Vieillissement les arbitrages que personne ne veut faire

Vieillissement : les arbitrages que personne ne veut faire

Petit à petit, les opinions publiques prennent conscience du vieillissement. Elles constatent la baisse des naissances, l’allongement de la vie, les difficultés des systèmes de retraite et, de plus en plus, celles de la prise en charge du grand âge. Mais elles n’en tirent pas toutes les conséquences, qui s’annoncent inconfortables.

Pour pallier le vieillissement de la population, on cherche des « trucs » : taxer les riches, diminuer les pensions, passer à la retraite par capitalisation.

Mais aucune de ces mesures ne change le problème de fond : il y aura de moins en moins d’adultes actifs pour faire fonctionner une société comptant de plus en plus de personnes âgées.

Retraites : un problème démographique avant d’être financier

Il faudra faire des arbitrages désagréables, car rejetés par une part importante de l’opinion : faire venir des immigrés, augmenter l’âge de départ, diffuser le « suicide assisté »…

L’Asie orientale, la région la plus atteinte par la dénatalité, se prépare à utiliser des robots « de compagnie » ou aides-soignants.

L’objet de cet article est de passer rapidement en revue les stratégies stériles envisagées et les nécessaires arbitrages qui s’annoncent.

Mais commençons par un tour du monde pour préciser la question.

Quelques exemples étrangers

Commençons par l’Italie (60 millions d’habitants), pays le plus vieux d’Europe. Sa population âgée de 20 à 64 ans pourrait passer de 33 millions en 2024 à moins de 26 millions en 2050.

Or, curieusement, une des réponses du gouvernement consiste à attirer… des retraités étrangers, notamment dans le sud du pays, grâce à une fiscalité avantageuse. C’est peut-être bon pour les commerces locaux et l’immobilier, mais cela ne résout évidemment pas le manque d’actifs.

Au Japon, la réaction est différente. Il y a de moins en moins d’adultes, mais une proportion croissante d’entre eux travaille : davantage de femmes, davantage de seniors.

C’est logique, le pays manque d’actifs, les personnes âgées encore valides continuent à travailler. Je peux témoigner avoir vu de nombreuses personnes de plus de 80 ans à leur bureau ou sur les chantiers.

Mais l’augmentation de l’activité féminine pose une question plus délicate dans une société où les tâches familiales restent très inégalement réparties : le travail et la maternité peuvent entrer en concurrence, et la fécondité pourrait baisser encore plus.

Le Japon ouvre également, très progressivement, la porte à une immigration qu’il a longtemps refusée.

Vieillissement retraites et immigration : les leçons du Japon

La Corée du Sud est le champion de l’effondrement de la fécondité. Les projections conduisent toujours à une diminution spectaculaire de la population d’ici à la fin du siècle, avec une proportion considérable de personnes âgées.

On parle de favoriser l’arrivée de femmes étrangères pour permettre à davantage de Coréens de fonder une famille.

Corée du Sud : succès économique et naufrage démographique

En Chine, cela se fait déjà à titre privé : on attire des femmes étrangères avec la perspective d’un bon emploi. Et les intéressées se retrouvent finalement face à un paysan pauvre qui a payé l’intermédiaire.

Le gouvernement est très sensible à la dénatalité, qui lui a coûté sa place de pays le plus peuplé du monde et il utilise son pouvoir de propagande pour la remonter, par exemple en organisant « des foires au mariage ».

L’écroulement démographique de l’Asie orientale

L’Espagne a choisi plus franchement l’immigration. Elle accueille et régularise de nombreux étrangers, venus notamment du Maroc, d’Amérique latine ou d’Europe orientale.

C’est une solution qui n’est pas généralisable : les pays de départ vieillissent eux aussi, ou vieilliront demain.

Les pays riches partent avec un avantage dans ce domaine en attirant les étrangers.

C’est le cas de l’Allemagne, qui aspire les jeunes des autres pays européens… dont les caisses de retraite devraient un jour réclamer des cotisations à l’Allemagne… qui en manque pourtant massivement !

Le contraste avec l’Afrique reste néanmoins spectaculaire.

Le Nigeria enregistre à lui seul plusieurs millions de naissances chaque année et devrait devenir l’un des trois pays les plus peuplés du monde.

Mais cela cache d’autres déséquilibres : les élites de la côte, en général chrétiennes, scolarisées depuis plusieurs générations et dont le nombre d’enfants décroît, sont bousculées par des migrants venus notamment du Sahel et qui fuient les islamistes.

Surpopulation ? Non, manque d’adultes !

L’argent ne fabrique pas les actifs manquants

En France, la discussion se focalise sur le financement. Pour les retraites, les uns proposent de taxer davantage les hauts revenus ou les patrimoines ; d’autres mettent en avant la capitalisation, d’autres proposent de baisser les pensions.

Or, quel que soit le mode de financement des pensions, cotisations des actifs ou rendement d’un capital accumulé, le retraité consomme nécessairement des biens et des services produits par les actifs du moment.

On peut posséder des actions, des obligations ou un appartement : encore faut-il que quelqu’un produise la nourriture, soigne les malades, entretienne les logements, conduise les autobus ou fabrique les médicaments.

La capitalisation modifie la répartition des droits sur la production future ; elle ne crée pas les travailleurs qui réaliseront cette production.

Et ce besoin de travailleurs est encore plus fort du fait de la dépendance en fin de vie.

En 2050, la France pourrait compter environ 700 000 personnes en perte d’autonomie de plus qu’aujourd’hui.

Beaucoup voudront rester chez elles, alors que les Ehpad et surtout les professionnels manquent déjà. Et que la canicule vient d’illustrer qu’une aide à domicile ne suffit pas pour mettre à l’abri de la chaleur.

Les aidants familiaux n’existent pas toujours ou n’ont pas une disponibilité suffisante

Les ordres de grandeur donnent une idée du problème : les projections évoquent près de 2,8 millions de personnes âgées dépendantes vers 2050, entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires dans le soin et l’accompagnement et des centaines de milliers de places supplémentaires en établissement.

On parle de dizaines de milliards d’euros. Mais là encore, trouver l’argent ne suffit pas.

Il faut surtout trouver les hommes et les femmes qui feront le travail.

Le progrès technique aidera… en partie

Reste le progrès technique, un argument déjà plus sérieux.

La robotisation, l’intelligence artificielle, la télémédecine, l’adaptation des logements et les gains de productivité permettront certainement à un nombre plus faible d’actifs de prendre en charge une population plus nombreuse.

On peut également retarder la dépendance. Adapter les logements, détecter plus tôt les fragilités, développer l’aide à domicile et lutter contre l’isolement peuvent éviter ou retarder des prises en charge lourdes et coûteuses.

Mais il existe une limite physique.

Une machine peut aider une personne âgée à se lever, surveiller certains paramètres médicaux ou automatiser des tâches administratives. Elle remplace plus difficilement une aide-soignante, une infirmière ou simplement une présence humaine.

Et plus la population âgée augmente, plus ces métiers deviennent indispensables au moment même où la population susceptible de les exercer diminue.

Les Asiatiques expérimentent les robots de compagnie : une sorte de poupée intelligente qui vous donne des nouvelles dans les domaines qui vous intéressent, s’assure que vous avez pris vos médicaments, alerte un médecin en cas d’anomalie…

Faire plus d’enfants ? Oui, mais…

Reste évidemment la politique familiale. Il faut faciliter la vie des parents, améliorer l’accueil des jeunes enfants, rendre le logement familial accessible et surtout éviter que les femmes aient à choisir entre leur carrière et leurs enfants.

Les entreprises elles-mêmes auront probablement un rôle croissant à jouer : leur politique envers les mères pourrait devenir un argument de recrutement.

Pourquoi moins d’enfants en France et dans le monde ?

Mais il ne faut pas se raconter d’histoires.

Les gouvernements ont peu de prise sur la fécondité.

J’ai vu en Roumanie, à l’époque de Ceaușescu, jusqu’où pouvait aller une politique nataliste autoritaire avec l’interdiction de l’avortement. Les démocraties disposent heureusement de moyens beaucoup moins brutaux, mais aussi d’une efficacité limitée.

Et surtout, même une politique familiale miraculeusement efficace n’aurait pas d’effet immédiat. Un enfant né aujourd’hui ne commencera véritablement à contribuer à l’économie que 20 ou 25 ans plus tard, et l’effet ne s’en fera complètement ressentir que dans les 40 ou 50 ans suivants !

Le redressement de la fécondité est donc indispensable pour le long terme, mais ne résout pas le problème des prochaines décennies.

La retraite elle-même va devoir changer

Notre perception du vieillissement est enfin faussée par une situation historiquement exceptionnelle.

Depuis quelques décennies, la vie de 60 à 85 ans se passe majoritairement en bonne santé.

Donc dans les pays riches, la retraite est devenue pour beaucoup une longue période pendant laquelle on voyage, on consomme et on profite de la vie grâce au travail des autres.

Mais que se passe-t-il lorsque « les autres » sont eux aussi à la retraite ?

C’est probablement là que se trouve la conclusion la moins agréable, mais la plus simple.

Si nous vivons plus longtemps en bonne santé et si les générations suivantes sont moins nombreuses, une partie croissante des seniors valides devra continuer à travailler.

Le Japon nous montre déjà cette évolution. Cette idée de « la retraite heureuse » pour tous sera bientôt dépassée.

Et il n’y a pas longtemps qu’elle a commencé : quand Bismarck a choisi 65 ans en lançant des retraites modernes, c’est parce qu’il y avait peu de survivants à cet âge  !

Ce n’est que vers la fin du XXe siècle qu’une majorité a pu vivre une retraite en bonne santé.

Cette parenthèse se termine.

En conclusion

Répétons que ce n’est pas une question d’argent ni de circuit financier. Rien ne permettra d’échapper à l’arithmétique démographique.

Une société ne peut durablement augmenter le nombre de ceux qui consomment sans augmenter suffisamment le nombre de ceux qui produisent. Ou alors il faut accepter une baisse brutale du niveau de vie.

Le vieillissement n’est donc pas seulement un problème de retraites ou de dépendance. C’est une transformation générale de la société, dont nous commençons seulement à mesurer les conséquences.

Et je ne parle pas des cyniques qui voient dans le « suicide assisté » une solution à la question de la dépendance !

Yves Montenay

19 commentaires sur “Vieillissement : les arbitrages que personne ne veut faire”

  1. Certes, mais concrètement connaissant notre société, l’ajustement se fera dans la douleur et nous arriverons à un régime plus autoritaire, Milei en étant une version adoucie !

  2. Merci pour ce rappel. Une manière simple pour résumer: il faut (et il suffit probablement) de maintenir ou rétablir une répartition 50%//50% entre les actifs et les inactifs. Ce qui se réalise en reculant l’âge moyen d’entrée en retraite rentière, voire la durée des études abstraites.

    Bravo à l’auteur d’oser évoquer le départ volontaire quand on devient trop dépendant de son entourage ou de tiers personnes payées par la collectivité. Tirer sa révérence avec élégance avant la décrépitude … encore très difficile de la faire en douceur en France. Caton, Romain Gary, Jean-Luc Godard, Mireille Jospin…

    1. Et pour cause, le suicide assisté mettra sans doute à mal le juteux business des EHPAD…

      Je me demandais pourquoi à coûts et prestations comparables, les EHPAD belges sont deux fois moins chers qu’en France, mais j’ai eu récemment la réponse : là bas, le suicide assisté existe depuis 2002.

      1. À ma connaissance, les EHPAD français ne font pas des produits juteux. Il y en a même en difficulté. Par contre vous avez mis le doigt sur un problème qui va devenir grave : les moyens pour les mourants se font au détriment des gens moins atteints , qui devraient pourtant en bénéficier

        L’économie, c’est gérer des moyens qui sont toujours limités, quoi qu’en disent les démagogues. Le « quoi qu’il est en coûte » n’existe pas ou se termine par de l’endettement et de l’appauvrissement

        1. C’est connu que la moitié des dépenses de santé allouée à un individu l’est pendant les six derniers mois de son existence.

          Par ailleurs, le prolongement de fait apparaître d’autres pathologies comme la maladie d’Alzheimer qui n’était pas un problème quand l’espérance de vie de la population n’était de 40 ans et qui en devient un quand elle atteint en moyenne 80 ans.

          Quant au « quoi-qu’il en coûte », il n’aurait pas été nécessaire si Macron n’avait pas confiné pour continuer à siphonner la clientèle électorale retraitées des LR et assurer ainsi sa réélection en 2022…

      2. Bonjour O : avez vous des analyses sur les différences de profils des pensionnaires induisant des soins moins importants et donc des coûts plus faibles ?

        1. Hélas non, mais dans la mesure où il y a de quoi tirer sa révérence, il est tentant qu’il est penser qu’il y a moins de personnes dépendantes et plus de personne souffrant de solitude.

          Dans mon entourage, les entrées en EHPAD sont au choix une perte d’autonomie autour de 90 ans suite à une chute ou un gros AVC et c’est généralement fini dans les six mois ou bien des gens en bonne santé physique, mais dans leur monde (Alzheimer…).

  3. eh oui! viennent les question essentielles de morale et de valeurs humaines, sinon on va vite voir se développer (on voit déjà en Belgique flamande, au Canada, en Suisse) se développer des logiques nazies, « les vieux coûtent financièrement plus cher à la société qu’ils ne lui rapportent, donc élimination ! solution finale.

    1. Actuellement, en France, il est interdit d’importer et de diffuser des substances qui permettent de tirer sa révérence en douceur. Ces interdictions sont justifiées par les risques de « meurtres » par empoisonnement que pourraient commettre certains sur d’autres. Refusant d’organiser et sécuriser ces départs volontaires de ceux qui ne veulent pas vivre la dépendance et la déchéance physique ou mentale. Heureusement, il existe des associations qui rendent possible en France cette ultime liberté. Il reste à voir (¿ études ?) si cela peut avoir un impact sur les coûts pour la société de l’accompagnement des personnes en fin de vie. Sans oublier que l’accompagnement en fin de vie se traduit par des progrès médicaux qui bénéficient à tous.

  4. Dans le cas Français, on sait depuis le rapport Rocard que le système de retraite par répartition est insoutenable sauf à baisser les pensions où à accabler les générations montantes d’impôts au point que celles-ci finiraient par se révolter.

    Et comme les premiers baby-boomers n’étaient alors plus très loin de commencer à partir en pré-retraite, il y a eu un consensus pour dissimuler la poussière sous le tapis ou de ne voter des réformes qui ne s’appliqueront qu’aux générations suivantes, au besoin avec des « clauses du grand père » ne pouvant qu’attiser l’amertume des jeunes ne voyant pas trop pourquoi papy devrait profiter et pas eux…

    Dans le cas de l’Italie, c’est un comportement de « passager clandestin » ne pouvant qu’appeler à des représailles, comme par exemple la fiscalisation en France des retraités du privé installés à l’étranger comme c’est déjà le cas pour les fonctionnaires.

    Dans le cas du Japon, il y a une autre bombe à retardement en perspective, à savoir la précarisation des emplois à partir de la crise des années 90 pouvant accentuer le et les actifs japonais ont beau jeu d’avancer que l’immigration est une solution de facilité pour ne pas offrir de vrais emplois et de vraies carrières aux travailleurs japonais.

    On pourrait enfin ajouter que si les asiatiques font des progrès significatifs en matière d’automatisation des services à la personne, on peut partir du principe que les automates coûteront trois fois rien dans quelques années, ce qui est une perspective redoutable en France où on subventionne grassement ce genre d’emplois pour embellir les chiffres du chômage…

      1. Tout dépend de la nature du travail des actifs, s’il est « porteur » (pour la faire courte, contribuant à enrichir le pays) ou « porté » (contribuant plutôt à l’appauvrir) et c’est JUSTEMENT pour contenir la prolifération d’emplois « portés » que les pays ayant renoncé à l’impérialisme au profit du commerce s’accommodent très bien de la dénatalité…

        Et après, la question est qui craquera en premier entre la Chine ou les Etats-Unis, la Chine sous le poids de sa démographie ou les Etats-Unis sous le poids de leur dette atteignant ces jours-ci le niveau faramineux de 40.000 milliards de dollars!

        A mon avis, ce sont les Etats-Unis qui risquent de craquer en premier car les Asiatiques s’accommodent fort bien de régimes autoritaires du moment qu’on peut faire des affaires, il suffit de voir la facilité avec laquelle la Chine a liquidé l’opposition à Hong Kong…

        Par ailleurs, la Chine a du grain à moudre, je sais que la thèse du déversement d’Alfred Sauvy vous est chère et si je l’estime pour ma part complètement dépassée pour ce qui concerne les pays occidentaux, elle peut encore être valable en Chine.

        Concrètement, le transfert sectoriel des agriculteurs chinois est encore largement à faire et le déclin démographique peut permettre de le faire en douceur alors qu’en France, ça fait 50 ans on accumule les déficits pour gonfler artificiellement la taille d’un déversoir des services naturellement sous-dimensionné pour y déverser les sureffectifs d’une agriculture tardivement mécanisée et remembrée et d’une industrie délibérément sacrifiée au nom de la lutte contre l’inflation.

        J’entends encore ricaner mon prof d’économie en école d’ingénieur avec son accent du sud, « hin hin hin, le secret peu glorieux des 30 Glorieuses est qu’elles ont été financées à L’INFLATION!!! », en prononçant bien fort « inflation » avec à l’appui une courbe de la valeur du Franc par rapport à celle du Mark, mettant en évidence une dépréciation moyenne d’environ 2% par an.

        1. Effectivement, mon raisonnement est à « qualité de travail constante » et on pourrait rêver d’une meilleure distribution des tâches, mais c’est un problème très différent.
          Je suis un témoin des « 30 glorieuses «   et il est certain que ce fut une période d’inflation. Mais l’inflation ne crée pas la croissance, c’est un phénomène distinct.

          1. Je pourrais être votre fils, je n’ai pour ma part connu que « la crise », « la dette » et les libéraux écumeurs de plateaux TV qui disent que les Français sont nuls en économie, que le Smic est un « faux droit » et que les pensions des retraités actuels ne sont pas des dépenses sociales, mais un acquis.

            Avec des vainqueurs pareils, nul besoins d’enseignants « gauchistes » pour que le Français moyen pense que le libéral est un escroc…

            (la thèse des enseignants gauchistes est d’ailleurs aussi du barratin, un sur quatre vote RN!)

          2. Il est malheureusement exact que les Français sont nuls en économie, presque tout ce que j’ai appris à Sciences-po n’étais pas valable, à part le cours très factuel de Fourastié. Quand j’avais 13 ans j’ai passé quelques semaines dans un collège anglais et à l’entrée il y avait un circuit hydraulique schématisant le circuit économique : l’eau coulait par exemple des particuliers vers l’État pour symboliser les impôts. Je ne sais pas si il y a l’équivalent en France.

            On ne saura jamais si le SMIC a crée du chômage comme le pensent les libéraux. Lisez mon article sur Le Monde, et vous verrez qu’il a une vue très théorique l’entreprise, qui est pourtant l’acteur de base, structure presque toute l’économie productive (une exception partielle pour la SNCF) en fournissant les salaires et les impôts. Bref mon accumulation d’expérience professionnelle, de voyages et de lectures me montrent que ce sont les économies libérales qui marchent moins mal et que la Chine ne s’est extraite de la famine et du bordel maoïste qu’en devenant partiellement libérale économiquement.

  5. Cela fait quelques années que je suis convaincu que le meilleur investissement à 60 ans se trouve dans sa propre santé et aussi sa formation, pour rester opérationnel jusqu’à 70 ans, 75 ans, voire plus, alors que la tendance, en franchissant les 60 ans, est plutôt de se laisser filer tranquillement jusqu’à la retraite quelques années plus tard.
    Mais il faut aussi que les entreprises jouent le jeu, et que les services RH comprennent qu’un salarié recruté à 60 ans, c’est peut-être plus fiable et plus stable qu’un jeune qui partira au bout de 2 ans (je force un peu le trait, je sais bien que ce n’est pas directement comparable, l’expérience n’est pas la même et on ne propose pas les mêmes postes).

  6. Merci pour cet article qui montre et analyse bien la situation dans son ensemble. Je pose la question : faudra-t-il que les gouvernements passent au stade d’imposer « manu militari » les solutions proposées par les spécialistes ? Dans notre pays ce pourrait être un appel à la rébellion. On voit bien les problèmes créés par la législation sur les retraites. Mais ne serait-ce pas une erreur d’imposer universellement, à tout le monde, la date du départ à la retraite, alors que les situations individuelles sont tellement variées.
    Dans mon domaine de l’ensseignement, qui était le mien pendant quarante-trois ans (je suisi retraité depuis douze ans), je croisais des collègues qui étaient « au bout du rouleau » et quittaient le bateau le jour même où leur âge l’avait permis : exigences des chefs d’établissements, récriminations des parents d’élèves, indiscipline et paresse de beaucoup d’élèves. D’autres, plus rares (dont je suis) sont allés aussi loin que la loi le permettait, soit cinq ans après la date minimum de départ à la retraite. J’ai connu bien sûr des années pénibles, mais j’ai eu la chance de finir les dernières années de ma carrière dans des classes motivées et intéressées par la matière que j’enseignais et qui m’intéressait aussi depuis mon plus jeune âge (les mathématiques).
    J’ai vécu au Sénégal, toujours dans le domaine de l’enseignement, pendant quatre ans à la fin du siècle dernier, et j’ai connu la colère et les revendications des intituteurs obligés de quitter la carrière à l’âge de soixante ans, alors que beaucoup d’entre eux étaient encore en pleine capacité d’exercer pendant une ou plusieurs années encore, leur métier pourtant bien difficile avec des classes de plus de cinquante élèves dans l’école élémentaire.
    Mais en France la structure de l’école semble se concevoir comme un lit de Procuste : on coupe les têtes trop hautes, on étire les trop courtes, et on décide d’en-haut quelle est la taille exigée. Bon, comme disait celui tout lemonde a connu, « les choses étant ce qu’elles sont, et le monde ce que nous savons, ……… » On fait avec, comme on dit.

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