La Suisse et la Suède, les jumelles ignorées

On rapproche rarement ces deux pays, et pourtant j’en reviens et ça saute aux yeux !

D’abord la géographie physique : rochers, collines et montagnes, omniprésence de l’eau des rivières et des lacs. Puis les quartiers anciens des villes qui ont rarement vu de guerre depuis plus de mille ans.

Puis la géographie humaine s’impose ensuite peu à peu. Les indigènes sont sérieux, serviables et souriants. Grâce au protestantisme ? Probablement, même chez les Suisses catholiques imprégnés par des siècles d’institutions et de morale protestante. Résultat : des pays jardins, très propres et très photogéniques. Qui salit n’est pas un bon citoyen, et on le lui fait savoir !

Voyons deux exemples, Lucerne et Stockholm

Le Lac des Quatre Cantons

Beaucoup de villes suisses s’ouvrent sur un grand lac, parmi lesquelles la métropole, Zurich, et le phare international, Genève, mais je choisis de vous présenter Lucerne où je viens de passer, car c’est le cœur historique de la Suisse.

La vieille ville de Lucerne s’ouvre sur le débouché du Lac des Quatre-Cantons avec un vague air de Disneyland. C’est bien sûr l’inverse : pour leur parc de loisirs européen, les Américains se sont notamment inspirés du fameux château bavarois de Neuschwanstein, sommet fantasmé de cette architecture germanique du Sud que l’on retrouve à Lucerne.

La rive urbaine du Lac des Quatre-Cantons est hérissée de quais où s’entassent les touristes venus faire le tour du lac enchâssé de montagnes. Le commentateur signale les villas construites au bord de l’eau au fil des siècles par les riches de la région, puis par ceux du monde entier. On ne les jalouse pas, on les bénit !

Stockholm

De même, l’eau est partout à Stockholm, la Venise du Nord. La mer, des estuaires, les lacs … 14 îles et 50 ponts disent les brochures touristiques. Des bateaux–bus ou de mini-croisière qui s’entrecroisent, des fronts de mer ornés de bâtiments de toutes les époques, souvent magnifiques … et ceux qui le sont moins sont présentés comme des exemples du célèbre design scandinave !

Donc, dans les deux pays, un beau décor très soigné. Et comme les indigènes sont entreprenants et protestants, ce qui est synonyme dans leur esprit, c’est à exploiter pour le tourisme.

Deux pays touristiques

C’est fait de manière magistrale en Suisse dans les montagnes, du lac au fond de la vallée aux « trains des glaciers », sans parler des stations de sports d’hiver… et d’été.

Dans quel pays est donc Davos, qui reçoit chaque année la crème de la crème du monde entier ? Et Genève qui loge les cadres des institutions internationales, leurs invités, leurs conseils ? La neutralité suisse a beaucoup aidé ces implantations internationales.

La Suède est neutre aussi mais moins bien placée géographiquement pour cela. Elle se console avec les prix Nobel, débattus dans l’Académie au cœur de la vieille ville.

Le tourisme est important aussi en Suède mais cela se voit moins, le pays étant beaucoup plus grand. Sans d’ailleurs être tellement plus peuplé : 10 millions d’habitants contre 8,6 en Suisse.

Ce petit nombre facilite la gestion des deux pays, et la décentralisation, extrême en Suisse, diminue encore le nombre de personnes concernées par chaque décision qui peut donc être prise au plus près des préoccupations populaires.

Et le consensus national est cultivé. En Suède, ce consensus passe en partie par des syndicats, mais ces derniers sont très différents de leurs homologues français, notamment parce qu’ils regroupent une grande partie de la population. Leurs membres sont donc de toutes opinions politiques.

Deux pays à l’économie florissante

Et il n’y a pas que le tourisme, Suède et Suisse sont deux grands pays industriels, du fait notamment du haut niveau de formation de presque tous. La Suède a toutefois été obligée de modérer sa pression fiscale qui avait atteint un maximum entre 1980 et 2000, déclenchant une émigration des plus qualifiés (voir ici une analyse très complète de l’économie suédoise).

Finalement, le succès économique est éclatant pour les deux pays. La Suisse est au premier rang des niveaux de vie, et si la Suède est nettement derrière,  avec environ 60 000 $ par habitant et par an contre 83 000 $ en Suisse. Elle reste néanmoins loin devant la France et l’Allemagne. La neutralité des deux pays a également aidé à leur prospérité pendant les guerres mondiales.

Cette richesse attire bien sûr les immigrants. Ils sont nombreux dans ces deux pays. Les réactions des nationaux sont mitigées : la bonne volonté protestante, voir la charité tout court, pousse à ouvrir la porte, certaines différences culturelles à la refermer. Finalement la proportion des nouveaux venus est importante, 18 % de « nés à l’étranger » en Suède et 25 % d’étrangers en Suisse (et donc davantage de « nés à l’étranger »), avec probablement une qualification plus élevée en Suisse qu’en Suède, où il y a beaucoup de réfugié récents, notamment de l’Afrique et du Moyen-Orient.

La Suisse avec ses 4 langues officielles, dont l’allemand, le français et l’italien, permet une assimilation plus simple non seulement des migrants originaires de ses 3 voisins, mais aussi du monde francophone. La Suède, avec sa langue peu répandue, a un problème supplémentaire dans ce domaine.

Bref, allez visiter ces deux pays ! Ce sera à la fois agréable et très intéressant. Mais ça vous fera soupirer sur quelques défauts français…

Yves Montenay

 

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