Les Bleus de 2018 en 1998 - photo ©Maxppp pour FootMercato

Les Bleus, Français au cœur de la controverse sur l’intégration et l’assimilation

Légende de la photo ©Maxppp : alors qu’ils n’étaient pas encore Champions du Monde 2018, FoodMercato.net a recherché les origines des Bleus, 20 ans en arrière : un modèle d’intégration !

Je publie régulièrement des articles sur l’immigration qui suscitent des réactions opposées. Le dernier, L’immigration et les Français : perdre son identité ou perdre son âme ?, n’a pas échappé à cette règle. Il était pourtant plus distancié puisqu’il parlait de l’opinion des Français et non pas de l’immigration en elle-même.

Les commentaires sur mon site ou ceux de Contrepoints, qui l’a relayé, ainsi que de nombreuses conversations directes, m’ont montré l’importance passionnelle de ces clichés et préjugés, et donc l’ignorance de ces questions pourtant fondamentales.

Depuis a eu lieu la victoire des Bleus et la controverse sur la composition de l’équipe, parallèlement à une explosion de racisme en Italie, qui ont apporté des illustrations supplémentaires.

Je vais analyser ici deux préjugés opposés : « l’intégration ou l’assimilation sont impossibles » et « l’intégration ou l’assimilation sont des violences injustes que l’on fait à des personnes de culture différente de la nôtre ».

Intégration ou assimilation ?

Les diverses déclarations que je résume de cette façon montrent d’abord que les notions d’intégration et d’assimilation sont employées sans avoir pris le temps d’y réfléchir.

L’intégration, c’est le fait de « fonctionner » normalement dans la société. D’abord le respect de la loi, puis avoir un travail (indépendant, professionnel, domestique, associatif…), de se comporter de manière au moins neutre et polie vis-à-vis de ses collègues, clients ou fournisseurs et des personnes rencontrées etc.

L’assimilation, c’est de devenir « comme l’autre », celui de la population d’accueil. En France, où ladite population est extrêmement variée à toutes sortes de points de vue, c’est difficile à définir.

Néanmoins j’espère que tout le monde sera d’accord sur quelques points de repère : une bonne connaissance du français et si possible de la culture française, une tolérance (et pas seulement une simple politesse) envers des opinions différentes même si elles sont politiques ou religieuses, la connaissance et le respect certaines valeurs comme la laïcité ou l’égalité juridique.

On pourrait me rétorquer à juste titre que c’est une définition exigeante et que beaucoup de « vieux Français » ne sont pas assimilés.

Donc l’assimilation est-elle possible, et si oui, qui est assimilé ?

L’assimilation ?

Partons du plus facile, avant d’aborder le plus difficile.

30% de la population française avait au moins un grand-père immigré en 2011, et ce grand-père est né au début ou dans le courant du XIXe siècle. Il était donc souvent italien, polonais ou maghrébin ou, plus rarement, noir.

Je parie un bon repas que tous ceux qui ont un ou deux grands-parents dans ce cas sont non seulement intégrés, mais assimilés et que personne ne les remarque aujourd’hui. Et je parie un autre bon repas que la plupart des petits-enfants ayant un ou deux parents maghrébins (et non trois ou quatre) ne sont plus musulmans.

Remarquons que l’assimilation est psychologiquement quasi impossible pour toute personne entrée adolescente ou adulte en France, c’est-à-dire ayant été formée par un autre système scolaire, ou éventuellement par aucun.

C’est vrai des plus francophiles, et a fortiori des autres. Il est donc totalement vain de reprocher à cette première génération « de ne pas s’assimiler ». Par contre il est normal de lui demander de s’intégrer.

L’assimilation touchera leurs enfants, ou, plus souvent leurs petits-enfants. Elle se fera assez automatiquement, et les grands-parents sont souvent désarçonnés de constater le décalage culturel : « nos petits-enfants sont devenus des Français, donc des étrangers pour nous ».

Il faut un militantisme actif des parents et grands-parents et toute une vie dans un groupe fermé pour échapper à cette assimilation automatique. Or l’école et le métier évitent en général cette fermeture.

« Le destin des immigrés » est un ouvrage d’Emmanuel Todd datant de 1994. C’est un essai anthropologique  qui souligne la différence entre les structures familiales maghrébines et françaises, et donc les difficultés d’adaptation des premiers.

Il conclut que les structures maghrébines ne pourront résister à ce choc culturel et que « le destin des immigrés » sera une assimilation bénéfique pour tous.

Passons maintenant à l’intégration.

L’intégration serait impossible

C’est du moins cette affirmation que je trouve dans de nombreux commentaires de mes articles, confondant probablement assimilation et intégration.

Contrairement à l’assimilation qui s’applique à l’immigration ancienne, l’intégration concerne principalement les flux récents, la première génération et une partie de la deuxième : espagnols, portugais, indochinois et chinois, maghrébins, turcs et subsahariens. Laissons de côté les premiers dont l’intégration saute aux yeux et ne soyons pas hypocrites : ce sont les musulmans et les noirs qui sont visés.

Quelques précisions : les musulmans sont environ 5 millions, maghrébins surtout mais aussi turcs, syriens, afghans, bengalis… et une partie des subsahariens, notamment les Sénégalais et les Maliens. Les autres Subsahariens (300 000, clandestins compris ?) sont en général chrétiens.

Les musulmans sont donc très hétérogènes non seulement par leurs divisions nationales souvent aiguës, mais aussi par les variantes de l’islam pratiqué, la langue maternelle ou les traditions. Ce n’est donc absolument pas un bloc, contrairement à ce qui est souvent ressenti.

L’intégration est ainsi variable d’un individu à l’autre. Si l’on est optimiste, on regarde autour de soi et on constate que de très nombreux musulmans ou africains, les collègues et autres interlocuteurs professionnels, sont totalement intégrés.

Si on est pessimiste, on va s’appuyer sur des reportages ou des témoignages horrifiés parlant de chômage, d’assistanat, de violences, de trafics. Les pessimistes de bonne foi oublient que les médias n’ont pas pour mission de parler « des trains qui arrivent à l’heure », mais du sensationnel, souvent effrayant.

Même en écartant les fausses nouvelles qui se multiplient, il en reste suffisamment de réelles pour scandaliser et vous faire oublier les « intégrés » que vous croisez tous les jours. Les pessimistes de moins bonne foi sont souvent des racistes qui dissimulent leurs convictions inavouables derrière ces « informations ».

La victoire des « Bleus » illustre tout cela et pour une fois le sensationnel est positif : « on se bat et on joue pour la France car nous sommes nés ici, avons grandi ici, avons appris notre sport en France, avons la fierté d’avoir la nationalité française» témoigne le joueur Benjamin Mendy.

Remarquons que cette proclamation décline tous les facteurs de l’intégration et de l’assimilation : la naissance, donc la nationalité, l’école et la qualité de l’insertion professionnelle. Remarquons que cette dernière est de qualité exceptionnelle dans le sport comme signalé par Simon Kuper dans Le Monde, et qu’il reste beaucoup à faire dans d’autres branches professionnelles.

Cette victoire des Bleus a également démasqué les réactions racistes. Italiens et est-européens se sont déchaînés.

Cela vient-il de ce que, contrairement aux Français, Britanniques ou Espagnols, ils n’ont aucune habitude de la « diversité », qu’elle soit religieuse ou raciale ? Et ce sont d’ailleurs ces pays qui bloquent toutes les discussions de l’Union Européenne sur les migrants.

Passons maintenant à l’attitude inverse : « l’assimilation est une pression culturelle injustifiée. Nous devons au contraire permettre aux nouveaux venus de garder leur culture : c’est le multiculturalisme. Il en va de même de toute intégration irrespectueuse, comme la négation des différences en entreprise »

L’assimilation, pression culturelle injuste ?

Cette affirmation me paraît jouer sur les mots.

D’un côté on évoque le multiculturalisme comme une sorte d’état supérieur de l’humanité où chacun connaîtrait et respecterait la culture de l’autre, d’un autre, il s’agit en fait d’un « mono–multiculturalisme » où la plupart des intéressés ne connaisse QUE leur propre culture et n’ont aucune sympathie pour celle de leurs voisins.

Il y a bien plusieurs cultures dans le pays, mais chacune vit en vase clos. C’est le modèle libanais, où le mariage civil est interdit, obligeant les athées ou un des fiancés de communautés différentes à afficher des convictions qu’il n’a pas.

Et on tombe dans les massacres ethniques au moindre incident : on se souvient qu’un prénom chrétien sur le permis de conduire entraînait une balle dans la tête si des musulmans avaient monté un barrage routier, et l’inverse si le barrage était chrétien.

Or des incidents, il y en aura toujours, déclenchés par des fanatiques nationaux (même en Norvège !), ou téléguidés par l’étranger : aujourd’hui, en France, par l’État islamique ; hier au Liban par la Syrie, l’Iran, Israël, l’Arabie et peut-être d’autres.

Bref ce « modèle libanais », évolution probable du « mono–multiculturalisme » qui remplacerait intégration et assimilation, serait une régression profonde par rapport au nôtre et suppose l’abandon ou la relativisation de nombre de nos valeurs de base.

Est-on certain que ce serait ressenti positivement par les intéressés, et notamment les femmes ? N’oublions pas qu’une partie des migrants quittent leur pays notamment parce qu’ils sont exaspérés par les défauts de leurs propres modèles.

L’exemple des Bleus nous montre que le modèle français est bon, tant qu’il n’est pas miné par des affirmations opposées : « il ne faut pas assimiler ! » vs « Vous voyez bien qu’ils ne s’assimilent pas ! » mais dont les effets se cumulent et viennent soit de l’ignorance soit de la généralisation à un groupe des travers de quelques uns.

Raison de plus pour que cette minorité déviante se voie appliquer toute la rigueur de la loi. Le « vivre ensemble» est peut-être davantage menacé par le laxisme et la victimisation que par un racisme frontal démenti par les Bleus et bien d’autres exemples de la vie quotidienne.

Yves Montenay

 

8 commentaires sur “Les Bleus, Français au cœur de la controverse sur l’intégration et l’assimilation”

  1. Dur dur de se faire contredire méchamment.
    1) pas de chiffres dans votre critiquable évaluation. Certains sont disponibles, pourtant, et les appréciations personnelles ne sont pas de mise sur ces questions.
    2) l’immigration récente, en développement important depuis les années 2000, après une stabilisation dans les années 80/90, n’a strictement rien à voir avec l’immigration européenne du début du XXème siècle.
    3) l’équipe de France de foot est formée de millionnaires expatriés dans toute l’Europe. Parler d’intégration à leurs sujets est tout simplement inapproprié.

  2. Excellente synthèse, en termes simples mais non primaires, dans laquelle les sujets de fond sont abordés franchement mais sans la moindre agressivité. Il s’agissait de donner des repères essentiels, notamment en expliquant clairement les notions d’assimilation et d’intégration : merci d’avoir fourni ces outils d’analyse contrairement à maints articles qui ne prennent pas la peine de le faire et dont les auteurs ne savent pas souvent le sens précis de ces termes.

    @François Carmignola : aussi, vos critiques sont infondées :
    1) Des chiffres ? Ce n’est pas l’objet de cet article qui vise à fournir des outils d’analyse et non à étudier en détail les questions d’immigration ; mais, bien entendu, il serait intéressant de lire des études chiffrées utilisant correctement les concepts définis dans le présent article.
    2) L’article dit clairement que ce que vous appelez  » l’immigration récente  » a un caractère spécifique puisque l’auteur écrit courageusement  » Laissons de côté les premiers dont l’intégration saute aux yeux et ne soyons pas hypocrites : ce sont les musulmans et les noirs qui sont visés.  » : pour une fois qu’on appelle un chat un chat sans tomber dans la xénophobie primaire (détestable et qui empêche de réfléchir calmement sur ces complexes questions), je trouve que votre observation manque totalement de pertinence.
    3) Non pertinente également vos propos sur les  » millionnaires expatriés dans toute l’Europe  » qui témoigne surtout de votre désapprobation en ce qui concerne les revenus des footballeurs professionnels : vous avez le droit de le penser mais c’est hors sujet ici. En outre, votre affirmation ( » Parler d’intégration à leur sujet [au singulier svp : au passage, ne pensez-vous pas que la maîtrise des règles élémentaires de la grammaire est aussi un signe d’intégration ?] est tout simplement inapproprié. « ) est pour le moins discutable :
    – (presque) tous les footballeurs champions du monde en 2018 sont nés en France et y ont été formés, au moins jusqu’à l’âge de 15-17 ans (je ne sais si, à part Antoine Griezmann, certains ont terminé leur formation à l’étranger). On a donc affaire à 23 personnes d’origines variées qui sont (quasiment) toutes nées en France, qui y ont grandi et dont la très grande majorité a appris le métier de footballeur en France ;
    – ce que j’ai vu (passionné de football depuis des décennies, j’ai notamment bien suivi ce Mondial), ce sont des gamins visiblement  » décomplexés  » en ce qui concerne leurs origines et qui affichaient constamment et avec naturel (franchement, ça ne sentait pas le  » plan de com’ « ) leur fierté d’être Français et de jouer pour la France ; pourquoi mettre ceci en doute ? D’autres footballeurs d’origine étrangère, binationaux ou non, ne se gênent pas pour exprimer leur malaise, voire leur rejet violent de tout attachement à la France (je pense par exemple aux récents propos de Sofiane Féghouli) ;
    – bien évidemment, il ne faut pas retomber dans les erreurs naïves de 1998 (la France  » black [tudieu ! Pourquoi pas  » noire  » ? Doit-on faire les poubelles des séries TV étasuniennes pour être respectable ?] blanc beur « ) et les désillusions qui ont suivi ; pour autant, ce sentiment d’  » identité française décontractée  » exprimée par des joueurs qui affichent aussi avec naturel mais sans lourde insistance leurs origines ou leur goût pour d’autres pays est fort agréable : on a le sentiment d’entendre des Français du XXIe siècle sachant associer paisiblement plusieurs aspects de leur personnalité au lieu d’en  » faire un drame « , bel exemple d’ouverture.

    1. @François Griesmar

      1) La question des chiffres, sujet récurrent de dispute avec notre hôte, me paraît très importante pour se former un jugement. Ils sont très mauvais: chômage, criminalité, enquête d’opinion, l’immigration récente ne s’assimile pas et ne s’intègre pas. C’est un fait. Pas la peine de rêver. Des outils d’analyses non chiffrés ou non chiffrables? Etonnant non?
      Notre hôte (et je lui en veux beaucoup pour ça) va même jusqu’à opposer les « reportages » et le « sensationnel » aux « immigrés parfaitement intégrés que tout le monde connait »…

      La référence au livre de Todd de 94 est typique. On n’avait à l’époque une immigration stabilisée (le grand flux actuel a démarré au début des années 2000) et on n’avait pas encore observé l’inquiétante inversion de la transition démographique au maghreb: la vision qu’a la France de l’immigration est tout simplement obsolète.

      Même Todd, récemment, admet qu’est problématique l’arrivée massive de populations de systèmes familiaux radicalement différents de ceux des régions où elles s’installent ! Comme c’est bien dit.

      2) Même si on reconnait un caractère spécifique à l’immigration récente, africaine, tout un laïus mentionne l’assimilation automatique, qui devrait s’y appliquer, ce que je critique, car ce n’est pas ce qu’on observe globalement.

      Et puis je ne vois pas ce qu’il y a de particulièrement courageux à parler de « noirs et d’arabes » sinon pour prendre une posture, classique, qui est celle de l’antiraciste provocateur. D’abord les maghrébins sont berbères et les antillais sont noirs.
      Il s’agit de l’Afrique ! En échec économique partout, et en proie à une démographie délirante, elle se déverse où elle peut sans vouloir s’assimiler ou s’intégrer à quoi que ce soit. Phénomène en cours, complètement sous-estimé.

      3) Les joueurs de foot sont français, certes, mais leurs origines ne représentent et ne signifient strictement rien. Sinon bien sur, pour Maduro ou Obama la supériorité footballistique du noir de peau, ce qui est ridicule et raciste. Je maintiens qu’ils sont surtout intégrés au sport mondialisé et que leur victoire va multiplier par dix leurs valeurs de revente et leur revenus, ils peuvent être spontanés et naturels à partir de maintenant, ça c’est sur. Tant mieux pour eux, mais ce n’est pas représentatif d’une intégration au sens où nous l’entendons. Ce n’est pas représentatif non plus de l’immigration (les maghrébins sans doute à cause de Benzéma, sont sous représentés), ni bien sur de la population française, mais là on s’égare.

      Les propos de Feghouli (qui ne furent pas violents) sont typiques des problèmes de l’immigration algérienne. Merci d’illustrer mon propos: qu’un franco algérien de n+1 génération, pas vraiment malheureux, puisse pense et dire cela montre bien la nature du problème…

      P.S. Merci pour vos remarques orthographiques, mon correcteur en ligne est trop pas bon.

      1. @François Carmignola

        Tout d’abord, je vous remercie du ton courtois de votre réponse : compte-tenu de l’agressivité, souvent grossière, de maints échanges en ligne, ce qui devrait être la norme relève quasiment du miracle ! Et toutes mes excuses pour vous avoir taquiné sur un point grammatical de détail.

        Je reviens sur le fond.

        Je suis le dernier à nier l’importance des données factuelles, dont les chiffres, à condition, bien sûr, de ne pas les manipuler, fût-ce involontairement. Simplement, je maintiens que la taille et l’objectif de l’article ne se prêtaient pas à un exposé chiffré sauf à se limiter à un ou deux chiffres, ce qui n’aurait pas eu de réel intérêt. Je maintiens également que cet article fournit des outils d’analyse intéressants, ne serait-ce qu’en clarifiant le sens précis des termes « Intégration » et « Assimilation » : êtes-vous d’accord avec les définitions qu’en donne l’article ? Je sais, ceci semble simpliste ; mais c’est un des points de départ essentiels qui manquent trop souvent.

        Je n’ai pas lu le livre de Todd ; sous cette réserve, je pense comme vous qu’un ouvrage publié il y a un quart de siècle risque d’avoir beaucoup vieilli s’agissant d’un domaine qui évolue très vite. Aussi, des références plus récentes sont indispensables : je pense notamment aux ouvrages sans concession et très documentés de Malika Sorel-Sutter, personne tout à fait remarquable.

        Vous écrivez « Ils [les chiffres] sont très mauvais : chômage, criminalité, enquête d’opinion, l’immigration récente ne s’assimile pas et ne s’intègre pas. » Certes, on ne peut nier la gravité des problèmes que vous citez et, pour ma part, je suis très inquiet en ce qui concerne la pérennité de l’intégration des immigrés dans la nation française, mécanisme qui a globalement (très) bien fonctionné depuis près de 200 ans en raison de la spécificité de la démographie française depuis 2 siècles. Mais ce sentiment général ne suffit pas et on a besoin – nous sommes d’accord – de très nombreux chiffres et autres éléments objectifs pour se former une opinion la plus objective possible, laquelle sera inévitablement plus nuancée que votre propos. Entre autres, en s’appuyant sur les études documentées, notamment des chiffres honnêtes et fiables, il faut pouvoir répondre aux questions suivantes :
        – parmi les personnes ayant la nationalité française, combien ne sont ni assimilées ni même intégrées ?
        – même question s’agissant des personnes d’origine étrangère vivant en France depuis, par exemple 15 ans, quelle que soit leur nationalité ;
        – indépendamment de leur nationalité, y a-t-il une différence en matière d’intégration ou d’assimilation selon les générations ? Par « génération », j’entends « 1ère génération : primo-immigrants arrivés de l’étranger à un âge minimal de 15-18 ans, c’est-à-dire dont les bases de la personnalité s’est construite hors de France », « 2ème génération : enfants de cette 1ère génération nés et ayant grandi en France », etc.
        – quelle est la différence de comportement entre les hommes et les femmes en matière d’assimilation et d’intégration ? Point important : par exemple, on « sait », on « sent » – mais il faut évidemment des chiffres pour confirmer (ou infirmer) ce sentiment – que, pour nombre de femmes d’origine maghrébine, l’intégration signifie une libération, quitte à décider de tourner le dos à leur milieu d’origine oppressif ; à titre personnel, je me souviens d’amies d’origine algérienne qui aimaient s’amuser comme des Françaises de leur âge, aimant le vin et les rencontres, et dont les « articles de foi » étaient « Jamais de petit ami musulman – Jamais de vacances dans un pays musulman – Etc. »
        – quel est le taux d’exogamie (mariage en-dehors du milieu d’origine : je récuse l’horrible terme de « communauté » qui implique le rejet de l’intégration et de l’assimilation) selon les générations et les sexes ?
        – quel rôle joue la religion dans l’intégration et l’assimilation … ou le rejet de celles-ci ?
        – quelles sont les pratiques et croyances religieuses selon les générations ? En particulier, y a-t-il une tendance « mécanique » à la distanciation, voire à l’oubli, de la religion de la 1ère génération ?

        Bref, il ne s’agit pas de défendre une vision du type « il ne faut pas tout noircir » mais d’identifier clairement les blocages et les réussites et d’en tirer les conséquences.

        Bien entendu, l’analyse et l’action doivent se situer dans le cadre suivant :
        – toute personne vivant en France doit avoir un comportement qui soit au minimum compatible avec nos valeurs (notamment la laïcité et l’égalité entre les sexes), lesquelles ne sont pas négociables : pas d’accommodement dans la vie publique, notamment à l’école (ex : pas de menu « hallal » dans les écoles de la République), pas de place au communautarisme, pas de tolérance vis-à-vis de la délinquance considérée comme un mode d’expression inévitable des « victimes du racisme », etc.
        – toute personne vivant durablement en France, qu’elle obtienne ou non la nationalité française, doit être au minimum intégrée : pas de complexe là-dessus au nom d’un « respect des origines » ou Dieu sait quelle « théorie » issue du « Sanglot de l’homme blanc » : il y a suffisamment d’exemples (j’en connais un certain nombre) de personnes vivant très bien une pluralité de civilisations tout en étant parfaitement intégrées ;
        – l’octroi de la nationalité française doit obéir à des critères beaucoup plus exigeants, par exemple comme en Suisse : il est inacceptable de naturaliser des gens qui ne maîtrisent pas le français et qui ignorent des éléments essentiels de notre civilisation : l’immigration intégrée reste une chance, l’octroi incontrôlé de la nationalité française est une catastrophe qui détruit l’intégration et l’assimilation et suscite logiquement racisme et xénophobie.
        A contrario, le procès de principe fait aux binationaux est odieux : prenons un couple vivant en France dont l’un des parents est français, l’autre étranger, au quotidien (travail, courses, sorties, école des enfants, etc.), quasiment tout se passe en français ; peut-on imaginer que, en outre, on enjoigne au parent étranger, qui a accepté de ne plus vivre dans son pays, de renoncer à sa nationalité d’origine, qu’on interdise aux enfants d’avoir une double nationalité, bref qu’on éradique par principe, brutalement, tous les liens de ce parent avec son pays, sa langue, sa civilisation d’origine en lui interdisant de facto de transmettre quoi que ce soit de son « héritage » ? Laissons faire le temps et contentons-nous, comme pour toutes les autres personnes vivant en France, d’interdire des comportements incompatibles avec nos valeurs.

        « Il s’agit de l’Afrique ! », écrivez-vous ; globalement, oui. Plus précisément, le problème est posé par des personnes issues de civilisations aux bases très différentes de la nôtre :
        – les Chrétiens d’Afrique (Coptes, …) ou du Proche et Moyen-Orient s’intègrent généralement bien contrairement à beaucoup d’autres personnes de la même origine géographique : le problème est l’Islam dont maints principes et la pratique actuelle, quel que soit le pays, sont incompatibles avec nos valeurs ;
        – même si les civilisations de l’Extrême-Orient (Chine, Asie du Sud-Est, …) diffèrent de la nôtre, les personnes s’y rattachant s’intègrent globalement vite et bien, voire s’assimilent (nombre de Vietnamiens, en particulier) : les bases essentielles de ces civilisations (sens de la famille, valorisation des études et du travail, sens du compromis, religions non sectaires, etc.) ne sont visiblement pas incompatibles avec le mode de vie français ; je serais curieux de savoir si les Chinois (quel que soit leur pays d’origine) arrivent ou arriveront à l’assimilation ou s’ils continueront à pratiquer un certain communautarisme.

        Concernant les footballeurs, je reste globalement en désaccord avec vous : certes, les propos « racialisants », comme ceux de M. Obama, sont inadmissibles ; mais, pour le reste, le sport est plutôt intégrateur (en ce qui concerne les joueurs : pour les entraîneurs et autres cadres, c’est une autre affaire) et pas toujours pour des raisons nobles et désintéressées : à la base, un club recherche les meilleurs joueurs pour réussir, faute de quoi il végétera, voire périclitera ; sauf cas particulier, à partir du moment où X ou Y est performant, on le fera jouer quelle que soit son origine ou sa couleur de peau. La majorité des sportifs provient de ce qu’on appelait autrefois les « classes populaires », dont les populations immigrées sont un élément important : en Suisse, ceci se voit depuis seulement une dizaine d’années, notamment avec des joueurs originaires du Kossovo ; en France, c’est une bien plus vieille histoire, notamment depuis la « génération 1958 » (Piantoni, Kopa[szewski], etc.) jusqu’aux Zidane et autres Matuidi ; et s’il y a peu de joueurs d’origine maghrébine actuellement en Équipe de France, c’est simplement une conjoncture temporaire :
        . au très haut niveau, il n’y a pas de « représentativité automatique » des origines ;
        . il se trouve que certains joueurs talentueux, comme Benzéma ou Nasri, se sont avérés être des « têtes de lard » (si l’on peut dire) ne respectant pas les valeurs collectives et d’autres, comme Ben Arfa, n’ont pas su confirmer ce que leur talent laissait espérer.

        Pour le reste, je maintiens que la valeur financière des joueurs n’est pas un sujet pertinent par rapport à leur intégration dans la société française : encore une fois, ce sont des gens qui ont grandi et ont été formés en France et qui clament constamment leur attachement à notre équipe et à notre pays, qui chantent la Marseillaise avec autant d’ardeur et de fausses notes que Thuram en son temps, souvenir attendri car la ferveur était et est indiscutable. Bien sûr, leur destin est exceptionnel par rapport à l’ « immigré moyen » ; mais ils constituent un exemple d’intégration réussie et potentiellement un modèle … ce qui ne veut pas dire pour autant que les banlieues vont s’apaiser et les racailles disparaître : mais on verra sur les terrains des gens qui auraient sinon traîné en bas des tours.

  3. @François Griesmar
    Je tacherais d’être plus court que vous (ne voyez pas là une critique).

    1) assimilation, intégration: j’avais tenté de mentionner le terme suivant de l’abandon, et qui est l' »inclusion », qui concerne l’attitude pour ce qui est actuellement en cours (le multiculturalisme débridé) et que vous ne considérez pas, du moins il me semble.
    Un point au sujet de l' »intégration »: au delà de la renonciation à la délinquance, elle suppose au minimum une adhésion globale aux valeurs de la société dans son ensemble. Pour moi, participation au débat politique, et mise définitive de la religion à distance sont fondamentaux. 80% de l’immigration africaine naturalisée aurait voté Hollande en 2012 en suivant des réflexes communautaires dommageables, c’est un signe de sa non intégration globale, après 50 de présence sur le territoire.

    2) Ce que vous demandez que soit introduit dans le débat, c’est la totalité de ce qu’on appelle les statistiques « ethniques », qui avaient été proposées par le candidat Fillon, et qui sont absolument refusées par l’establishment français actuel. Cela supposerait que la société française aurait le droit de décider après débat de son avenir démographique sur des critères qui prendraient en compte l’origine géographique de nouveaux entrants et une estimation quantitative précise de leur flux d’arrivée et de leur natalité une fois installés. Je suis donc tout à fait d’accord avec vous, et c’est le sens de ma plainte concernant les chiffres en général.
    Mais faites attention: pour une majorité de démographes et de politiques en France, l’immigration est un phénomène « naturel » qui ne se choisit pas et qu’on ne doit pas choisir, d’où le silence sur les chiffrages.

    Un certain de nombre de vos questions sont adressées par l’enquête de l’institut Montaigne, que je cite et re-cite sans échos mais avec espoir: http://www.institutmontaigne.org/publications/un-islam-francais-est-possible

    Le résultat est en fait extrêmement inquiétant: la moitié des musulmans et enfants de musulmans ne correspond pas à ce qu’on appelle l’assimilation. De plus, la revendication d’une reconnaissance explicite de l’appartenance à cette religion ne correspond pas à ce qu’on appelle l’intégration, car manifestant explicitement une rupture globale avec la majorité de la société, profondément indifférente à la religion et aux règles de vie qu’elle implique.
    On ne parlera pas des 30% embrigadés dans une foi obscurantiste, fanatique et en fait profondément arriérée et stupide.

    Les 50% de « bon musulmans » ne rattrapent pas du tout l’ampleur du désastre: ils sont la cible eux et leurs enfants d’une propagande effrénée qui les critique en permanence, les accuse et les culpabilise.
    On leur ment de toutes parts et ils doivent supporter les sinistres propagandes algériennes par exemple, ou bien les ridicules « débats » tunisiens avec les islamistes, sans parler de la situation au Maroc, plus complexe mais à considérer aussi: le patriotisme marocain, « religieusement » et « royalistement » affirmé, ne me semble pas intégré en France, tous les marocains sont binationaux au moins, par définition: « intégration ne veut pas dire assimilation » dit on au Maroc pour refuser toute renonciation à la nationalité marocaine.
    Parmi toutes ces propagandes, on mentionnera bien sur celle des frères musulmans fascistes, au pouvoir (sous contrôle) au Maroc, mais « entrés » dans toute l’islamophobiephobie en Europe. Tariq Ramadan et ses soutiens en sont les représentants.

    Les chiffres concernant les sub sahariens sont peu connus. Ce qu’on sait, c’est que cette immigration là est en plein boum et cela de toutes les manières possibles, avec une utilisation maximale de l’illégalité.

    3) Lilian Thuram est guadeloupéen.

  4. Pour de multiculturalisme, voir le paragraphe de l’article sur ce sujet.

    Votre paragraphe sur les subsahariens paraît exact, notamment du fait des vrais-faux papiers. Le contrôle par des test ADN a été refusé alors qu’il a été autorisé ailleurs

    Par contre je crois que vous confondez assimilation et intégration en demandant à des nouveaux arrivants d’adopter des valeurs que seuls leurs enfants ou petits-enfants comprendront vraiment

  5. Que le taux de chômage de tel ou tel groupe soit de 20 % alors qu’il n’est que de 9 % pour l’ensemble de la population, est effectivement un problème, mais ne doit pas faire oublier que les 80 % autres travaillent.

    Ce pourcentage de 20 % doit mener à une analyse de ses causes. Je soupçonne une connaissance imparfaite du français, l’absence de réseau pour des raisons personnelles mais aussi géographiques (faute de transport en commun). Je ne dis pas qu’il n’y en a pas d’autres mais cela mérite une étude plutôt que des affirmations à l’emporte-pièce.

  6. Je reconnais votre critique du « multiculturalisme », mais continue de critiquer l’absence de son pendant, et qui est l' »inclusion », alors que le terme « inclusif » est de plus en plus utilisé (il est un élément important de la langue de bois « macronésienne », par exemple).
    Au sujet de notre polémique sur l’intégration, même si on est encore marqué par sa culture d’origine, on peut vouloir rompre avec elle.
    Pratiquer sa religion et sa langue d’origine en relation avec des envoyés de son pays d’origine, voire participer à des élections dans son pays d’origine n’ESTPAS de l’intégration.

    Pour ce qui concerne les sub sahariens, encore liés avec les communautés familiales qui ont financé leur voyage, qui sont engagés à accueillir les suivants, et dont les enfants complètement écartelés entre des cultures trop différentes inventent la nouvelle culture des « européens-africains », on peut dire qu’on est dans le « multiculturalisme », et je dirais d’emblée et aussi pour toujours.

    Au sujet du chômage de l’immigration, il est plutôt le résultat et aussi le signe d’une inadaptation foncière des populations arrivées et arrivantes que l’on devrait, en toute logique, décourager de venir.

    Donald Tusk, président du conseil Européen (en Mars 2016):
    « Ne venez pas en Europe. Ne croyez pas les passeurs. Ne risquez pas vos vies et votre argent. Tout cela ne servira à rien. « 

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