Depuis 2 ans, j’ai publié plusieurs articles montrant que les écologistes avaient retardé la transition énergétique, voire la transition climatique. Depuis, les exemples se sont accumulés montrant à la fois l’importance du problème et la gravité des fausses solutions.
Pendant longtemps, le mouvement écologiste a raisonné principalement en termes d’interdictions, de normes, de quotas et de réduction de la consommation. C’était « la décroissance » pour ses partisans, et l’« écologie punitive » pour ses adversaires.
La décroissance entraînant une baisse importante du niveau de vie, n’a pas beaucoup de succès dans le grand public.
Il me semble plus efficace de s’appuyer d’abord sur l’innovation technique, les entreprises et les choix des consommateurs. Les récentes canicules vont à mon avis dans ce sens.
En effet, les ingénieurs ont toujours cherché à économiser la matière et l’énergie, ne serait-ce que parce qu’elles coûtent cher. Les entreprises sont donc de puissants instruments de transformation, dès lors que leurs clients, leurs salariés et leurs dirigeants l’exigent… et que cette transformation demeure économiquement viable.
Enfin, les « punitifs » pensent surtout à la production physique, celle qui demande des matériaux et de l’énergie, alors que la croissance des pays développés se fait de plus en plus par des services qui, par nature, en consomment nettement moins, comme l’enseignement et la formation par exemple.
Les erreurs des « punitifs »
Pour ne pas tomber dans la caricature, je vais choisir une « punitive » s’exprimant modérément, Dominique Méda, sociologue et publiant régulièrement dans Le Monde. Puis nous verrons qu’il y a bien pire !
Dans un entretien au Point en 2019, significativement intitulé « Nous sommes drogués à la croissance », elle préconise des objectifs d’émissions au niveau des entreprises et des individus et envisage le recours à des quotas.
Elle défend parallèlement un investissement public massif dans la transition écologique. Elle débouche logiquement sur une intervention publique extrêmement détaillée et impérative dans les comportements économiques.
Ainsi, elle participe à l’idée très répandue en France que l’État est une sorte de Dieu infaillible et tout-puissant. De même pour le peuple qui est censé contrôler démocratiquement ce Dieu. Bien sûr, elle ne le pense pas en ces termes, mais c’est la logique de sa préconisation.
C’est évidemment choquant pour le libéral que je suis, mais surtout fait bon marché de tous les échecs des régimes étatiques.
Par exemple, l’URSS a été un échec économique, malgré une augmentation du niveau technique de sa population, et surtout un échec environnemental, parce que les producteurs n’étaient pas soumis à la loi du consommateur ni à une quelconque démocratie locale pouvant s’insurger contre le massacre de l’environnement.
De plus, pour les marxistes, les services n’ont aucun intérêt et ne génèrent aucune valeur.
L’imprégnation du marxisme étant assez profonde dans le monde entier, et pas seulement dans la gauche française, on retrouve assez souvent dans l’écologie punitive cette tendance à assimiler « production physique » et « production » tout court.
Par ailleurs, les pouvoirs publics ont du mal à fixer des objectifs généraux, taxer certaines externalités ou interdire des produits dont la nocivité est démontrée. Cela qu’ils soient démocratiques – et donc bloqués par des craintes électorales et l’incompétence démagogique – ou dictatoriaux, c’est-à-dire arbitraires et tout aussi incompétents.
Comment imaginer que ces pouvoirs publics pourraient déterminer, entreprise par entreprise et produit par produit, la meilleure façon d’opérer cette transition ?
Souvenons-nous de l’exemple de la démocratie allemande qui a fermé son nucléaire sous la pression des écologistes… pour le remplacer par le charbon, bien plus nocif !
Elle a certes développé massivement les renouvelables, mais l’Allemagne a dû utiliser les réseaux belges et français pour en amener la production à ses propres consommateurs et pallier leur intermittence par des centrales au gaz russe ou au charbon.
En France, la même méfiance envers le nucléaire a également pesé sur les choix publics. La fermeture de Fessenheim en 2020 fut le résultat de la même mode intellectuelle, et il est curieux de voir son instigateur, François Hollande, se porter candidat aujourd’hui !
Depuis, la politique française a profondément changé et l’on se lance de nouveau dans un programme nucléaire. Mais une décennie a été perdue et des compétences dispersées : ce sont les constructeurs chinois, indiens et coréens qui répondent aux appels d’offres internationaux de centrales nucléaires !
Bref, les choix les plus idéologiquement écologiques n’ont pas été les plus heureux ! Mais ça n’empêche pas les « punitifs » de sévir.
Le 20 septembre 2026, Jean-Baptiste Fressoz publiait dans Le Monde une tribune dans laquelle il proclame « l’échec structurel du capitalisme à gérer le problème climatique ».
Bref, pour sauver la planète, il faudrait maintenant abandonner le capitalisme pour sombrer dans la pauvreté et la dictature de l’URSS !
L’écologie des ingénieurs et des entreprises
Pour commencer, une entreprise a spontanément intérêt à économiser ce qui lui coûte cher. Un ingénieur cherche depuis toujours à obtenir le même résultat avec moins de matière, moins d’énergie, moins de temps et moins de travail.
Gaspiller coûte cher et l’« efficacité énergétique » ou « économie circulaire » n’est que le nouveau nom d’une préoccupation très ancienne de l’industrie.
Bien entendu, une pollution rejetée gratuitement dans une rivière peut être rentable pour celui qui pollue et coûteuse pour la collectivité.
Le principe du « pollueur-payeur » est excellent mais ne doit pas dériver vers une réglementation coûteuse et tatillonne. À chaque entreprise de jouer et à la justice de les juger !
Les idéologues sont toujours en retard d’un prix de revient parce qu’ils oublient le travail permanent des ingénieurs.
Dans les nouvelles centrales chinoises, le nucléaire bénéficie de coûts nettement inférieurs à ceux anticipés pour les futurs EPR2 français ; parallèlement, le photovoltaïque et l’éolien sont devenus extrêmement compétitifs.
L’avenir sera d’en atténuer l’intermittence par des batteries de plus en plus puissantes et de moins en moins chères.
Bref, la Chine, qui était devenu le principal acteur du réchauffement climatique, est en train de virer de bord.
Et il n’y a pas que la Chine ! L’Inde, jusqu’à présent très en retard, est également en train de bouger.
Dans le désert de Kutch, au Gujarat, le groupe Adani développe à Khavda un gigantesque complexe solaire et éolien destiné à atteindre 30 GW. Le projet s’étend sur 538 kilomètres carrés, environ 5 fois la superficie de Paris.
Surtout, le stockage progresse rapidement grâce aux batteries, c’est un point essentiel. En Inde, près de 70 % des trois-roues vendus l’an dernier étaient électriques grâce à la baisse de leur coût.
Le solaire et l’éolien souffrent en effet de leur intermittence : leur développement dépend donc largement du stockage et des réseaux.
Les critiques d’il y a quelques années n’avaient pas prévu la baisse du prix des batteries fabriquées en Chine : la compétitivité électrique chinoise a ses bons côtés.
Autrement dit, ce qu’une réglementation aurait pu déclarer impossible ou beaucoup trop coûteux il y a encore peu de temps devient réalisable.
Le danger de l’administration et des idéologies est d’avoir toujours quelques années de retard !
Et ce processus ne s’arrête jamais.
Des panneaux solaires plus efficaces, des batteries moins coûteuses, des réacteurs nucléaires plus simples à construire, des moteurs électriques consommant moins, des logiciels optimisant les flux logistiques, tout cela se combine et s’accumule bien plus vite que la réaction d’un planificateur ou qu’un circuit parlementaire.
Et cela touche toutes les activités.
Le transport maritime et la pêche en mer sont extrêmement polluants, mais voici que les bateaux petits ou grands recommencent à hisser les voiles, car la commande en est beaucoup plus simple que sur les voiliers traditionnels : inutile de monter en haut des mats dans un travail épuisant et dangereux. Il suffit d’appuyer sur un bouton et les voiles se règlent seules en fonction du vent.
C’est l’occasion de pointer un défaut français
Tout le monde souhaite la réindustrialisation et la souveraineté.
Mais lorsqu’un industriel veut effectivement construire une usine, il se trouve confronté au foncier, aux autorisations environnementales, aux consultations, aux recours et à une succession de procédures qui peuvent retarder de plusieurs années son investissement.
Le problème est aigu et l’État lui-même a entrepris de réduire les délais par la loi Industrie verte. On peut maintenant conduire simultanément certaines phases d’instruction administrative et de participation du public.
Ça nous a coûté déjà très cher ! Une entreprise qui hésite entre plusieurs pays ne patientera pas pendant des années. Elle construira ailleurs.
Bref multiplier les contraintes environnementales sur notre territoire peut décourager une implantation industrielle… Tout cela pour importer le même produit d’un pays où les normes environnementales et l’électricité sont moins favorables au climat !
L’agriculture et les lamentations contradictoires
La même question se pose dans l’agriculture, mais de manière plus délicate encore.
Il est souhaitable d’éviter l’emploi de produits dangereux, lorsqu’une solution moins nocive existe, et de ne pas épuiser les ressources en eau.
Les haies protègent les sols, abritent une partie de la biodiversité, ralentissent l’écoulement de l’eau et limitent l’érosion.
Mais l’enchevêtrement des réglementations, aussi bien nationales qu’européennes, transforment la plupart des décisions agricoles en constitution de dossiers complexes.
L’exemple des haies est devenu tellement excessif que le gouvernement a lui-même décidé de créer le Guichet unique de la haie chargé de centraliser toutes les règles et démarches applicables sur ce « point d’accès unique à la réglementation et aux démarches administratives sur les haies« . C’est dire !
Il faut passer la paperasse administrative aux solutions techniques : sélection variétale, agriculture de précision, meilleure connaissance des sols, irrigation mieux pilotée, traitements plus ciblés, lutte biologique, robotisation, amélioration des prévisions météorologiques.
Tout cela ne peut être conçu que localement et non par un circuit parlementaire ou de hauts fonctionnaires parisiens !
Sinon, je prédis qu’on verra se multiplier les manifestations d’agriculteurs et, en face, les contre-manifestations écologiques.
Un allié inattendu : la démographie
À plus long terme, une autre évolution devrait faciliter la transition : la démographie mondiale.
Pendant deux siècles, le problème environnemental s’est posé dans un monde où la population augmentait rapidement.
Nous étions un milliard vers 1800, 2 milliards vers 1930, 8 milliards depuis 2022.
Il fallait donc simultanément améliorer le niveau de vie de chaque individu et nourrir, loger et équiper des milliards d’individus supplémentaires.
Les dernières projections des Nations Unies prévoient que la population mondiale passera par un maximum autour de 9 milliards d’habitants entre 2027 et 2080, avant d’amorcer une diminution de plus en plus rapide.
Un quart de la population mondiale vit déjà dans des pays dont la population décroît.
Cela ne supprimera évidemment pas le problème climatique. Et le vieillissement démographique posera d’autres difficultés économiques et sociales.
Mais une population stabilisée, puis décroissante, rendra moins pesante la pression sur les sols, l’eau, les matières premières et l’énergie.
C’est un élément majeur que le débat écologique prend encore trop rarement en considération.
La peur de la baisse du niveau de vie
L’expérience a montré que la décroissance déclenche des réactions violentes.
La crise des Gilets jaunes, suite à la hausse de la fiscalité sur les carburants, a rappelé que la transition écologique concerne des individus qui doivent aller travailler, chauffer leur maison, nourrir leur famille et arbitrer entre leurs dépenses.
Commençons par utiliser moins de matière et moins d’énergie (c’est mon ancien métier) pour chaque unité de richesse produite. Le progrès technique est l’un des instruments les plus puissants dont dispose l’humanité.
Fixons les objectifs environnementaux indispensables.
Faisons payer les pollutions lorsque leur coût est établi.
Interdisons ce qui présente un danger démontré lorsqu’aucune solution acceptable n’existe.
Mais, une fois ces limites posées, laissons les ingénieurs chercher, les entrepreneurs investir et les entreprises se concurrencer.
Et surtout, utilisons notre pouvoir de consommateurs.
Une entreprise capitaliste écoute ses clients parce que sa survie en dépend. Une entreprises d’État s’en moque.
Si les clients exigent des produits moins polluants, plus durables et moins consommateurs d’énergie, tout en acceptant d’en supporter le coût éventuel, les entreprises s’adapteront.
Celles qui trouveront les meilleures solutions prendront des parts de marché aux autres.
Plutôt que de multiplier indéfiniment les complications administratives, donnons donc un objectif clair, un cadre stable et un prix aux nuisances ; puis laissons travailler les ingénieurs, les entreprises et leurs clients.
Yves Montenay

Ca tombe sous le sens. Malheureusement les absurdités continuent. Ainsi par exemple l’UE proteste énergiquement contre les difficultés à obtenir du gaz qatari ou du pétrole saoudien et tout aussi énergiquement contre les forages envisagés par la Norvège (qui doit se féliciter de ne pas être dans l’union!) en arctique.
Dans ma région, l’incendie de l’été dernier qui a ravagé Bouleternère (66), a débuté par les bords de routes, non tondus pour des motifs prétendus écologistes (habitat des animaux). Résultat : des centaines de bestioles sont mortes carbonisées.
Dans les Méga « usines à gaz » (c’est le bon mot…) qu’on bâtit pour capter du CO2 de l’air, on va a absorber du CO2 naturel (car on ne sait pas distinguer le CO2 naturel du CO2 anthropique). Résultat : on va tuer des arbres ou des animaux. On est dans un processus prométhéen caricatural : maitriser le nature, la dominer…au point de la détruire.
L’écologie politique tourne à vide, sur elle-même, sans ses principes fondamentaux originels (respect de la nature, humilité humaine face aux éléments) : elle fonctionne dans l’abstrait, comme le socialisme des idéologues (qui ont appauvri les pauvres, tué ceux qu’ils prétendaient défendre, instauré les dictatures qu’ils combattaient).
Pour le climat, on est dans une religion écologiste absolue, celle du Dieu Thermostat. Elle nous affirme que la diminution du CO2 anthropique (qui est responsable, selon le GIEC, de 8% de l’effet de serre…qui n’est pas la seule cause du réchauffement climatique) ferait revenir la terre à son climat de référence : celui de 1850 ! (Qui est devenu le repère absolu de l’ère préindustrielle, le climat de l’équilibre universel imaginaire, pour une terre qui n’a jamais été…en équilibre). Pour les écologistes, ce n’est pas le climat de 1400 qui est celui de l’ère préindustrielle, ni celui de l’Homme de Néandertal, ni celui des Dinosaures : non, c’est celui de 1850 ! On est dans la croyance magique totale…Avec 8% d’impact seulement sur « l’effet sur l’effet de serre » (qui n’est pas la seule cause du réchauffement climatique), l’humanité aurait le pouvoir de dicter un climat précis à la terre : l’écologie devient délirante.
Quant à la décroissance, aucun écologiste ne semble avoir discuté avec les réfugiés (pauvres) des pays ayant connu la décroissance…. D’ailleurs, la France de 2026 n’est pas loin de la connaître, et cette situation ne va certainement pas engendrer des résultats favorables à la nature…
« De plus, pour les marxistes, les services n’ont aucun intérêt et ne génèrent aucune valeur. »
Plus précisément, pour un marxiste, ce qui est sans valeur est ce qui va pousser à la surconsommation comme l’obsolescence esthétique des voitures alors que le design de la Lada n’a pas bougé en CINQUANTE ANS, l’important étant que la voiture vous transporte d’un point A à un point B sur les rudes routes russes, pas de chichis, on va à l’essentiel!
Et il en va de même à l’autre bout du spectre politique car dans les milieux les plus rétrogrades, le « vrai travail », c’est le travail de la terre et l’artisanat, la grande industrie, c’est le communisme et les travailleurs intellectuels sont des « fainéants » faisant semblant de travailler.
Pour le reste, la question de l’écologie est complexe car ce n’est pas rare outre que ça peut permettre à des individus très médiocres de faire carrière en politique, il y a aussi de gros intérêts industriels en jeu, comme des « carburant verts » qui pouvaient n’être rien de plus qu’un prétexte pour subventionner les agriculteurs.
Et il est bon de rappeler que les grands cycles d’expansion économique sont liés à la découverte d’une source d’énergie bon marché à exploiter alors que le carburant de la croissance en Occident depuis les années 70 est principalement l’argent magique…
Je ne fais que citer un de mes professeurs d’économie à Sciences-Po, qui était un marxiste « officiel ». C’était considéré à l’époque comme un courant normal de l’économie.
Travaillant à l’époque, parallèlement à Sciences Po dans une entreprise de distribution de produits pétroliers, je voyais tout le ridicule de ce postulat : entre le bateau de 20 000 tonnes de fuel domestique arrivant au Havre et la livraison d’un jerricane de ce combustible au cinquième étage, sans ascenseur d’une vieille dame parisienne, La « valeur » du produit, ne me paraissait évidemment pas la même, quoi qu’en disait le professeur !
Je suppose que ça doit remonter à l’époque de Spoutnik 1 et de Youri Gagarine :-)
Car pour ma part, je pourrais vous parler de ces écoles de commerce où on se demandait ce qu’attendait la France pour devenir le 51ème Etat américain :-)))
Et des fois, c’est les mêmes qui vous diront « Oooohh, mon bon monsieur, les années 60, c’était la préhistoire et en ces temps reculés… »