J’entends à droite comme à gauche : « Cette Ve République a vieilli, un président tout-puissant, ce n’est pas démocratique, il faut changer de république. » Mais, à mon avis, c’est déjà fait !
Mise à jour au 22 mars 2025 : ce billet d’humeur date du 17 février 2025. Depuis, François Bayrou n’ose plus lever le petit doigt de crainte de se faire censurer et le Parlement en est à voter des lois d’initiative parlementaires pas vraiment en rapport avec les grands problèmes de l’heure (droit de vote à 16 ans, inscrire la notion de bien-être animal dans le Code civil, lutter contre la précarité menstruelle, créer un statut de l’élu local…)
Nous ne sommes déjà plus en Ve République
Nous ne sommes plus dans la Ve République gaullienne (1959-1969), mitterrandienne (1981-1995) ou macroniste du premier quinquennat (2017-2022) avec un pouvoir présidentiel sans partage.
Regardez comme ça ressemble à la IIIe République finissante et ses 47 gouvernements en 10 ans (de 1920 à 1930) qui nous a menée au désastre de 1940.
Ou à la IVe République qui s’est empêtrée dans le Canal de Suez et en Algérie en 1956.
Il faut adopter la proportionnelle ?
Mais on y est déjà : le nombre de députés de chaque groupe la reflète à peu près.
Est-ce une réussite ?
Après l’expérience de Michel Barnier, on félicite François Bayrou d’avoir duré quelques semaines !
Mais à quel prix, et dans quel état ! Vite, un petit cadeau au PS pour éviter la censure… et voilà maintenant que Les Républicains demandent à leur tour un geste dans leur sens, pour équilibrer ce cadeau au PS… et ça continue comme ça à l’infini.
De Gaulle nous l’avait dit
Tout cela me rappelle « le régime des partis » vu par de Gaulle, tel qu’il le maudissait à la télévision, dont voici un cocktail de plusieurs interventions : « le régime des partis, c’est la pagaille… ils renversent des gouvernements, qu’on avait eu du mal de mal à monter… un régime de médiocrité, d’impuissance… le chef d’un parti n’est pas là pour défendre l’intérêt général, mais pour ne pas trop mécontenter ses propres troupes… le gouvernement est condamné à vivre quelques semaines, en face de problèmes énormes qu’il lui est impossible de résoudre ».
Le dilemme du parti socialiste
Et puis, le système électoral n’est pas tout : la chambre du Front populaire élue en 1936 a commencé par un gouvernement très à gauche, puis les mêmes députés ont choisi ensuite un gouvernement de droite, car, suite à l’échec économique de la gauche, le parti radical avait changé de camp.
Aujourd’hui le Parti Socialiste est dans la même position : Il doit choisir entre la révolution mélenchoniste ou un ralliement au centre, c’est-à-dire manger son chapeau.
D’un côté, les responsables du PS, mais aussi ses militants, sont essentiellement des fonctionnaires, donc très attachés à la dépense publique et plutôt indifférents ou hostiles aux entreprises. Donc majoritairement des frondeurs.
De l’autre les électeurs socialistes font remonter aux chefs et militants du PS leur exaspération devant le blocage de la vie politique.
On retrouve l’opposition classique entre des cadres et militants dogmatiques dans presque tous les partis et des électeurs beaucoup moins politisés et polarisés sur un ou deux problèmes les concernant concrètement.
Bref, faut-il que le PS prenne son indépendance, afin de ne pas perdre d’électeurs… mais au risque de ne plus avoir ceux de La France insoumise au deuxième tour ? Jean-Luc Mélenchon vient de le rappeler ce 16 février.
Beaucoup de députés socialistes préfèrent retarder ce passage devant des électeurs furieux de la pagaille et rester dans la situation actuelle.
C’est-à-dire grappiller des concessions d’un gouvernement centriste, et se présenter aux électeurs avec ces « acquis sociaux » arrachés en échange d’une non censure.
C’est à dire à des mesures ruineuses, pour dire que cette trahison n’est pas totale.
Pour prendre un exemple : « taxer les riches et les patrons pour redistribuer. »
C’est oublier que les intéressés vont fuir la France et cesseront de payer leurs impôts et de fournir des emplois.
Car, comme dit, le fait que les cadres du PS soient en général fonctionnaires les pousse vers l’action publique et la dépense . Ils sont convaincus de l’opposition irréductible entre le capital et le travail, et que le social doit être « arraché » aux entreprises par l’action de l’Etat.
Cela contrairement aux autres pays développés, où tout se règle par des négociations entre patronat et syndicats ou tout simplement par un marché du travail en bonne santé, grâce au bon fonctionnement de l’économie.
Ils pensent également que tout financement public est une bonne chose, puisque ça va augmenter « les moyens » d’une question qui leur tient à cœur : le nombre de profs de l’éducation nationale, le financement des hôpitaux, celui de la justice etc.
Le tout sans penser une seconde à faire plus sans argent supplémentaire, en se réorganisant ou en changeant de technique, voire en abandonnant certaines actions qui n’ont pas donné grand-chose (à part leurs coûts).
Pourtant, c’est le pain quotidien des entreprises : elles réussissent ces réorganisations … ou meurent.
Ailleurs, le poids de la démagogie
D’autres partis ont des dilemmes analogues, en moins aigus car moins idéologues.
Les Républicains sont un peu dans une situation analogue à celle du PS, en moins bloquée.
Ils choisissent – pour l’instant – la non censure pour se prévaloir de « la limitation des dégâts » par rapport aux demandes socialistes et surtout mélenchonistes, en cas de législatives anticipées. Mais sans être assimilés à des macronistes, rejetés par l’opinion actuelle.
Le Rassemblement National a lui aussi un dilemme un peu analogue à celui du parti socialiste :
- d’un côté, les élus exigent l’arrêt de l’immigration et la retraite à 62 ans, voire 60 ce qui est contradictoire.
- d’un autre les électeurs voudraient « qu’on arrête ce cirque » et que le gouvernement puisse gouverner.
Le dilemme est néanmoins moins aigu que pour les socialistes puisqu’ils n’ont pas « un LFI de droite », et parce que le programme du parti est flou, voire inexistant en dehors de l’immigration et de la retraite .
Que faudrait-il faire ?
L’exemple extrême est celui du président argentin Milei qui, bien que n’ayant pas de majorité à l’assemblée, s’appuie sur l’opinion publique pour faire des coupes gigantesques dans les dépenses de l’État, avec des licenciements massifs de fonctionnaires, inimaginables en France.
Donald Trump a chargé Elon Musc de faire de même !
Sans aller jusque-là, beaucoup de pays assez comparables à la France ont fait des coupes très importantes dans les dépenses de l’État.
Voir à ce sujet la deuxième partie de l’article de l’IRDEME : France : deux fois plus de fonctionnaires que ses voisins !
En conclusion
Personnellement, je suis ravi de voir que le « n’importe quoi » ne paye pas pour une partie des électeurs socialistes et du Rassemblement National.
Dans le déluge actuel de démagogie, un point me soucie particulièrement : faire croire que l’on peut maintenir le niveau de vie en travaillant moins. Si c’est vrai à très long terme, grâce à l’accroissement de la productivité, cette évolution est extrêmement lente.
À court et moyen terme, la diminution du travail fait baisser le niveau de vie.
Ce fut le cas du passage de 65 à 60 ans de l’âge de départ à la retraite (Mitterrand), ou de celui des 39 heures aux 35 heures (Martine Aubry).
En effet, travailler moins signifie avoir moins de produits et de services : moins de produits dans les magasins, moins de restaurants, moins de cinéma, moins de médicaments et de soins à l’hôpital, moins de possibilités de déplacement… bref une baisse du niveau de vie.
Mais il est très facile de gagner une élection en proposant de moins travailler, sans alerter sur la contrepartie.
Comme disait Mitterrand en 1981 : « Aujourd’hui, il faut gagner une élection, pour le reste on verra plus tard. » La recette est si tentante qu’elle est reprise à droite comme à gauche !
Et concernant le changement de république, dire qu’on reprochait à Emmanuel Macron d’être Jupiter, d’être « vertical »… Il est voué aux gémonies pour cela, les réseaux sociaux rivalisent d’injures contre lui, mais, si ça continue comme ça, on va finir par le regretter !
Bref, la nouvelle république en cours d’expérimentation démarre très mal…
Yves Montenay


Complètement d’accord avec vous.
On dirait vraiment que la plupart des politiciens sont à côté de leurs pompes.
Et malheureusement ce n’est sans doute pas près de s’arranger.
Tellement vrai ……
mieux vaut tôt que tard, il faudra réintégrer l’électorat RN dans une majorité de gouvernement.
et oui, la Ve République est devenue parlementaire ! Pour nos parlementaires il va falloir apprendre à faire des compromis et devenir responsables. Nous avons un budget, c’était l’urgence, maintenant plusieurs crises sont devant nous, et il y aura forcément une loi rectificative des finances à l’été. Soyons optimistes, et espérons que le béarnais en profitera pour passer divers changements. De toute façon nous sommes dans une trappe à dette, Il va bien falloir tout refonder. Il avait fallu presque deux ans aux États généraux pour s’attaquer aux problèmes. il n’y a pas de raison que nous allions plus vite !