À chaque canicule, les débats s’enflamment presque autant que les températures ! Avant de s’écharper sur les réseaux sociaux, revenons à quelques réalités simples et à des solutions concrètes : énergie, logements, villes, écoles, entreprises…
La France et le réchauffement climatique mondial
Il faut rappeler que l’impact direct de la France sur les émissions mondiales reste très limité (environ 1 %). Si la France peut agir par la diplomatie climatique, les normes européennes ou l’innovation technologique, ses efforts d’économie sont négligeables au niveau mondial.
Le principal coupable aujourd’hui, en émissions annuelles, c’est la Chine, mais elle a commencé à bouger. Ensuite, viennent l’Inde et les États-Unis.
La Chine
C’est le premier émetteur mondial, mais aussi le premier investisseur mondial dans le solaire, l’éolien, les batteries et les véhicules électriques.
La Chine vient de se mettre au solaire, en en installant massivement. Il lui reste à raccorder ses gigantesques installations au réseau, à les équiper de batteries etc.
Mais le mouvement est lancé, et les Chinois semblent motivés : le régime a beau être dictatorial, l’opinion publique compte.
On l’a vu quand on a éloigné de Pékin les usines les plus polluantes : les habitants n’en pouvaient plus de n’avoir pas vu de ciel bleu depuis des années !
La France est déjà largement décarbonée
La France avec son nucléaire, son hydraulique (merci aux Alpes, au Massif central…) et ses renouvelables, aussi bien massifs que domestiques, n’a plus grand-chose à gratter pour peser sur les émissions de gaz à effet de serre mondiales.
Je suis un peu sceptique sur les grands parcs d’éoliennes et leurs revenus garantis, et beaucoup plus favorable aux mesures individuelles des panneaux solaires sur le toit et une batterie pour en profiter pendant la nuit.
On est ainsi relativement indépendant du réseau électrique, qui est cher et a ses propres problèmes.
N’oublions pas que nos centrales nucléaires souffrent de la chaleur et le réseau électrique parisien aussi : deux raisons de plus d’être autonome !
En effet, les raccordements anciens ne résistent pas aux 80° qu’il y a parfois sous les trottoirs. Il y a quelques années, on ne faisait pas encore attention à leur couleur (bitume… )
Et des événements plus graves pourraient survenir, comme en Ukraine où la Russie s’amuse à détruire des centrales électriques !
En outre, nous passons massivement à la voiture électrique, autant de pétrole en moins, tant pour notre indépendance que pour nos émissions de CO2.
Merci aux Chinois qui ont cassé les prix et merci au garagiste, qui en vendra bientôt d’occasion bon marché aux potentiels gilets jaunes que sont les ruraux tributaires de leur voiture.
Quelles solutions face à la canicule ?
Installer la climatisation ?
Voilà une nouvelle guerre civile, comme si nous n’avions pas assez.
Je suis relativement compétent dans le domaine de l’énergie et ma première conclusion est que ça dépend du logement !
Les toits parisiens en zinc sont bien sûr une catastrophe. S’ils étaient peints en blanc, ou, mieux, couverts de panneaux solaires, ça soulagerait des dizaines ou des centaines de milliers de personnes !
Par ailleurs, comme nous avons la chance d’avoir un climat sec (pauvres agriculteurs !), notre climatisation personnelle (la sueur) et un ventilateur sont souvent suffisants… surtout s’il y a des volets et qu’ils sont fermés !
- L’Agence de la transition écologique, l’ADEME, y consacre un dossier : Canicule : comment rester au frais sans climatisation ?
Et pour ceux à qui ça ne suffirait pas et qui ne sont pas pauvres, il reste la climatisation, sachant qu’il y a des publicités abusives dans ce domaine, et qu’il faut bien comprendre les différents systèmes dont les différences de prix et d’efficacité sont très importantes.
On oublie souvent qu’une climatisation raisonnablement utilisée est d’abord un outil de santé publique.
Les personnes âgées, certains malades ou les nourrissons ne compensent plus aussi facilement les fortes chaleurs. Pour eux, ce n’est pas un luxe mais parfois une nécessité.
Aménager les villes ?
Pendant des années, le débat s’est centré sur la réduction des émissions de CO₂, bien que, comme nous l’avons vu, il s’agit d’abord d’un problème chinois. Par contre, cela ne nous dispense pas de préparer nos villes, nos logements et nos infrastructures à vivre avec quelques degrés de plus.
Nous avons notamment construit des villes qui aggravent la chaleur.
Bitume noir, béton, parkings, arbres supprimés, cours d’école entièrement minérales… Le phénomène d’îlots de chaleur urbains ajoutent plusieurs degrés par rapport à la campagne ou la banlieue voisine.
Là encore, ce ne sont pas les discours qui feront baisser la température mais davantage d’arbres, de sols perméables et d’ombre.
Equiper les écoles ?
Il est évidemment criminel de faire cuire des enfants et leurs enseignants.
Mais une chose m’étonne : notre première canicule date de 2003 et les écoles primaires dépendent des municipalités pour les questions matérielles. Je lis attentivement les réactions des enseignants et je constate qu’ils en appellent à leur Dieu habituel, l’État.
Quand une toiture fuit, personne ne demande une loi nationale : le maire fait réparer. Pourquoi en serait-il autrement lorsqu’une salle de classe atteint 38 ou 40 degrés ?
Les solutions existent : isolation, protections solaires, végétalisation, ventilation, parfois climatisation.
J’imagine que l’on n’entend pas les écoles dont les maires, alertés par les enseignants et les parents, ont fait le nécessaire depuis longtemps ! Les autres devraient se poser quelques questions…
S’adapter en entreprise ?
Les entreprises, elles aussi, devront s’adapter.
Beaucoup l’ont déjà compris : horaires aménagés, télétravail lors des pics de chaleur, protection des salariés travaillant dehors.
C’est même une obligation légale : Canicule : quelles sont vos obligations en tant qu’employeur ?
Là encore, le pragmatisme vaut mieux que les grands discours.
Prévenir les incendies ?
Les canicules favorisent bien sûr les incendies, c’est une évidence.
Mais ce n’est pas une raison pour oublier que beaucoup d’entre eux sont d’origine humaine : mégot, barbecue, travaux, pyromanes…
Et lorsqu’une forêt n’a pas été entretenue depuis des années, le résultat est connu d’avance.
Là encore, les solutions existent : débroussaillage, pistes d’accès, réserves d’eau, moyens d’intervention rapides, gestion des massifs.
C’est moins spectaculaire qu’une polémique sur les réseaux sociaux, mais beaucoup plus efficace.
En conclusion
Finalement, la canicule révèle une faiblesse très française : nous adorons transformer chaque problème concret en affrontement idéologique.
Pendant que les réseaux sociaux se disputent sur la climatisation, les Chinois installent des panneaux solaires, les Espagnols plantent des arbres et les villes italiennes multiplient les espaces ombragés.
Il serait peut-être temps de parler davantage de solutions que de brandir les grands principes.
Soyons rationnels et responsables, agissons à notre échelle, celle de notre logement, et le cas échéant, de notre lieu de travail.
Rappelons à nos élus municipaux de s’occuper des écoles, de verdir la ville et de s’assurer de leurs ressources en eau.
Yves Montenay

Une chronique pleine de bon sens; il y a des solutions simples à adopter; chez nous, des draps suspendus devant les fenêtres plein sud, mouillés de temps en temps …
Sympa. Une analyse réconfortante. Elle nous fait oublier l’impéritie des gouvernants qui, sous la pression du parti dit écologiste, ont engagé des dizaines de milliards dans des travaux de rénovation énergétique et des éoliennes, tout ça pour transformer des milliers d’immeubles en bouilloires thermiques et mettre en difficulté nos centrales nucléaires. On peut toujours espérer un retour à la raison et au pragmatisme.
Excellentes remarques. L’idée qui traverse cet article, je le résume en un mot : s’adapter. Mais bien sûr, il faut apprendre à s’adapter, avoir le courage de s’adapter au lieu de pleurnicher et renvoyer la faute aux autres. Né pendant la canicule de juillet 1947, j’ai eu la chance, si l’on peut dire, de vivre dans une société d’après-guerre où tout le monde comprenait qu’il faut vivre à l’économie d’énergie. Le problème aujourd’hui est global : déficit d’éducation dès le plus jeune âge, tout nous est dû, les consignes simples sont ignorées, voire transgressées volontairement. Dans nos forêts communales je ne vois plus les panneaux très visibles des années cinquante « attention au feu » à l’entrée de chaque sentier.
Il faut arrêter aussi de nous seriner à longueur de journaux et d’émissions télé que rien ne va plus, « on n’a jamais vu ça », etc. Lisons aussi les études des historiens, par exemple Emmanuel Leroy Ladurie, ou d’autres qui expliquent les grands déplacements de population des siècles pécédents, dûs en partie aux aléas climatiques. Bref, essayons d’être optimistes et ne soyons pas trop exigeants, tout en faisant le nécessaire pour essayer d’atténuer les effets de ce fameux réchauffement climatique.
Francis
Tout à fait d’accord !