient-elles donc du côté du progrès ? Cela fait un peu penser au vieux débat entre Voltaire et Rousseau. Face au prédicateur Thomas Piketty, M. Scheidel est ici dans le rôle du blasphémateur.
Bonjour,
Vous écrivez à la fin de votre article : « ….nous cumulerons le double handicap de travailler moins et produire moins pendant notre temps de travail réduit ».
Je ne sais pas ce que vous entendez par « Temps de travail réduit ».
Les 35h ? Pourtant, malgré ces 35h, Eurostat indique que le salarié français travaille annuellement plus que le salarié moyen européen.
Les années effectivement travaillées? Dans ce cas, oui, c’est le cas!
Deuxième point qui me rend perplexe:
Vous écrivez : Pourquoi détruire ce qui semble mieux marcher et qui par ailleurs coûte moins cher à l’État ?
Ici, ce qui marche le mieux, c’est pour vous l’enseignement privé.
Rappelons que l’enseignement privé en France est subventionné à près de 80% par de l’argent public : formation et salaires des enseignants, entretien des locaux à charge des mairies et j’en passe… Un rapport d’un ministre de l’Education d’il y a deux ans environ indiquait que l’Etat dépensait plus pour un élève du privé que pour un élève du public et que les subventions accordées au Privé en France étaient plus élevées que la moyenne européenne ! De plus, ces établissements privés acceptent nettement moins d’enfants avec handicap que le public. Avec toutes ces conditions, il est normal que le privé semble réussir mieux. Et il ne coûte absolument pas moins cher que le public
Attention aux statistiques qui ne font pas toujours la distinction entre le temps partiel et le temps complet. Pour l’enseignement privé sous contrat, je lis comme vous qu’il est moins cher pour l’État du fait de la différence de statut des enseignants. Mais ça me paraît secondaire par rapport à l’autonomie dont jouit le directeur de l’école qui me paraît vraiment la clé.
Cher Yves Montenay, si vous aviez l’intention de provoquer, bravo ! Et si vous preniez en compte la qualité de la vie ? En attendant, je vous suggère de voir aussi , par exemple, ce type d’informations d’économistes (https://www.economiematin.fr/inegalites-revenus-education-fracture-sociale), et de cesser d’insulter les millions de citoyens qui vivent avec 1000 € par mois en leur disant que l’égalitarisme (votre traduction de « justice sociale » ?) est une maladie sociale… Au même moment, on commence à constater que , au contraire, les inégalités croissantes deviennent un frein à tout progrès, économique et social… Peut-être en reparlerons-nous lors d’une prochaine rencontre ? Allez, cordialement quand même ! Jean-Michel Eloy
Je suis ouvert à toute rencontre et j’en discuterai avec plaisir. Quelques mots en attendant : la France est beaucoup moins inégalitaire que la plupart des autres pays (après répartition : fiscalité, services gratuits dont l’éducation nationale etc.). Je n’insulte personne et je souhaite au contraire que toute personne vaillante soit mise en valeur par son salaire ou son statut. La formule « justice sociale » sonne bien, mais son contenu est flou et à mon avis l’égalitarisme n’est pas la meilleure façon de s’en approcher
réponse à Jean-Michel ELOY : je suis adhérent de l’Observatoire des Inégalités… ce billet d’économie matin rajoute des adjectifs « excessifs » et mélange les informations salariales et de revenus nets après redistributions et impôts. La France, après impôts et redistributions qui plombent sa compétitivité est très peu inégalitaire en chiffres… de statisticiens (la valeur produite dans une école des quartiers et dans le 7ème n’est pas du tout égale). Le problème de la France, ce ne sont pas les inégalités de niveau de vie mais le blocage économique et social. le blocage par toutes les normes et règles accumulées.
La France est relativement égalitaire car la redistribution tourne à plein régime, sinon, les inégalités avant redistribution font partie des plus élevées de l’OCDE et la situation s’aggrave depuis la déflation interne depuis les années 80, les salaires augmentant moins vite que les prix des dépenses essentielles au point que l’Etat doit à présent compléter le salaire d’un smicard à plein temps en CDI.
J’avoue ne pas bien comprendre. Les débats parlementaires ont été très fumeux, mais ont eu le mérite de faire sortir beaucoup de chiffres qui me paraissent montrer que la redistribution se fait en partie grâce à la dette et donc ne peut pas continuer comme ça.
C’est simple, il est de la redistribution qui est utile pour moderniser l’économie, Bismarck ayant inventé l’Etat providence pour affranchir les talents de la dépendance vis à vis d’entrepreneurs médiocres tout en coupant l’herbe sous pied des marxistes et des religieux.
Et il y a la redistribution purement clientéliste, mais on ne peut pas le dire car ça mettrait au tapis l’ensemble de la classe politique et le seul à rester debout serait Mélenchon car son électorat est né bien trop tard pour en profiter…
???
L’électorat de Mélenchon bénéficie aussi de notre gratuité de la santé de l’enseignement. Et puis la cause de la croissance n’est pas la redistribution, qui est au mieux à somme nulle, mais la productivité. Voir mon article récent
L’électorat de Mélenchon bénéficie aussi de notre gratuité de la santé de l’enseignement. Et puis la cause de la croissance n’est pas la redistribution, qui est au mieux à somme nulle, mais la productivité. Voir mon article récent
Oui, mais ça, les générations précédentes en ont également profité…
Et le coeur du coeur de l’affaire, c’est qu’avant le fameux tournant de 1983, la tendance générale était de favoriser le travail plutôt que la rente et à partir de 1983, la tendance s’est inversée, ce qui a renforcé les positions acquises des générations déjà possédantes au détriment des suivantes.
Et en plus, comme vous l’écrivez plus haut, les cadeaux qu’on fait aux générations possédantes depuis 40 ans sont payées par la dette…
Et le vote LFI c’est la jeunesse disant au niveau collectif « Papy, tu as une pension deux fois plus élevée que mon salaire, trois appartements, un million d’euros dans ton contrat d’assurance vie et tu changes de voiture tous les ans, tout ça est largement payé par la dette, moi je suis locataire avec un mois de salaire de côté alors AU NOM DE QUOI TU M… A ME DEMANDER DE REMBOURSER DES DETTES A TA PLACE?!? »
Vous avez largement raison, mais pour arrêter de générer la dette, il faut faire des économies sur lesquelles personne n’est d’accord. On préfère taxer les riches qui sont des employeurs directement ou indirectement … ce qui diminue le nombre d’emplois et le montant des salaires
Le dérapage c’est le soutien à la consommation des « inactifs » au détriment de la R&D et l’investissement. Cela commence avec l’arrivée des baby boomers en 1964 sur le marché du travail avec des départs à la retraite inférieurs de 200 000 par rapport à l’arrivée sur le marché du travail. On (nous) avons tiré toutes les ficelles (étudiants en socio, préretraites…) et actuellement seul un gros 1/3 des habitants en temps plein produisent (fonctionnaires compris) alors qu’un bon équilibre c’est proche de 50 %. Investir Investir Investir !!!
En gros, oui, mais la solution ? Je n’en vois pas d’autre que de travailler davantage si chaque catégorie continue à vivre au-dessus du niveau de vie économiquement possible, depuis le préfet cité dans un commentaire précédent, du « malade » qui a l’impression que les médicaments ou les urgences (80 % y vont pour des bobos) sont gratuits et que chaque électeur trouve un élu pour le défendre.
Vous avez largement raison(quoi que votre exemple soit exagéré), mais diminuer la dette, vous dire diminuer les dépenses, et personne n’est d’accord là-dessus. On préfère taxer les riches, en oubliant qu’ils sont directement ou indirectement des employeurs, ce qui diminue le nombre d’emplois et le montant des salaires.
« Vous avez largement raison (quoi que votre exemple soit exagéré) »
Absolument pas, mon exemple, c’est l’ancien conseiller financier de mes parents dans une sous-préfecture de province. J’ajouterais qu’il est parti en pré-retraite à 57 ans avec les trimestres validés jusqu’à 60 pour la « pénibilité » de faire 1/2h de route par jour pour venir au travail.
« Mais diminuer la dette, vous dire diminuer les dépenses, et personne n’est d’accord là-dessus. »
Et pour cause, indépendamment du clientélisme électoral, c’est la dette qui a permis le transfert sectoriel de l’industrie vers les services dans les années 70!!!!
Et la raison est simple, dans une économie « normale », l’agriculture et l’industrie sont les motrices et les services le wagon.
Et sans motrice, comment faire bouger le wagon? Et la solution, c’est utiliser la dette pour greffer un moteur bricolé au wagon en motrice, pardi!
Et vu que notre industrie automobile fabrique des moteurs nécessitant de faire le plein d’huile au moment de faire le plein d’essence…
« La France ne manque ni de talents ni de capacités. »
Oui, mais comme c’est parfois culturel de les maltraiter…
Dans les cuisines de certains restaurants, c’est encore une « tradition » de tabasser les apprentis dans les cuisines et on s’étonne d’avoir du mal à recruter!
Merci pour cette brillante analyse à diffuser dans tous les ministères à adresser à tous les médias.
Quand nos élites vont se décider à comprendre au lieu de faire en permanence de la démagogie stupide qui coule le pays !
Enfin la VÉRITÉ
Merci Marc ! Je suis très critiqué pour cela dans certains milieux
L’analyse est un peu courte car elle fait l’impasse sur le contexte ayant apporté de l’eau au moulin des idées de Baboeuf et de Marx…
On pourrait en particulier évoquer le suffrage censitaire et la Loi Le Chapelier qui n’ont pas manqué de créer des déterminismes sociaux de nature à révolter ceux ayant un minimum d’instruction…
A moins bien évidemment que ceux-ci ne profitent du système par le biais de la bureaucratie…
Je pense que plus de 2 siècles d’histoire ont réglé la question : les descendants de Marx et de Babeuf ont entraîné des famines et des répressions
Les entreprises qui le veulent peuvent déroger aux 35h, mais dans la pratique, bien peu le font et derrière les attaques persistantes contre les 35h, c’est en fait la rémunération des heures supplémentaires qui est visée, surtout par des entreprises de services à faible valeur ajoutée comptant sur le social pour payer les salaires à leur place…
L’entrepreneur regarde son prix de revient et son prix de vente, et s’organise en conséquence. La rémunération des heures supplémentaires permet ou non d’augmenter la production. Tout le reste est de la poésie politique.
Imposer des heures supplémentaires sans les rémunérer et plus largement se soustraire à ses obligations d’employeur fait partie intégrante du modèle économique de certains secteurs.
C’est assez facile de les reconnaître, il y a généralement dans un premier temps une éviction des salarié ayant passé les 35/40 ans au profit de travailleurs plus jeunes et quand ça ne suffit pas un remplacement des jeunes nationaux par des jeunes d’origine immigrée.
Et c’est pour ça que Mélenchon cartonne chez les jeunes de banlieue car les emplois à leur portée sont le plus souvent du style chauffeur Uber ou livreur Deliveroo où c’est l’horreur car c’est du salariat déguisé sous couvert d’indépendance et vous cumulez les inconvénients respectifs des deux statuts, ce qui n’est pour le coup pas sans rappeler la condition des ouvriers du 19e devenant aussi sûrement communiste qu’un objet qu’on lâche tombe par terre…
Vous avez une drôle d’idée des employeurs. Je l’ai été !
Oui, mais de mémoire dans l’industrie et aussi et surtout c’était il y a bien longtemps…
Et vous ne m’avez jamais dit où alors que je vous avais posé plus d’une fois la question pour me faire une idées quant à vos difficultés pour recruter…
Certes je suis retraité depuis longtemps, mais j’ai passé ma vie à former des autodidactes à la comptabilité ou à l’informatique. Aujourd’hui il faudrait en former une bonne partie à l’orthographe et aux français, sans parler de l’intelligence artificielle
Je fais allusion aux employeurs criant sur les toits d’avoir du mal à recruter car ce sont généralement les pires de la profession.
Vous m’aviez fait part de vos déboires, mais je soupçonne que les profils que vous auriez eu envie de recruter étaient partis de la région, vers des métropoles ou dans des zones frontalières avec des pays voisins où on n’est pas ostracisé comme en France passé 40/45 ans et où les salaires sont à des niveaux où vous n’auriez pas pu suivre…
Car il y a un vrai problème en France, c’est qu’outre les taxes, les donneurs d’ordres sont souvent en oligopsone et donc en position de force pour imposer impunément des conditions iniques, classiquement les centrales d’achat de la grande distribution qu’on appelle « les pitbulls » car ils vous taillent en charpie…
Renseignez vous auprès de quelques dizaines de patrons réels plutôt que d’imaginer ! La majorité vous dira : on embauche au SMIC, les autres : « au prix qu’on peut ». Et le SMIC français n’est pas ridicule (comparaison avec l’étranger, composant du prix de revient… )
@Moulin
« Le dérapage c’est le soutien à la consommation des « inactifs » au détriment de la R&D et l’investissement. Cela commence avec l’arrivée des baby boomers en 1964 sur le marché du travail avec des départs à la retraite inférieurs de 200 000 par rapport à l’arrivée sur le marché du travail. »
Et pour compliquer la donne, les ordinateurs, jusque là chasse gardée des militaires, arrivaient dans les entreprises, ce qui voulait dire à plus ou moins brève échéance la raréfaction des emplois manuels biens rémunérés dans l’industrie alors qu’en France, nous n’avions même pas encore achevé le transfert sectoriel de l’agriculture vers un industrie largement financée par l’Etat désireux d’avoir sous la main un outil industriel puissant des fois que la Guerre Froide ne devienne une guerre chaude.
« On (nous) avons tiré toutes les ficelles (étudiants en socio, préretraites…) et actuellement seul un gros 1/3 des habitants en temps plein produisent (fonctionnaires compris) alors qu’un bon équilibre c’est proche de 50 %. Investir Investir Investir !!! »
On en vient là au coeur du coeur du problème, à savoir que les seuls pays arrivés à maintenir cet équilibre l’ont fait par le biais de politiques familiales malthusiennes… que M. Montenay réprouve tout autant que la dette!!!
A un moment, il faut savoir ce qu’on veut!!!
C’est clair : ce qui est souhaitable c’est de travailler plus longtemps (notamment dans le secteur public), puisque l’espérance de vie a beaucoup augmenté. Les préretraites ont été une erreur énorme, et je suis frappé de voir que certains, comme Orange, continuent néanmoins !