Retraites : les fonds de pension ne règlent pas la question démographique

Cet article fait suite à une offensive médiatique en faveur des fonds de pension comme remède au problème des retraites. Or s’ils ont certes quelques mérites, il ne faut pas leur prêter des qualités qu’ils n’ont pas.

Si on ne peut qu’être d’accord sur certains avantages de l’existence de fonds de pension, il ne faut pas leur prêter des qualités qu’ils n’ont pas.

En particulier, la valeur future des fonds qui leur sont confiés dépend des conditions démographiques d’une façon presque identique au système par répartition. Il suffit en effet de remplacer le terme de « cotisant » par celui de « producteur ». Or il s’agit en général des mêmes personnes.

En effet, la valeur des fonds ou des revenus qu’ils distribueraient des dizaines d’années après la souscription dépend des entreprises dans lesquelles ils auraient des participations. Or la santé de ces entreprises dépend d’une part de leur personnel et d’autre part de leurs clients. Dans les pays à démographie vieillissante, ce personnel va se raréfier pour les mêmes raisons que le nombre relatif des cotisants du système par répartition, les clients non retraités également, tandis que les clients retraités auront comme revenus, d’une part leur retraite par répartition fondante et de l’autre, la valeur des fonds… ce qui suppose le problème résolu.

Autrement dit, les fonds ne permettent pas de contourner la démographie. La solution que tout le monde connaît, mais n’admet pas pour des raisons électorales, est de transformer les vieux en jeunes, économiquement bien sûr, en augmentant l’âge de la retraite. D’autant que cette transformation de vieux en jeunes a déjà largement été réussie par la médecine.

Dans une discussion sur ce sujet, un interlocuteur m’a répondu : « les fonds investiront dans des pays à forte démographie ». C’est exact, mais reste à les trouver : l’Europe, et dans une moindre mesure les États-Unis, sont sur une mauvaise pente, sauf immigration massive. La Russie, l’Asie de l’Est et du Sud-Est sont dans un état pire, et leurs peuples, violemment opposés à toute immigration. Dans le cas de la Chine, il faudrait d’ailleurs des centaines de millions de migrants. D’où viendraient-ils ? À cette échelle, seule l’Afrique pourrait en fournir une partie. Ceux qui connaissent la Chine savent à quel point ses habitants y sont mal préparés.

Donc si les fonds de pension veulent honorer leurs promesses, ils doivent s’implanter en Afrique où la démographie est favorable. Ce serait une bonne nouvelle pour le continent ! Bien sûr dans de nombreux pays, il faudrait d’abord résoudre la question de l’ordre public, y compris dans le domaine judiciaire, puis celui de la qualification des producteurs. Le tout sans se faire accuser de néocolonialisme !

Par ailleurs, d’un point de vue financier cette fois, les masses à collecter pour constituer ces fonds s’ajouteraient, si j’ai bien compris, aux cotisations du système par répartition par une redirection de l’épargne. Il faut donc supposer que ce nouvel usage de l’épargne nationale sera plus efficace que les usages actuels, ce qui renvoie au nombre de producteurs nécessaires dans chaque hypothèse. La démographie n’est encore une fois pas loin.

En résumé, les retraités sont des hommes et des femmes qui ont besoin de plus jeunes qu’eux pour les nourrir et les soigner, l’argent pour cela n’étant qu’un intermédiaire, quel que soit le système qui le collecte et le redistribue. On est donc inévitablement ramené à des questions démographiques.

Merci au Cercle Les Echos qui a publié cette tribune sous une forme légérement différente.

Nota Bene sur la pyramide des âges : Remarquez la masse des seniors de moins de 70 ans qui est en train de remplacer le beaucoup plus petit nombre des plus de 70 ans.

12 commentaires sur “Retraites : les fonds de pension ne règlent pas la question démographique”

  1. Quand les Chinois en auront besoin, ils le feront. Bien sûr à leur façon qui sera peut-être une nouvelle forme d’esclavage ou d’apartheid, voire de colonialisme. Mais je ne vois pas pourquoi un travailleur africain ne contribuerait pas aux retraites, que ce soit celles de son pays, de la France ou de la Chine. Tout dépend qui contrôlera la production.

    1. « Je ne vois pas pourquoi un travailleur africain ne contribuerait pas aux retraites »: là est toute la question. Pour faire simple, quelque soit ses modalités (par capitalisation ou par répartition) un système de retraites est d’abord assuranciel c’est à dire qu’il doit profiter d’abord au cotisant: sa contribution est un droit à une ressource future pour LUI.
      Les immigrés ne payent pas la retraite des natifs, il paye LEURS retraites.
      Encourager leurs installations au delà d’un minimum acceptable, et en particulier pour la raison que vous mentionnez est absurde et revient à changer son propre peuple et sa propre nation au nom d’une conception de court terme cynique d’apparence raciste. Cet argument me semble inadmissible et absurde et c’était ce que je voulais dire.
      Car il vous faut le comprendre: l’accueil illimité des migrations pour des raisons humanitaires (en aidant objectivement les passeurs et trafiquants d’êtres humains) ou pour des raison sociales (en prétendant utiles les cotisations que nous refusons d’assumer) est profondément et définitivement IMMORAL !

  2. Malheureusement les mathématiques ne sont pas morales. Le processus est déjà commencé en France puisque les vieilles personnes « à mobilité réduite » ont besoin d’aides soignantes et sont bien heureuses d’avoir des Africaines.
    Quel soit le régime de retraite les immigrés payent celles des natifs, tant financièrement qu’humainement (exemple ci-dessus). Leurs propres retraites seront payés par les actifs futurs.

  3. Il ne faut pas confondre 2 questions différentes, les mathématiques et les sentiments. Je suis un observateur, je diffuse et analyse des données mathématiques. Ensuite les peuples ou les dirigeants prennent la direction qu’il préfèrent.
    Jusqu’à présent Chinois et Japonais sont révulsés quand on leur parle d’immigration. Ils peuvent rester ainsi et mourir de faim (voir plus bas d’autres solutions) ou décider finalement de s’ouvrir. Là, les mathématiques disent que se sera d’autant moins pénible que cela aura été fait plus tôt, comme dit dans mon article sur Merkel. Je remarque qu’en France, malgré un sentiment général hostile à l’immigration africaine, on fait venir à la demande des vieux des aides-soignantes qui elles-mêmes font venir leurs familles,
    Quelle sont les autres solutions mathématiques ? Qu’un gouvernement totalitaire demande à tous les plus de 75 ans de se jeter la fenêtre (voir sur mon site mon livre sur ces questions) ? Ou que des vieux émigrent pour bien vivre de leur petite retraite dans les pays pauvres ? Cela se fait déjà pour les Français au Maroc et les japonais aux Philippines.

  4. Vous n’avez pas compris mon point. Je rajoute un cran: les peuples ont à financer leur fin de vie inactive du fait de l’âge. Le faire assurer par un autre peuple revient à remplacer ou à projeter de remplacer le peuple initial. Le fantasme de la disparition de soi en tant que peuple et nation, que vous semblez assumer sans y voir de problème est en fait un sentiment extraordinairement dangereux, source de toutes les révoltes et de toutes les violences. Votre apparente insouciance vis à vis de cela est énervante.
    Pour finir, ce qui justifie des immigrations, et cela de manière limitée historiquement, est le déficit provisoire de main d’oeuvre pour le développement d’une économie, et certainement pas « le paiement des retraites », dangereuse illusion liée à l’âge des immigrés (plus jeunes que l’ensemble de la population) au moment de leur arrivée.
    Il a et aura beaucoup de vieux immigrés. Qui va payer leur retraites ?

  5. « le développement de l’économie » est inséparable du financement des retraites. Ce n’est d’ailleurs pas un problème financier mais humain : à quoi servirait un financement s’il n’y avait plus assez d’infirmières ?
    Qand à la retraite ses vieux immigrés, dans 40 ans, ce sont les enfants de tous quel que soit leur origine qui auront à s’en occupper.

  6. Vous admettez donc enfin que tout le monde paye les retraites et donc que les faire payer par un nouveau peuple revient à faire de celui ci un remplaçant de l’ancien. Cela mérite d’être explicité et mis au vote avec un résultat qui n’est rien moins que sur et c’est le sujet que j’essaye désespérément d’aborder: aucun peuple n’accepte de disparaitre sans manifester quelque désaccord. 70% de l’opinion française pense qu’il y a « trop » d’immigrés. Il nous faut maintenant arrêter les migrations vers la France et vers l’Europe.

    Pour ce qui concerne les retraites nous pouvons parfaitement les payer nous mêmes, il suffit de travailler plus longtemps et d’augmenter notre richesse pour cela.
    Importer de la main d’oeuvre pauvre du tiers monde ne sert à rien sinon à nous créer des problèmes sociaux. Ceux ci sont mesurés: deux fois plus de chômage (un comble) et de criminalité que chez les natifs. De plus, cela revient à exiler injustement de dynamiques jeunes adultes qui auraient bien mieux travaillé chez eux pour leurs propres nations.
    Cela a donné lieu à des livres, à l’heure où, victimes de rumeurs et d’ignorances variées, de jeunes africains issus de pays « surs » se lancent dans des aventures dérisoires vouées à tous les échecs, il faut leur dire : NE VENEZ PAS !!!

  7. Il manque une considération dans ces commentaires dont je ne me risquerais pas à critiquer le bien-fondé scientifique: dans ma retraite par capitalisation je suis responsable du résultat, bon ou mauvais, et je choisis la date de ma cessation d’activité (et de fin de cotisation) en conséquence. Dans un système par répartition, je subis la gestion par des fonctionnaires irresponsables et les caprices des politiciens. Dans la capitalisation on peut difficilement me cacher les ponctions arbitraires au profit d’autres catégories qui, même quand elles sont moralement justifiées, relèvent d’un « ministère de la solidarité » doté d’un budget propre et soumis à la règle de non-affectation budgétaire. Ce ministère n’existe pas et tout le monde comprend pourquoi, donc il est beaucoup trop tôt pour analyser et juger les différents régimes de retraite.

    1. Tout à fait d’accord avec ce que tu dis, mais c’est un point de vue
      « micro », alors que mon article est « macro », c’est-à-dire la capacité en produits et services qui est à disposition de l’ensemble des retraités : on ne peut pas leur garantir d’être soignés après 60 ans si les infirmières cessent elles aussi leur activité à cet âge