PISA 2025 que faire ?

PISA : que faire face à la catastrophe française et européenne ?

Les résultats très attendus de l’étude PISA 2025 ont été publiés le 8 septembre 2026. Ils sont très mauvais pour la France, mais également pour la plupart des pays européens. La chute amorcée avant la pandémie, puis brutalement accélérée entre 2018 et 2022, se poursuit en effet en 2025. Que faire ? 

Chacun y trouve la confirmation de ses convictions antérieures. Les uns accusent le manque de moyens, les autres l’immigration, les écrans, le pédagogisme ou l’effondrement de l’autorité.

Peut-être… mais n’oublions pas l’essentiel : l’affaiblissement de la maîtrise du français et des mathématiques aura, à long terme, des conséquences économiques et sociales catastrophiques, notamment sur le niveau de vie.

Je vais d’abord rappeler ce que mesure l’étude PISA (*) et les principales réactions avant de donner mon avis personnel sur la question.

Qu’est-ce que l’étude PISA ?

PISA est le « programme international pour le suivi des acquis des élèves ».

C’est une enquête organisée tous les 3 ans par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Je rappelle que cette organisation comprend 38 pays. Outre les pays européens, il y a les États-Unis, le Canada, certains pays d’Amérique latine, le Japon, la Corée du Sud…. Quant à l’enquête PISA, elle a porté non seulement sur ces pays, mais aussi sur d’autres, dont certains partaient d’un niveau relativement faible comme le Cambodge, la Jordanie, la Thaïlande, la Turquie, les Philippines… Ces pays « en retard » progressent.

Les États-Unis sont proches de la moyenne ou au-dessus et le Japon nettement au-dessus.

L’édition 2025 a porté sur 760 000 adolescents âgés de 15 ans dans 91 pays, dont 6 501 élèves français.

PISA cherche à mesurer la capacité des élèves à utiliser leurs connaissances dans des situations de la vie courante. Elle porte sur trois domaines : la compréhension de l’écrit, les mathématiques et la culture scientifique.

Comme tout classement international, PISA et imparfait : les systèmes scolaires, les cultures familiales et les examens diffèrent d’un pays à l’autre.

Mais la tendance est maintenant suffisamment longue et générale pour être significative.

Les résultats 2025 des jeunes Français

  • En mathématiques, le score moyen des élèves français perd 16 points depuis 2022 et près de 30 depuis 2018.
  • Depuis 2006, le recul atteint 35 points, alors que l’OCDE estime qu’une année d’apprentissage correspond approximativement à 20 ou 30 points.
  • En compréhension de l’écrit, la baisse atteint 18 points depuis 2022 et plus de 40 points en 10 ans.
  • La culture scientifique résiste un peu mieux.

La France reste certes proche de la moyenne de l’OCDE, mais ce n’est pas une consolation et surtout, le recul français en mathématiques est plus rapide que celui de l’ensemble de l’OCDE.

Plus inquiétant encore, la proportion des élèves en difficulté augmente, tandis que celle des très bons élèves diminue.

En mathématiques, 36 % des jeunes Français se trouvent désormais parmi les élèves faibles et 4 % seulement parmi les plus performants, contre 15 % en 2003.

À l’écrit, la part des élèves en difficulté a plus que doublé en 25 ans.

La baisse touche particulièrement les exercices demandant de lire un texte long, de croiser plusieurs informations ou de suivre un raisonnement complexe.

La proportion de « lecteurs pressés », qui répondent trop vite et se trompent, aurait presque doublé depuis 2018.

Ainsi la crise porte non seulement sur les connaissances, mais aussi sur l’attention, la patience et l’habitude de l’effort intellectuel.

Des résultats très inégaux

Les moyennes nationales masquent de très grands écarts.

Les élèves de seconde générale obtiennent des résultats proches de ceux des meilleurs pays européens, tandis que les élèves de seconde professionnelle se situent à l’autre extrémité du classement.

L’origine sociale continue également de peser fortement.

L’écart entre les élèves les plus favorisés et les plus défavorisés dépasse 90 points dans les 3 matières. Il s’est légèrement réduit, mais du fait de la baisse des meilleurs !

Mon avis personnel est qu’en abaissant les exigences ou en refusant de différencier les rythmes, on prétend éviter de stigmatiser les élèves faibles.

En réalité, on pénalise d’abord ceux qui ne disposent pas à la maison du capital culturel permettant de compenser les insuffisances de l’école.

Les familles instruites trouvent des livres, des cours particuliers, des établissements privés ou mille autres moyens de contournement.

Les familles modestes, notamment celles récemment arrivées en France, dépendent beaucoup plus directement de l’école pour la transmission de la langue, de la culture générale et des méthodes de travail.

Pendant ce temps-là, l’école continue de cafouiller

Les réactions idéologiques habituelles

Aux deux extrémités du débat politique, les résultats de PISA sont rapidement intégrés à des explications toutes faites, orientées politiquement.

À l’extrême droite, on insiste sur l’immigration, la perte de l’autorité, la violence et l’hétérogénéité culturelle des classes.

Ces questions existent, notamment dans certains établissements, mais elles ne peuvent expliquer une baisse observée dans presque tous les pays de l’OCDE, y compris dans des sociétés moins marquées par l’immigration.

À l’extrême gauche, l’échec est principalement attribué aux suppressions de postes, au manque de moyens, aux effectifs trop élevés et aux politiques dites néolibérales.

Certes, les pénuries de professeurs, la faiblesse de la formation et les difficultés de remplacement dégradent effectivement l’enseignement.

Mais les dépenses sont considérables et augmentent régulièrement alors que l’efficacité se dégrade !

La presse nationale nous rappelle que la France souffre d’un climat scolaire médiocre : près d’un quart des élèves disent ne pas pouvoir travailler correctement en classe et près de la moitié se plaignent du bruit et de l’agitation.

Un établissement sur cinq manque de matériel pédagogique et presque un chef d’établissement sur deux signale une insuffisance de personnel.

Les changements ministériels se succèdent, les dispositifs sont annoncés puis abandonnés, et les enseignants passent une partie du temps de formation à apprendre les nouvelles règles plutôt qu’à améliorer leur pratique.

Il est d’ailleurs difficile d’attribuer les résultats de 2025 à une réforme précise, puisque les élèves testés ont connu plusieurs organisations scolaires successives.

Les écrans, la famille et l’attention

La révolution numérique est l’autre grande explication avancée.

Les jeunes Français de 15 ans déclarent passer quotidiennement 4,9 heures devant des appareils numériques, dont environ 3 heures pour leurs loisirs.

Le temps total d’écran n’aurait pas beaucoup augmenté depuis la précédente enquête, mais son contenu aurait changé.

Les usages créatifs ou scolaires auraient reculé au profit des réseaux sociaux, construits pour provoquer une succession rapide de sollicitations.

Le ministre de l’Education, Édouard Geffray, y voit un affaiblissement de la concentration et de la mémorisation.

Les effets directs des écrans sur les apprentissages demeurent certes difficiles à isoler.

Mais leurs effets indirects sont vraisemblables : moins de sommeil, moins d’activité physique, moins de lecture et moins de conversations familiales.

L’intelligence artificielle ajoute une difficulté nouvelle : obtenir immédiatement une réponse peut satisfaire la curiosité, mais également supprimer l’effort nécessaire pour apprendre à raisonner.

L’implication des parents diminue également dans l’ensemble de l’OCDE : un élève sur deux seulement dit que ses parents s’intéressent à ce qu’il apprend. Un sur trois seulement discute avec eux de ses difficultés scolaires.

Les parents s’intéressent aux notes obtenues mais plus rarement à ce qui a été appris. Cela n’aide pas à fixer les connaissances ni à donner de l’importance à ce qu’a dit le professeur.

Les propositions des 20 économistes

Une tribune publiée par Le Monde et signée par 20 économistes propose 5 mesures. Elle rappelle d’abord que les progrès sont possibles, citant ceux accomplis au Portugal, en Angleterre et dans l’État américain du Mississippi.

Les mesures ayant permis ces progrès ont été intégrées dans les 3 recommandations ci-dessous de ces économistes :

  • une formation continue des enseignants de 80 heures par an, obligatoire, rémunérée et directement liée à la pratique ;
  • le développement de l’enseignement explicite (décomposition d’une question par étapes contrôlées), pour la lecture, les mathématiques et les automatismes fondamentaux ;
  • un tutorat en groupes de 2 à 4 élèves pour les 10 à 15% les plus faibles ; des évaluations régulières permettant d’intervenir rapidement.

À ces leviers, ils proposent d’ajouter, en France, deux autres mesures : la réduction de 22 à 19 élèves de la taille des classes au primaire, et une loi de programmation décennale garantissant la continuité et le financement de l’ensemble pour 4 milliards d’euros.

Cette somme serait inférieure aux économies résultant de la diminution du nombre d’élèves pendant les 10 prochaines années, estimées à au moins 5 milliards.

Mon opinion personnelle est que cette somme est faible par rapport à l’importance de la question !

Ma conclusion : autonomie, liberté et responsabilité

La maîtrise du français et des mathématiques est probablement la variable scolaire la plus importante à long terme.

Elle conditionne les autres apprentissages, l’accès à l’emploi, la productivité et donc le niveau de vie, l’adaptation aux nouvelles technologies et, finalement, la puissance économique du pays.

Elle doit donc redevenir prioritaire.

Les autres « matières ajoutées » (environnement, anglais et de nombreuses autres) doivent être abandonnées au moins les premières années pour laisser la place à cette priorité. Et cela, quel que soit l’intérêt que telle ou telle fraction de la population y porte !

Par ailleurs, il faut que l’éducation nationale perde son côté « mammouth ».

Toute organisation est d’autant moins gérable qu’elle est de grande dimension. Les entreprises le savent bien et celles qui survivent sont décentralisées.

Je sais que les enseignants sont choqués par toute comparaison entre l’école et une entreprise. Pourtant il faut s’inspirer de ce qui marche !

Les entreprises ont bien des défauts, mais ce sont elles qui assurent le niveau de vie de tous par les salaires et les impôts qu’elles distribuent.

Sans aller jusqu’aux entreprises, pourquoi ne pas regarder l’enseignement privé sous contrat ?

Il est critiqué pour sa « ségrégation sociale », mais l’origine de cette dernière est l’échec de l’école publique : ce n’est pas un hasard si les parents un peu informés et pas trop nécessiteux font des pieds et des mains pour y accéder !

Commençons par abandonner le quota limitant à 20 % pour le privé du nombre de professeurs embauchés par l’État : ça ne coûte rien, et il suffit de quelques mots… mais nous sommes encombrés par un passé qui paralyse les politiques… même si hypocritement beaucoup s’affichant « laïques » y placent leurs enfants.

Ce n’est pas une question de laïcité mais d’efficacité !

Si des familles choisissent le privé et si les résultats s’améliorent, pourquoi faudrait-il continuer à le limiter?

La concurrence pourrait au contraire pousser les établissements publics à évoluer, à condition de leur donner eux aussi davantage d’autonomie.

Donc, pour cela et pour enlever le côté « mammouth » à l’éducation nationale, il faut donner une véritable autonomie aux établissements.

Le chef d’établissement connaît ses élèves et son environnement, mais ne choisit pratiquement pas ses enseignants, dont l’affectation dépend largement de règles nationales et de l’ancienneté.

Il devrait pouvoir constituer une équipe adaptée aux besoins locaux et être responsable de ses résultats.

Cette autonomie est-elle une insulte à l’égalité ? Je pense au contraire que l’uniformité actuelle entretient les inégalités.

Traiter de la même manière des établissements placés dans des situations différentes ne garantit nullement les mêmes chances à leurs élèves.

L’éducation nationale se trompe d’objectif

Le vrai problème est que les enseignants n’ont aucune envie d’avoir « un chef », en la personne d’un proviseur disposant d’un peu d’autonomie. Mais ce confort justifie-t-il l’échec actuel ?

L’alerte de PISA nous montre le péril qui mine la cohésion sociale, la capacité productive et l’avenir du pays.

L’école ne doit pas seulement distribuer des diplômes ou essayer (en vain) de corriger statistiquement les différences sociales.

Sa mission fondamentale est de transmettre des connaissances, de former le raisonnement et de donner à chaque enfant les moyens de comprendre le monde.

Yves Montenay

 

(*) Résultats du PISA 2025 volume 1 version abrégée (pdf)

24 commentaires sur “PISA : que faire face à la catastrophe française et européenne ?”

  1. Le Japon caracole en tête…? Pourquoi ne ferions-nous pas comme les japonais l’ont fait depuis l’ère Meiji, avec un certain succès : s’inspirer des meilleurs… ? Je suis sûr qu’on y retrouverait un certain nombre des choses que vous proposez ici…

  2. De tous les retours des enfants avec qui j’ai échangé, le problème numéro 1 est la pagaille et brouhaha créés par des garçons au fond de la classe. L’incapacité du système, privé compris, pour discipliner les élèves perturbateurs est la cause principale de la chute du % de bons élèves. Une des causes réside dans le fait que ces garçons étant surclassés par des filles ne savent « subsister » qu’en prenant le pouvoir par la pagaille. La mixité est une partie du problème.
    Rétablir le calme pendant les cours est prioritaire, y compris en expulsant les perturbateurs de l’établissement et en « responsabilisant » les parents (pensions payantes en fonction des revenus, avec un minimum).

    La solution sur les 3 domaines d’évaluation est de ne pas continuer avec le système conventionnel hérité du passé avec ses multiples cours de « culture », tant que les 3 compétences de base : lecture, compréhension calcul, ne sont pas maitrisées au même niveau par les élèves que l’on met ensemble : tous les enseignants de toutes matières doivent être rendus capables de former et d’entrainer les élèves vers les 3 niveaux plancher de leur « âge ». Faire lire et calculer des heures en classe sera plus efficace que de faire écouter des « cours », toutes matières.

    Mention particulière pour le primaire : l’instituteur polyvalent pédagogue en toutes matières n’existe plus, notamment ave le recrutement massif en femmes littéraires. Il faut oser la spécialisation, notamment pour les sciences.

    Enfin, le passage en sixième doit être de nouveau conditionné à un niveau minimal. Les classes de « certificat » vont devoir être rétablies, notamment pour les enfants d’origines très étrangères et des classes pauvres qui n’ont aucun soutien en français dans leurs familles et quartiers.

    « On » estime qu’un adulte peut acquérir l’autonomie en lecture et en écriture en 600 à 1 000 heures de formation intensive. (4 à 5 heures par jour).
    Pour maîtriser le calcul de base, les pourcentages et la règle de trois, il est recommandé d’y consacrer 20 à 30 minutes par jour. Tous les jours. En conservant ce rythme de 20 à 30 minutes par jour, la majorité des grands enfants assimilent l’ensemble de ces concepts en 2 à 3 mois.

    1. Merci pour ce commentaire précis. La plupart des Français s’étranglent quand on parle de revenir à la séparation entre filles et garçons, mais il faut être concret et laisser cela à l’appréciation du directeur d’établissement, qui verra dans quelles classes il faut faire cette séparation

  3. selon les Echos /// Classement Pisa sur le niveau des élèves : comment le Royaume-Uni a redressé la barre

    Après la publication du classement Pisa, la France est sous le choc devant les résultats en chute libre des jeunes de 15 ans. A l’inverse, notre voisin britannique se targue de figurer désormais dans le Top 10 mondial.

    Ses bons scores sont en partie attribués aux réformes des années Blair à la fin des années 1990, avec des écoles plus autonomes par rapport à l’administration centrale. Mais c’est le ministre de l’Education conservateur du début des années 2010, Michael Gove, qui récolte le plus d’éloges.

    Il a mis l’accent sur les sujets centraux comme l’anglais et les mathématiques et tourné l’école primaire d’abord vers le bien-être de l’enfant dans son éveil à l’apprentissage (il n’y a pas de devoirs avant la sixième). En revanche, la pression monte très fort au collège avec l’équivalent du BEPC, déterminant pour la suite des études.

    1. Merci. Mon article est déjà long et j’ai donc renoncé à faire des comparaisons internationales. J’ai seulement dit que le succès anglais a été repris dans la tribune des 20 économistes publiée dans Le Monde. Pour la clarté des statistiques, ne pas confondre l’Angleterre et ses bons résultats et le Royaume-Uni qui en a de moins bons du fait de l’échec relatif du pays de Galles et de l’Écosse

  4. Bonjour,

    En fait, nous dépensons à peu près la même chose en termes de PIB que les autres pays de l’OCDE (et même 0,1 point de moins que la moyenne située autour de 4,5 %, mais clairement moins que les 6 % des systèmes performants). Notre dépense est donc moyenne. Et nos résultats sont aussi moyens en global. Rien de nouveau.

    D’autre part, et c’est le plus important, il faut se demander où va l’argent. Et c’est là que nous cultivons une différence très significative et qu’on devrait se demander comment l’abnégation des enseignants permet de ne pas plonger bien davantage.

    Le PIB dépensé en France, utilisé dans les comparaisons, inclut :
    – une surcotisation pour les retraites (bien plus élevée qu’ailleurs)
    – une administration pléthorique (plus de 25 % de personnels non enseignants au Ministère ; c’est 10 % en moyenne dans l’OCDE… et ces 25 % n’incluent pas les postes des collectivités locales néanmoins intégrés dans le calcul de pourcentage de PIB !)
    >> quand on dépense 4,5 % de PIB, la France dépense en réalité BEAUCOUP (vraiment beaucoup) moins dans l’acte d’enseignement lui-même que les autres pays. Elle finance beaucoup plus son régime de retraite et son personnel non enseignant.

    Personne ne le dit mais c’est une réalité.

    À quand une comparaison internationale sur le pourcentage du PIB affecté strictement à rémunérer des enseignants (après correction de la ponction pour les retraites) ? Là, tout serait limpide ! On arrêterait de prétendre qu’on met les moyens… Mais ces chiffres n’existent pas. 😔

    (Et on pourrait sans doute faire ce comparatif pour d’autres services publics)

    En clair, la France a choisi les retraités devant les services publics (et donc devant l’avenir et la jeunesse), et la rente devant le travail. Lisez l’analyse d’Antoine Foucher, tout est clair.

    Bref, on sous-investit dans l’avenir car ce que vous estimez « dépensé » pour l’Éducation et qui apparaît officiellement comme tel ne l’est pas réellement. C’est le point central. Certes, il y a bien d’autres sujets plus techniques et pédagogiques…. mais le reste, c’est l’épaisseur du trait. Le taux d’encadrement français est catastrophique et les classes sont les plus surchargées parmi les pays comparables ; je suis d’accord avec la pédagogie explicite mais, si vous connaissez un peu le sujet, elle suppose des élèves qui écoutent et appliquent, élèves que nous n’avons plus et que nous aurons encore plus de mal à avoir avec les classes les plus surchargées.

    Bien à vous, Tanguy

    1. Tout à fait d’accord. Cela dépasse d’ailleurs l’éducation nationale : le départ précoce à la retraite du secteur public explique une grande partie de notre déficit et de notre endettement !

      1. J’ignore où vous êtes allé chercher que les fonctionnaires partiraient plus tôt en retraite!!!

        La durée de cotisation est en effet la même que dans le privé et dans la fonction publique et en particulier la fonction publique d’Etat, il y a une surreprésentation de cadres devant travailler jusqu’à 66/67 ans pour partir avec une pension complète.

        Et c’est là que réside l’escroquerie du recul de l’âge légal de la retraite car le but du jeu est de forcer des cols bleus ayant assez de trimestres pour partir en retraite dès 59 ans de continuer à engraisser les cols blancs ayant voté Mitterrand en 1981 pour accéder à la condition de rentier oisif plus vite que prévu.

        Et c’est là qu’on revient dans la mentalité du bourgeois de 1840 se plaisant à dire que le col bleu était un criminel en puissance.

        Et c’est d’ailleurs pour ça qu’une majorité de jeunes aspire à devenir col blanc, ou alors col bleu, mais avec une CGT forte de 5 millions d’adhérents pour faire peur au bourgeois…

  5. Je voudrais faire une remarque sur l’école privée.
    Elle obtient certes de meilleurs résultats que l’école publique. Mais les conditions d’enseignement ne sont pas les mêmes.
    D’une part, la proportion d’inclusion d’élèves en situation de handicap est nettement inférieure à celle du public. C’est ce qu’affirmait un rapport du Ministère il y a déjà 4 ou 5 ans. Depuis, les établissements privés ont toujours refusé d’augmenter le nombre d’élèves handicapés, ce que ne peuvent pas faire les établissements publics. Il suffit d’un élève autiste grave pour détériorer les conditions de travail de tous les autres élèves. Or, la tendance actuelle voulue par les gouvernements depuis plus de 20 ans est de continuer à « inclure » ces élèves et de fermer les établissements spécialisés.
    D’autre part, l’école privée en France est largement plus subventionnée en France que dans les autres pays. En gros, l’école privée est une école publique détournée en faveur des parents les plus favorisés qui choisissent ainsi d’assurer une bonne scolarité de leur progéniture aux frais de l’Etat et des autres contribuables.

    1. Si vous avez raison, et que les handicapés détériorent les conditions de travail des autres élèves, il faut les scolariser à part. C’est peut-être inhumain, mais retarder toute une classe l’est davantage. On retrouve l’éternel alibi de la bonne action dont on ne mesure pas le coût.
      L’école privée sous contrat est largement subventionnée parce qu’elle doit suivre les mêmes programmes, qui ne sont pas forcément les meilleures. Il y a des écoles privées sans contrat, qui sont bien sûrs beaucoup plus chères. Et surtout, s’il fallait reprendre dans le public tous les élèves du privé, cela coûterait plus cher que le fonctionnement actuel pour une question de statut des enseignants. Donc ça coûterait plus cher ce serait moins bien !

  6. J’ai de nombreux enseignants dans mon entourage et pour vous la faire courte, il n’y a que la peur du chômage et du déclassement qui les retient à l’EN car ils sont au choix :
    – à 3 ans de la retraite
    – littéraires purs et durs
    – scientifiques, mais spécialisées dans des disciplines sinistrées par le déclin industriel

    Les raisons sont multiples.

    1. Un climat de guerre culturelle

    Outre qu’un enseignant de l’Education Nationale est traditionnellement le mal incarné pour la vieille droite, les « années fric » de Mitterrand sont allées de pair avec une certaine démagogie anti-intellectualiste et c’est devenu électoralement très payant de stigmatiser les enseignants.

    Et je les comprends car j’ai aussi eu à souffrir de cette culture beauf en entreprise, l’opposition entre public et privé étant en fait une véritable guerre culturelle du même ordre que la guéguerre des Démocrates et les Trumpistes aux Etats Unis…

    2. Une rupture consommée avec la hiérarchie

    Plus le temps passe, plus les enseignants se sentent au mieux abandonnés, voire méprisés par la hiérarchie.

    Le sentiment d’abandon concerne en particulier la lâcheté de la hiérarchie, en particulier vis à vis des attaques contre la laïcité depuis l’affaire du foulard à Creil en 1989…

    Ensuite, il a eu des ministres plus proches des parents d’élèves par démagogie électorale que de leur propres troupes, comme Claude Allègre et sa saillie du « Mammouth », d’où aussi les pressions pour relever les notes malgré l’opposition des enseignants…

    3. L’adoption des techniques des entreprises en faillite

    Si les enseignants ont peur de l’autonomie, c’est qu’ils voient déjà ce qu’il se passe avec les contractuels (CDD d’un an reconductible) et vacataires (CDD de 200 heures sur l’année) dont les recrutements sont à la discrétion du chef d’établissement.

    Le principal critère d’évaluation de ces derniers ne sont en effet pas pédagogiques, mais purement budgétaires et ils n’ont pas l’ombre d’un scrupule à prendre des contractuels ayant à peine le niveau des élèves en face s’il sont les moins chers.

    Et quand on trouve que les contractuels trouvent encore trop cher, on les remplace par des vacataires employés le temps d’un trimestre et les élèves voient donc passer trois profs dans l’année, ce qui est vous en conviendrez très efficace…

    Par ailleurs, les enseignants ont peur de l’autonomie car c’est une évidence qu’un chef d’établissement pouvant choisir les enseignants fasse de même avec les élèves pour refiler des cas difficiles au voisin.

    Et cette crainte est d’autant plus fondée qu’une des dernières idées lumineuses de l’EN, c’est au nom de la prétendue « l’inclusion » de reverser dans le cursus classique des élèves inaptes qu’on dirigeait autrefois dans des classes spécialisées car à quoi bon maintenir ces coûteuses structures pour ces enfants de toute manière inemployables à terme?

    Au début, ça passait inaperçu, un de mes proches dans le Sud Ouest me racontait qu’il avait dans sa classe un élève aux traits de visage un peu étranges, il en avait parlé dans la salle des profs et un collègue avait répondu « Tu parles du petit Jordan? On voit que tu n’as jamais enseigné dans les Hauts de France, toi! C’est triste à dire, mais quand des enfants ont ce faciès, cela veut dire que leur mère picolait pendant la grossesse et quand j’enseignais dans le nord, j’en avais facilement une dizaine par classe… »

    Et maintenant, ça se voit comme le nez au milieu du visage car pas plus tard qu’il y un mois, un autre proche me racontait qu’il avait deux élèves carrément autistes dans une classe de collège l’an dernier et s’en occuper lui prenait d’autant plus de temps qu’il n’était pas du tout été formé pour gérer de tels élèves, donc il improvisait, il faisait ce qu’il pouvait…

    Et ensuite on s’étonne que la France décroche dans le classement PISA…

    1. Merci pour ce témoignage détaillé. Je ne suis que partiellement d’accord. Pour les « handicapés », voir ma réponse par ailleurs. Je comprends les craintes des enseignants face a un « directeur – patron », mais si c’est nécessaire pour l’efficacité, la hausse du niveau est prioritaire dans l’intérêt de tous, élèves comme enseignants. Sinon tout le monde s’appauvrira. Or l’expérience des entreprises et du privé montre qu’un patron est nécessaire… à condition de ne pas garder s’il est inefficace ce qui peut se jauger par exemple par les résultats aux examens.
      Et surtout il faut bien regarder ce qui fait que certains pays réussissent (voir mon article)

      1. Le problème, c’est qu’en France, les patrons ont tendance à gérer dans l’opacité la plus totale, ce qui est la porte ouverte à tous les abus, et c’est pour ça que des solutions rigides et transparentes rassurent.

        Pour rappel, le mouvement de Poujade avait éclaté quand on avait voulu imposer aux petits commerçants de tenir une comptabilité car bien évidemment, ils fraudaient de partout…

        1. La facturation électronique va vous rassurer. Et puis il y a l’évolution générale des économies « en liquide » vers des économies plus comptabilisées (voir la Suède), ne serait-ce que parce que « le liquide » c’est compliqué à gérer.

  7. L’abandon de l’anglais est une mauvaise idée : la maîtrise de la langue devenue internationale (que ça plaise ou pas aux francophones) est incontournable dans beaucoup de métiers (chercheurs, ingénieurs, commerciaux, secrétaires, artistes, etc). Si les Français deviennent incapables de lire la moindre notice technique en anglais, ou la moindre publication scientifique, l’effondrement de la France (pas seulement économique…) sera fulgurant. La Francophonie y perdra, aussi.

  8. Abandonner l’Anglais me semble une bien mauvaise idée. Cette langue est devenue la langue internationale du moment, qu’on s’en désole ou pas. Toutes les publications scientifiques se font en anglais, et le monde pratique se fait en anglais (modes d’emploi, voyages, CV, etc). Se replier sur le français (au delà du Primaire, par ex) serait une catastrophe pour notre langue, qui a besoin de contacts pour s’enrichir et qui doit être promue à l’International (au besoin en anglais, s’il le faut). Il ne faut pas céder à la manie de l’Interdiction dès qu’un obstacle se présente.

    1. Il y a de bonnes raisons pour maintenir une matière, sinon on ne l’aurait pas mise au programme. Mais le résultat final est mauvais: si on ne sait pas parler français, comment on parlera-t-on anglais ? Si on ne progresse pas en maths, les emplois iront ailleurs

      1. On peut ( malheureusement ?) bien parler anglais en étant mauvais en français (comment font les anglais ?), mais ce n’est pas mon souhait , évidemment (relire mon message). Éliminer l’anglais, je me répète, serait une catastrophe éducative et même économique pour la France. En maths ( puisque vous en parlez) la majorité des thèses se fait en anglais. Et c’est comme ça partout. Refuser de voir cette réalité, c’est foncer dans un mur. Apprendre et maîtriser le français, en France, est une nécessité basique, bien entendu Et c’est pareil pour les maths. Mais éliminer l’anglais des programmes, c’est un suicide.

        1. Je ne suis pas d’accord. L’anglais soigné est indispensable dans un nombre assez restreint de métiers, notamment le doctorat de mathématiques, mais sacrifier le français pour un usage nul ou purement touristique de l’anglais prioritaire

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