La guerre des mémoires entre la France et l’Algérie

La guerre des mémoires entre la France et l’Algérie

Les Français ne comprennent pas bien ce qui se passe actuellement sur le plan officiel entre la France et l’Algérie. Ils voient Emmanuel Macron admettre officiellement des crimes français qui étaient déjà assez connus, sans voir son homologue algérien faire de même.

À mon avis, c’est parce que les Français n’ont pas conscience du gouffre qui sépare leur mémoire de celle des Algériens. Pour mesurer ce gouffre, revenons sur l’historique qui explique comment chacune de ces mémoires s’est constituée et éclairent les discussions d’aujourd’hui.

L’Algérie avant la France

Un premier point de divergence entre les mémoires des deux pays est que, contrairement à l’histoire officielle, l’Algérie n’a jamais existé avant les Français.

Il y avait des populations berbères, une implantation carthaginoise, puis une colonisation romaine, période qui s’est terminée par une double destruction du Maghreb par les Vandales d’abord, barbares germaniques, dont le nom évoque les souvenirs qu’ils ont laissés, puis à deux reprises par les Arabes : une première conquête à la fin du septième siècle, puis une destruction systématique des cultures et la disparition des villes affamées par des nomades arabes envoyés par le régime égyptien rival.

Cette histoire a longtemps été totalement niée en Algérie, dont beaucoup d’habitants imaginent un passé arabe glorieux. Elle est par contre mieux connue par la partie berbère de la population.

Quand les Européens, espagnols, italiens, français sortent du haut Moyen Âge, ils ont une double image des Arabes (l’Algérie n’existe toujours pas) : celle des conquérants qui occupent une partie d’Espagne et qu’il faut chasser, et des pirates, les Barbaresques, qui vont razzier les populations des côtes chrétiennes, et les vendre comme esclaves dans les ports du Maghreb où certains seront rachetés par les consuls européens.

Or la même époque est vue par les Maghrébins comme celle de la grande civilisation andalouse et celle des actions de valeureux pirates qui font vivre les villes côtières. C’est ce que l’on explique encore aujourd’hui aux touristes européens découvrant par exemple Rabat ou Tétouan

En 1492 les Arabo-berbères, désormais dénommés Andalous, sont chassés d’Espagne et s’installent au Maghreb entretenant le souvenir de la barbarie des Espagnols qui les ont expulsés

A partir du XVIIe siècle, les bateaux de guerre occidentaux surclassent progressivement ceux des Barbaresques, et les razzias s’arrêtent au début du XIXe siècle… mais les souvenirs en étaient toujours vifs en 1830, date de l’arrivée des Français.

Donc, depuis des siècles, les mémoires s’opposaient déjà violemment.

La colonisation française

En 1830 Charles X ordonne la conquête d’Alger sous prétexte d’un litige commercial, mais plus probablement pour éloigner l’armée française restée bonapartiste. Ce qui ne l’empêcha pas d’être renversé quelques jours plus tard par des civils.

J’ai un arrière-grand-oncle qui était présent à Alger à cette époque. La photographie n’existait pas mais il en avait ramené un grand nombre de dessins. Ce qui m’a frappé c’est qu’on n’y voyait pas d’Arabes, mais seulement des Turcs, des « demis Turcs » et des Juifs. Ces derniers avaient bien accueilli les Français en espérant une amélioration de leur statut. Pour trouver un dessin représentant un Arabe, il fallait aller « dans le bled » et rencontrer des nomades.

Quelques années plus tard, le gouvernement français décida de conquérir les pays situés entre le Maroc et la Tunisie et baptisa le tout « Algérie ». La conquête se fait tribu par tribu. Elle est difficile et sanglante avec des atrocités des deux côtés, à l’époque les « conventions de Genève » relatives à la bonne conduite des armées n’existent pas encore. Nouvelle divergence des mémoires.

Puis la colonisation proprement dite se fait, entrecoupée de révoltes locales. Les futurs pieds-noirs s’installent en Algérie. Ils étaient en général non pas français, mais surtout espagnols, siciliens ou maltais.

La colonisation agricole accapare les esprits des deux côtés. Les Pieds-noirs se voient en valeureux pionniers mettant en culture des terres incultes « n’appartenant à personne » que la passivité des musulmans a laissées en friche. Ils citent souvent « les marais de la Mitidja transformés en jardins ». Les musulmans rappellent que toutes les terres appartiennent à quelqu’un ou possèdent au moins un statut précis : biens de main morte, terre de pâture publique…  bref, pour eux, les colons volent leurs terres.

Contrairement à ce qu’imaginent beaucoup d’Algériens d’aujourd’hui, l’armée française était alors souvent du côté musulman, par réflexe classique de protection des populations gérées. C’est particulièrement net pendant le règne de Napoléon III, qui avait rêvé d’un royaume franco arabe. Le résultat fut une opposition des Pieds-noirs à l’empereur, dont ils tirèrent parti après sa chute en se posant en républicains.

Ils en profitèrent politiquement en faisant voter à Paris ce qu’on appela « l’Algérie française »

L’Algérie française

Il s’agissait de pérenniser la présence française en Algérie en alignant l’organisation administrative et la législation sur celle de la France.

Sous Napoléon III, puis au début du nouveau régime qui deviendra la IIIe République, on avait préparé une accession à la pleine nationalité française pour tout le monde. Les Pieds-noirs, souvent étrangers comme nous l’avons vu, l’adoptèrent presque tous. Les Juifs aussi, bien qu’alors de langue et de civilisation arabe. Mais pas la quasi-totalité des musulmans sur les conseils de leurs oulémas qui jugeaient le droit français contraire à la religion.

De mauvaises langues disent que les Pieds-noirs ont également poussé dans ce sens, de crainte d’être électoralement débordés par une majorité musulmane. Finalement les musulmans restèrent presque tous soumis au « code de l’indigénat » qui les écartait du débat démocratique.

Cette fin du XIXe siècle a vu une forte progression de la proportion des « Européens » (chrétiens et juifs), qui se francisent rapidement et rêvent de devenir majoritaires. Mais la chute de la mortalité musulmane du fait de l’amélioration de l’hygiène et la fin des famines, alors que la fécondité restée élevée du fait de la séparation sociale (voir mon étude sur ce sujet) inversa la tendance et les Européens se retrouvèrent de plus en plus minoritaires (environ 10 % dans les années 1950).

Colonisation et population musulmane en Algérie

Le régime français semblant solide et durable, l’élite musulmane qui se forma petit à petit était alors assimilatrice : elle demandait l’égalité juridique avec les « Européens » et non l’indépendance.

Mais les réformes pourtant très partielles allant dans ce sens furent bloquées par des Pieds-noirs, notamment sous le Front populaire (projet Blum-Violette). Lorsqu’elles furent proclamées par De Gaulle à la fin de la deuxième guerre mondiale, elles furent sabotées par la fraude électorale aux élections de 1947.

Les débouchés juridiques et démocratiques étant refusés aux élites musulmanes, elles basculèrent vers l’indépendance.

Ma vue très personnelle de la guerre d’Algérie

Mon premier contact avec les sociétés pieds-noirs et musulmane date de mon enfance.

Sur place, j’ai constaté la division entre des Pieds-noirs qui me semblaient « normaux » (on apprend l’arabe populaire et on a des copains musulmans) et ceux qui marquaient leur différence en faisant des blagues sévères et méprisantes sur les musulmans, impossibles à mettre par écrit aujourd’hui. Devant mon étonnement, on me répondait : « les Arabes ne comprennent que la force ».

Sensibilisé à cette question, j’ai retrouvé ce fossé dans 1000 récits de souvenirs, notamment des troupes françaises gaullistes de la deuxième guerre mondiale, largement composé d’Africains notamment de musulmans algériens et de pieds-noirs. Ces derniers refusaient de traiter les musulmans sur un pied d’égalité à la grande surprise des officiers « français de France ».

Un autre point clé de la guerre des mémoires sont les événements de Sétif du 8 mai 1945. A l’occasion des célébrations de la fin de la 2e guerre mondiale, une manifestation d’indépendantistes dégénère à Sétif et entraîne la mort d’Européens et de musulmans (je ne veux pas ici me lancer dans les détails de cet épisode qui demeurent très controversés 70 ans après). Il fut donc demandé à l’armée française de tuer, pour l’exemple, la population de plusieurs villages musulmans, ce qui fut fait. L’officier chargé de cette mission a laissé un témoignage disant que cela ne n’avait fait qu’aggraver le problème.

Outre mes lectures j’ai eu un témoignage direct de Paul Balta (né en Égypte et arabophone), passé à Sétif quelques années après avec un jésuite, lequel se félicitait de cette « leçon énergique donnée aux musulmans » . 60 ans plus tard, Paul Balta, entre-temps devenu correspondants du monde à Alger, n’en était toujours pas revenu !

Mon témoignage sur Paul Balta

Selon l’historien Charles-Robert Ageron : « La tentative insurrectionnelle avortée de 1945 a servi de référence et de répétition générale à l’insurrection victorieuse de 1954″, prélude à la guerre d’Algérie.

L’insurrection du 1er novembre 1954 commença très mal à mon avis. Un autobus fut arrêté pour « exécuter » un notable musulman réputé pro français, mais cela se termina par le meurtre d’un instituteur métropolitain venu former des enfants musulmans de cette région montagneuse.

Cette journée est célébrée comme glorieuse en Algérie, mais n’a pas eu du tout la même image en France.

Le déroulement de la guerre a été soumis à la censure militaire mais en pratique on pouvait tout savoir en variant la couleur politique des journaux et y ajoutant un peu de presse étrangère.

Or l’étranger ne comprenait pas cette guerre française : le FLN était soutenu d’une part par l’URSS et les communistes français, d’autre part par les autres pays arabes et notamment l’Égypte (ce qui aggrava le climat de la désastreuse opération de Suez) et enfin par les États-Unis qui, depuis leur indépendance face à l’Angleterre se veulent anticolonialistes.

De plus la France accordait parallèlement l’indépendance au Maroc et à la Tunisie, la légitimant ainsi aux yeux des nationalistes algériens.

En tant que lecteur assidu de toutes les tendances, j’ai été accablé par l’enchaînement des férocités de tous les camps :

  • massacres de membres du MNA (autre parti musulman) par le FLN notamment à Melouza et dans la communauté musulmane résidant en France.
  • massacres du FLN contre des populations musulmanes estimées trop tièdes, parfois des villages entiers.
  • massacres par l’armée française en représailles de meurtres particulièrement horribles de militaires et de civils pieds-noirs.
  • meurtres aveugles de musulmans par l’OAS en 1960-61, doublés de meurtres de « gaullistes » considérés comme des traîtres à l’Algérie française,
  • massacre des harkis à l’indépendance.

Évidemment chaque camp, et notamment les trois principaux (FLN, OAS, métropolitains) ne se souvient que de ce qui l’a horrifié, et les mémoires ont plus que jamais divergé.

L’histoire officielle en Algérie est confisquée par l’armée

L’Armée de Libération Nationale (ALN) est militairement battue en 1961 et il n’en reste pratiquement rien en Algérie (voir le livre très documenté de Gilbert Meynier, membre du FLN).

Par contre, il reste « l’armée des frontières » qui ne s’est pas battue. Son chef, le colonel Boumediene et son ami proche Abdelaziz Bouteflika se trouvent au Maroc.

L’ALN entre en Algérie, chasse « l’exécutif provisoire » et prend le pouvoir, malgré les protestations de la foule. Elle choisit comme premier président Ahmed Ben Bella, figure mieux connue que Boumediene, mais ce dernier l’élimine ensuite et prend le pouvoir directement et le gardera jusqu’à sa mort.

C’est alors que s’impose l’histoire officielle, des discours gouvernementaux aux programmes scolaires. Selon ce discours, c’est l’ALN qui a battu les Français et libéré l’Algérie ce qui rend son pouvoir légitime.

C’est pourtant est doublement faux : l’ALN n’a pas gagné militairement, et l’Algérie est indépendante mais pas libre. Cette légitimité autoproclamée oblige à mettre en avant les pires aspects de la colonisation française pour justifier la permanence du pouvoir de l’armée. En laissant sous silence bien entendu les atrocités commises par le FLN, intronisé parti unique jusqu’en 1988 et qui n’est que le visage politique de l’armée.

Cette histoire officielle s’appuie sur d’innombrables proclamations de détails, qui sont difficiles à abandonner.

Par exemple, la célébration récente des militantes du FLN ayant déposé des bombes dans des bars fréquentés par des civils pieds-noirs alors que ce que serait considéré aujourd’hui comme un attentat inexcusable s’il était commis par un islamiste ou par un « suprématiste » blanc.

Ou encore l’accusation par le FLN d’un million et demi de morts pendant la guerre d’indépendance. Ce chiffre totalement fantaisiste ne résiste pas une seconde à l’examen des courbes démographiques pour la période de courant 1956 à courant 1961 qui concentrent le gros des hostilités. Et quels que soit les chiffres réels de tués, il est probable que le FLN en est l’auteur, pour au moins la moitié, alors que les discours sous-entendent que tout vient des Français.

Il est quasi impossible au pouvoir algérien d’admettre que tout cela était faux.

Par ailleurs l’échec économique a accru le besoin de trouver un responsable extérieur. La France était ainsi le coupable tout trouvé.

Algérie : tout s’écroule et le régime attaque la France et le français

Le temps passant, et les détournements des recettes pétrolières ayant enrichi les gouvernants, il est de plus en plus intéressant de ne pas lâcher le pouvoir. Et donc de se cramponner à l’histoire officielle.

La « réconciliation » franco-algérienne aujourd’hui

Dans ce contexte, il y a deux raisons pour expliquer à la discussion actuelle sur « la réconciliation » avec la France.

La première est que les multiples liens humains et culturels entre les deux pays font que beaucoup d’acteurs privés cherchent à sortir des postures artificielles. Je ne parle pas des liens économiques car ils sont devenus secondaires par rapport aux intérêts chinois par exemple. Cette première raison mènerait à dire soit « on oublie tout de part et d’autre », soit chacun évoque ses turpitudes, ce qui est beaucoup plus compliqué parce qu’elles ne sont pas considérées la même façon de chaque côté.

La deuxième raison, totalement incompatible avec la première, est l’objectif des gouvernants algériens d’obtenir des excuses de la France, et éventuellement des dédommagements, pour renforcer l’histoire officielle et légitimer le régime qui est plus que jamais soumis à la pression populaire.

Or sur ce point, le régime est probablement suivi par la majorité de l’opinion algérienne : 60 ans d’histoire officielle ont convaincu une grande partie des Algériens qu’il était légitime de demander des excuses. Les responsables algériens accusent donc certains groupes d’empêcher ces excuses, citant « les lobbys harkis et pieds-noirs », et plus largement « les partisans de l’Algérie française », lesquels n’existent plus, notamment par crainte d’une islamisation de la France « de Dunkerque à Tamanrasset » dont ils étaient partisans.

Côté français, l’Algérie n’est plus qu’un souvenir lointain et beaucoup d’autres questions intéressent davantage l’opinion. De plus, le président Emmanuel Macron est né longtemps après la fin de la colonisation et de la guerre, et n’en a probablement qu’une vue abstraite. Et il est probablement influencé par les modes intellectuelles d’aujourd’hui selon lesquelles un colonisé a forcément raison. De toute façon, cette question lui paraît beaucoup moins importante qu’elle ne l’est pour l’Algérie.

Le rapport Stora côté français

C’est dans ce contexte que les deux gouvernements ont décidé de confier à un rapporteur français et un rapporteur algérien des recommandations pour faire avancer la réconciliation.

Côté français, on a choisi Benjamin Stora dont les compétences sont indiscutables et qui a suivi la question de très près (je l’ai lu et entendu depuis toujours). Il a par contre comme « défaut », au moins pour les Pieds-noirs, d’avoir, disons, beaucoup plus de recul qu’eux sur la question. Son passé devrait donc pas heurter le gouvernement algérien.

Son rapport recommande de faire « des petits pas » en reconnaissant officiellement certains faits bien connus, pour ne pas bloquer la discussion. Il ne recommande par contre pas d’excuse générale. Jusqu’à présent Emmanuel Macron suit ses indications. Parallèlement Benjamin Stora suggère à la partie algérienne de faire également « des petits pas » sur des points bien connus, par exemple le massacre de plusieurs milliers de pieds-noirs à Oran dans les premiers jours de l’indépendance.

Le rapport Chikhi côté algérien

Côté algérien, on a choisi le directeur des archives nationales, Abdelmadjid Chikhi, qui serait connu pour être imprégné par l’histoire officielle. Donc pour qui la France n’ira jamais assez loin dans les excuses. Les pessimistes disent donc qu’il s’opposera à tout accord ne comprenant pas les excuses les plus plates, les rares optimistes qu’il aura d’autant plus de poids pour un éventuel accord. En fait ce sont les militaires qui décideront.

Sauf si le mouvement populaire « Hirak », qui a mené à la disparition du président Bouteflika, près de 60 ans après son entrée à Alger à côté de Boumediene, peut ébranler les militaires, ce qui paraît peu probable aujourd’hui. D’autant que le sentiment populaire n’est pas non plus très favorable à la France, d’une part par imprégnation de l’histoire officielle et d’autre part parce que toute discussion entre les deux gouvernements donne l’impression que la France soutient le régime !

Or la doctrine de la France a toujours été qu’elle « reconnaît les Etats mais pas les régimes ». Elle reconnaît les Etats pour la sécurité de ses ressortissants et pour la continuité des coopérations qui demeurent notamment en matière culturelle et de lutte antiterroriste. Mais c’est une phrase bien abstraite et mal comprise de l’Algérien de base…

Une autre donnée politique pour le gouvernement français est que des millions de personnes en France comme en Algérie souhaitent cette réconciliation pour des raisons familiales, amicales, professionnelles, culturelles … Et estiment probablement que la forme qu’elle prendra est secondaire. En Algérie aussi, mais, là-bas, l’opinion a moins d’importance que le maintien de l’histoire officielle.

Un autre point important de cette éventuelle réconciliation est qu’elle serait un grand progrès pour la francophonie. Certaines factions du pouvoir actuel sabotent l’usage du français au bénéfice de l’anglais et de l’arabe, et l’Algérie refuse de faire partie de l’Organisation internationale de la francophonie. Or une partie de la population voudrait sortir de cette hostilité, ne serait-ce que pour bénéficier d’une meilleure scolarisation, un peu comme au Maroc où le privé francophone pallie partiellement le mauvais état de l’éducation nationale.

En conclusion, la France fait pour l’instant des « petits pas », le dernier étant l’ouverture partielle des archives. L’objectif est de ne pas se faire reprocher de ne pas avoir tendu la perche et de pouvoir demander à la partie algérienne de faire elle aussi ses «petits pas »… qui pour l’instant tardent à venir compte tenu des raisons exposées ici.

Yves Montenay

Auteur des Echos du Monde Musulman

47 commentaires sur “La guerre des mémoires entre la France et l’Algérie”

    1. Merci ! On ne peut pas parler de tout. El Alia est un nom courant en arabe. Je suppose que vous évoquez http://babelouedstory.com/cdhas/31_20_08_1955_suite/massacre_el_halia.html . Ce n’est malheureusement pas un cas isolé, beaucoup de fermes pied-noir ont subi un sort analogue, déclenchant parfois des représailles de l’armée française … Comme disaient les militaires français : soit on ne fait rien, le FLN démontre que c’est lui le patron et va multiplier des actions analogues ailleurs, soit on fait des représailles, et toute la population masculine rejoint le FLN. Et pour de nombreux Arabes, il fallait se joindre au massacre, y compris celui des amis, pour montrer au FLN qu’on était pas un traître, ni un tiède

    2. Merci ! Comme d’habitude très bon résumé de ce problème. Remarquable synthèse! Je suis sceptique sur la réconciliation. Née en Algérie je partage votre triste constat. Mépris des pieds noirs… cruauté de la guerre , dictature du FLN qui confisque l’histoire à son profit. Et meilleure approche par les kabyles.. le FLN ne fera aucun effort. Je n’aime pas beaucoup cette idée d’un seul historien pour régler ces questions et il est mal placé et partial. Un collectif eut été précieux. Merci en tous cas

  1. Entièrement d’accord, et c’est l’historien du droit qui parle. Pour plus de clarté, il est important de souligner que l’ALN avait totalement perdu la guerre qui a été totalement gagnée par l’Armée Française et que l’indépendance a été octroyée par la France aux termes d’un referendum qui réunissait les électeurs métropolitains et algériens à la suite des accords d’Évian.

    1. Merci ! Je suis bien sûr loin d’avoir tout dit, et j’ai fait attention à ne pas être trop vache pour ne pas bloquer mes lecteurs, qui sont d’origine très diverse… Et notamment algériens

  2. Très belle synthèse. En quelques paragraphes tout est dit. On pourrait rajouter que les turcs, musulmans faisaient la part belle aux autorités religieuses locales et de ce fait n’étaient pas considérés comme des ennemis. Ils ne s’aventuraient d’ailleurs pas très loin à l’intérieur des terres et se contentaient des prises de la piraterie dénommée « la Course ». Mais les plaines étaient grandes productrices de blé et c’est ce blé acheté à crédit par les révolutionnaires, négocié par Bacri, jamais payé, qui fut à l’origine du fameux soufflet et de la matérialisation de l’envoi d’une flotte militaire de 800 navires partis de Toulon et de la conquête qui se poursuivit jusque dans les douars les plus reculés, la levée militaire de l’Emir Abdel Kader qui, vaincu, fut intronisé rue Cadet où il trône sur un tableau magnifique et de l’illusion que la France pouvait tout se permettre au nom d’idéaux qui se confondent aujourd’hui avec cette aventure coloniale que Macron qualifia de « crimes contre l’humanité », ouvrant ainsi une brèche terrible dans nos bons sentiments.

    1. Merci, et bien d’accord. La vie d’Abdelkader mériterait un article à elle seule. Les Algériens n’en connaissent qu’une partie !

  3. En la matière, rien de neuf. L’Algérie ne « joue pas le jeu » pas plus qu’elle ne l’avait joué en 62 à propos du cessez le feu qui ne fut scrupuleusement respecté que du côté Français, avec les conséquences tragiques que l’on sait, et pour lesquelles l’Algérie n’a nulle intention de s’excuser…

  4. Je pense qu’aucune « réconciliation » n’est possible tant chacune des deux parties estime avoir tenu le beau rôle et tient son ancien adversaire pour criminel. Un jour l’oubli viendra ce qui n’est pas la même chose et permettra la coopération.
    Tout ce qui, aujourd’hui, tend à rappeler l’époque de la  » Guerre d’Algérie », et d’abord les déclarations fracassantes et les repentirs intéressés dont notre Président devient le spécialiste ne fait que retarder le temps de l’oubli.

    Etienne Tarride

    1. Je suis moins sévère. Périodiquement l’Algérie fait un signe ambivalent pour les raisons que j’ai rappelées dans l’article : « réconcilions-nous, mais excusez-vous ». La dernière fois, c’est allé jusqu’à la nomination de deux historiens, un de chaque côté. Côté français, Emmanuel Macron suit les conseils de Benjamin Stora puisqu’il a été nommé pour ça. Son homologue algérien ne bouge pas. Benjamin Stora s’est retiré ensuite, en disant j’ai fait mon rapport, aux autres d’avancer (si j’ai bien compris !)

  5. Merci pour cet article très instructif, comme toujours. Il y avait des Turcs en 1830 parce que le Maghreb avait été conquis par les Ottomans quelques siècles plus tôt.. Il y a eu les conquêtes arabes, mais il y a aussi eu une conquête turque Je pense qu’ils ont joué un rôle important dans l’histoire de l’Algérie.

    1. Oui, mais l’article était déjà long. J’ai hésité à mettre un § sur « la régence turque ».
      Par ailleurs j’ai le souvenir vague que Charles X avait sondé la Sublime Porte et qu’on lui avait dit « on ne contrôle pas, vous pouvez y aller, nous ne considérons pas ça comme une agression »

  6. Merci pour cette synthèse d’un vrai connaisseur du sujet. L’incompréhension et les malentendus entre les français et les algériens ont été un fait dès le début de la colonisation. Un exemple qui reflète l’opinion de certains français de l’époque, Louis Veuillot écrit en 1841 : « Les derniers jours de l’islamisme sont venus……. Attaqué sur tous les points, le croissant se brise et s’efface….. Alger, dans vingt ans, n’aura plus d’autre Dieu que le Christ…. Nous croyons nous livrer au négoce, et nous achevons les croisades….. » (dans « Les Français en Algérie », sous-titre « l’Algérie heureuse », page 13/410). Ah préjugés, quand vous nous tenez !
    Je n’ose presque pas le rappeler, mais parfois les religieuses ou religieux n’ont pas beaucoup aidé au rapprochement des peuples. Lisez « Histoire de ma vie » de Fadhma AÏth Mansour Amrouche (éd. La Découverte & Syros, Paris 2000)
    Au sujet de Sétif, je vous cite : « tuer, pour l’exemple, la population de plusieurs villages musulmans, ce qui fut fait » ; un comble, juste un an après Oradour ! Les Français resteront-ils dans les mémoires aussi « barbares » que les Vandales ? Vers 1900 à Tananarive, des faits analogues se sont produits, où Galliéni a fait tuer, pour l’exemple, des dizaines de notables Merinas, parmi eux le grand-père du fameux Docteur Ratsimamanga (que le général De Gaulle a imposé comme ambassadeur de Madagascar à Paris, après l’indépendance en 1960).

    1. Merci pour ce complément. Voulez-vous dire que De Gaulle a imposé le petit-fils en réparation ? Faidherbe n’était pourtant pas le pire !

  7. mal dit : Au sujet de Sétif, je vous cite » à remplacer par « Au sujet de Sétif, vous citez » (la phrase citée n’est évidemment pas de vous)

    1. Merci, mais à quel endroit de l’article SVP, je ne retrouve pas. Mais j’en ai profité pour ajouter le témoignage de Paul BALTA. Vous pouvez aller voir

  8. j’ai encore beaucoup appris. pour moi, il n’y a pas de raison que la France fasse des excuses. Tout le monde sait que c’est de l’hypocrisie du gouvernement algérien qui veut se dédouaner de ses incapacités et essaye de détourner l’opinion algérienne. je pense que Bouteflika et sa clique ont fait plus de mal à l’Algérie que la France (s’il est possible de faire un bilan global comme ce fameux Georges Marchais et son « globalement positif » pour soutenir l’insoutenable URSS).

  9. Merci pour votre article. J’apprécie le ton plus posé que celui de Bernard Lugan qui abonde dans le même sens que vous mais avec des arguments différents.

  10. Bonjour. Je suis aussi né en Algérie descendant d une famille qui s était installée en Algeriecen 1802 ! soit 27 ans avant la conquête !
    Je suis en parfait accord avec le commentaire laissé par Annie .
    Votre synthèse est remarquable par son analyse et son impartialité.
    Merc

    1. Côté algérien, relire l’article. En deux mots on ne sait pas très bien qui est au pouvoir.

      Côté français, que voulez-vous dire ?

    1. Tous les gouvernants du monde ont un énorme ego. Sinon ils ne seraient pas là. Il faut faire avec, et un autre serait pareil

      1. Vous avez manifestement le don de la synthèse, sans pour autant sacrifier la précision des faits er opérer des raccourcis. Bravo !
        Je connais une française née de parents immigrés d’origine algérienne, parfaitement intégrée en France, A la mort d’un de ses parents ( qui avaient conservé une propriété en Algérie), elle est retournee en Algérie pour les funérailles et le règlement de la succession. Elle m’ a dit qu’elle n’avait pas reconnu l’Algérie, que ce pays avait énormément changé sur le plan culturel. Elle ne comprenait pas pourquoi et comment une grande partie de la population avait adopté les usages et coutumes et les signes ostentatoires d’appartenance religueuse (tendance Freres musulmans), et pratiquaient à nouveau les rites anciens. Elle semblait effrayée, et disait « là-bas je ne suis pas considérée comme une fille d’algerien, et en France on me considère encore comme une algérienne  » . Elle sentait une forme d’hostilité à son égard (elle était habillée et parlait à « l’occidentale »).
        A mon avis quel que soientt les bonnes volontés des gouvernants en pkace ,La réconciliation sera longue et difficile…

        1. Merci pour ce témoignage qui va dans le sens de nombreux autres : il y aurait un grand retour de la piété qui daterait de la fin de la guerre civile et dégénérerait souvent en petites superstitions. Les progrès de la scolarisation en arabe, certes de mauvaise qualité, auraient favorisé l’écoute des télévisions saoudiennes. D’autres parlent du choc de la guerre civile et soulignent que piété ne veut pas dire islamisme, qui a laissé un souvenir épouvantable. Cela n’empêche pas la permanence d’une bourgeoisie francophone, mais qui est minée par l’émigration vers la France, le Québec et le monde entier

  11. L' »histoire » racontée ici est globalement acceptable et presque tous les thèmes sont abordés (mais pas la torture). Il faudrait ajouter plusieurs choses, notamment concernant la question de la violence, par ailleurs traitée, néanmoins.
    D’abord qu’elle fut au cœur de l’action du FLN depuis le début (c’est l’un des thèmes de Gilbert Meynier): « le FLN, marqué par le rejet du principe du politique ». C’est tout le drame de la « politique » algérienne, ce qu’on peut et doit décrire comme le triomphe des assassins, et cela jusqu’à aujourd’hui.
    Ensuite qu’elle est systématiquement minorée et toujours dans le même sens par Benjamin Stora, dont la carrière entièrement soumise à ses relations avec le gouvernement algérien le conduit à faire de l’histoire avec des chiffres systématiquement faux et honteusement et systématiquement trafiqués. Cette question des chiffres est centrale dans l’accord impossible entre la France et l’Algérie. Mais cela est également évoqué par ailleurs.

    Un exemple: Sétif. La répression fut le fait de militaires, qui étaient 3000. Il est absolument impossible que le nombre de morts soit très supérieur à 5 000 (Stora dit « entre 15 000 et 30 000). Il n’y aucun charnier, et la répression dura trop peu de temps. D’autre part, il ne s’agit pas de « destruction » de villages comme il est dit ici, mais d’exécutions certes sommaires, d’hommes adultes convaincus d’avoir participé à des exactions.
    Ces exactions sont réelles et de mon point de vue inacceptables et barbares, essentiellement de sordides assassinats de familles de fermiers (femmes et enfants torturés compris) vivant isolés. Commises par des ruraux primitifs et incultes manipulés (comme beaucoup des ignobles massacres qui révoltèrent et terrorisèrent les pieds noirs) ils justifièrent tout à fait la répression qui fut faite, entièrement légitime et nécessaire et qu’il n’y a pas à regretter.

    Vous ne mentionnez pas la torture, élément pourtant essentiel du dossier. Là, la mémoire coté français est particulièrement vive et a marqué les consciences en France à un point inimaginable. Pratiquée systématiquement et manière absolument barbare par les insurgés (mutilations diverses, plus tout ce que l’absence de la gégène permet d’imaginer), elle fut le support systématique de la politique de répression de la police algérienne jusqu’à nos jours, on oublie complètement que son usage par la France fut à la fois modéré et absolument nécessaire face à un ennemi d’une cruauté invraisemblable et qui ne mérita hors les combats face à face qu’il perdit pratiquement tous, aucun respect.

    On citera ce qu’a obtenu Stora, les excuses au sujet de Boumendjel, dont Aussaresses révéla pourtant l’avoir défenestré, après qu’il a avoué avec vantardise avoir embauché des tueurs pour se mettre au niveau de Saadi et Lapointe, alors renommés. Il fut dénoncé par ses voisins révulsés par le meurtre d’une famille.
    Ces excuses ne se justifient pas, et obèrent gravement la fameuse réconciliation, qui mettra encore plus de temps à avoir lieu.

  12. Ravi de lire quelque chose de parfaitement vrai…j’étais jeune 9 ans en arrivant a SÉTIF en 1952 mon BPère garde mobile
    chauffeur d’ALFTRACK…j’ai connu le départ des événements nôtre pharmacien « Ferat ABBAS je crois…ça a sérieusement
    pété dans les gorges de KERATA je m’en souviens très bien, ensuite a 13 ans mutation a ORAN dans la gendarmerie la
    j’ai pu avoir une scolarité ,passé le certificat études « 1er prix de la ville de ORAN » puis école d’apprentissage DCAN a DAR BEIDA 3 ans …on a quitté l’Algérie en 1960 avant les horribles événements de 62 …j’aimais ce pays a 17 ans c’était mieux
    que la métropole les copains les amis pieds noirs ,musulmans,sans histoire..je ne supporte pas le 19 Mars….ni les approches de réconciliation qui nous mettent plus bas que terre et font émerger l’Algérie sereine et sans défauts????

    1. Merci ! Vous avez vu que je m’attaque à la version officielle algérienne « sereine et sans défaut »

  13. Stora : Une vision tronquée de l’histoire de l’Algérie française ! Le pire c’est Macron qui n’y connâit rien et qui lui fait confiance ainsi qu’à un autre historien anticolonial le dénommé Blanchard. Une commission Mémoires et Vérité qui ne souligneront jamais l’origine religieuse des violences initiales de la « guerre d’indépendance » algérienne contre les « mécréants » !
    Un historien de la trempe et des qualités de Bernard Lugan eut été mieux qualifié que ce doctrinaire trotskiste, Benjamin Stora, dont le parti originel l’OCI, adoptera, lors de la seconde guerre mondiale, une position dite de « défaitisme révolutionnaire », et refusera de rentrer dans la résistance allant même jusqu’à nier les crimes nazis.

    Sur le massacre du 20 Août 1955 dans les grandes villes du Nord Constantinoiis, selon Stora il aurait fait selon ce « Dieu de l’Histoire sur l’Algérie » : 171 victimes européennes et près de 10 000 musulmans (on notera que pour les Européens c’est à l’unité près mais pas pour le camp adverse, qu’il aurait pu arrondir, pourquoi pas à 1 million. Quand on est un Chef en Histoire on peut tout se permettre n’est-ce pas ?) . Le plus grave, me semble t-il c’est que la paix selon Stora risque bien de couter trés chere à la France et aux Français.

    1. Je ne suis que partiellement d’accord. Autant Blanchard ne me paraît pas fiable, autant Stora a été prudent, ce qui l’a fait probablement détester par les Pieds-noirs comme par le FLN.

      Je me souviens notamment d’une de ses remarques : « pendant ce temps-là (celui du casse-pipe dans le bled) les pieds-noirs vont à la plage, ils ne se rendent pas compte de l’évolution de la situation et des esprits (contexte : même en cas de victoire militaire le problème restera entier pour des raisons de comportement de part et d’autre et du fait des pressions extérieures : URSS plus Amérique plus pays arabes font pression sur la France) » cette réflexion qui paraît modérée aujourd’hui lui a valu des ennemis à l’époque

      Mon article donne un échantillon des atrocités commises par tous les camps, mais je sais très bien qu’il y en a beaucoup plus. C’est un bref article de synthèse pas un livre.,

      1. Sans écrire un livre sur le sujet, qui pourrait avoir son intêret s’il était traité avec honneteté et neutralité, bien entendu, denrées qui se font rares, surtout dans le cadre de l’histoire du conflit Algerien. Il est bon tout de même de dire qu’Emmanuel Macron, sous les conseils de Stora, a reconnu mardi ce 2 mars 2021, “ au nom de la France “, que l’avocat et dirigeant nationaliste avait été “ torturé et assassiné “ par l’armée française en 1957 et que ce meurtre, avait été jusqu’à présent maquillé en suicide. Cette date du 2 mars n’est pas anodine, le 2 mars 2021, Malika l’épouse du terroriste , qui vivait en France avec ses enfants, et non en Algerie indépendante et sans les roumis, comme le souhaitait son mari, aurait fêté ses 102 ans, elle est décédée en 2020 à 101 ans. Les excuses d’E. Macron ont été faites pour trois autres terroristes à la demande de Benjamin Stora au nom de la famille Boumendjel. Pour finir il faut savoir que Boumendjel était non un combattant mais un terroriste qui voulait se mettre au niveau de Yacef Saadi, second de Ben M’Hidi, responsable du réseau bombes d’Alger, et Ali Lapointe son adjoint, alors tueurs renommés d’européens et de juifs . Ali Boumendjel fut dénoncé par ses voisins révulsés par le meurtre d’une famille dans sa totalité. Nous ne devons pas oublier, comme Benjamin Stora le fait, le Docteur Daniel Timsit médecin à l’hôpital Mustapha d’Alger né le 16 décembre 1928 à Alger et mort le 2 août 2002 à Paris, militant communiste du FLN à partir de mai 1956, il fait partie d’un réseau de fabrication de bombes avec Georgio Arbib, ingénieur, et Georges Smadja, étudiant en médecine. Tous trois terroristes et communistes !
        La famille ou l’Etat Algerien demanderont-ils des compensations ? Pourquoi pas si nous aussi présentions l’addition !

        1. Vous avez raison sur l’idée générale d’une nécessaire réciprocité. Mais comme j’essaie de le dire dans cet article, les motivations sont contradictoires.

          D’un côté, pour les militaires algériens maintenir l’hostilité envers la France ou obtenir son aplatissement total est leur fonds de commerce. Mais le temps passe, presque tous les anciens sont morts, et je ne connais pas l’état d’esprit des nouveaux. Et surtout resteront-ils au pouvoir indéfiniment si ?

          D’un autre côté, comme dit à la fin de l’article, il y a des millions de gens des deux côtés que cette hostilité gêne familialement ou pour d’autres raisons et qui voudraient qu’on en finisse, peu importe comment. Mais il y a aussi ceux comme vous et moi qui ont des souvenirs vivants de cette période et ils ne veulent pas de ce « n’importe comment ». Mais ces anciens sont eux aussi en train de disparaître.

          Il y a enfin un mouvement « décolonial », qui, lui, n’est pas du tout en train de disparaître et qui répète partout qu’un « décolonisé » a forcément raison

      2. « pendant ce temps-là (celui du casse-pipe dans le bled) les pieds-noirs vont à la plage… (sic) C’est une phrase insultante, mais rien ne me surprend de ce Stora. Pourrait- on dire à l’aune de ce que dit Stora que sous l’occupation La France allait au bal musette, qu’elle fraternisait et servait les nazis avec servilité, et efficacité, exemple la rafle du vel d’hiv’, que la police et la gendarmerie traquaient les quelques 50.000 résistants (c’est peu mais c’est bien le chiffre officiel ). Des plages, les pieds-noirs vont en découvrir, en Provence….en y débarquant en 1944, comme en 62 encore sur les mêmes plages où un nombre important de pieds-noirs étaient déposés par les pécheurs européens d’Algerie là où moins de 20 ans avant leurs fils, leurs pères, leur frères, leurs oncles, leur grand-père, leurs amis venaient se faire, eux aussi, « casser la pipe » en France, avec d’autres indigènes de la France coloniale, que certains d’entres eux, majoritaires, découvraient pour la premiere fois, comme pendant la guerre de 14/18, comme le père d’Albert Camus ils vinrent pour la première fois sur cette terre de France pour y mourir, ou mon-grand père un zouave de Gallipoli qui fut lui plus chanceux . Il est a espérer que l’Algerie algérienne et indépendante fera aussi sa repentance. Stora n’est qu’un faire valoir de la politique algérienne d’Emmanuel Macron. Si la France s’est mal comporté en Algerie, je dis bien la France et non les pieds-noirs, elle s’est aussi et continue à se mal comporter sur les Français d’Algerie pr une tendance facheuse qui est de leur faire porter le chapeau, alors qu’elle n’arréte pas de tendre les bras aux dirigeants haineux de l’Algerie indépendante ! En d’autre temps, je reste persuadé que Benjamin Stora eut été un porteur de valise, comme tant d’autre héros(sic) français. On dit qu’enfant, Benjamin, lui-même sur les plages, avec sa famille, il sait sur ce sujet de quoi il parle, comptabilisait sur les listes données par la presse, les noms des algeriens abattus pour fait de terrorisme et négligeait les morts européens tués par les terroristes ! CQFD. La source vient d’un membre de sa famille qui condamna plus tard les engagements politiques de son neveu…Et si nous reparlions des Accords d’Evian ? ça devrait couler comme de l’eau de source non ? Mais cela n’apparait pas dans les 25 propositions du Rapport dit Stora…95 % de ses propositions sont à l’avantage de l’Algerie du FLN.

        1. Les accords d’Évian ont été déclarés « caducs » par le gouvernement algérien après le départ des Pieds-noirs, puisqu’une grande partie de ces accords organisaient leur participation à l’Algérie indépendante. Pour le reste, il est naturel que chacun soit traumatisé par ce qui est arrivé autour de lui, et cela dans tous les camps, mais ça ne permet pas d’avancer.

  14. Excellent rappel à l’Histoire, comme on devrait le faire systématiquement pour comprendre la complexité des relations sociales, internationales en particulier. Le poids du contexte ambiant, international (guerre froide) ou national (en France: l’impact d’une Gauche ancrée au PCF, qui a profondément marqué la nature des soutiens aux nationalismes anti-français ) permet aussi de savoir pourquoi les relations se sont crispées entre les groupes humains en présence (les références à des totems idéologiques ont bloqué les contacts et les recherches de compromis). Aujourd’hui les choses se compliquent à nouveau avec cette option idéologique des excuses (voire des réparations) demandées à la France: cette option (d’origine essentiellement occidentale, très en vogue dans les universités et chez les Intellectuels dits « De Gauche ») est quasiment contemporaine du mouvement post-colonial en France (qui ne voit le monde, et les colonisations, en particulier, que par le filtre unique de la domination d’un Extérieur venant opprimer une nation déjà constituée et totalement hermétique à tout contact avec l’Extérieur). Le Post-colonialisme est d’une pauvreté absolue et d’un simplisme effroyable, mais c’est pour cela qu’il marche, car tout est limpide et lisse avec lui: et cette idée des excuses (demandés aux anciennes puissances colonisatrices) fonctionne à 100% dans les cerveaux qui ne veulent pas tenir compte de l’Histoire, et plus particulièrement de l’histoire contradictoire des territoires ciblés par les colonisateurs. Si jamais un Etat ayant colonisé acceptait de rentrer
    dans cette Boite de Pandore des excuses, on arriverait alors à ce scénario ahurissant générateur de nouvelles tensions internationales, voire de guerres:
    1) Les Indigènes ayant accueilli, sinon soutenu les colonisateurs, devraient (eux aussi) s’excuser: Ce qui concerneraient pas mal d’élites indigènes
    2) Les Etats anciennement colonisés par l’Occident, devraient, à leur tour, s’excuser auprès des populations qu’ils ont colonisées avant l’arrivée des Occidentaux, voire après leur propre colonisation
    3) Les Etats occidentaux ayant colonisé se retrouveraient en droit de demander, eux aussi, des excuses (et des réparations) auprès des Etats qui les auraient colonisé auparavant (La France a été colonisée par les Romains, eux mêmes ont été colonisés par les Grecs, etc…).
    On s’apercevrait alors, mais un peu tard, que la colonisation des territoires et des peuples est une histoire de base de toute l’histoire de l’Humanité (Néandertal et Homo-Sapiens ne se seraient-ils pas colonisés mutuellement ?) et que, cas aggravant pour la paix dans le monde, les excuses pour colonisation déboucheraient inéluctablement sur des demandes d’excuses pour faits de guerre ou de domination. Et, là, question inévitable: quels peuples, même au fin fond de l’Amazonie ou de Bornéo, n’a jamais fait la guerre à son voisin, ou envahit un territoire voisin, ou dominé des populations voisines ?
    Un livre éclairant, je trouve, de BAYART JF: « Le post-colonialisme, un carnaval académique ».

  15. Les accords d’Évian ont été déclarés « caducs » par le gouvernement algérien, mais c’est parfait et ce sont donc les « avantages » accordés aux ressortissants algériens qui deviennent caduques, non ?

    1. Vous êtes sur un terrain glissant puisque je finis à presque plus d’Européens en Algérie il y a par contre beaucoup d’Algériens en France… Et souvent pour les mêmes raisons, c’est-à-dire qu’ils fuient L’Algérie, et pas seulement pour des raisons économiques

    1. mais la mémoire que les Algériens ont de cette période a été entretenue sinon construite par la mafia qui a pris le contrôle de pouvoir en Algérie après l’indépendance pour justifier sont statut !

  16. Article très intéressant et très vrai si je compare à ce que j’ai vu et entendu en1974-1976, puis en 1978-1980. Le prisme religieux devrait être mieux pris en compte : Ben Bella lui-même disait qu’il aurait préféré mettre un i (pour islamique) à GPRA, le GPRAI. L’entité algérienne n’ayant pas existé avant 1830, et l’Algérie française étant assez bien gouvernée, il faut reconnaitre que ce qui hérissait les musulmans, comme on les définissait alors, c’était bien « l’infidélité » (au sens de mécréance) des Roumis. La « révolution » algérienne était un islamisme, et le soutien communiste un islamo-gauchisme avant la lettre. Pourquoi ne pas répondre au gouvernement algérien de manière plus forte en revenant sur les accords d’immigration ? Et d’en faire un chantage sur leur contrôle de la démographie ? Moralement, cela ne me gênerait pas.

    1. L’importance de l’islam en Algérie à l’époque coloniale a effectivement été sous-estimée, et les nationalistes s’en sont servis comme d’un thème mobilisateur. Avant et peu après l’indépendance on a eu l’impression d’une laïcisation, mais ça ne concernait qu’une partie de la population des grandes villes. Et comme ces laïcs étaient antigouvernementaux, Boumediene a favorisé les islamistes. Depuis la fin de la guerre civile la religiosité a augmenté et beaucoup de superstitions se sont répandues notamment sur « les bons et mauvais points ». Ce n’est pas forcément de l’islamisme, car les partis islamistes ont montré leur cruauté pendant la guerre civile.

      Par ailleurs le mot « immigration » n’a pas beaucoup de sens, puisqu’on regroupe ainsi des indésirables et les bourgeois francophones qui ne peuvent plus supporter la société algérienne, et qui nous ont apporté beaucoup de soignants et de professions qualifiées (regardez autour de vous et dans la presse le nombre de noms de famille arabes dans des postes qualifiés)

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