Faut-il taxer les enfants pour éviter la surpopulation planétaire ?

Pour des raisons environnementales et économiques, presque tout le monde souhaite que la population mondiale plafonne. Certains vont même jusqu’à suggérer de taxer les naissances à titre dissuasif.

Le problème est que la planète est divisée entre pays de comportements démographiques très différents, et que raisonner sur des moyennes n’a pas de sens.

– d’une part c’est en Afrique subsaharienne et quelques autres pays que la fécondité baisse trop doucement pour que l’on voie apparaître un plafonnement avant plus d’un siècle. En schématisant, l’Afrique est passée d’un modèle de huit enfants par femme dont six  mouraient, donc une population plus ou moins stable, à un modèle de 5,5 enfants par femme (et 7 dans certains pays), dont 0,5 ne survivent pas, soit une multiplication par 2,5 par génération. Il faudrait tomber à environ deux enfants, ce qui  viendra peut-être, mais quand ? Je ne vois pas très bien comment une taxe  pourrait changer le comportement d’un agriculteur au fond de sa brousse où les enfants sont une ressource plus qu’une charge. Si la fécondité baisse néanmoins, c’est du fait de l’urbanisation, car l’enfant a alors un coût. De toute façon, je vois mal un gouvernement africain arriver concrètement à prélever une taxe sur chaque naissance dans des familles en majorité extrêmement pauvres. Sans parler du fait que les gouvernements et les églises, notamment chrétiennes, sont hostiles à une limitation des naissances et qu’un Africain est bien plus religieux qu’un Européen.

fecondite-mondiale-2006
La fécondité mondiale (2006) source Wikipedia

– d’autre part un nombre croissant de pays ont nettement moins de deux enfants par femme, et leur population diminue ou va diminuer : Chine, Russie, une grande partie de l’Asie orientale et de l’Europe …  et l’Iran, que je cite pour démentir l’idée d’une fécondité musulmane forcément élevée.  Cette diminution se fait PAR LE BAS DE LA PYRAMIDE DES AGES. Mathématiquement il faut donc soit PLUS d’enfants, soit tuer les vieux, soit transformer les vieux en jeunes en reculant massivement l’âge de la retraite, soit demander à tous les couples de moins de 40 ans d’adopter un enfant africain … je ne vois pas bien le rôle d’une taxe dans chacune de ces hypothèses …. sauf peut-être taxer massivement les retraités de moins de 70 ans pour les inciter à travailler,

–  une minorité de pays sont en situation intermédiaire hors immigration : la France, les États-Unis, le Maghreb… La population n’y augmente que du fait des vieux, et ils auront donc, en moins fort et plus tard, les mêmes problèmes que les précédents.

Bref, une taxe n’est possible que dans des pays pas trop pauvres, c’est-à-dire ceux où l’on manque d’enfants, et ne l’est pas là où il y en a « trop ».

… Rien n’est plus menteur qu’une moyenne !

Yves Montenay

9 commentaires sur “Faut-il taxer les enfants pour éviter la surpopulation planétaire ?”

  1. Transformer les vieux en jeunes est la solution qu’engage l’occident, la bonne tenue démographique de certains pays (2 enfants par femme suffit) évitant la disparition à terme qui attend ceux qui ne vont pas se ressaisir.
    Mention spéciale pour le maghreb: la transition est trop récente, l’excès a été trop important, et le développement économique insuffisant. L’inquiétude est maximale et ça se voit.
    Pour ce qui concerne l’Afrique noire, c’est autre chose. D’abord les statistiques ne sont pas fiables, et la natalité sans doute à la hauteur du développement économique: surestimé.
    Pour finir, la question de l’autosuffisance alimentaire va se poser, et bon sang si l’afrique du nord réalisait que, grenier à blé de l’empire romain, elle se doit de planter pour nourrir un continent !

    1. Le Maghreb n’existe pas, ni politiquement, ni démographiquement : la Tunisie et le Maroc ont une transition démographique bien installée, et, en prime, le Maroc se développe honorablement et a un régime politique stable. En Algérie on ne voit pas clair démographiquement, les folies de distribution de l’argent du pétrole jusqu’à l’an dernier ont déstabilisé l’économie, la démographie et d’une certaine façon la politique, et la baisse des prix du pétrole, donc de la monnaie nationale, est en train de rebattre les cartes de façon imprévisible.
      Le Maghreb peut-il redevenir le grenier qu’il était sous l’empire romain ? Il faudrait comparer les rendements et la démographie, ce qui me dépasse. Il y a des progrès, mais il me semble que seul le Maroc bouge vraiment. En année pluvieuse, bien sûr, ce qui n’est pas le cas actuellement.
      Le reste de l’Afrique a un retard énorme en agriculture, donc d’immenses progrès possibles. Une longue stabilité politique suffirait mais beaucoup de pays n’en prennent pas le chemin. Heureusement Internet arrive, et beaucoup de jeunes Africains ne rêvent plus seulement d’être fonctionnaires.

  2. Non, l’Algérie a toujours eu un comportement différent : les naissances sont restées élevées jusqu’en 1986, puis se sont effondrées (parallèlement à la baisse des prix du pétrole ?) et ne sont remontées que récemment (hausse récente des prix du pétrole ; maintenant que les cours ont fortement baissé, on va voir)
    Si non, comme ailleurs, la fécondité baisse en gros au fur et à mesure de l’urbanisation
    Que voulez-vous dire par « démographie énorme et dangereuse » ? Dans tous les pays du monde, la pyramide des âges évolue par la base, donc lentement, et le Maghreb a une évolution démographique assez moyenne.

    On confond souvent la croissance rapide des villes (qui à mon avis est une bonne chose tant pour la baisse de la fécondité que pour le développement) et la croissance de la population nationale. C’était déjà vrai en Europe au XIXe siècle : on voit une masse de gens dans les villes, et on ne voit pas les campagnes qui se vident.

    1. L’Algérie va bientôt dépasser à toute vitesse les 40 millions d’habitants (4 fois la population de l’indépendance !) , avec une fécondité de 3 enfants par femme. C’est parfaitement énorme: rien à avoir avec la croissance de l’économie, qui est exclusivement dépendante des hydrocarbures. Sa situation est dangereuse.

  3. L’Algérie avait 7 à 8 enfants par femme depuis longtemps. La fécondité a décroché en 1986 sinon elle aurait non pas 40 millions d’habitants, mais 60 ou 80. C’est donc peu par rapport à l’évolution antérieure, mais beaucoup par rapport au passé. C’est un cas très banal dans les pays du Sud. La fécondité s’est rapprochée de deux au début des années 2000 et est remontée à trois. Je pense, mais je peux me tromper, que la dégradation économique va faire retomber la fécondité, car les couples la maîtrisent bien maintenant, comme ailleurs.

    En économie de marché et avec un gouvernement moyen, l’économie croît parallèlement à la population, car les gens se donnent mutuellement de travail. Les États-Unis sont passés de cinq à 330 millions d’habitants en deux siècles, et le nombre d’emplois a suivi. L’emploi en Algérie comme ailleurs est un problème de gouvernance et non de démographie.

    1. L’emploi en Algérie est un problème majeur sans l’ombre d’une solution à l’heure actuelle, et la démographie irraisonnée et absurde qui y règne actuellement sur la base des errements précédents est monstrueuse, désolé.
      Le Maroc, à 2,1 enfant par femme a entamé quelque chose de profondément différent. Vous savez très bien que la démographie n’a rien à voir avec l’économie et ressort de sentiments populaires profonds. L’Algérie est un pays profondément malheureux et arriéré et on doit craindre le pire pour lui.

  4. Je suis d’accord avec votre deuxième paragraphe, mais ne comprend pas le premier. L’emploi est certes un problème majeur en Algérie ; cela vient non pas de la démographie mais d’une mauvaise gouvernance. Le fait que le nombre d’enfants par femme soit passé depuis quelques années 2,4 à 3 n’aura aucune conséquence dans les 20 prochaines années en terme d’emploi ( et même ultérieurement si le gouvernement s’est amélioré entre-temps), d’autant que je parie que la fécondité aura de nouveau baissé du fait de l’échec économique.

    1. Mauvaise gouvernance ou drame historique et démographique ? Souhaiter une raisonnable fécondité causée par l’échec économique est un non sens !
      L’Algérie doit se reprendre en main comme nation berbère, éliminer cette funeste religion arabe qui ne lui est rien, et redevenir le grenier à blé de la méditerranée qu’elle n’aurait jamais du cesser d’être.