Géopolitique du Liban

Géopolitique du Liban

De nombreux Français et étrangers ont été surpris par l’importance donnée par la presse française aux événements du Liban et au voyage immédiat du président Macron dans ce pays : « Quels sont les intérêts de la France au Liban ? »

À mon avis il y en a aucun au sens habituel du terme. C’est simplement un pays ressenti comme proche, et quand un proche se porte mal, on va le voir, même s’il n’y a aucun intérêt économique à cela.

Cette proximité vient d’une longue histoire partagée.

5 siècles d’histoire commune

À la Renaissance, la population du futur Liban est composé principalement de chrétiens, sujets de l’empire ottoman musulman et donc régulièrement massacrés.

François Ier s’allie alors avec les Ottomans contre les Autrichiens. C’est une alliance « de revers », Français et Autrichiens se combattant à l’ouest de Vienne, et Ottomans et Autrichiens à l’est. Les Turcs assiègeront d’ailleurs Vienne à deux reprises.

Les limites de l'empire ottoman (1683)
Les limites de l’empire ottoman (1683). Les échelles de Barbarie se situent dans le Maghreb actuel. Les échelles du Levant longent la côte depuis l’Égypte jusqu’à l’Anatolie.

Dans le cadre de cette alliance, François Ier se voit ouvrir l’accès aux « échelles du Levant » (escales commerciales). C’est l’occasion de multiplier les contacts avec les futurs Libanais, et de tenter de les protéger contre les massacres réguliers de l’armée turque.

Le principal groupe chrétien est celui des Maronites, disciples de Saint Maron donc des chrétiens d’Orient par le rite, mais pas par obédience, puisqu’ils n’ont pas rompu avec Rome, contrairement aux autres églises (arménienne ou grecque orthodoxe pour prendre les principales) qui sont restées rattachées à Byzance (puis Istanbul, où demeure le siège de l’orthodoxie).

Les Maronites ont ainsi bénéficié dès l’origine d’appuis catholiques venant de Rome, et de celui de la France qui s’est souvent comportée en « protectrice des chrétiens d’Orient ».

Les implantations de monastères et d’écoles européennes expliquent la diffusion de l’imprimerie chez les chrétiens, alors qu’elle était alors interdite aux musulmans par le pouvoir turc.

Une mosaïque humaine

Mais les montagnes du Liban n’ont pas servi de refuge qu’aux chrétiens.

On y trouve aussi des Druzes, qui se veulent une communauté religieuse originale à tradition guerrière, menée par la famille Joumblatt dont les diverses générations ont joué un grand rôle politique.

La montagne a également servi de refuge aux Chiites, longtemps marginalisés, sous-scolarisés et donc plus traditionnellement moyen orientaux et aujourd’hui souvent islamistes.

Des élites traditionnellement de formation française

Les rapports avec la France et avec Rome sont donc anciens, surtout dans l’éducation. La qualification qui en résulta donna à l’ensemble des chrétiens une supériorité sur le reste de la population et donc la direction du pays, ce qui se retourne contre eux aujourd’hui.

Bien sûr, les membres les plus avisés des autres communautés rejoignirent les écoles françaises (et parfois américaines). Dans les années 60, des amis anglais m’avaient dit avoir appris le français au Liban, car « c’est socialement indispensable ».

Tout à fait indépendamment des intérêts géopolitiques et économiques, tout cela a fait de cette région une sorte de « fille de la France », bien avant le mandat dont nous allons maintenant parler.

Le mandat français et ses origines

La conférence de la Société des Nations (SDN) en avril 1920 à San Remo (Agence Meurisse, BNFGallica.fr)
La conférence de la Société des Nations (SDN) en avril 1920 à San Remo (Agence Meurisse, BNFGallica.fr)

A l’issue de la première guerre mondiale, Français et Anglais se partagent le Moyen-Orient arabe qu’ils viennent d’arracher à l’empire ottoman, allié de l’Allemagne.

Au Moyen-Orient, les Anglais prennent le plus intéressant et notamment les pétroles d’Irak et les lieux saints de Jérusalem… dans lesquels ils autorisent dès 1916 un foyer juif dans cette région arabe. Les juifs rêveront de transformer ce foyer en « Israël ». Ils réussiront… mais c’est un autre sujet !

Les Français se voient attribuer un lot de consolation :

  • la Syrie (qui comprend alors le futur Liban) dans laquelle l’élite est francophone.
  • et 23,75 % de droit sur les pétroles d’Irak confisqués aux Turcs, mais sans toucher aux 5 % du célèbre Calouste Gulbenkian, chrétien arménien connu aujourd’hui pour les musées qu’il a financés avec cet argent du pétrole. Pétrole dont l’exploitation sera confiée à la Compagnie française des pétroles, qui sera à l’origine de Total.

La Société des Nations, ancêtre de l’ONU, entérine cet accord à San Remo en 1920 et donne mandat à la France et à l’Angleterre de diriger ces pays jusqu’à leur indépendance.

Carte Conférence de San remo avril 2020
Carte des mandats français et britanniques à la conférence de San Remo avril 2020

Les chrétiens du Mont-Liban demandent alors aux Français de leur tailler un territoire dans lequel ils seront majoritaires, et qui pourra éventuellement devenir département français.

Ainsi nait officiellement le Liban.

Mais, se basant sur les données démographiques de l’époque, les chrétiens voient trop grand et les frontières du Liban englobent une très forte minorité non chrétienne (sunnites, druzes, et surtout chiites), devenus aujourd’hui largement majoritaires.

Enfin, comme ailleurs au Moyen-Orient, il y a les sunnites qui, eux, n’avaient pas besoin d’un refuge dans la montagne, et se trouvent notamment dans la grande ville côtière libanaise de Tripoli.

L’enseignement en français se répand, les liens avec la France s’intensifient dans toutes les communautés mais relativement moins chez les Chiites, toujours à l’écart.

Parallèlement les Américains implantent la langue anglaise et dès le XIXe siècle lancent l’Université américaine de Beyrouth peu après la création de l’Université libanaise francophone.

« La Suisse du Moyen-Orient »

Après l’indépendance du Liban en novembre 1943, se met en place un système distribuant tous les postes de responsabilité selon la religion.

Au sommet, le président de la république doit être chrétien, le président de l’assemblée chiite etc.  Les postes sont créés par multiple de 11 : 6 chrétiens dont 4 maronites, un arménien et un orthodoxe 2 sunnites, 2 chiites et un druze.

Ce système assure pendant quelques décennies la stabilité du pays. Il a néanmoins l’inconvénient d’obliger chacun à choisir sa religion, qui figure sur ses pièces d’identité, à ne pas en changer, et à se marier religieusement dans la religion choisie : le mariage civil n’existe pas et l’un des 2 conjoints doit se convertir s’il n’a pas la religion de l’autre.

Or si ces cas étaient exceptionnels dans la société traditionnelle, ils le sont de moins en moins aujourd’hui.

S’agissant de petites communautés religieuses très claniques, de minuscules circonscriptions et d’autres dispositions limitatives, cela a aussi l’inconvénient de donner le pouvoir toujours aux mêmes personnes puis à leurs descendants : au bout de plus de 70 ans d’inamovibilité, on imagine l’accumulation de confortables dérives …

Pendant les premières décennies d’indépendance, le Liban est appelé « la Suisse du Moyen-Orient » : sécurité, tolérance, liberté d’opinion, niveau de vie relativement élevé du fait de la qualification d’une partie de la population.

Et enfin c’est un paradis touristique et financier où les riches de la péninsule arabique dépensent ou placent à titre personnel l’argent du pétrole, en vivant à l’occidentale, y compris dans son aspect « décadent », qu’ils vilipendent pourtant dans leurs prêches.

Il était également très chic pour les riches du monde entier de participer à la vie mondaine internationale du pays et notamment au festival de musique et spectacle de Baalbek.

Les 60 ans du Festival de Baalbeck en 2016
Les 60 ans du Festival de Baalbeck en 2016

La situation actuelle

Répartition des confessions religieuses au Liban
Répartition des confessions religieuses au Liban : cliquez pour agrandir.

La liberté d’expression a fait du Liban un refuge pour les groupes en difficulté dans d’autres pays, dont les Palestiniens et les Syriens. Mais ces deux communautés, très majoritairement musulmanes sunnites, menacent l’équilibre confessionnel.

Hors réfugiés (1,5 à 2 millions !), qui n’ont pas de droits civiques, les Chiites sont maintenant le groupe le plus important. Ils sont aidés et armés par l’Iran islamiste, et ont une milice plus puissante que l’armée libanaise.

Cette puissance chiite est bâtie contre Israël, mais pèse inévitablement aussi sur les autres communautés. D’autant que l’Iran ne cache pas sa volonté de faire du Liban l’extrémité de son « arc chiite » qui passe par l’Irak et la Syrie. Ce qui pousse les pays de la péninsule arabique, anti-iraniens, à soutenir les sunnites.

De même pour Israël qui a longtemps soutenu les chrétiens et est probablement encore discrètement actif.

Le principal parti chiite, le Hezbollah, « le parti de Dieu », exaspère particulièrement les Libanais.

Le 7 août, le portrait de son chef Hassan Nasrallah a été symboliquement pendu par les manifestants à Beyrouth. Son alignement sur l’Iran et donc son engagement en Syrie aux côtés de Bachar Al-Assad et au Yémen auprès des houthistes a privé le Liban de l’appui des riches parrains du Golfe et déclenché des sanctions américaines.

La contre-attaque a été immédiate et Hassan Nasrallah accuse les occidentaux de vouloir « renverser l’Etat libanais ».

La fin de la guerre civile a fait légèrement changer l’équilibre politique et communautaire.

Les pouvoirs du président, obligatoirement chrétien, ont été diminués.

Le Liban, une mosaïque confessionnelle fragile - Infographie La Croix 2012
Le Liban, une mosaïque confessionnelle fragile – Infographie La Croix 2012

Mais le système confessionnel et clanique est toujours là, qui pompe les ressources du pays et ne laisse que des bribes pour un ramassage des ordures et une distribution d’électricité intermittents.

La production d’électricité ne couvre pas la moitié des besoins du pays, malgré l’accroissement des subventions à la compagnie nationale. À terme, il y a certes des gisements de gaz découverts Méditerranée, mais il suppose un accord avec Israël … et on imagine mal le Hebzbollah le parrainer !

En attendant, la banque du Liban a emprunté, notamment à la diaspora, et ne peut rembourser. La monnaie libanaise a perdu 80 % de sa valeur depuis octobre 2019, l’inflation est à 90 % en rythme annuel et le pays s’est déclaré en faillite.

Les « premiers ministrables » réputés compétents et honnêtes savent qu’ils ne seront pas obéis. Et les manifestants sont moins nombreux que l’hiver dernier, occupé à survivre après l’explosion et la destruction de leur logement ou de ceux de leurs proches … et la deuxième vague du covid-19.

Le FMI et la France proclament qu’il n’y aura « pas d’aide sans réformes« . Mais lesquelles et initiées par qui, puisque l’ensemble de la classe politique est discréditée ?

The Economist dans son édition du 15 août 2020 remarque que le juge chargé de l’enquête sur l’explosion est un proche de Nabih Berri, chef du 2è parti chiite dont le port de Beyrouth est «le fief ».

Le président Michel Aoun (maronite) a exclu toute enquête internationale. Il peut également juridiquement bloquer toute élection, blocage que souhaitent les 2 parties chiites

Les influences étrangères contradictoires continuent à peser ainsi que l’écrit dans Le Monde le dramaturge Wajdi Mouawad, avec leurs multiples conflits : « celui des Iraniens contre les Israéliens, des Israéliens contre les Syriens, des Turcs contre les Européens, des Américains contre les Russes et des Saoudiens contre les Iraniens ».

Une illustration du « malheur arabe » ?

Le futur monde arabe a-t-il un avenirRésumons : au Liban, la guerre civile tue les uns et fait fuir les plus qualifiés : il faut avoir un métier « demandé » pour obtenir un visa en Europe ou dans les Amériques. Comme  les chrétiens sont en moyenne les plus qualifiés, ce sont donc surtout eux qui émigrent. « Tant mieux » diront certains musulmans libanais, « nous serons chez nous et ces chrétiens occidentalisés n’étaient pas de vrais Arabes ».

Le phénomène est analogue depuis longtemps en Palestine, où Bethléem n’est plus une ville purement chrétienne, et en Irak, où l’exode des chrétiens a été brutalement accéléré du fait de l’État Islamique, ainsi probablement qu’en Syrie où il n’y a aucun chiffre fiable tant dans la population contrôlée par le régime que chez les réfugiés.

Or un pays qui perd ses élites, pas seulement chrétiennes, a une raison de plus de ne pas sortir de cette descente aux enfers de l’ensemble du monde arabe évoquée notamment par Abdellatif Laroui dans son livre « Le futur du monde arabe a-t-il un avenir ?« , et que j’ai ressentie en allant sur place.

Seuls le Maroc et la Tunisie, malgré des problèmes gigantesques, s’en tirent moins mal, ce qui conduit certains de leurs citoyens à s’interroger sur la validité de leur « héritage arabe ».

Le cas du Liban est peut-être le pire, puisqu’une révolution réussie y est encore plus difficile qu’ailleurs du fait de la mainmise des clans, de leurs privilèges juridiques et de leurs appuis internationaux.

Mais les citoyens libanais sont de moins en moins fidèles à leur étiquette religieuse et de plus en plus exaspérés par leur ruine personnelle et les privilèges claniques.

Souvenons-nous que la nuit du 4 août 1789 et l’abandon « spontané » par la noblesse française de ses privilèges avait été accélérée par l’incendie de nombreux châteaux !

La « noblesse » libanaise va devoir réagir très vite et laisser le champ à de nouvelles élites…

Yves Montenay

 

Photo de couverture : Au cœur de Beyrouth, la mosquée Mohammad Al-Amin et la cathédrale St-Georges des MaronitesGroupe d’Amitié Islamo-Chrétienne (GAIC)

18 commentaires sur “Géopolitique du Liban”

  1. Merci. Qq typos sur les cartes? Vous n’évoquez pas d’hypothèses de partitions? Cela serait logique de créer 3 états : 1 sunnite , 1 chiite et 1chrétien , les palestiniens intégrant un des 3 états. Cela induirait des déplacements de populations… jouables sous l’égide de tiers (ONU) si non obligatoires et avec compensations équitables pour les terres abandonnées …?

    1. Ça a déjà quelque peu existé pendant la guerre civile où il y avait des zones chrétiennes etc.
      Avec des nettoyages ethniques locaux qui ont simplifié la carte

      Mais beaucoup de Libanais ne veulent plus être définie par leur religion ou celle de leurs parents . Voir l’article

  2. La première fois que j’ai mis les pieds au Liban, en 1970, les statistiques démographiques étaient déjà un secret d’Etat. On ne peut pas vivre longtemps sur un mensonge et une illusion….

  3. Merveilleuse synthèse, qui n’empêche pas la précision des faits historiques et sociaux-culturels ! Mais j’aurais souhaité en savoir plus sur le contexte actuel : une partie de la communauté chrétienne semble avoir passé des alliances avec des groupes musulmans, au détriment des autres chrétiens ; la recente découverte de gisements de gaz et de pétrole dans la méditerranée réveille les intérêts politico-économiques et leurs conflits latents ; dans ces conditions, la France n’a-t-elle pas intérêt à resserer ses liens avec le Liban pour conserver en main des atouts en vue ce futur jeu géopolitique ?

    1. Vous parlez probablement de Michel Aoun et de son groupe qui ont fait alliance avec le Hezbollah, parti non seulement musulman mais surtout islamiste et lié à l’Iran. Cela est tout simplement dû au poids démographique et militaire de ce parti. Si le président est obligatoirement chrétien, il ne peut être choisi qu’avec l’accord du principal parti politique libanais

      Le gaz est un problème encore lointain, et il n’est pas certain que son extraction soit rentable au prix actuel. Cela n’empêche pas les Turcs de s’exciter …

      1. Oui, en effet, ç’est à cela que je faisais allusion. Merci pour votre réponse, je comprends mieux maintenant. Je commence à me demander si la France a finalement encore intérêt à conserver une influence dans un Liban aussi complexe, restructuré et conflictuel. N’a-t-on pas déjà trop versé d’argent dans ce tonneau percé…

  4. Le constat est ici comme ailleurs terrible. Le Moyen orient n’a qu’un seul moyen de stopper la descente aux enfers : se débarrasser de l’Islam. Mais il en est incapable. Il va donc subir comme l’Europe à la fin de l’Empire Romain la gouvernance des barbares qui feront régresser le populations de 4 ou 5 siècles tant pour le niveau de vie que pour la civilisation. Quant à nous, nous devons nous préparer à une très longue guerre entre l’Europe et l’Islam, avec quelques foyers de guerre civile en Europe entre chrétiens et musulmans. Comme à la Renaissance, le temps des guerres de religions revient.

    1. Merci !
      Je ne suis pas prophète. Toutefois je ne pense pas que les gouvernement du Moyen-Orient puissent contrôler leur population aussi bien que la Chine. Il est donc possible -je n’ai pas dit probable- que le mouvement mondial des idées diminue le poids de la religion dans ces pays

  5. Merci pour cet article

    Entre 1948 et 1970, la frontière entre le Liban et Israël était paisible et il y avait une paix implicite et l’on disait que le Liban serait le deuxième pays à signer la paix avec Israël.

    Ne manque-t-il dans votre écrit l’influence de déstabilisation des organisations palestiniennes qui après avoir été chassé de la Jordanie (1970), ont fait du sud Liban une base militaire au désespoir des habitants du sud Liban et du gouvernement libanais ?

    Après la guerre de 1973, et la paix signée entre Israël et l’Égypte, le poids militaire des organisations militaires n’a-t-il pas empêché le signature d’un traité de Paix ?

    Ne manque-t-il pas non plus l’occupation militaire syrienne dune partie d’un pays ami de la France sans réaction de la France ? Et en même temps, la présence militaire syrienne a garanti une stabilité.

    N’est-ce pas l’illusion d’un « printemps arabe » de pays occidentaux avec la volonté de faire partir Assad qui a été un grand malheur pour la Syrie et pour le Liban ?

    Politiquement incorrect ?

    Amicalement

    1. Je suis d’accord dans l’ensemble. Mais il faudrait un livre et non un simple article pour parler de tout cela. D’ailleurs dans les jours qui viennent cet article sera complété par des notes plus personnelles de mes voyages au Liban.
      Quant à votre dernier paragraphe, on peut en discuter à l’infini. Personnellement je verrai plutôt le malheur être venu de la Russie qui a soutenu Assad et de l’Arabie, dont l’argent a « acheté » les démocrates et les a fait rallier le camp islamiste.

      1. Il n’y avait hélas pas beaucoup de démocrates en Syrie… La grande illusion, qui a leurré tout le monde et là comme ailleurs, je veux dire au Liban, les plus modérés ont préféré Assad… C’est le drame du moyen orient: malgré son effroyable échec, le nationalisme arabe reste la seule « solution ». C’est ce qui a sauvé Assad, et qui préside en Irak.

        1. Il y a quelques années, les officiers de l’Armée Syrienne Libre disaient qu’ils perdaient leurs troupes parce qu’elles étéaient achetées par l’argent saoudien. Et à partir du moment où on passe sous commandement saoudien (indirect probablement), on agit en islamiste, même si on n’a aucune conviction.

  6. Merci, cher Yves, pour cet article donnant une vue panoramique de la situation.
    Ces dernières années je suis allée au salon du livre francophone de Beyrouth, en novembre 2017 et 2018, pour présenter ma « trilogie arabe ». Celui de 2019 a malheureusement été annulé. Mais la «Trilogie » sera étudiée par les étudiants de langue et littérature françaises de l’Université Libanaise, sous la direction de Roula Zoubiane.
    https://www.theresefournier.fr/trilogie arabe

  7. Commentaire remarquable dont je me permets de retoucher ou compléter certains points:
    C’était à la surprise générale Total qui a avalé Elf.
    Au sujet des liens très forts du Liban avec la France on peut citer Carlos Ghosn et la journaliste Lea Salamé qui a accouché récemment du petit fils d’André Glucksmann, l’un des mousquetaires de mai 68 avec Alain Geismar, Danny Cohn Bendit et Jacques Sauvageot.
    La Suisse du MO s’est suicidée avec son effroyable guerre civile. Les chrétiens y sont chez eux, ne veulent pas disparaître, savent manier les armes mais se font régulièrement tuer. Un cahot effroyable aidé par les USA qui ont tout gâché dans leur lutte contre les russes, avec l’Afghanistan en aidant les talibans puis la Syrie en aidant les insurgés via la Turquie alors que la Russie y possède son seul port en Méditerranée, sans oublier les deux projets opposés d’oléoducs, l’un depuis l’ Iran et l’autre depuis l’Arabie, projets que la chute des prix et l’avenir incertain ont mis en veilleuse. Mais la Turquie, qui n’a ni gaz ni pétrole, se sent des ailes et va battre les fonds devant Chypre et la Lybie. Le MO n’a pas fini de faire parler de lui avec l’arrivée de la Chine qui joue une carte d’alliance avec l’Arabie et le Pakistan, tous deux sunnites, face aussi à une Inde qui ne restera sûrement pas les bras croisés. Le Liban voudrait aider l’Iran dans sa lutte contre Israël, mais prends des claques de partout et l’explosion du port n’a rien arrangé.

    1. Merci d’évoquer tout cela mais cela dépasse largement le cadre de l’article. Une précision : quand vous dites « Le Liban voudrait aider l’Iran dans sa lutte contre Israël », vous pensez probablement au hebzbollah, qui pèse certes lourd au Liban, mais n’est pas le Liban, et combat directement depuis longtemps.

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