Malgré leur importance croissante dans la géopolitique mondiale, les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique restent largement méconnus en France, d’un point de vue historique, économique et politique. J’y consacre un cours de géopolitique à l’Association Philotechnique (*), dont voici l’introduction historique, pour mes élèves comme pour vous, amis lecteurs.
(*) L’association Philotechnique, fondée en 1848 et reconnue d’utilité publique, dispense un enseignement général pour adultes dans 60 disciplines, en présentiel (Paris) ou en visioconférence.
Géopolitique de l’Afrique et du Moyen-Orient
Les racines historiques lointaines
Vous savez tous que le centre nord de l’Afrique, disons autour de la haute vallée du Nil, est censé être le berceau de l’humanité.
Les hommes auraient ensuite migré vers le reste de l’Afrique à l’ouest et au sud et, par l’Égypte et l’isthme de Suez vers l’ensemble de la planète.
Et en dernier vers les Amériques qui étaient alors reliées à l’Asie par leur extrême Nord.
Le premier grand tournant a été celui de l’agriculture, qui a permis la multiplication des hommes, et donc la création des Etats, des impôts, des armées et des conquêtes.
Parallèlement, il y a eu l’invention d’écritures locales, nécessaires à l’administration et au commerce. Ce sont d’ailleurs les marchands qui les ont inventées avec des images (du blé, une vache) qui se sont petit à petit simplifiées et stylisées pour donner les différents systèmes écriture. Par exemple : « bon pour telle quantité de blé », « bien reçu et donné une vache en échange »…
Les bases géographiques
L’agriculture nécessite de l’eau. Elle est donc née dans les oasis et surtout le long des fleuves : des grands fleuves comme le Nil, le Tigre et l’Euphrate, ou de plus petits fleuves côtiers, comme en Palestine et en Syrie (*).
(*) nota bene : j’utilise des noms d’entités géographiques de l’époque et non des noms de pays d’aujourd’hui. N’y voyez donc pas de connotation politique.
Tout le reste, le Moyen-Orient, à part la Turquie, la côte méditerranéenne et ces quelques grandes vallées, sont arides voire désertiques.
Cela explique que quelques milliers d’années plus tard, les nomades d’Arabie en aient pris facilement le contrôle.
Voici maintenant une carte plus détaillée de l’agriculture au Moyen-Orient.
Remarquez l’exception agricole du Yémen dans le coin sud de la péninsule arabique. Elle explique sa population relativement nombreuse, dont la partie chiite (Les Houtis) fait l’actualité aujourd’hui !
Le reste de l’Afrique est très différent : humide ou très humide, sauf à l’extrême sud. Ce ne sont pas les mêmes hommes ni la même histoire.
Les populations
Les premiers livres, plus ou moins légendaires, ont été le fameux texte de Gilgamesh, le code d’Hammourabi, la Bible et les récits de la mythologie grecque.
Avec la Grèce classique, puis au Alexandre le Grand puis l’empire romain, nous avons les premiers récits d’ensemble de la région qui va du Maroc à l’Indus, au-delà duquel les mondes indiens et chinois ont une histoire et une géopolitique totalement différente.
Pour le reste de l’Afrique, faute d’écriture, il n’y a que quelques récits de voyageurs extérieurs européens ou arabes, des traditions orales et des traces archéologiques… Donc des débats dans lesquels je n’entre pas pour l’instant.
Je vais passer rapidement au principal tournant historique de la région, qui est toujours d’actualité aujourd’hui : les invasions arabo-musulmanes
La « grande époque » des Arabes et des Turcs
Mahomet (570-632) n’est pas seulement le fondateur de l’islam, mais aussi l’unificateur de l’Arabie.
Ses successeurs conquièrent les pays voisins en gagnant les batailles du Yarmouk contre les Byzantins (636) et peu après de Qadisiyya contre l’empire perse.
Les conquêtes de l’Égypte puis du Maghreb vont suivre rapidement.
Puis les Arabo-Berbères vont conquérir l’Espagne, quelques parties du sud de la France et la Sicile avant d’en être refoulés quelques siècles plus tard.
Vous remarquerez qu’ils s’arrêtent aux premières hautes montagnes dans lesquelles le froid, l’hiver, et plus généralement un milieu totalement différent les gène militairement.
Ils n’envahissent donc pas les montagnes d’Anatolie, où continue à régner l’empire byzantin, ni certaines montagnes espagnoles, françaises ou italiennes.
Plusieurs siècles plus tard, au nord-est de la Méditerranée, les Turcs, lesquels connaissent la montagne et le froid venant d’Asie centrale, vont battre les Byzantins, absorber leur empire et pousser jusqu’à Vienne en Autriche, avant d’être refoulés vers la Turquie actuelle au 19e et 20e siècles.
Une image négative en Europe
Les Arabes et Turcs ont donc en Europe une image négative de conquérants imposant brutalement leur religion.
Cette image fut prolongée jusque vers 1800 par les Barbaresques, pirates et corsaires musulmans maghrébins et ottomans dont les bateaux opéraient des razzias sur les côtes du Nord de la Méditerranée. Leurs prisonniers allaient rejoindre les Subsahariens sur les marchés aux esclaves, pour être souvent rachetés par les représentants (« les consuls ») de leur pays d’origine. D’où les « rues des consuls » de certaines villes maghrébines.
L’image positive des Arabes du sud est asiatique
Cette image négative contraste avec l’image positive des Arabes en Asie du Sud-Est. En effet, dans cette région, ce sont des marchands qui ont converti des dirigeants locaux à l’islam.
Ensuite les peuples hindous ou bouddhistes ont suivi leurs dirigeants et se sont peu à peu convertis.
La ligne rouge en pointillés sépare très grossièrement ces deux images de l’islam.
Cette carte est un peu ancienne et je vous commenterai les principaux changements, notamment la création des diasporas, quand j’arriverai à l’époque actuelle.
Remarquons que si la partie occidentale du monde musulman paraît être la principale du fait de sa surface, cela vient du fait qu’elle est largement composée de déserts.
En fait, c’est la partie orientale qui est la plus peuplée.
Revenons à la Méditerranée.
L’islam a généré une rupture non seulement religieuse, mais aussi culturelle entre le nord et le sud de cette mer :
- Le nord fonde sa culture et sa civilisation sur l’Antiquité gréco-romaine.
- Le sud sur l’arrivée des Arabes et de l’islam.
Cette différence s’atténue avec la diffusion d’Internet et les coopérations universitaires et complique, comme nous le verrons, la géopolitique de la région.
Mais avant d’y arriver, il faut rappeler l’histoire du 19e et du 20e siècle qui a profondément marqué la région avec la fin de l’esclavage occidental, la période coloniale, les indépendances et les rivalités idéologiques mondiales.
Yves Montenay





Lire https://www.lisez.com/livres/lislam-contre-la-modernite/9782258201408 de Ferghane AZIHARI ou suivre une vidéo sur youtube https://www.youtube.com/watch?v=F5uAJY5X9CI
Voir mon viel article : « L’islam, ça n’existe pas », qui a bien entendu un contenu moins affirmatif. Il faudrait bien sûr voir l’ensemble des articles sur le monde musulman
¿ Un débat avec Ferghane AZIHARI ? qui change « l’histoire » de l’Islam et ose poser des questions souvent glissées sous le tapis, en France et en Occident.
Je suis un observateur, pas un militant. C’est nécessaire pour avoir des données de tout le monde. Mais du coup on me trouve trop modéré !
Je suis anti–islamiste et horrifié par le régime iranien , comme la majorité des musulmans du monde entier d’après les sondages dont je vous parle régulièrement.
Je serai donc probablement d’accord avec elle sur beaucoup de points
La question principale est « devient-on naturellement islamiste quand on est musulman ? ». A priori non, à en juger par les masses auscultées par les sondages, les résultats électoraux et mes innombrables contacts personnels.
Les islamistes font peur, et ont laissé de très mauvais souvenirs de leur passage au pouvoir dans quelques pays.
Le vrai problème est à mon avis en Occident où la nature très démocratique de nos régimes n’est pas adaptée à la lutte contre un mouvement violent et « entriste», alors que les régimes des pays musulmans sont beaucoup plus brutaux envers leurs opposants, qu’ils soient islamistes ou pas
Ma réponse relative à Ferghane Azihari est tombée accidentellement à un autre endroit des commentaires. S’agissant des histoiresde l’islam dogmatiques, légendaires ou leur contraire, voir : https://www.yvesmontenay.fr/2023/01/06/les-nouvelles-technologies-bousculent-lhistoire-de-lislam/
Comme dit ailleurs, le nœud de la question est : « l’islam mène-t-il à l’islamisme ? ». Pour qui connaît le monde musulman, ce n’est partiellement vrai que pour ceux qui se plongent dans les textes. Le croyant de base est loin de tout ça et est choqué par la barbarie islamiste. D’ailleurs les pays dits « musulmans » ne le sont que partiellement, notamment au sommet où il est bien commode de dire : « je suis là parce que Dieu l’a voulu ».
Je réagis à votre commentaire « Le vrai problème est à mon avis en Occident où la nature très démocratique de nos régimes n’est pas adaptée à la lutte contre un mouvement violent ». Monsieur Ferghane AZIHARI serait moins optimiste (ou angélique ?) que vous pour croire que les Musulmans Lambda ne sont pas naturellement aspirés (ou inspirés) par l’Islamisme. Débat. Mais je suis d’accord que c’est à l’Occident de se faire respecter: par contre, je doute que ce soit la démocratie qui empêche cette réaction pour le respect de soi ( et contre l’islamisme, en particulier). Ce serait plutôt l’inverse : la démocratie bafouée, sinon manipulée, du moins imparfaite. Si on faisait voter la population (sur le sujet de l’islamisme, ou sur la protection de notre laïcité française), on lutterait plus efficacement contre l’islamisme en obtenant rapidement des lois et des mesures claires pour s’armer juridiquement, et judiciairement. Or notre démocratie est kidnappée par des élites (aujourd’hui Woke, ou étiquetées « De Gauche », ou « décolonialistes », etc) qui bloquent, sans vote, toute mesure politique permettant de combattre l’islamisme (magistrats, députés européens, partis politques obsédés par leur survie au parlement, etc). Faisons voter les lois par la population, et vous verrez que la démocratie sera vite adaptée à cette lutte…
Toute démocratie a des règles de protection des individus qui peuvent être abusivement actionnées. L’alternative est la disparition de gens qui dérangent, comme cela se fait dans beaucoup de pays