Pyramide des âges allemande 1950-2013-2100

La retraite par capitalisation peut-elle s’affranchir de la démographie ?

Mes amis libéraux sont persuadés que la retraite par capitalisation permet de contourner l’obstacle démographique. Étant démographe, économiste et ancien chef d’entreprise, je me suis toujours demandé pourquoi.

Depuis des dizaines d’années, je me bats contre l’idée que la retraite – la retraite par répartition puisque c’était la seule que l’on proposait à mon personnel – est un « vrai » droit.  C’est effectivement un droit, juridiquement et contractuellement, mais un droit impossible à concrétiser si la démographie devient défavorable, c’est-à-dire si les cotisants sont en nombre insuffisant par rapport aux retraités. D’ailleurs pour rétablir un rapport favorable malgré le vieillissement, la plupart des pays comparables à la France augmentent régulièrement l’âge de départ en retraite.

Seul Mitterrand a fait exception : l’abaissement de l’âge de départ de 65 à 60 ans d’abord été une catastrophe économique. Elle s’est aggravée à partir de 2006 du fait de la forme de notre pyramide des âges, les plus de 60 ans venant auparavant des générations creuses de 1925 à 1945. Cela a été aussi une catastrophe intellectuelle puisque Mitterrand a persuadé le grand public que mettre de l’encre sur du papier pouvait produire des miracles, en l’occurrence inverser la pyramide des âges.

Depuis le débat a fait des progrès en France, puisqu’il est maintenant bien compris, même dans les milieux syndicaux, que la bonne exécution de ce contrat (un « droit acquis ») suppose suffisamment de cotisants par rapport aux retraités, ce qui oblige à augmenter l’âge de départ si l’on ne veut ni augmenter les cotisations ni diminuer les pensions. C’est un progrès, mais qui néglige encore trop le facteur humain de la problématique des retraites.

C’est dans ce contexte que les libéraux proclament dans de multiples articles que la retraite par capitalisation permet de contourner cette contrainte démographique.

capitalisation

Pourquoi les libéraux font-ils campagne pour la retraite par capitalisation ?

Cette campagne des libéraux pour la capitalisation est accentuée par celle menée en parallèle par les financiers dans la presse économique : leur intérêt est compréhensible, dans la mesure où ce sont eux qui gèrent les fonds de pension dont ils font la promotion.

Les libéraux militent pour la capitalisation qui a des éléments conformes à la philosophie libérale : c’est une solution sur mesure, non seulement quant au montant espéré des pensions mais aussi, et peut-être surtout, du fait de la liberté de la date de départ en retraite, donc une solution individuelle, avec la responsabilisation qu’elle implique.

Les libéraux ajoutent souvent que c’est une solution ayant un effet économique positif, car procurant une épargne longue. Ce deuxième point est possible mais pas certain. Certes le circuit de l’épargne longue est supposé nourrir des investissements utiles, mais, à flux financiers égaux, il faudrait prouver plus rigoureusement que ces investissements seraient meilleurs que ceux générés spontanément par le marché. En effet, en répartition, les cotisations, au lieu d’aller vers l’épargne à long terme alimentent les achats des retraités. Et les entreprises concernées investissent alors si nécessaire.

À mon avis, la seule différence est que dans le cas de la capitalisation, les investissements sont financés par des prêts accordés par des personnes en principe qualifiées (je simplifie) et dans le cas de la répartition, les investissements sont financés principalement par le marché et accessoirement par les impôts générés. Je comprends que les libéraux préfèrent un circuit non immédiatement imposable, mais il est probable que la perte d’impôts correspondante sera « compensée » ailleurs.

Et puis, et c’est mon sujet principal, parce que les libéraux comme les financiers pensent que la capitalisation permet de contourner les contraintes démographiques.

Quelques exemples pour commencer

Or la capitalisation suppose que l’épargne sera productive, c’est-à-dire pourra fournir des intérêts ou des dividendes ainsi que le capital au moment de la retraite c’est-à-dire des dizaines d’années plus tard. À mon avis, ce n’est pas certain du tout.

Je vais donner quelques exemples puis passer au raisonnement global.

D’abord un exemple vécu : dans ma bonne ville de Châtellerault, des médecins se sont vus proposer une retraite par des amis promoteurs immobiliers : nous ferons de beaux logements en centre-ville, dont les loyers seront votre retraite. La ville s’est dépeuplée et les beaux logements sont non seulement vides, mais ne valent plus rien.

C’est une erreur de choix d’investissement, me direz-vous. Retenons pour l’instant que c’est une ignorance de la démographie. Certes Chatellerault n’est pas Paris où l’immobilier a flambé. Mais du coup les rendements y sont faibles et l’on est loin des promesses d’un rendement réel de 5 % souvent évoqué dans les articles sur la capitalisation.

le risque de recession
Le risque de récession

Prenons maintenant un fonds constitué d’actions et d’obligations d’entreprises françaises. Supposons les biens choisis et prospères en cette bonne année 2019. 30 à 40 ans plus tard elles auront à payer des intérêts et à maintenir leur cours de bourse pour que vous puissiez récupérer votre capital. Pour cela, il faut qu’elles produisent. Or, à législation constante, il y aura certes moins de cotisants, ce qui nuira à la répartition, mais il y aura aussi moins d’actifs (ce sont en gros les mêmes personnes) et la production s’en ressentira. Et je passe sur les éventuels changements géopolitiques (choisir entre des infirmières pour les vieux et les dépenses militaires) ou de politiques financières ou fiscales : il est toujours populaire de taxer les capitalistes.

La question de la productivité et des investissements

Mais direz-vous, la productivité augmentera. Les projections actuelles de financement des retraites en tiennent compte et le résultat est très différent suivant le taux d’augmentation de la productivité choisi.

Pour l’instant, les données laissent entrevoir une productivité augmentant très doucement (la question de cette relative stagnation mériterait un article à lui tout seul), et de toute façon il faudrait prouver qu’elle augmenterait davantage en capitalisation qu’en répartition. Cela me paraît compliqué, la productivité étant la résultante de beaucoup d’éléments, dont l’efficacité de l’éducation nationale.

En France, elle stagne :  Les gains de productivité tombent à zéro en France (Les Echos, 14 août 2019)

Les partisans de la capitalisation pensent au contraire que c’est évident, « l’épargne longue finançant les investissements de productivité ». Reste à prouver que ces investissements seront mieux choisis par les financiers que ceux réalisés spontanément par le marché, comme je l’expliquais plus haut.

Que l’on ne se méprenne pas : je ne suis pas un partisan de la répartition, ni un opposant à la capitalisation. Je remarque simplement que les problèmes de ces deux systèmes se ressemblent beaucoup.

La contrainte démographique est mondiale

Ayant discuté de cela avec un ami financier, ce dernier m’a répondu : « Ce n’est pas grave, nous placerons l’argent des retraités hors de France, là où les actifs ne manqueront pas ». L’information démographique ayant progressé depuis, je pense que tout le monde sait que la proportion actif/retraités se détériore partout dans le monde. Et particulièrement en Chine et dans une grande partie de l’Europe, dont l’Allemagne (cf les pyramides des âges 2013-2100 affichées en ouverture de cet article).

Le seul grand pays qui y échappe pour l’instant est l’Inde. « Pour l’instant » car la tendance est la même : si le nombre des actifs continue à y croître, le ratio se dégrade néanmoins avec l’allongement de la durée de vie et la baisse de la fécondité.

De même en Afrique subsaharienne où une fécondité encore très forte ne compense pas le vieillissement. Et puis je vois mal l’ensemble du monde développé asseoir sa capitalisation sur l’économie de cette région du monde où le droit de propriété n’est pas toujours respecté. Pensez par exemple au Niger, champion mondial de la fécondité donc à nombre d’actifs rapidement croissant. C’est un pays semi désertique, très pauvre, gangrené par le djihad qui impose des écoles coraniques aux garçons et renvoie les filles à la maison. Bonjour la productivité ! Les financiers à qui j’en ai parlé ne m’ont pas paru séduits.

Variante purement mathématique : le monde développé en déclin démographique pourrait importer quelques centaines de millions d’Africains, rendu brusquement productifs par nos infrastructures matérielles et humaines. Je ne plaisante pas, c’est ce qui s’est passé avec le déversement des campagnes chinoises vers les villes, un peu comme lors de nos « 30 glorieuses ». Mais les opinions publiques ne semblent pas prêtes à affronter les problèmes d’intégration à une telle échelle.

Et puis, souvenez-vous des emprunts russes qui ont financé le décollage assez réussi de la Russie jusqu’en 1913. Ils devaient financer la retraite des Français, mais n’ont pas survécu au changement de régime de 1917. Cette faillite russe s’est ajoutée bien sûr aux dépenses de la guerre de 14 de tous les pays, et à la mort ou l’infirmité de très nombreux actifs. La capitalisation qui était alors la règle a été d’urgence remplacée par la répartition qui assurait un minimum malgré tous ses défauts

Donc, à long terme, les entreprises n’échapperont pas à la contrainte démographique. Et c’est le long terme qui compte en matière de retraite.

Bien sûr, c’est une réflexion générale et un investisseur particulièrement avisé pourra passer entre les gouttes. Mais cela restera une exception.

Donc, globalement, répartition et capitalisation sont dans le même bateau.

La question de fond

Toute pension, quel que soit le système, est un prélèvement sur la production. Encore faut-il que cette dernière soit suffisante. Pour cela, encore une fois quel que soit le système, il faudra suffisamment d’adultes dans plusieurs dizaines d’années, donc une fécondité suffisante aujourd’hui (un peu plus de 2 enfants par femme pour combler les trous actuels de notre pyramide des âges) et, en attendant, en France, un âge de départ en retraite d’environ 64 ans augmentant progressivement pendant quelques décennies.

Or c’est justement ce que propose le projet gouvernemental actuel, partiellement certes puisque l’âge de 64 ans n’est que « pivot », et que l’objectif ne sera atteint que si suffisamment d’individus travaillent au-delà de cet âge pour compenser le départ précoce d’une partie des autres. Ce faisant ce projet gouvernemental favorise également la capitalisation, non pas pour ses vertus, mais parce qu’il lui donne une plus grande assiette de producteurs. Il prévoit aussi des mesures en faveur des mères pour soutenir la fécondité d’aujourd’hui.

Tout ce qui améliore « les ressources humaines », et pour commencer l’âge pivot de 64 ans prévu par le projet gouvernemental, est bon pour la capitalisation comme pour la répartition.

Vous me direz que la retraite par capitalisation se prend à l’âge que l’on veut, ce qui est effectivement une liberté de grande importance. Mais traduit brutalement cela veut dire : « du fait de la dégradation démographique, choisissez la capitalisation, et travaillez plus longtemps pour maintenir le niveau de votre pension ». Si personnellement je suis prêt à travailler jusqu’à 100 ans (j’en ai 78), je ne suis pas certain que ce soit un argument très vendeur.

Enfin, si tout entrepreneur trouve normal de prendre des risques, ce n’est pas le cas du citoyen moyen, qui préfère une retraite médiocre mais assurée au « suspense » d’avoir le double ou la moitié suivant les péripéties financières, non seulement françaises, mais également indiennes, chinoises ou africaines.

La vraie différence entre capitalisation et répartition

Notre conclusion est que la forme de notre pyramide des âges s’impose à tout système de retraite, et il faut que les libéraux cessent de proclamer que la capitalisation y échapperait. Cela n’empêche pas des vraies différences, que l’on peut résumer ainsi : « la capitalisation, c’est l’individualisation, le sur-mesure mais le risque. La répartition c’est le collectif et une médiocrité prévisible. » On retrouve en gros la ligne de démarcation droite–gauche.

Il faut donc cesser de proclamer que la répartition est une arnaque contrairement à la capitalisation. La véritable arnaque, c’est de s’éviter la peine et le coût d’élever des enfants en pensant que votre retraite sera payée par ceux des autres, que ce soit en capitalisation ou en répartition. Les libéraux reconnaîtront « le passager clandestin ».

 

Ce qui nous mène à une remarque générale : la démographie a des effets lents, donc que les politiciens et beaucoup d’économistes ne remarquent pas, mais fondamentaux et irrésistibles.

Elle explique largement le déclin français : ce pays, qui était premier pays européen par sa population, a été approché ou dépassé par ses voisins britanniques, allemands et italiens. Sans parler des États-Unis, pays minuscule vers 1800 devenu un vaste marché de 320 millions d’habitants par sa fécondité et à la suite d’une immigration massive. Et sans oublier la Chine passant de 400 millions d’habitants dans les années 1950 à 1 300 millions aujourd’hui. Symétriquement, la démographie est la cause principale du déclin du Japon.

Pourquoi diable risquer la réputation des idées libérales en proclamant que les placements ne dépendraient pas de cette donnée fondamentale de l’histoire et de l’économie qu’est la démographie ? Imaginons le discrédit qui retomberait sur les idées libérales si un quelconque « journal d’investigation » dénonçait une collusion avec « les puissances d’argent » par la diffusion d’une analyse discutable les favorisant.

 

Yves Montenay,
auteur du Livre Retraites, familles et immigration en France et en Europe (2006)

 

Illustration en ouverture : les pyramide des âges 1950-2013-2100 de nos voisins allemands.
J’analyse la situation démographique allemande et son impact sur l’économie et la politique migratoire dans cet article : Retraites : un problème démographique avant d’être financier

26 commentaires sur “La retraite par capitalisation peut-elle s’affranchir de la démographie ?”

  1. Questions provocatrices, certes, mais volontaires (par souci pédagogique).
    1) Si une nation donnée ne fait plus d’enfants, peut-elle quand même s’imaginer une retraite future (avoir un revenu sans travail fourni) ? Si oui, alors comment ? Sinon…alors, plus de retraite ?
    2) Peut-on imaginer la fin du principe même des retraites, et le remplacer par un travail tout au long de sa vie permettant alors de bénéficier d’un « droit » à des durées progressivement élargies de congés annuels, à partir d’un seuil minimal de durée d’activité et d’un seuil d’âge minimal assez jeune, du coup (60 ans)? (droit à des congés annuels progressivement plus longs, tenant compte éventuellement de la pénibilité de certains métiers pour bénéficier d’augmentation de durées supplémentaires ).

  2. La contrainte démographique va bien devenir un jour un véritable obstacle économique (sauf catastrophe meurtrière massive et planétaire), car l’humanité pourrait bien décider, dans l’avenir, de limiter sa croissance démographique. Faire usage de l’immigration aura vite (façon de parler…) ses limites aussi, car cette contrainte démographique pour le financement des retraites va concerner toute la planète. On ne pourra pas éternellement être l’immigré du voisin pour financer sa retraite…

    1. Jusqu’à présent on peut augmenter l’âge de la retraite car les 65–70 ans sont en bonne santé. Ça marchera jusqu’à 75 ou 80 ans. Bien sûr ce sera dur politiquement !
      J’aime bien votre dernière phrase. Pour l’instant, il y a le « réservoir » africain, mais il ne sera pas éternel non plus

  3. La retraite par capitalisation peut-elle vraiment s’affranchir de la démographie ? Bonne question. Pour y répondre je prendrai un exemple pratique. Imaginons une tribu familiale, ou un village, isolés, autonomes. Votre question est alors peut-elle s’enrichir à démographie constante (et continuer à nourrir et loger ses vieux) ? La réponse est oui. La construction de la première maison, du village, puis des infrastructures servira aux générations suivantes, qui amélioreront ce capital, sans nécessité d’être plus nombreux. En fabriquant des outils, en se perfectionnant, l’agriculture sera plus productive, dégageant du temps libre et plus de bien-être.
    En faisant cela, ils permettent même l’arrivée d’une nouvelle population, et l’on voit dans ce cas que ce n’est pas l’arrivée de nouveaux qui crée la croissance et l’enrichissement, mais l’inverse. Cet exemple n’est pas utopique, c’est ce qui s’est passé depuis des millénaires. Maintenant vous me direz, oui, mais à population constante mais vieillissante, ce qui est le schéma actuel ? Les perfectionnements apportés au fil du temps donnent plus de productivité, on peut alors avoir moins de jeunes pour produire la même chose et prendre en charge plus de vieux.
    Notre société fonctionne de la même manière, les robots ont remplacé les charrues et les scies, mais le principe est le même.

    Pourquoi les libéraux font-ils campagne pour la retraite par capitalisation ? Je suis libéral (ultra selon certains), mais je fais campagne pour la répartition et la capitalisation. Ils sont complémentaires. La bonne retraite, c’est un RB en répartition, dans lequel s’exprime la solidarité et assurant un minimum vital. Au-delà une capitalisation individuelle. Jusqu’à quel niveau ? Autant je mets dans la répartition de base, autant je peux déduire de mes revenus la cotisation en capi. Je ne me fais pas de soucis en ce qui concerne la part capi : depuis 50 ans, 100 ans, on constate le krach de la répartition, mais une croissance constante, avec des hauts et des bas, mais linéaire sur le long terme. Or tous deux ont subi la même démographie…

    Le problème du financement de la répartition est qu’il taxe le travail des hommes pas des machines. L’augmentation de la productivité compensant le vieillissement comme décrit ci-dessus ne sert à rien dans notre système, alors qu’il le devrait. La solution passe par un financement sur le produit fini, pas sur celui qui le produit. C’est la TVA sociale, la vraie, pas 1 ou 2 points de plus pour financer le social, mais 10 points de plus, avec regard suppression des cotisations sociales : un produit qui sort moins cher et qui est plus taxé pour retomber sur le même prix, mais au passage travail humain et machines sont également taxés (y compris ce qui est fait à l’étranger sans charges sociales). https://blog.gerardmaudrux.lequotidiendumedecin.fr/2016/04/02/pour-un-nouveau-contrat-social-3/
    Cordialement

    1. Merci. Mais tout ce que vous dites, par exemple la productivité est valable pour la capitalisation comme pour la répartition. Relisez l’article et expliquez-moi de nouveau SVP

      1. Si si j’ai bien lu, et j’ai bien compris que vous pensez que croissance, productivité et démographie ont le même effet sur la retraite par répartition ou en capi.
        Je prendrai donc un autre exemple concret : le travail à la chaîne (Charlot). Tous les hommes travaillent, cotisent, beaucoup de cotisants, pas de problème. Les machines arrivent et augmentent la productivité, ce qui permet de supprimer un travailleur sur deux. Moins de cotisants = problèmes pour la répartition, mais la productivité permet toujours la même croissance qui profite au capital, pas à la répartition. La capitalisation marche alors que la démographie s’effondre, elle s’affranchit de la démographie. Les bénéfices au lieu de profiter à tout le monde si elles appartenaient à des fonds de pension, ne financent pas les retraites mais vont dans la poche de quelques-uns, expliquant pourquoi les riches s’enrichissent plus et plus vite dans notre société.
        L’augmentation de productivité profite en totalité au capital, pas à la répartition, et la baisse démographique nuit à la répartition, mais pas forcément à la capi, grâce à l’augmentation de productivité. L’avantage d’une retraite par capi est que l’augmentation des bénéfices par la productivité pourrait profiter à tous les travailleurs, plutôt que réservée à certains. Il en sera ainsi tant que le social restera financé par les hommes, et non la production. Quand ce sera le cas, je vous rejoins.
        Enfin je ne partage pas du tout vos arguments pour dénigrer la capitalisation, avec l’histoire des médecins et des immeubles : une retraite en capi, ce n’est pas un bien immobilier, et en ce qui concerne les valeurs mobilières, si une année est bonne, vous mettez en doute le fait que ce soit le cas sur 30 ans. Vous ignorez la courbe des indices sur 30,50, ou 100 ans. La retraite, ce n’est pas non plus 100% d’actions.
        Moi aussi j’ai fait de mauvaises affaires immobilières avec ventes à perte, d’autres ont compensé. Idem pour les actions. La bonne retraite, c’est 1/3 immobilier, 1/3 actions et 1/3 obligations. Moi j’ai commencé le premier jour où je me suis installé. Après 35 ans (et non 42) ma retraite répartition obligatoire, c’est 1/3 de mes revenus, la capi, c’est 2/3. La capi sur le long terme, ça marche, même avec des erreurs. La première partie baisse à cause de la démographie, la seconde augmente, malgré la démographie.

        1. Merci encore, mais :
          – la productivité va faire baisser les prix ou augmenter les profits, donc créer des ressources qui vont augmenter l’emploi. C’est « la destruction créatrice » mise à l’honneur par les économistes autrichiens.
          – comme disent les financiers « les résultats passés ne sont pas garants des résultats à venir », en l’occurrence je veux dire que les pyramides des âges passées ne seront pas des pyramides des âges futures (voir illustration en-tête de l’article).Vous retombez dans une vue purement financière sans vous demander SI IL Y AURA SUFFISAMMENT DE LOCATAIRES (les gratte-ciel de Shanghai vont se vider), DE PERSONNEL ET DE CLIENTS pour que les entreprises vous servent des intérêts et dividendes. Il y a certes des solutions partielles (améliorer l’éducation nationale, mieux former les Africains, les utiliser dans les entreprises où ils seront plus productifles qu’en on surnombre dans leur campagne…). Mais on retrouve la grande ressemblance globale entre capitalisation et répartition, et pour cause, puisqu’il s’agit d’individus concrets.

          1. Bonjour, je vous félicite pour la qualité des commentaires que vous attirez sur votre blog..

            La capitalisation est marquée par la liberté et l’imprévisibilité et tandis que la répartition conduit a la coercition et a la pénurie.

            Il y a cependant une différence substantielle comme le fait remarquer Gérard Maudrux: même si la démographie détermine (au niveau mondial) le nombre de travailleurs futur, la répartition cause une consommation immédiate et la capitalisation permet un investissement productifs 40 ans durant.

            Ces investissements productifs peuvent augmenter la productivité (on parle d’investir dans la robotique, l’intelligence artificielle, pas de construire des châteaux qui coutent cher a entretenir). Dans le cas ou la productivité a augmente a cause de l’investissement, on pourrait remplacer les agriculteurs, ouvriers et les employés de bureau qui partent a la retraite par des tracteurs, des pelleteuses et des logiciels. L’investissement doit donc être oriente vers le remplacement de la main d’œuvre quand elle se raréfie.

            Si on suppose que l’investissement rapporte 5% au dessus de l’inflation, ce qui correspond aux performances boursières de ces 100 dernières années, la capitalisation permet de diviser par trois les cotisation et payer une retraite dorée. Si le taux de rendement est de 0, la répartition fait aussi bien et sans risque. Si le taux est inferieur en cas de malinvestissement, on aurait intérêt a le consommer tout de suite. L’emprunt Russe et votre exemple immobilier montrent l’importance du bon investissement.

            J’ai écrit un article sur la retraite par capitalisation sur mon blog: https://economiepublique.blogspot.com/2019/04/le-cout-des-retraites-retraites-par.html .

            Enfin, je dois vous féliciter pour cet article qui a le mérite d’être court et clair.

          2. Merci. J’ai répondu à tous ces arguments dans mon article, relisez-le tranquillement.
            Pour ce qui concerne le rendement de 5 %, je vous renvoie à l’avertissement figurant sur toutes les offres de souscription : « les performances passées ne préjugent pas des performances futures ». Et on sait déjà que les pyramides des âges futures seront très différentes des pyramides passées. Notamment justement parce que le vieillissement y sera beaucoup plus fort.
            Je consulterai votre blog dès que possible

          3. Bonjour
            l’avertissement ne veut en rien dire que cela ne marche pas sur le long terme, il est là tout simplement par obligation légale suite à des plainte de client peu scrupuleux qui prétendaient ne pas être au courant que cela pouvait baisser, il n’est pas là en raison des résultats passés !
            Les 5% de plus, c’est la constatation des performances passées sur le long terme, pas d’une opinion, et l’avertissement concerne le court-moyen terme.
            Si vous trouvez une courbe de performance du CAC40 sur 100 ans, par tranches de 5 ans, vous constaterez qu’une fois c’est gagnant, une fois c’est perdant. Par tranche de 10 ans, 2 fois gagnant, une fois perdant (moins qu’au dessus). Par contre sur 30 à 40 ans, il n’y a aucune période perdante, que vous preniez comme départ 1910, 1928, 1929, 1940 ou 45 ou encore 2008 qui a été pire que 29 (peu le savent, en perte sur 12 mois), on s’en est remis.

          4. Encore une fois, le passé ne préjuge pas de l’avenir, d’autant que la démographie passée n’a rien à voir avec la démographie future : voir les pyramides des âges en début d’article.
            Le fait que ce soit une formule purement juridique ne la rend pas fausse pour autant

  4. Merci de votre article, quelques remarques que je me permets :

    1) Vous pré-supposez que la retraite par capitalisation créerai aussi une sorte de pyramide de Ponzi où il faudrait au moins maintenir constant le nombre d’adhérents au fond privé pour que les retraités d’aujourd’hui puissent profiter de leurs pensions. Cela me parait totalement contradictoire avec le principe pratique que la capitalisation permet à chaque retraite de se financer de manière autonome sur la base des flux d’épargnes et d’intérêts générés par chaque épargnant sans qu’il soit besoin de piocher dans les flux d’aujourd’hui des nouveaux épargnants. Ce n’est ne n’est nécessaire ni formellement ni en pratique sauf à dire, quelque part, que les directeurs de fonds de pension favoris du marché ne seraient pas capable aussi d’anticiper les diverses conjonctures (si en plus vous les dites inexorables!) et d’honorer leurs engagements contractuels (contrat qui engage la responsabilité, contrairement au contrat public noué avec l’Etat dans le cadre de la répartition, et qui responsabilise les acteurs de facto). Globalement vos arguments laissent penser que le marché ne pourrait pas, comme face à n’importe quel problème, trouver naturellement la solution la plus avantageuse a chacun selon la conjoncture.

    2) Comme une remarque faite plus haut, il ne me semble peu clair et cohérent d’opposer les choix des financiers aux investissements spontanément effectués par le marché sur la base de la consommation des retraités (si je vous ai bien compris) d’une part car la retraite contractuelle par capitalisation révélera justement les orientations du marché et que d’autre part, dans la retraite par capitalisation les retraités consomment aussi ! Il y a donc, a priori, un surplus d’investissement dans la capitalisation en comparaison avec le système de répartition.

    1. Merci pour vos remarques.
      1) ce n’est pas le nombre d’adhérents au fonds privés qu’il faut maintenir, mais suffisamment de producteurs pour que les entreprises puissent servir intérêts dividendes et rachat d’actions. Or ces personnes sont en gros les mêmes que les cotisants en répartition, donc les deux systèmes subissent la même contrainte démographique.
      2) si j’ai bien compris vous voulez dire pensions d’un côté, épargne investie de l’autre supposées prétées instantanément par les fonds. D’abord, la concomitance n’est pas certaine, mais c’est secondaire, de l’autre, pourquoi les gérants des fonds (qui ne sont pas le marché) auraient-ils une vue plus efficace que les dirigeants des entreprises « de consommation » directement en contact avec leurs clients retraités (donc le marché) ?

      1. En effet, le problème est d’avoir suffisamment de travailleurs au niveau mondial pour assurer un niveau de service donné.

        1) Il y a cependant des différences macro-economiques:

        Au niveau de l’allocation des ressources, il y a une différence entre allouer les cotisations a financer de l’investissement pendant 40 ans ou bien les allouer a de la consommation pendant 40 ans, on peut s’attendre a une productivité plus élevée dans le premier cas, et donc moins de travailleurs pour autant de services, ce qui aide quand la population décroît.

        Si la consommation est plus stimulante pour l’économie que l’investissement, cela correspond en théorie a une surcapacité productive (dans ce cas, la politique économique Keynesienne prône la relance par la consommation). Ce n’est pas censé être toujours le cas..

        2) Il y a aussi des avantages en terme de stabilité pour les nations plus petites que la Chine et l’Inde :

        Le Liechtenstein ou la Norvège peuvent faire face aux couts de retraites sans s’imposer d’augmenter sa population lorsque l’espérance de vie et les couts médicaux augmentent si chacun économise pour sa retraite et investi a l’étranger.

        La retraite par répartition nécessite que la population active d’un groupe d’assurés ne diminue pas trop, sinon cela tourne a l’esclavage et a l’exode des jeunes.

        3) quelques donnees suplementaires sur la demographie et l’economie

        Les données économiques actuelles, bien qu’elles soient bruitées par des circonstances conjoncturelles, montrent que la démographie va jouer une rôle majeur dans la stagnation du PIB et des profits au niveau mondial.

        voir (en anglais) https://www.markowitzoptimizer.pro/blog/14

        1. Je ne comprends pas bien la différence entre consommation et investissement dès lors que l’on est « au 2e tour ». En effet la consommation déclenche des investissements pour faire face à ce qui est demandé. C’est un mécanisme de marché qui devrait plaire aux libéraux. Les investissements par des financiers via la capitalisation sont-ils réellement possibles après la période transitoire (puisque les flux d’entrée et de sortie s’équilibrent) ? Pendant la période transitoire, les retraités n’ont théoriquement pas de pension, ce qui n’est pas possible en pratique, d’où l’idée d’une capitalisation « complémentaire » seulement ce qui est une façon d’avouer la difficulté du système. Mais nous sortons là de l’article qui n’a pas pour but de comparer capitalisation et répartition, mais seulement de dire que les 2 sont soumises aux données démographiques.

  5. Merci pour cet article. Je suis tout à fait d’accord avec les idées énoncées. La retraite par capitalisation a d’énormes problèmes : il suffit de voir comment ça se passe aux États-Unis. Notre système, n’est pas si mal en comparaison.
    J’ai jamais compris les libéraux la dessus, même si je suis d’accord avec la plupart de leurs idées.

  6. Merci pour votre article, la démographie et le vieillissement me paraissent complètement oubliés par nos dirigeants, alors qu ils expliquent une bonne partie de l économie et de notre marasme actuel. Je suis encore relativement jeune et je trouve ce concept de retraite bien triste
    Ne peut-on pas avoir du plaisir en travaillant ? Ne peut-on pas à chaque âge apporter sa contribution à la société au lieu d attendre passivement sa pension ? Les nouvelles technologies devraient rendre le travail moins pénible pour les plus âgés, pourquoi fixer un âge de mise à l écart ? Ce système de retraite pèse très lourdement sur l économie, et en France il est assez injuste car il évident que les jeunes générations sont mise à contribution pour un système dont elle ne bénéficieront peu ou pas. Je veux bien ne pas avoir de retraite mais je peste de payer chaque mois pour ces soixante huitards sans reconnaissance. Trouvez vous normal qu’en France des inactifs de 70 ans vivent en général mieux que des jeunes actifs qui peinent à se loger, et devront payer l éducation de leurs enfants (vu l état lamentable du système Français) ? Moi non, vivement la remise en cause de ce système injuste et archaïque, peut-être l explosion de la zone Euro le permettra.

    1. Donc vous êtes pour la diminution des pensions. Cela se défend mathématiquement, mais électoralement c’est quasiment impossible. Le gouvernement a fait un pas dans ce sens avec la CSG sur certaines retraites. Ça lui a coûté cher en popularité.
      En fait on veut contourner le problème en diminuant non pas les pensions mensuelles, mais la durée pendant lesquelles on les versera en incitant à partir plus tard (64 ans au lieu de l’âge légal de 62), ce qui déjà est mal accepté.

      Quant au principe même de la retraite, je suis assez de votre avis (j’ai 78 ans et je n’ai pas été heureux de quitter mon travail précédent. Vous voyez que je suis encore actif mais … bénévole) et j’ai noté le témoignage d’un conducteur d’autobus américain qui a 100 ans et qui ne veut pas lâcher son travail (je suppose qu’on lui a fait subir un examen médical pour être certain de sa fiabilité)

  7. on peut réfléchir à la nécessité de mettre en place un système de retraite (légiférer sur le sujet) : pourquoi ne pas laisser chacun mettre de côté (capitaliser) pour ses vieux jours et se débrouiller ? (moyennant un minimum vieillesse pour les plus faibles).
    Cela suppose que la propriété privée soit parfaitement respectée par le pouvoir politique (pas de spoliation que ce soit par l’impôt ou l’inflation…).

    cela permet de responsabiliser tout le monde jusqu’au bout, de ne pas diviser la société entre cotisants et retraités, de créer artificiellement un droit illusoire (car qui paie ? ) à ne pas travailler pendant des décennies…, ce qui est à mon avis le vrai défaut de la répartition (en plus de s’immiscer dans la vie des gens et de les contrôler).

    Quelqu’un qui a suffisamment amassé peut décider de vivre en grignotant son capital : c’est sa liberté, il n’attend pas forcément l’âge de la retraite.

    ce débat répartition/capitalisation est quelque part distinct du problème de la démographie. La dénatalité n’impacte pas que les retraites (il n’est de richesse que d’hommes), mais toute la vie de la société, comme l’explique très clairement Charles Gave : https://www.institutdeslibertes.org/la-peste-blanche/

    Mais ce n’est pas un démographe que je vais l’apprendre :-).

    1. Je ne vous comprends pas bien. Mon propos est que le capital a en moyenne le même sort pour les mêmes raisons que les droits issus de la répartition : que vaudra votre capital dans quarante ans ? Ça dépend évidemment du nombre de producteurs qui travailleront pour que vous receviez dividendes, intérêts et capital. S’ils sont en nombre insuffisant le problème sera le même qu’en répartition.

  8. Monsieur Montenay,
    Tout d’abord merci pour votre initiative qui a déclenché ces fructueux échanges.
    Votre réponse à Breizh synthétise fort bien, au-delà des arguments plus techniques développés précédemment, votre point de vue, que je partage globalement, sur l’inexorabilité de la contrainte démographique dans le système de capitalisation. Toutefois il importe de préciser que le nombre de producteurs en lui-même ne suffit pas: il faut l’assortir évidemment de la productivité du travail (ce que vous aviez vous-même souligné par ailleurs ) et du taux d’emploi.
    Personnellement, je suis partisan, compte tenu des contradictions qui traversent notre société, d’un système mixte à dominante répartitive, qui permet d’allier solidarité générationnelle (forme de solidarité organique caractéristique de la modernité et de la stabilité sociale, comme le disait E.Durkheim) et responsabilité et liberté individuelles.
    Dans les discussions précédentes que j’ai lues, cet aspect sociétal me paraît le plus souvent oublié. C’est pourtant essentiel.

    Reste à déterminer le bon dosage entre les deux systèmes et à en corriger, autant qu’il se peut, les effets pervers. Pour la répartition, la démographie vieillissante, n’est pas le seul obstacle : le taux d’emploi et
    la croissance de la productivité, comme déjà dit, sont tout aussi importants. Quant à la capitalisation , à l’inéquité sociale déjà évoquée, s’ajoutent l’instabilité financière récurrente et ,ce qu’on oublie trop souvent du côté libéral , l’effet d’éviction de la spéculation financière sur les investissements productifs ainsi que sur l’emploi.
    Corriger ces effets est tout un programme et demanderait d’autres développements.

    1. Bien d’accord. En résumé, la pyramide des âges et la productivité s’imposent aux deux systèmes. Il reste des différences mais pas aussi importantes que le proclament les défenseurs de chacun d’entre eux.

      1. Oui. Il est important de souligner que le système par capitalisation, contrairement à une idée fausse largement répandue, n’échappe pas aux contraintes démographiques.

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