L’ENA, les grandes écoles et la formation des élites françaises

Le président Emmanuel Macron a annoncé 8 avril 2021 la suppression de l’Ecole Nationale d’Administration, ou, plus vraisemblablement sa transformation.

Les grandes écoles françaises sont internationalement réputées, mais pas l’ENA. Pourquoi ? À mon avis parce que les défauts secondaires des grandes écoles françaises sont amplifiés à l’ENA, et dans quelques écoles sœurs, par le cocon de la fonction publique française.

Or à mon avis, l’essentiel est de s’assurer de la bonne formation des élites françaises.

La réputation mondiale des grandes écoles françaises

A 18 ans, la sélection française par les mathématiques m’a envoyé dans les classes préparatoires scientifiques d’un bon lycée de province, lesquelles m’ont mené à l’Ecole Centrale de Paris, puis à Sciences-po, qui ne voulait pas être nommée « grande école » mais qui l’était néanmoins.

À cette époque, ce système franco-français était totalement ignoré à l’étranger. Mais la mondialisation et un effort de communication a renversé la situation en quelques décennies et on a vu apparaître des anciens diplômés de nos grandes écoles dans les états-majors d’entreprises mondiales prestigieuses. Leur réputation a rejoint celle des meilleures universités américaines, japonaises, elles aussi particulièrement élitistes.

En revenant à notre sujet de la meilleure formation possible des élites françaises, une question se pose à ce stade :

Est-ce la qualité des élèves sévèrement sélectionnés qui leurs assurent ces débouchés, ou est-ce la formation reçue ?

Pour éviter ce délicat problème, dont je suis bien conscient qu’il est une critique indirecte de certains enseignants, la réponse classique est « les deux ». Mais ayant fréquenté, comme élève puis comme enseignant, une demi-douzaine de grandes écoles, dont Sciences-Po et l’ESCP, tout en côtoyant de nombreux universitaires « traditionnels », j’ai tendance à opter pour la première formule.

En effet les enseignants de grandes écoles rencontrés étaient de niveau analogue, et donc inégal, à ceux de l’université … ou alors n’étaient pas comparables, s’agissant de cadres supérieurs consacrant quelques heures à l’enseignement basées sur leur expérience professionnelle.

D’ailleurs la pression des classements internationaux sur les grandes écoles les pousse à recruter des enseignants ayant des titres internationalement reconnus (doctorat…), ce qui est peut-être dommage, ces titres n’étant pas forcément un bon indicateur de la connaissance du terrain professionnel qui attend les élèves.

Pour éviter tout soupçon de partialité, je précise avoir été recruté pour les deux raisons, doctorat et expérience opérationnelle en entreprise, dans les écoles ci-dessus.

On peut considérer que cet enseignement en grandes écoles est dans l’ensemble efficace du fait de sa sélection tant pour les débouchés professionnels que pour l’avancement de la recherche, et qu’il remplit donc certains critères d’une bonne formation des élites françaises. Il est donc en première approximation méritocratique, par opposition au favoritisme.

On pourrait préciser qu’il faut néanmoins l’insérer dans un écosystème, comme vient de l’illustrer la mise au point rapide des vaccins coordonnant étroitement la puissance industrielle, financière et en « recherche et développement » des grandes entreprises pharmaceutiques, la recherche universitaire et des jeunes pousses (startups), permettant de trouver des raccourcis innovants.

Et il faut par ailleurs ajouter qu’il faut sans cesse veiller à ce que le vieillissement du système ne finisse pas par barrer la route à d’autres « méritants ». Nous y reviendrons plus bas.

En attendant, l’actualité nous mène vers le cas de l’ENA.

Le cas particulier de l’ENA

Notre président est un ancien élève de l’ENA et veut néanmoins supprimer cette école, ou du moins la transformer profondément. Comme par ailleurs il est profondément imprégné de la tradition jacobine française du gouvernement « par le sommet », donc par la haute administration largement issue de l’ENA, il a tendance à attribuer les ratés de sa gouvernance à des défauts de leur formation.

Il ne lui vient pas à l’esprit qu’il y a une autre façon de gouverner, qui est pourtant en place dans un pays voisin, la Suisse.

La Suisse est peut-être le pays le mieux géré du monde et les décisions s’y prennent au niveau le plus bas possible, souvent municipal. Vous pouvez le vérifier en Suisse en demandant autour de vous : « qui dirige la Suisse ? ». Personne ne le sait. Insistez : « qui est président ? Qui est premier ministre ? ». On ne le sait pas, on ne parle jamais du sommet de la Confédération Helvétique, puisque ses dirigeants n’ont aucun pouvoir.

Cette primauté de l’État n’est pas reprochée à Emmanuel Macron par la majorité des Français qui trouvent cela naturel. C’est donc dans ce cadre qu’il faut analyser notre système d’utilisation des élites.

Une formation inadéquate

Comment sont donc formés les énarques ?

Ils apprennent le droit administratif, ce qui paraît naturel pour exercer dans la fonction publique, mais c’est une compétence limitée par rapport au rôle plus général que beaucoup assument par la suite. Il y a certes eu quelques ajustements, comme le stage en entreprise privée ou en préfecture.

Mais, comparé à Sciences-po, Centrale, l’ESCP, ou d’autres écoles moins prestigieuses, pour parler de ce que je connais directement, cela reste très spécialisé.

Par ailleurs les études sur l’ENA, qui se sont accumulées depuis des décennies, insistent sur l’aspect pervers du « classement de sortie » : si l’on est dans les 15 premiers (environ), on aura accès directement aux « grands corps » dont je parlerai ci-après, et donc une carrière bien meilleure que celle des suivants. Il en résulterait un bachotage effréné, peu propice à la réflexion, si on en croit ces études rédigées le plus souvent par d’anciens élèves.

L’ENA a des caractéristiques proches d’autres écoles prestigieuses.

Je pense à Polytechnique et à l’École normale supérieure, qui ont en commun avec l’ENA de transformer les étudiants en fonctionnaires -payés- dès leur entrée dans leur école et de donner une grande importance au classement de sortie, notamment à Polytechnique où l’on a accès à d’autres « grands corps » si on est dans les tous premiers.

Et n’oublions pas non plus les autres écoles de fonctionnaires telles que l’ENAC, l’École Nationale de la Météorologie,  l’École de l’Équipement, l’école Nationale de la Magistrature … Cette dernière pose à mon avis un problème particulièrement important.

Rajoutons que Polytechnique, comme l’ENA, a longtemps donné une formation principalement scientifique qui ne correspond souvent pas aux fonctions où l’on trouve plus tard des anciens élèves.  Heureusement, comme dans la plupart des écoles d’ingénieurs, ces programmes se sont légèrement diversifiés.

Par ailleurs, après les trois années de scolarité, est prévue une année « d’application » dans d’autres grandes écoles correspondant au « corps » de sortie (Les mines, Les ponts, l’ENSAE…).

Ayant eu à enseigner l’économie à des Polytechniciens de l’ENSAE, je peux témoigner de la grande difficulté à les faire sortir des modèles mathématiques de l’économie.

Certes toute personne intelligente et ouverte peut utiliser l’expérience concrète pour dépasser les limites de la formation. Mais intervient alors un deuxième défaut, « la diplômite » et ses conséquences.

La diplômite, l’entre soi et l’esprit de corps

La « diplômite » est une sorte de déformation mentale qui classe les gens ont fonction de leur diplôme.

L’importance que l’on donne en France (et dans d’autres pays, notamment au Japon) à tel ou tel diplôme, confère « des droits » professionnels, du fait du rôle des anciens mais aussi de règlements administratifs dans le cas des fonctionnaires. Et cela même si le poste en question ne correspond pas à la formation reçue.

J’y ai été confronté dans ma carrière professionnelle, sous une forme anodine d’abord. Un polytechnicien me disait : « Nous recrutons d’autres polytechniciens car nous nous comprenons à demi-mot, ayant la même formation et les mêmes habitudes ».

Plus tard, les folies fiscales de Mitterrand ayant obligé les propriétaires de notre entreprise à vendre leurs parts pour payer leurs impôts, nous fûmes rachetés par un grand groupe. Je découvris alors que la direction du groupe appartenait au « Corps des Ponts », ensemble des Polytechniciens ayant, du fait de leur classement à la sortie de leur école, choisi de faire leur « année d’application » dans l’école des « Ponts et chaussées ».

Ce fut l’occasion de découvrir que « le corps constitue l’unité de base de la gestion de carrière des fonctionnaires, bénéficie d’un statut particulier et attribue à chacun un grade à l’intérieur de ce corps » (Viepublique.fr).

Le corps est administré par une sorte de direction des ressources humaines et je fus témoin de bizarreries du genre : « On va vous donner Dupont comme adjoint, car il faut le garder en réserve pour sa nomination dans tel poste de la haute fonction publique quand  ce sera le tour du corps de l’occuper ».

Plus tard, on me coiffa par une autre personne du corps des actionnaires, totalement ignorante de notre métier : « Ne le prenez pas mal, ce camarade a eu des malheurs professionnels et nous ne voulons pas qu’il termine sa carrière sur cette mauvaise passe. Il lui faut un poste prestigieux, mais rassurez-vous il ne vous dérangera pas ».

Bien entendu, pris par le vertige du pouvoir, ce « vieux camarade » de nos actionnaires expliqua ensuite aux journalistes que tous les succès de l’entreprise venaient de son action personnelle, alors qu’il ne la connaissait même pas la veille. Pour ne trop m’éloigner de notre sujet, je passe sur les décisions catastrophiques qu’il prit ensuite.

De la même façon, on peut évoquer les dégâts apportés par le débarquement des énarques dans certains grands groupes français. On y retrouve les mêmes mécanismes de nomination « entre soi », sans considération de la compétence des responsables de terrain non diplômés ou autrement diplômés.

Avec souvent, la catastrophe finale : le grand public se souvient de Jean-Marie Messier qui avait comme seule expérience son passage au ministère des finances où il participait au « mécano financier », c’est-à-dire qu’il participait aux négociations de regroupements entre grandes entreprises, et parfois les suscitait. Bref il n’en avait qu’une vue financière, et non industrielle, et des grands dirigeants d’entreprise lui faisaient la cour.

Une fois parachuté à la tête de la très ancienne et très puissante compagnie Générale des Eaux, il fut surnommé « J6M » (Jean-Marie Messier Moi-Même Maître du Monde). Il débarqua en conquérant en Amérique du Nord, où les Américains n’avaient aucune raison de lui faire révérence et ce grand groupe français faillit disparaître.

Mon expérience a maintenant plus de 30 ans, et j’espère que, dans le secteur privé, la pression de la mondialisation a obligé à diversifier le profil les dirigeants. La lecture des journaux économiques semble confirmer cette impression.

C’est évidemment dans ce contexte que l’on peut évoquer les projets du président Macron, sensibilisé aux inconvénients du système : « on ne pourra plus intégrer le conseil d’État, la Cour des Comptes des inspections à 25 ans (c’est-à-dire à la sortie de l’ENA dans le système actuel), mais après s’être distingué par des résultats concrets ». Donc à l’opposé des postes prestigieuses à vie automatiquement attribués au vu des résultats scolaires de la jeunesse.

Naturellement ce projet de réforme a déclenché un contre-feu des intéressés que je résume par : « si ce n’est plus le classement de sortie qui permet de choisir son « corps », les nominations seront donc politiques et la neutralité de la haute fonction publique sera menacée ».

Dépassons maintenant ces querelles qui agitent ces quelques milliers d’anciens élèves pour revenir à notre question initiale : la constitution des élites françaises.

Nos élites sont-elles bien choisies ?

Traditionnellement, nos élites ont été formées d’une part par les grandes écoles ci-dessus, censées former des fonctionnaires, militaires dans le cas de Polytechnique, enseignants dans le cas des Écoles normales supérieures.

Mais le prestige dont bénéficie l’État en France les a fait déborder de cette fonction et de nombreux cadres supérieurs et dirigeants d’entreprise en sont maintenant issus, pour le meilleur comme pour le pire.

De nombreuses études ont insisté sur l’étroitesse du recrutement social de cette élite.

Il est effectivement humainement normal que ceux qui connaissent bien le système, c’est-à-dire principalement les enseignants et les anciens élèves, guident leurs enfants et leurs donnent les meilleures chances d’accéder « au sommet de la pyramide sociale ».

Venant d’une famille d’autodidactes j’ai été particulièrement sensible au fait de ne « pas être au courant », ce qui contrastait avec la plupart de mes camarades et j’ai profondément ressenti ce handicap.

Un exemple concret récent me renforce dans cette analyse : l’ENA a imposé une épreuve d’anglais obligatoire pour le concours d’entrée. Mondialisation oblige, dit-on.

Mais en pratique cela veut dire que ceux qui en ont la connaissance et les moyens financiers vont envoyer leurs enfants passer leurs vacances dans les pays anglophones. Tant pis pour ceux qui ne sont pas « au courant », ou dont les parents n’ont pas les moyens, ou encore ceux qui se sont passionnés pour une autre langue étrangère.

S’intéresser à d’autres langues que l’anglais est pourtant également une illustration de leur aptitude intellectuelle et peut être utile dans leurs futures fonctions. L’administration et les entreprises françaises manquent ainsi cruellement de bons locuteurs d’arabe et de mandarin.

Pourquoi ne pas faire de cours de rattrapage d’anglais APRES le concours ?

Heureusement, il n’y a pas que l’ENA et ses sœurs. Il y a aussi les autres écoles, et je peux témoigner du succès des anciens de Centrale, de Sciences-po et des grandes écoles de management dans le monde entier.

On peut faire hardiment carrière n’importe où dans le monde sans avoir le « parachute » de retour dans le corps d’origine. Voir Pascal Sorriot le patron français de l’entreprise vaccin AstraZeneca, vétérinaire de la prestigieuse école de Maisons-Alfort et titulaire d’un MBA d’HEC.

Outre les grandes écoles, il y a également certaines branches de l’université, la médecine, le droit …

Il y a aussi, me direz-vous, des autodidactes. C’est de moins en moins vrai avec la massification de l’enseignement secondaire et supérieur en France.

Cette massification n’est par ailleurs pas une réussite et pèse sur le niveau d’une grande partie de l’université. Mais c’est un autre problème dont je vous parlerai dans un prochain article.

En conclusion

Finalement, à mon avis, les grandes écoles sont un actif pour la France et sélectionnent, chacune à leur manière, une tranche de notre élite.

Ce qui est regrettable, c’est l’interférence entre certaines, et surtout l’ENA, et le système français sur-administré qui a généré le phénomène des « corps ». Pourquoi l’administration ne ferait-elle pas comme les entreprises, c’est-à-dire recruter des individus pour lesquels le diplôme ne serait qu’un élément parmi d’autres ?

La concurrence entre les écoles, le meilleur de l’université, voire de l’étranger, les ferait évoluer.

Bien sûr le système des élèves devenant automatiquement fonctionnaires et abrités pour la vie devrait cesser. De nouvelles écoles et universités apparaîtraient spontanément.

Souvenons-nous que Centrale et Sciences-po étaient privées avant d’être nationalisées !

Yves Montenay

29 commentaires sur “L’ENA, les grandes écoles et la formation des élites françaises”

  1. Si l’ENA ne pratiquait pas le système à l’hérédité entre autre, immergeait ses élèves dans la vraie vie lors de 2 voire 3 stages dans des PMI de fabrication en tant qu’ouvriers de base 3 à 4 mois au minimum, partir à l’étranger sans strictement aucun contact avec des locuteurs dans sa propre langue avec le programme Erasmus par exemple puis réintégrer l’ersatz d’école d’administration pour terminer le cursus, alors les résultats changeraient du tout au tout !

    1. Si par « système à l’hérédité » vous voulez dire que beaucoup d’énarques sont des fils d’énarques, je n’en sais rien et il serait intéressant de donner un chiffre. Cela dit, comme écrit dans cet article, il est difficile d’empêcher les parents de faire profiter de leurs enfants de leurs expériences et de leurs connaissances du système. La Chine de Mao l’a fait en réservant l’accès à l’université aux « pauvres et moyens pauvres », puis finalement en détruisant l’université.
      Pour le reste, Il y a eu des réformes partielles et il y a la réforme en cours

  2. Il semblerait donc que c’est plus l’administration française qui soit à réformer (et donc les relations que cette administration entretient avec ses centres de formations, dont l’ENA ou les IRA, mais aussi les autres écoles de fonctionnaires telles que l’ENAC, l’École Nationale de la Météorologie, l’école Nationale de la Magistrature, l’École de l’Équipement, etc…) que la formation elle-même des hauts fonctionnaires français ou…étrangers ! De toute façon, il ne faut pas se faire d’illusion: il faudra bien un centre de formation de la Haute Fonction Publique, donc il se recréera une « ENA »…différente et ailleurs ! Emmanuel Macron se livre peut-être là à un exercice de démagogie et de populisme pré-électoral destiné à récupérer les Français tentés par la haine des élites avec les quelles il est souvent associé (« Le Président des Riches »). Sans ENA, il est bien possible que la bureaucratie française perdure encore longtemps, tout autant que la dépendance profonde (voire addictive) des Français à l’égard de l’État Providence (sinon de l’État maternel…Lire le livre de Michel SCHNEIDER:  » Big Mother  » )

    1. Merci d’avoir cité les autres écoles que j’avais oubliées. Je vais retoucher l’article. Sur le fond, je suis d’accord, d’où ma comparaison avec la Suisse sur laquelle j’ai insisté, puisque très peu de Français connaissent son fonctionnement

  3. https://www.contrepoints.org/2021/04/11/395034-ne-pas-remplacer-ena-est-impensable-pour-macron

    L’ENA est en effet l’école qui a administré la chute de 50 % de l’industrie française pendant ces dernières années, qui a laissé croître à la fois le chômage et une redistribution qui nous valent le record des prélèvements obligatoires de l’OCDE, qui a instauré la semaine des 35 heures dans un monde concurrentiel qui n’en veut pas, qui a laissé dégringoler le niveau scolaire dans les classements comparatifs internationaux, qui n’a toujours pas su prévenir les inégalités injustes entre public et privé, qui au contraire a laissé augmenter les effectifs de l’État à des niveaux ruineux, qui n’a que très insuffisamment réformé les retraites malgré le déséquilibre entre le nombre d’actifs et de retraités, qui a laissé se développer une violence syndicale abusive, qui n’a pas su maîtriser les flux migratoires ni juguler l’accroissement de l’insécurité…

    Comment espérer une révolution mentale chez ces hauts fonctionnaires, alors que leur statut protégé garantit des avantages quasiment discriminatoires vis-à-vis des travailleurs du privé, auquel s’ajoute une espèce d’impunité en cas d’échec ?

    Comment ce système pourrait-il se réformer alors qu’il a survécu sans difficulté aux 40 années de déclin que l’Hexagone vient d’encaisser ?

    Comment pourrait-il se réformer alors que ses membres partagent les mêmes profils centralisateurs, technocratiques et planificateurs ?

  4. Bonjour,
    Les grandes écoles scientifiques ne peuvent assurer « l’entre soi » compte tenu des concours d’admission en maths et physique,
    l’Ena et sciences Po, beaucoup plus axés sur la culture générale est beaucoup plus liée à un milieu des admis.

    Le point est que l’ascenseur social ne peut se faire indéfiniment qu’au détriment des classes supérieurs dont la progéniture doit trouver des débouchés meme sans niveau aussi élevé que leur parent.

    il y a d’abord eu la comptabilité gestion (acces ISG sans le bac) dont on a créé une nécessité opérationnelle pour l’entreprise,
    il y a maintenant le management dont toutes les écoles de commerce acceuillent les étudiants aux parents payant leur scolarité.

    Depuis Seignelay qui corrigea les fautes de Colbert son beau pere, nous savons que les administratifs doivent etre aux ordres des opérationnels pourtant nous multiplions les niveaus d’administration et leur donnons le pouvoir.

  5. Les grands esprits se rencontrent, ici.
    Après avoir lu article et commentaires, je ne peux qu’approuver tout ce qui est dit.
    Problème aigu de la diplômite, ça je l’ai mille fois constaté pendant ma carrière (ingénieur, comme vous, je n’étais pas au courant). On voit même des jeunes aujourd’hui dire “j’ai un bac +10, et je suis payé au SMIC, ce n’est pas norma!”.
    Pour ma part, je synthétiserai encore, en insistant, comme Elegehesse, sur la part trop importante de l’administration, en France.
    Le problème de l’ENA, n’est finalement qu’un révélateur un peu anecdotique d’un mal beaucoup plus profond.
    C’est la toute puissance de l’administration, et son volume qui sont néfastes, sa formation importe peu.
    L’état se mêle de tout, et, ce qui est grave, c’est que les français, qui y sont habitués, ont l’air d’aimer ça.
    J’ai l’impression que les suisses ne sont pas comme ça!
    L’état a pris les commandes des entreprises, par le développement de l’ahurissant code du travail, par l’obligation des assurances sociales, tellement complexes que rédiger un bulletin de paye est un métier (bac + ?), par l’imposition de normes et de règlements toujours plus coercitifs concernant la sécurité, l’environnement, la parité (et j’en passe), par la perfusion d’argent (crise du COVID).
    Et malheureusement, l’état fait chaque jour la preuve de son inefficacité dans les domaines dont il s’occupe : l’éducation (catastrophe nationale – on constate, y compris au concours d’entrée à l’ENA une baisse de niveau cf. article du Point de 2018), la santé, la justice, les transports (Air France qui survit malgré salaires et avantages incroyables grâce à nos impôts, et surtout la SNCF qui ne survivra pas), le travail (beaucoup de pays ont-ils un ministère du travail, qui ne fout rien d’ailleurs – expérience personnelle), l’agriculture (avec ses fonctionnaires plus nombreux que les agriculteurs!), et au top du top, un ministre chargé de la réforme de l’état!
    Donc oui, supprimons l’ENA, mais supprimons aussi 40% de postes de fonctionnaires, supprimons quelques couches du mille-feuilles, laissons le privé assurer des missions de service public, et tout ira mieux.

    1. mais si , l’administration remplie son role, elle assure un emploi et un salaire à la progéniture de nos « zélites »
      que ses décisions soient ineptes ou inutiles importent peu.

  6. Il ne faudrait pas que l’arbre cache la forêt, ou que chaque Français se cache derrière son petit doigt…Toutes les critiques émises par Elegehesse, acceptables, sont le fruit de décisions politiques qui n’ont que peu de liens avec l’ENA (qui n’est qu’une école). Par contre, oui, une culture (et un entre soi, humain et idéologique) est évidente dans la Haute Fonction Publique française (du genre: « on va faire le bonheur des Français en appliquant autoritairement et universellement les 35h sans leur demander leur avis, ni leur préférence entre RTT et augmentation des salaires », par exemple), mais cette culture (ou cette connivence mentale) est-elle due à l’ENA ou..ne serait-ce pas plutôt l’inverse ? De l’œuf ou de la poule, qui engendre l’autre ? Personnellement, dans mon univers professionnel scientifique, les bureaucrates hors-sol et sans aucune imagination gestionnaire que je peux rencontrer (et subir) viennent quasiment tous de l’X. Sans ENA, va t-on mettre fin aux blocages (dans la création d’entreprises, ou dans les évolutions de carrière, ou dans l’ascenseur social, etc) qui mine la France et son aptitude à rester une Grande Puissance économique et politique ? Je crains que cela ne change pas grand-chose. L’ENA sera remplacée par une institution dénommée « Bidule », qui fera exactement la même chose si l’Administration française (mais aussi…l’état d’esprit des Français) ne change pas. Le seul point positif que je peux espérer de cette suppression de l’ENA, c’est qu’elle soit un catalyseur pour que les évolutions mentales en France (sur la gestion du pays , dans plusieurs secteurs) basculent vers plus d’autonomie et d’initiative des responsables (et de tous les travailleurs). On a vu ce que la France actuelle est capable de faire (si mal) dans la gestion du Covid19 (la faute à l’ENA ?): par exemple, en mars 2020, je contacte plusieurs Agences Régionales de Santé pour leur demander si les familles peuvent toujours envoyer leurs enfants voyager dans les zones touchées par le SarsCov2: les médecins contactés (des…scientifiques !) me répondent qu’ils n’ont reçu aucune consigne de leurs chefs sur ce sujet…..Donc, ils ne savent pas quoi faire. C’est pitoyable ! Ces médecins ont fait l’ENA ? Au même moment, je vais consulter sur Internet un article d’une chercheuse du MIT(USA) qui explique clairement la distance que sont capables de parcourir les gouttelettes émises par les humains quand ils parlent, ou quand ils courent. Et ça fait froid dans le dos……(8m au repos, 15 m en effort !). Un médecin de l’ARS est-il incapable de s’informer, aussi, et de tirer les conséquences des publications scientifiques les plus récentes ? Apparemment….non ! Et sans ENA, je crains que ce genre de postures professionnelles (« j’attends les ordres de mes chefs ») perdure……

    1. Merci pour votre apport. Quant au « j’attends dés ordres », auquel je rajoute « pas de vagues », j’ai un article en préparation à ce sujet, malheureusement sans cesse remis en raison de l’actualité

      1. L ‘ENA a été conçue sur le modèle de l’Ecole de guerre ( Sciences Po nationalisé étant devenu le Saint-Cyr de l’administration). Les deux autres piliers de la haute administration jacobine (Polytechnique et Normalement Sup) étant fondés sur le même modèle militaire. Héritage napoléonien. Ceci expliquant cela ( réponse à la question de l’œuf ou la poule). Le problème de l’ENA, c’est qu’elle a fini par devenir « l’école du pouvoir » par une sorte de dérive endogamique. C’est la voie royale pour accéder aux cabinets politiques et à la direction générale des grandes entreprises nationales , qu’elles soient publiques ou privées. La preuve : même les élites issues des autres piliers prestigieux du système jacobin , ou des plus grandes écoles de commerce , ajoutent à leur CV la carte d’ancien élève de l »ENA pourvoir franchir les portes du palais de Versailles. ils ont parfaitement compris que pour atteindre les sommets du pouvoir, aussi bien dans le public que dans le privé, il ne suffit plus, sous la V République , d’être « sorti » de Polytechnique ou de Normale Sup, ou encore d’HEC ou de L’ESSEC, il faut aussi être de surcroît un énarque. Ceci expliquant tout le reste (bien décrit dans l’article et les commentaires). Tel est le résultat du jacobinisme triomphant, porteur du gène héréditaire du colbertisme et de l’absolutisme de Louis XIV.

          1. Comment en sortir ? Peut-être en introduisant une dose de girondisme dans le régime, et en appliquant
            les principes de subsidiarite (au sens catholique
            du terme) et de proximité (au sens girondin du terme). Les girondins ont été durement réprimés par les jacobins durant la période révolutionnaire. Il serait temps de rééquilibrer les pouvoirs. L’Etat ne devrait-il pas se recentrer sur ses domaines de compétences régaliens (justice, sécurité, enseignement primaire et secondaire, Défense nationale , politiques monétaires (et encre nous avons perdu la souveraineté en la matière) et industrielle, sécurité sociale, equipement et infrastructures d’intérêt national , protection des frontières, fonctions d’évaluation, de régulation et de contrôle) et transférer aux régions/départements les politiques de développement économique, d’aide aux entreprises, de formation, d’aides aux familles et à l’enfance, les universités, les hôpitaux et la santé, la protection de l’environnement et du patrimoine , la gestion des sols, la sécurité urbaine. A condition de clarifier les responsabilités et les blocs de compétences respectifs et de déléguer ensuite la gestion des services publics industriels et commerciaux aux entreprises. En même temps, les postes de direction pourraient alors être ouverts aux anciens élèves des écoles de commerce et d’ingénieur du privé.
            Votre référence à la Suisse est en ce sens séduisante. Cela paraît être une bonne piste de réflexion. Vous semblez bien connaître la Suisse.
            Mais je suis conscient que l’actuelle crise sanitaire ne fait que renforcer le pouvoir de l’Etat. Sans ses interventions, que serions nous devenus ? Une jungle sociale où régnerait la loi du plus fort ? La période n’est pas propice aux transformations structurelles et impose la predominance des politiques conjoncturelles.

    2. exemple – « Pourquoi donner 7 Milliards à Air France et 5 Milliards à Renault, 4 Milliards à la SeueuCeuFeu ? »
      – re : l’entre soi pour pousser le gouvernement à distribuer à mauvais escient sans conditions ?

  7. Comment sortir de l’addiction française à l’État « Providence » (sinon « Maternel » ) ? Question vertigineuse…Bien souvent, on évoque les crises, graves ou non, pour provoquer des électrochocs salvateurs (permettant de résoudre les contradictions qui bloquent). Et si le covid19 était une de celles-là ? Ou le Brexit ? La France (et les Français surtout) pourrait peut-être, dès maintenant, « profiter » de sa gestion calamiteuse du covid19 pour faire un bilan de son « art de gouverner »…Ou, faire un bilan (avec nos voisins) des causes du Brexit… Mais ses bilans seront-ils faits ? J’en doute, surtout avec l’effacement croissant de la France (et des autres États, bien sûr) dans une UE qui est devenue (malgré elle ?) le nouvel État Providence des Européens: il suffit de voir comment la vaccination contre le covi19 a été gérée par la France pour saisir le processus mental problématique qui est en cours. Les Dirigeants français, et leurs administrations, ont attendu que ce soit la Commission qui organise ces vaccinations, comme si cette Commission était un véritable gouvernement de l’UE, comme si les États nationaux n’existaient plus, et comme si (plus grave encore) les traités européens avaient prévu que ce soit la Commission qui gère les crises sanitaires ! On en est au stade où les États européens attendent tout d’un État qui n’existe même pas, et inventent cet État imaginaire pour se décharger de leurs responsabilités ! Pendant que les États européens attendaient que l’UE gère les vaccinations, le Royaume Uni, lui, vaccinait à « tour de bras ». Bref: la dépendance addictive à l’État Providence s’est translaté à l’UE, et on semble donc mal partis pour en sortir. Si jamais notre continent doit affronter une crise militaire majeure, qui va prendre des initiatives ? Va t-on demander, avant d’envoyer des soldats et de faire décoller des chasseurs, que la Commission et le Conseil se réunissent et s’harmonisent ? Et si, en +, la France n’a plus d’ENA (ou autre école étiquetée différemment) pour former ses élites à la gestion des crises, au moins sur le territoire national, comment va t-elle faire ? Imaginons que la France abandonne cette magnifique « Grande École » trop peu connue des Français qu’est l’INALCO (appelée par ses élèves: « Langues’ O »), fondée par Colbert, qui forme, entre autres, les cadres ou fonctionnaires qui structurent nos ambassades ! Qui sera la Voix de la France pour conseiller les responsables politiques français lors des négociations internationales, pacifiques ou conflictuelles: cette École est unique au monde, elle forme des spécialistes de l’Asie, mais aussi de l’Afrique, du monde Arable ou Sud-américain. Sans ces spécialistes là, la France n’existe plus dans les pourparlers internationaux. Avec l’ENA, c’est un peu pareil: elle forme des spécialistes étrangers qui seront (un peu, ou beaucoup) les messagers de la culture française et de ses techniques sociales (Au Vietnam par exemple, les Codes Juridiques ont été recréés dans les années 80 avec des juristes français qu’on rencontre à l’ENA, et des écoles d’ingénieurs ont été montées avec l’appui de grandes écoles françaises). Je suis donc dubitatif sur la suppression de l’ENA qui me semble être une vraie « fausse solution » démagogique pour un vrai problème social (la « rigidité » française, pour faire simple). Il faudrait faire attention à ne pas nous désarmer en jetant le bébé avec l’eau du bain.

    1. Merci.
      Pour ce qui concerne l’Union européenne c’est exactement mon idée, mais je n’ai pas voulu compliquer cet article. On pourrait rajouter que ce « vide » a néanmoins généré une bureaucratie qui coûte cher et complique tout. Le sommet du ridicule a été atteint avec la concurrence des deux services du protocole (Commission et Conseil) lors de la fameuse réunion avec Erdogan, qui s’est vraisemblablement régalé !
      Pour la formation d’experts c’est effectivement un aspect positif qui devrait pouvoir être sauvegardé par la réforme. Le point important de cette dernière me semble être la non automaticité d’attribution des grands corps à 25 ans du fait du classement de sortie. Mon article est d’ailleurs moins sévère que celui des ultralibéraux.

  8. Dans la première partie de l’article, vous ne semblez pas très gentil avec l’ENA, mais peut-être « qui aime bien châtie bien » (?).Juste avant la conclusion vous mettez en lien massification et niveau ; je suis convaincu, après des décennies d’enseignement des mathématiques en lycée, que la massification alourdit énormément les efforts de maintien du niveau. J’attends l’article que vous annoncez sur ce sujet.

    1. Merci, l’article va venir, mais pour l’instant mes lecteurs me réclament le point sur la Chine qui publie des statistiques triomphales, mais discutables

      1. Je suis d’accord avec Binh, « il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain ». Malheureusement, les énarques pâtissent de la rançon de leur succès : une trop grande visibilité dans tous les secteurs de la société (administrations, grandes entreprises du CAC 40, banques, assurances, établissements cullturels) les ont exposés au ressentiment de tous les révoltés et contestataires, dont les gilets jaunes sont devenus l’expression symbolique. Les membres de l »ENA ont fini par incarner tellement le pouvoir qu’ils ont cristallisé sur leurs personnes toutes les jalousies et haines populistes. Autrefois, la voie royale était le métier d’avocat ( la révolution ayant été menée par des avocats), puis ce fut le tour des enseignants avec la III République ( Normale Sup), puis après la Libération les membres de l’ENA, en raison de la nécessité de reconstruire le pays d’une manière centralisée Nous sommes probablement aujourd’hui au début d’une nouvelle période qui s’annonce post-Covid. Mais, bien sûr, la France doit énormément aux membres de l’ENA, dont l’intelligence et le sens du service ne sont plus à démontrer.

  9. Beaucoup de confusion dans les critiques :
    Les grandes écoles et leur sélection sont une excellente chose (j’ai fait l’Agro avec un classement d’entrée qui m’aurait permis de faire le GREF, mais ai refusé pour des raisons plus ou moins gauchistes). Sélection grandement stimulée par les postes élevés à la clé. Ce qui est condamnable, ce sont les grands corps qui donnent des postes de fonctionnaires à vie à la tête de beaucoup d’institutions de l’Etat, l’ENA se distinguant par le fait que tous les sortants se voient attribuer des postes de fonctionnaires avec un bon salaire durant les études (mais une bonne bourse pourrait suffire). Supprimons ces corps et leur garantie de l’emploi, et on se trouvera d’emblée dans une situation proche d’autres pays, à condition de supprimer le copinage de la part de ceux qui sont déjà dans la place, dont les anciens de l’ENA. Par ailleurs, faut-il un Conseil d’Etat ou une justice administrative exercée par des juges normaux ? Faut-il des préfets ou une gendarmerie avec plus de responsabilités ? Avec un super-gendarme à la place du préfet ?
    La proximité avec le peuple n’est pas la question : un ingénieur des ponts est fait pour faire de bons ponts et choisir de bons tracés de TGV ou d’autoroutes, un préfet pour exécuter avec intelligence les ordres d’en-haut, un conseiller d’Etat pour exercer la justice administrative, etc.
    C’est le politique qui doit être proche du peuple, ce qu’il est de fait puisqu’il doit satisfaire ses électeurs. Mais c’est aussi naturel qu’il rejette sur l’Etat ou l’Europe la responsabilité des décisions difficiles. L’accusation de centralisme est souvent une lâcheté des politiciens de province. La France n’est pas plus centralisée que l’Angleterre, où Londres occupe la même position que Paris (les TGV en partent et sont décidés par l’Etat) et héberge le même pourcentage de la population nationale. Elle l’est plus que le Royaume Uni parce qu’elle ne laisse pas aux régions la même liberté politique que le Royaume Uni en laisse à l’Ecosse et aux Pays de Galles. Vieux reste du féodalisme qui a l’énorme inconvénient de laisser espérer des indépendances qui pourraient être calamiteuses : les petits Etats étant plus réactifs économiquement, mais jouant un rôle de passagers clandestins en politique étrangère (a-t-on des soldats belges ou estoniens au Sahel ? Le Luxembourg et l’Irlande jouent-ils le jeu européen en matière de fiscalité ?). Multiplier les petits Etats serait excellent pour l’économie, mais la mort de l’Europe politique et militaire (les petits Etats européens sont tous pour l’OTAN). Le girondisme a été combattu durant la Révolution parce que c’était la porte ouverte à tous les séparatismes (cf. Abbé Grégoire). Et le jacobinisme a une mauvaise image parce que celui de la Révolution s’est montré totalitaire, mais De Gaulle a montré un jacobinisme non totalitaire.
    Ce qui donne l’impression d’une moindre centralisation au Royaume Uni, c’est son libéralisme qui ne recourt pas autant à l’Etat que le néo-colbertisme français.
    Un Etat moderne voulant jouer un rôle mondial est obligatoirement centralisé, mais il peut être beaucoup plus libéral. La décentralisation allemande ne joue que pour ses services d’enseignement et l’organisation du chemin de fer (qui se décentralise en France avec la privatisation en cours). Rien n’empêche la France de décentraliser l’Education nationale, mais il faut en convaincre les syndicats !
    Oui, il faut supprimer l’ENA et ses accès privilégiés au sommet de l’Etat, et aussi le système des corps (X, Mines, Agro…) et le statut de fonctionnaire, ainsi que le code du travail avec arrêt du financement des syndicats par l’Etat. Pour accéder aux postes de hauts fonctionnaires, recrutons à 50 ans celles et ceux qui ont fait leurs preuves (comme Thierry Breton à la Commission européenne). Regardons surtout comment font les Suisses !

  10. Finalement, si je reprends le commentaire de notre ami yvesegalsfrfr (« Oui, il faut supprimer l’ENA et ses accès privilégiés au sommet de l’Etat, et aussi… »), tout repose dans le « aussi » ! ET dans le « aussi », il y a (en +) beaucoup de choses ! C’est dire que la suppression de l’ENA, en soi (et, un point c’est tout) ne changera pas grand chose, sauf à la marge, puisque les fauteuils privilégiés qui peuvent être accordés à certains élèves de la « famille » seront reconduits si…ces fauteuils existent toujours (sans ENA) dans la société française. Je reste persuadé que ce projet est essentiellement électoraliste et assez démagogique. Si on élimine une « Nomenklatura » tout en gardant le système de fonctionnement qui la soutient, on retrouvera une autre Nomenklatura. Par contre, une ENA dans un environnement administratif et institutionnel différent (sans ces blocages et avantages statutaires qui nuisent à tout le monde) peut s’avérer utile et efficace.

  11. La suppression des grands corps de l’Etat (et pourquoi les « petits » corps, ne sont pas concernés ?) me semble une solution beaucoup plus réaliste et adaptée (contre la bureaucratie française) que la seule suppression de l’ENA: un minimum de cohérence semble donc se dessiner au niveau de…l’Etat ! En attendant que la France sorte du Jacobinisme (ou du Colbertisme) on voit bien que les mœurs politiques françaises restes étatistes et centralisées pour quelque temps encore, très éloignées des préoccupations quotidiennes des citoyens : la dernière idée étatiste de nos députés, bien rangés en ordre derrière leur Président « Jupiterrien », c’est de rendre les langues régionales « officielles » (au niveau administratif, donc). Voilà une idée totalement déconnectée du terrain (une idée de Jacobin, voulant se la jouer Girondin, conforme à l’éternelle posture des Intellos se baladant dans le pays avec des étiquettes mirifiques, pleine de bonnes intentions destinées à illuminer, voire à éblouir, le peuple. Mais sans les bonnes solutions qui incarnent les bonnes intentions). Mais qui parle Occitan en dite « Occitanie » ? Pour chaque Occitanophone trouvé, on rencontrera 10 arabophones ou 3 vietnamophones, à Toulouse, Béziers ou Montpellier. Je caricature certes, mais mon propos est clair : cette décision est purement formelle et non démocratique. Si on veut officialiser les langues parlées dans les territoires français, ce ne sont pas lesdites langues régionales » qu’il faut officialiser ! On a donc décidé, très bureaucratiquement, d’officialiser des langues historiques, mais …mortes ! C’est un exemple type de la démarche…étatiste. S’il faut rétablir les langues historiques en France (même mortes), alors autant officialiser le Latin, qui a l’énorme avantage sur les langues dites « régionales » d’être universel, connu ou étudié donc autour du bassin méditerranéen, mais aussi au Royaume Uni ou en Allemagne (entre autres pays). Mais peut-être que cette officialisation des langues dites « régionales » prépare le terrain politique à l’officialisation de l’anglais…? Le Président Macron s’est souvent présenté comme un défenseur de la francophonie : la réalité semble nous démontrer qu’il sera peut-être son principal fossoyeur…

    1. Pour ce qui est des grands corps, ça semble bouger d’après la grande presse, mais pourquoi supprimer tel corps et non tel autre ?

      Pour les langues locales en France, je suis assez de votre avis : si j’ai une sympathie pour toute langue maternelle, je constate comme vous qu’en France elles sont pratiquement mortes (Je peux entrer dans le détail). De plus, ce qui est mal connu, c’est que toute version scolaire de nos langues locales est forcément standardisée et donc différente de la langue effectivement parlée, en général par des personnes âgées. Il y a donc des langues de militants, dans des écoles pour militants, mais ce n’est pas la langue parlée par les grands parents, comme j’ai pu le tester plusieurs fois.
      Voir : https://www.yvesmontenay.fr/2018/02/21/faut-il-sauver-la-langue-corse/

  12. 1) La suppression des fameux « corps » dans la Fonction serait en effet une bonne chose: éviter que des fonctionnaires se barricadent littéralement dans certaines fonctions et certains postes (avec les acquis « locaux » parfois totalement déconnectés des évolutions professionnelles et salariales du pays. Exemples: le corps des « Ouvriers d’Etat », ou celui des des « Aiguilleurs du Ciel »), mais permettre aussi des passerelles professionnelles et un élargissement des affectations (un spécialiste en électricité devrait pouvoir travailler en électricité ailleurs que dans son seul « corps » ou dans sa seule administration d’origine.

    2) Vous avez tout à fait raison de parler de « langues de militants ». Rien que pour l’Occitan, des différences de vocabulaire significatives existent d’un village à l’autre ! Alors, ne parlons même pas de l’Occitan historique de Toulouse et de celui de Montpellier qui sont étrangers l’un à l’autre (autant qu’avec le Français d’île de France)..Avec l’Occitan, on va donc faire pareil qu’avec le Français: on va décider de manière centralisée d’une variété unique à légaliser ! Tout ça est une sacrée mascarade abstraite de militants, focalisés sur une période historique de leurs régions bien-aimées, sans qu’on questionne le bien fondé de la séquence historique choisie par ces militants (pourquoi la langue d’une Occitanie particulière et médiévale ?). On va mettre les pieds dans une engrenage dont on sous-estime les conséquences: quand les Français verront que dans leur région, on officialise une 2ème langue étiquetée « régionale » par l’État français, certains demanderont alors pourquoi on n’officialise pas (pour être cohérent) une 3ème langue « régionale » réellement parlée dans leur région (et plus utile, finalement). Arrivés à ce point là de son histoire, la France sera dans un état qu’on a du mal à imaginer aujourd’hui….

  13. Info utiles aux personnes intéressées par le sujet, un article paru dans « Le Monde » d’aujourd’hui:
    « Réforme de la haute fonction publique, L’ENA et les grands corps de l’Etat sont des cibles faciles. La transformation de l’Ecole nationale d’administration ne changera rien si les grands postes de la République restent occupés par « les seuls membres d’une sélection prestigieuse » issue du nouvel Institut du service public, explique l’ancien haut fonctionnaire Thierry Dallard, dans une tribune au « Monde »…..

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