Chine : la nouvelle guerre a commencé

Chine : la nouvelle guerre a commencé

Donald Trump avait entamé une guerre commerciale avec la Chine. Joe Biden y a ajouté une guerre des valeurs face à la  multiplication des brutalités chinoises : répressions, atteintes à la liberté d’information, politique étrangère brutale.

Les espoirs des derniers idéalistes occidentaux ont disparu : le développement capitaliste de la Chine n’a pas mené à la démocratie comme en Corée du Sud ou à Taïwan.

La guerre politique s’est ajoutée à la guerre commerciale

Le clash entre la Chine et les États-Unis a empiré avec l’arrivée de Joe Biden, comme on a pu le constater lors de la réunion d’Anchorage. On y a vu l’Amérique affirmer vigoureusement ses valeurs démocratiques et donc attaquer la Chine pour les persécutions des Ouïghours du Xinjiang et l’asservissement de Hong Kong.

D’où une longue et violente riposte des officiels chinois : « Nous faisons ce que nous voulons chez nous et vous, Américains, ne respectez pas les droits de l’homme chez vous ». Ce « chez nous » des Chinois comprend évidemment Hong Kong malgré le traité passé avec la Grande-Bretagne, et Taïwan. Quant au Tibet, tout le monde semble l’avoir oublié.

Bref la nouvelle guerre froide a commencé…

Et « guerre froide » n’est peut-être pas le nom le plus approprié si on se souvient que la précédente était en vérité très chaude…

La « guerre froide » URSS/Occident a été sanglante

Ce terme de « guerre froide » entre l’URSS et le monde occidental, guerre froide qui a duré de 1947 à 1990, vient de ce qu’il n’y a pas eu de guerre proprement dite en Europe entre ces deux blocs.

Mais c’est oublier que ce conflit « froid » fut néanmoins sanglant.

En Europe il y eut les répressions par l’armée rouge de la révolte est-allemande de 1953 et surtout de la révolte hongroise de 1956. Cette révolte a pu être médiatisée et présentée aux Occidentaux, notamment en France par Paris-Match dont le reporter a été tué.

En Asie, il y a eu la guerre civile gagnée par Mao contre Tchang Kaï-chek, allié des Américains, avec pour conséquence des millions de morts en Chine avant et après la victoire communiste, dont l’exécution de 5 millions de propriétaires terriens, sans compter plus tard les dizaines de millions de morts du « grand bond en avant » et de la révolution culturelle.

Toujours dans la rubrique des violences de la guerre froide, on peut évoquer l’épisode Khmer rouge au Cambodge (1975 – 1979) avec ses 2 ou 3 millions de morts, les rebellions communistes aux Philippines et en Inde (variante maoïste) qui ne sont toujours pas terminées, sans parler de la répression par l’URSS des populations afghanes à partir de 1979, des guerres civiles de Cuba et d’Amérique centrale auxquelles on peut aujourd’hui rajouter le Venezuela.

Il y a eu enfin la guerre du Vietnam avec l’appui de l’URSS puis de la Chine contre la France (1945 – 1954) puis contre les États-Unis (1954 – 1976) avec les massacres des populations civiles trop tièdes vis-à-vis du communisme, notamment à Hué en 1968.

Importance de la guerre médiatique

Cet épisode mérite quelques mots pour expliquer l’importance de la guerre médiatique qui fait rage aujourd’hui entre la Chine et l’Occident : cette année-là, le Viêtcong (l’armée communiste du nord Vietnam) a tenté de soulever la population de la ville de Hué contre le gouvernement du Sud-Vietnam, et devant son manque d’enthousiasme, a massacré quelques dizaines de milliers de personnes.

Quelques jours après les troupes sud vietnamiennes et américaines chassaient les nord-vietnamiens de la ville. Néanmoins l’offensive médiatique du Viêtcong, relayée par quelques artistes américains, a fait que l’image de cet épisode vu des États-Unis était celle d’une victoire viêtcong et surtout a déclenché chez les Américains des réflexions du genre « mais que faisons-nous là-bas ? ». Ce sentiment s’est traduit quelques années plus tard par le départ des Américains du Vietnam et la répression de la population du Sud Vietnam par les envahisseurs du Nord.

Bref une vigoureuse campagne de communication a transformé une défaite cinglante des communistes vietnamiens en victoire stratégique.

Par contre la différence entre cette guerre froide et celle qui commence actuellement est le contraste entre la fermeture économique quasi-totale de l’URSS de l’époque, et l’ouverture  de la Chine post-maoïste à la mondialisation.

Mais cette ouverture est remise en question aujourd’hui.

Une Chine qui investit moins à l’étranger

Cette fermeture récente de la Chine se manifeste notamment par la chute des investissements chinois à l’étranger.

Mesurés en nombre de contrats signés, ils sont passés par un maximum en 2016 et sont retombés en 2020 au niveau de 2005, époque à laquelle la Chine avait beaucoup moins de moyens aujourd’hui.

Il faut dire que ces dernières années les grands capitalistes chinois avaient été pris d’une frénésie d’acquisition à l’étranger, dont certaines se sont révélées malheureuses. Certains investisseurs semblent y avoir vu des « bateaux de secours » au cas où ils deviendraient mal vus en Chine.

Sage précaution… mais Pékin tente ensuite de rattraper ces investisseurs fuyant la Chine en les faisant extrader pour détournement de fonds … détournements pas toujours imaginaires puisque les justices occidentales donnent parfois raison au gouvernement chinois.

Et se méfie de ses propres champions

Toujours est-il que l’État chinois a imposé une « remise en ordre » à de nombreuses entreprises privées internationales.

Pékin attire l’attention des récalcitrants sur les ennuis de Jack Ma ou l’exécution en janvier 2021 de Lai Xiaoming. Leurs entreprises auraient financé des investissements refusés par les banques publiques… une insupportable atteinte au pouvoir de du parti – État !

Affaire Jack Ma : est-ce la fin du capitalisme en Chine ?

En janvier également le groupe HNA a été déclaré en faillite (donc politiquement condamné) pour avoir investi tous azimuts, notamment dans les hôtels Hilton et la Deutsche Bank. Un des patrons du groupe HNA est mort mystérieusement en France.

La presse officielle a rappelé la formule de Mao disant que les capitalistes voulaient non seulement contrôler la vie matérielle des Chinois mais aussi leur vie culturelle. Un site populaire vidéo a même lancé un « A bas Jack Ma ».

On a noté aussi un appel des salariés chinois du privé se révoltant contre le « 996 » (travailler de neuf heures du matin à neuf heures du soir six jours par semaine). Or cette revendication populaire n’a pu être diffusée qu’avec l’accord du parti, et et donc un signal supplémentaire au privé.

Bref Pékin rappelle à ses capitalistes « qui est le patron »

Simple remise en ordre ou anticapitalisme de l’état Chinois ?

Vraisemblablement pragmatisme politique : le parti d’abord, sauf bonne occasion. Car la Chine n’est pas toujours contre les grands financiers, quand cela l’arrange : elle ne semble pas regretter d’acquisition de l’entreprise chimique Suisse Syngenta et d’autres entreprises de haute technologie, en robotique par exemple.

On abandonne Wall Street pour Hong Kong

Hong Kong est maintenant devenu « patriotiquement chinois ». En effet la toute nouvelle réorganisation des règles électorales par la Chine y annule presque complètement les élections directes, et les candidats aux quelques postes élus restants doivent être agréés par la police

Il est donc « politiquement correct » de s’y faire coter. De nombreuses sociétés chinoises abandonnent donc Wall Street et les actionnaires américains, pour l’argent chinois collecté à Hong Kong. Kuaishou, la start-up de vidéos courtes la plus populaire en Chine derrière TikTok, compte y lever jusqu’à 6 milliards de dollars.

Bref l’économie chinoise devient moins internationale, conformément d’ailleurs au plan de 5 ans qui vient d’être établi et qui s’appuie sur la consommation intérieure.

Et cette moindre mondialisation de l’économie chinoise est renforcée par la crainte de l’Occident devant la multiplication des achats de leurs entreprises par les Chinois.

Une Chine qui se cache

Les Chinois répètent que la chute du communisme en URSS est la conséquence de la relative libéralisation de l’information décidée par Gorbatchev. Et ils en déduisent de ne pas recommencer cette erreur. La transparence peut être mortelle !

D’où une action sur 2 axes : la propagande et l’occultation de ce qui se passe en Chine.

La propagande

Pour la Chine, comme jadis pour URSS, il faut susciter des articles laudatifs. Soit directement par la propagande gouvernementale dont nous avons un peu perdu l’habitude en Occident, soit en faisant publier des articles admiratifs par des « idiots utiles », comme Sartre et bien d’autres l’ont été un certain temps avant d’en prendre conscience et de changer de camp.

L’occultation de ce qui se passe en Chine

Les exemples sont multiples. Avec l’Australie qui a critiqué la politique chinoise et qui a vu ses exportations interdites ou surtaxées vers ce pays, c’est l’arrestation en février d’une journaliste australienne. Deux autres journalistes australiens ont dû quitter rapidement du pays.

C’est aussi l’expulsion d’au moins 18 journalistes étrangers de Chine en 2020, selon l’enquête annuelle menée par le Foreign Correspondents Club of China (FCCC)  dont ceux du Washington Post, du New York Times et du Wall Street Journal. Parallèlement la durée des visas des journalistes n’est plus maintenant que de un à six mois

La pression s’accroît aussi sur les collaborateurs chinois des médias occidentaux. Haze Fan de chez Bloomberg, a été interpellée en décembre 2020 et a disparu.

Chacun cherche des alliés.

La Chine a conclu en 2020 le « partenariat régional économique global » (RCEP) avec ses voisins, et le 30 décembre avec l’Union Européenne « l’accord global sur les investissements » qui devra être ratifié par le parlement européen.

Ce 27 mars, la Chine et l’Iran ont signé un accord de 25 ans (!). L’ennemi commun visé par cet accord c’est bien sûr les États-Unis. La Chine a besoin du pétrole iranien, surtout si l’Arabie et autres alliés des Américains, font des difficultés pour l’approvisionner. L’Iran a besoin de marchandises puisque le reste du monde et notamment les Européens n’osent pas commercer avec ce pays de crainte des sanctions américaines. On se souvient de la condamnation de la BNP à une amende de 10 milliards de dollars par la justice américaine.

La Chine courtise de nombreux autres pays.

Elle est déjà bien installée en Algérie et dans d’autres pays africains. En Europe c’est en Serbie, et dans l’Union Européenne sa tête de pont est le port du Pirée en Grèce. Et même l’Allemagne est sensible à l’intérêt du marché intérieur chinois pour ses entreprises.

Un point clé est de voir si la Chine réussira à attirer la Russie dans son camp, évolution bien commencée. Joe Biden a traité Poutine de « tueur ». L’intéressé a fait semblant de s’en offusquer, mais l’insulte américaine s’ajoute aux sanctions européennes contre la Russie, notamment à propos de sa guerre contre l’Ukraine.

Tout cela pousse la Russie du côté chinois. Il est amusant de constater que lors de la 1re guerre froide c’étaient les communistes chinois qui avaient cherché la protection de l’URSS, jusqu’à leur brouille autour des années 1960.

Les Américains aussi

De leur côté les Américains se rapprochent de l’Inde qui est menacée par la Chine sur sa frontière nord. Mais aussi à l’ouest, car la Chine est en bons termes avec le Pakistan, autres adversaires de la Chine. A l’est de l’Inde il y a la Birmanie qui compte sur l’appui chinois, tandis que la Chine y cherche une base sur l’océan Indien.

Voilà l’Inde quasi encerclée, et heureuse de voir arriver l’Amérique.

Joe Biden essaie également de réchauffer ses liens avec l’Europe qui ont été distendus par Trump.

Les agressions chinoises

En face les représentants de la Chine, priés de se transformer «loups guerriers », multiplient les provocations. Mais plus la diplomatie chinoise sera belliqueuse, plus elle renverra certains pays vers les États-Unis.

Cette agressivité de la Chine pourrait même porter préjudice à ses intérêts économiques, en compromettant les accords commerciaux qu’elle recherche activement par ailleurs et en incitant les investisseurs occidentaux à regarder avec plus de circonspection les « fabuleuses opportunités » du marché chinois.

Sur le plan territorial, Pékin a annexé en avril 2020 toute la mer de Chine méridionale, en en faisant un district administratif alors que le droit de la mer la découpait au bénéfice de tous les pays riverains. Elle s’est mis sur le dos les opinions publiques de ces pays.

Cette annexion a alimenté le mouvement des « thé au lait » (#milkteaalliance).

Le mouvement des #milkteaalliance

De Taiwan à la Thaïlande la jeunesse des pays voisins de la Chine fulmine sur les réseaux sociaux et défend les valeurs « occidentales » que la Chine rejette comme non-universelles et décadentes. Les deux camps, les « libéraux asiatiques » d’un côté, les Chinois de l’autre, se souviennent de Tiananmen, les premiers pour reprendre les idéaux des étudiants chinois, et le second pour tuer dans l’œuf ce genre de mouvement.

Début mars, la Chine s’est abstenue au Conseil de sécurité de l’ONU de condamner le coup d’état militaire en Birmanie. Les manifestants birmans ont alors incendié des dizaines d’usines chinoises dans le pays.

Les cyber-attaques chinoises

Bref, si le canon ne parle pas ou pas encore, les incidents graves de cette nouvelle guerre froide se multiplient. Quelques exemples :

Microsoft s’est fait attaquer par Hafnium, groupe de pirates soutenus par le gouvernement chinois. Il estime que plus de 60 000 de ses clients ont été victimes d’intrusion en passant par ses logiciels, dont des PME, des banques et des fournisseurs d’électricité. C’est un mouvement mondial qui frappe les entreprises de tous les pays, France comprise  et « Il n’y a aucune raison pour que les cyberattaques se calment », selon un expert du Cesin, interrogé par Les Echos du 20 février 2021. (édition abonnés).

La riposte américaine

Joe Biden prolonge et accentue les actions commencées par Donald Trump.

Le 22 mars, les États-Unis, le Canada et l’Union européenne ont pris des sanctions individuelles contre des responsables chinois de la répression des Ouïgours.

En sens inverse, le 23 décembre 2020 les États-Unis interdisent 103 sociétés chinoises ou russes lié à l’armée, dont AVIC avionneur chinois militaire et civil (concurrent d’Airbus et Boeing). Elles s’ajoutent aux 275, entreprises chinoises déjà ciblées, dont SMIC le principal fabricant chinois de puces électroniques.

Le cas Huawei et l’avènement de la 5G

Le cas de l’entreprise Huaweil est le plus connu : Le 1er décembre 2018 est arrêtée au Canada Meng Wanzhou, de nationalité chinoise, directrice financière de cette entreprise et fille de son fondateur. Elle est accusée de commerce avec l’Iran, en infraction aux sanctions américaines contre ce pays. Meng Wanzhou est toujours en résidence surveillée aujourd’hui. Cela au moment où l’on prend conscience de l’importance de la 5G, dont Huawei est le champion mondial.

En effet, la 5G, contrairement à ce que l’on pense en France, n’est que très accessoirement un accélérateur de chargement des téléphones portables.

C’est d’abord un outil permettant de piloter les usines, les salles d’opération, les aéroports et les véhicules de tout genre.

Huawei est un des grands succès du capitalisme chinois lancé par Deng Xiaoping. Ses équipements permettent un espionnage mondial. Or tout Chinois, entreprises compris, s’oblige d’après la constitution à fournir les renseignements demandés par le gouvernement. Donc un devoir d’espionnage.

Une Europe surprise par la violence chinoise

L’Amérique ayant multiplié les interdictions aux activités de Huawei et même à son approvisionnement, reste l’Europe comme champ de bataille… Voir notamment sur ce sujet « La guerre mondiale des ondes» de Sébastien Dumoulin.

Du côté de l’Union européenne, on est habitué à distribuer les sanctions, à l’égard de la Russie, de la Biélorussie ou des militaires birmans, et maintenant de la Chine. Mais la Chine riposte violemment : lorsque l’UE a déclaré persona non grata quatre responsables chinois du Xinjiang, Pékin sanctionne dix Européens et quatre institutions.

Quand un chercheur français critique le régime chinois sur Twitter, la Chine le traite de « petite frappe » et de « hyène folle ». Et quand l’ambassadeur de Chine est convoqué pour s’en expliquer, il ne vient pas, tandis que l’ambassadeur de l’UE à Pékin est convoqué, lui, en pleine nuit.

« L’Europe n’est pas un paillasson », proclame-t-on alors.

Mais pourquoi avoir signé avec la Chine accord global sur les investissements le 30 décembre 2020, alors que Trump était encore au pouvoir et l’Allemagne présidente de l’Union jusqu’à minuit ?

Il s’agissait d’ouvrir davantage le marché chinois aux entreprises européennes, principalement allemandes.

Mais il est probable que le parlement européen ne ratifiera pas ce traité dans l’ambiance actuelle

Conclusion

La Chine et les États-Unis se sont donc déclaré la guerre. Il serait étonnant qu’elle reste froide. Comme la précédente, si mal nommée, qui ne l’était pas davantage.

Les fronts sont nombreux : l’environnement, les droits de l’homme, l’économique, le militaire le cyberespace et le spatial

Ce qui est nouveau dans ce conflit, c’est la pression des entreprises internationales qui rappellent que cet affrontement nuit à leurs intérêts.

Nos gouvernements occidentaux vont-ils se révéler « vendus aux capitalistes » ou « à la finance internationale » ?

C’est en tout cas ce que pensent les Chinois (« les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle nous les pendrons »), mais aussi une grande partie du grand public occidental. Nous verrons…

Après l’URSS, les Chinois finiront ils par comprendre que leur système ne peut pas durer longtemps sans ses fameux capitalistes et les échanges commerciaux ou intellectuels avec l’extérieur ?

Le Parti saura-t-il éviter de sacrifier la croissance à son autorité de plus en plus totalitaire ?

 Yves Montenay 

29 commentaires sur “Chine : la nouvelle guerre a commencé”

  1. Merci pour votre blog, merci pour vos articles, vous êtes une source d’information passionnante et érudite.

  2. Il faut rappeler que l’occupation militaire chinoise des îles du Pacifique Sud (Indo-Pacifique) aux larges des Pays de l’ASEAN est une histoire qui commence dès les accord de Paris sur le Vietnam (1973). Lentement, sans réaction des USA, de l’Australie ou des pays d’Occident (les pays asiatiques étant incapables de rivaliser avec ce rouleau compresseur maritime. Seuls les Vietnamiens l’ont fait, mais sur terre, en 1979), la Chine a estimé qu’elle avait le « feu vert » du monde entier pour envahir. Grosso modo, la Chine s’est retrouvé dans le même contexte international que l’Allemagne de Hitler (« personne ne bouge, donc j’avance »). Il faut bien se rendre compte que la Marine chinoise occupe actuellement des îles qui sont à vue de jumelles des côtes philippines ou vietnamiennes, mais qui sont à plus d’un millier de kms de ses propres côtes: elle bâtit sur ces îles des aéroports et y installe des armements: c’est dire que ce qui se passe là est très très très inquiétant. Dans les années 90, la Chine a demandé l’octroi du statut d’Archipel à l’ONU: on lui a refusé: il est clair qu’elle va recommencer cette demande plus tard, car elle envisage de peupler ces îles conquises en y transférant des populations continentales: en rendant ces îles habitées (et, au besoin, en faisant voter les gens..!) son opération de conquête peut aboutir légalement. En Occident, on devrait sérieusement se préoccuper de cette stratégie. Actuellement, la conquête chinoise continue avec l’outil intelligent de sa milice de pêche (ses « garde-côtes »): des milliers de bateaux de pêche chinois, manœuvrés officiellement par des civils, occupent un zone de pêche (autour d’une île ciblée) pour y pécher et attendre les réactions des Etats voisins (personne n’osera attaquer des civils…!). Puis, si rien ne bouge, la Marine de guerre arrive après. Opération réussie. Conquête terminée. La Marine de guerre chinoise n’a pas hésité, aussi, à détruire une joint-venture pétrolière vietnamo-espagnole (je crois), et une autre malaisienne, dans les eaux qu’elle convoitait. Donc, on est là dans un véritable scénario de guerre CHAUDE. La Tibet n’a servi de leçon à personne, semble t-il. L’Indo-Pacifique conquis va t-il enfin réveiller le monde ?

    1. Merci, j’ai suivi ça dans la presse au fur et à mesure. Mais mon article est déjà long il aurait fallu que je fasse tout un livre !

  3. Quelques références (parmi tant d’autres…) pouvant être utiles à certaines personnes :

    1) pour l’utilisation des pêcheurs chinois dans la conquête territoriale :
    https://amti.csis.org/force-majeure-chinas-coast-guard-law-in-context/

    2) Pour la préparation de l’invasion de Taïwan:
    « Potential Military Implications of Pingtan Island’s New Transportation Infrastructure » dans « China Brief » n°6 du 26 mars 2021 (téléchargeable)
    https://jamestown.org/programs/cb/volume/

    1. Autre lecture : la Chine de 1,5 milliards d’habitants se trouve encerclée à l’Est par une succession d’arcs volcaniques ou montagneux allant des Corées aux Philippines en passant par le Japon, Taiwan et le Vietnam. Tous pays totalisant moins de 400 millions d’habitants, mais s’attribuant l’essentiel des mers de l’est de la Chine, du fait d’un droit de la mer inventé à une époque où la Chine n’avait pas voix au chapitre (le siècle de l’humiliation entre 1850 et 1949). Cette conjonction d’une curiosité géologique (la plaque tectonique pacifique s’enfonçant sous l’Asie) et d’un droit de la mer considéré par les Chinois comme injuste (à juste titre à mon avis) pousse ceux-ci à vouloir réparer par eux mêmes cette injustice de la nature et de l’Histoire.
      C’est la même injustice que conteste Erdogan en Méditerranée, avec une différence de taille : Erdogan est à la tête d’un peuple qui a envahi l’Asie Mineure et voudrait poursuivre son invasion sur mer, alors que la Chine est un pays pacifique, qui n’a jamais envahi ses voisins maritimes avant 1949 et qui mène une vigoureuse politique de ralentissement démographique, contrairement à la Turquie. Un peuple qui nous est si utile économiquement (grand marché et grand producteur à bas coût) et qui a décidé clairement de diminuer son poids démographique (si dangereux pour les ressources et le climat) mérite d’être aidé et récompensé par l’attribution des surfaces maritimes qu’il mérite… quitte à revoir le droit de la mer.

      1. Merci mais pour ce rappel de la position officielle chinoise. Cette vision pacifique correspond probablement à une partie de l’opinion chinoise et notamment à celle de ses capitalistes privés internationaux. Mais est=elle celle du président Xi ? Les proclamations récentes ont semé le doute

  4. Je réagis à la position pro-Xi (qui n’est pas forcément celle du peuple chinois…), exprimée dans les commentaires.
    1) Tout pays de la planète peut s’estimer « encerclé », par ceci, ou par cela: cela lui donne t-il alors le droit d’envahir ses voisins et de réparer par lui-même cette prétendue « injustice » ?
    2) Contrairement à ce que cette position affirme, la quasi totalité de l’espace maritime bordant les Pays d’Asie du Sud-Est (la « Méditerranée Asiatique », ou « Indo-Pacifique ») vient d’être conquis par la Chine, alors que la Chine avait droit à une partie de cet espace comme les autres Etats riverains, en partage avec eux. Les revendications chinoises sur l’intégralité de cette mer ne sont pas justifiées et se fondent sur une carte ancienne qu’elle seule (en tant qu’Empire colonial) reconnaît. N’importe qui peut se prévaloir d’un ancien document pour agresser ses voisins.
    3) Tout pays se prétendant victime d’une injustice de la Nature et de l’Histoire peut-il conquérir et envahir ses voisins ? Si oui,alors tous les pays d’Asie du Sud-Est auraient mille raison d’envahir le territoire Chinois pour punir l’Etat chinois de son impérialisme passé ou présent.
    4) Contrairement à ce qui est affirmée par cette position, la Chine n’est pas un pays historiquement pacifique: ses voisins ont eu à subir ses invasions multiples ou ses interventions politiques dans les affaires intérieures des Etats voisins (et elle continue à le faire) : elle a envahi le Tibet comme elle le faisant autrefois avec le Vietnam, et elle a soutenu le génocide des Khmers Rouges comme elle soutient actuellement les tueries de la junte militaire du Myanmar.
    5) Contrairement à ce qui est affirmé, la Turquie d’Erdogan semble moins arrogante et moins dangereuse que la Chine de Xi. Sans doute peut-on penser que la détestation chinoise de la Turquie a un petit rapport avec la détestation chinoise des Ouïghours (musulmans comme les Turques). Il est possible aussi que cette détestation chinoise ait un rapport, plus global, avec la détestation chinoise de tout ce qui n’est pas Han (les Tibétains, par exemple).

    1. Merci pour cette discussion argumentée. Je rajoute que linguistiquement les Ouïgours sont des Turcs

    2. Binh le mérite d ‘être lucide et de ne pas verser dans l’angélisme ou le mercantilisme court-termiste borné.
      Tout cela etait annoncé depuis longtemps , déjà
      par le general Mac Arthur a la fin de la deuxième guerre mondiale.
      En faisant entrer la Chine communiste dans l’OMC en 2001, on savait pertinemment qu’ on faisait entrer le loup dans la bergerie et que les investissements chinois a l’étranger seraient le cheval de troie de son ambition géopolitique.
      Cette niaiserie politique consternante des idéalistes occidentaux a été malheureusement soutenue par les sociaux-démocrates qui forment l’avant-garde du capitalisme mondialiste sans frontieriste, comme Ly Attali, Minc, Soros et consorts.
      La Chine a su mieux défendre ses intérêts, aidée par les idiots utiles, on ne peut pas lui en vouloir. Elle a été meilleur stratège.
      Maintenant qu’elle a rattrapé son retard technologique, son objectif est de créer une économie dirigée qui puisse se suffire à elle-même, une économie autarcique appuyée sur son grand marché intérieur et son énorme population, qui sera libérée de la dépendance occidentale tant économique que culturelle aussi bien sur terre, que sur mer et dans l’espace.
      La conquête maritime de l’indo-,pacifique n’est pas autre chose que la construction d’une nouvelle muraille de Chine, cette fois-ci au sud de l’empire du Milieu.

      1. Merci pour cet éclairage. Même en vous suivant, la question que j’aborde dans mes articles sur la Chine depuis plusieurs années est : cette tendance à l’autarcie économique ne va-t-elle pas peser sur la croissance ? Le chiffre de la population n’est pas tout. C’est certes un grand marché, mais les échanges physiques et surtout intellectuels avec le reste du monde sont nécessaires à long terme

        1. la Chine dépend trop de l’occident pour que son économie ne s’enferre pas dans le piège des salaires intermédiaire, trop élevés pour éviter les délocalisation et trop bas pour se passer des exportations en assurant les revenus nécessaires au vieillissement rapide de sa population . le PCC a fait l’erreur de maintenir la politique de l’enfant unique 5 a 10 ans de trop . cela sera fatal a ses ambitions de puissance !

          1. et pendant ce temps là les enlèvements des femmes vietnamiennes continuent . . . . (une sorte de Lebensborn à la chinoise !)

          2. Je réponds à Mr Montenay.
            Vous posez la bonne question, et je l’avais compris.
            A mon avis , on risque de commettre une erreur d’analyse . Il ne faut pas entendre « volonté de puissance  » au sens occidental du terme, mais comprendre que la Chine veut démontrer qu’il est possible de devenir un pays fort, indépendant et prospère par une autre voie que celle d’un capitalisme fondé sur le dogme de la concurrence pure et parfaite. Elle considère que l’occident est en décadence économique et en déclin moral. Elle veut montrer au monde qu » il existe un autre modèle fondé sur l’autoritarisme et le collectif (versus individualisme). Le marxisme sous-tend cette stratégie. Il faut relire  » La tentation de l’Occident  » d’André Malraux pour comprendre cette différence d’approche quasi philosophique .
            Mais, effectivement l’histoire nous montre qu’à un moment donné, les puissances sont , pour continuer à se développer et pour survivre , contraintes d’aller chercher des marches à l’extérieur, d’externaliser la croissance soit par la colonisation, soit par les échanges économiques et culturels avec d’autres pays.
            ( petite correction : dans mon precedent message j’ai voulu dire Lamy et non pas Ly Attali !).

          3. Je suis à moitié d’accord avec votre analyse, mais je pense que cette autarcie sera forcément partielle et va peser sur sa croissance, même si ça ne ce verra que petit à petit.
            Par contre je suis plus réservé sur votre dernier paragraphe : je ne pense pas que les conquêtes et les colonisations aient principalement économique. Malheureusement l’orgueil, le nationalisme, l’impérialisme politique ou religieux jouent un rôle plus important

    3. Voyons les choses de haut : je suis pour les nations, sachant que la question nationale est indépendante de la question économique.
      Question nations, heureusement que Lincoln a empêché le séparatisme du Sud, pour maintenir un grand pays qui a ainsi plus fait pour lui-même et pour le monde dans les derniers 150 ans. Heureusement que Mao a récupéré l’anarchie chinoise pour en faire un pays maitre de sa destinée et capable aujourd’hui de se développer, tout en diminuant sa population ! Avec 70 millions de morts ? C’est bien triste, mais à l’échelle des siècles c’est une bonne chose, car nous sommes trop nombreux sur terre. Et si la Chine rattache Taiwan ou même la Birmanie, je n’en serais pas triste (cela résoudra peut-être la guerre civile généralisée au Myanmar). Le Tibet ? Autant chinois que la Bretagne était française, et donc destiné sans regret à rejoindre l’ensemble chinois, qui va faire disparaitre une culture pittoresque, mais diablement obscurantiste. Le Sinkiang ? Impossible d’y laisser une majorité musulmane, ce serait le meilleur moyen d’y voir à terme un mouvement indépendantiste violent. De même, l’Ukraine est russe et sera inéluctablement rattachée à la Russie, tout comme la Biélorussie ! Laissons les nations se rassembler et espérons qu’ensuite, ou parallèlement, les questions économiques soient résolues (rappelons-nous l’extrême importance que nous avons attachée à la récupération de l’Alsace et de la Lorraine/Moselle) !
      Cette Chine a tellement souffert de l’anarchie que le maintien de l’ordre reste aux yeux d’une grande majorité des Chinois un impératif qui vaut toutes les privations de liberté : le contrôle facial généralisé ne gène pas tant que ça le Chinois moyen, qui n’a aucune envie de se joindre à des manifestations de casseurs comme il en voit à la télé à Hong Kong ou Paris !

      Question économie, l’entrée de la Chine dans l’OMC a permis le développement de 400 à 500 millions de Chinois, aux dépens de quelques industries en Occident : textile, automobile… Il y a eu un peu de malheur en Europe, notamment en France, mais ce fut la conséquence d’une certaine solidarité avec les Chinois, qui ont supprimé 10 fois plus de malheur chez eux que nous en avons eu chez nous. Aimant l’humanité entière et inquiet pour l’avenir du climat, je suis globalement satisfait du résultat. Et j’aimerais bien que la Chine aide les pays africains à faire la même chose : un développement important au prix de certaines souffrances peut-être (pas plus qu’au Soudan du Sud ou au Rwanda et Burundi il y a 25 ans), mais avec un réel freinage d’une démographie terrifiante ! Vu ce que nous rapporte l’Afrique, sa mise sous tutelle chinoise ne nous ferait pas perdre grand chose !
      Merci les Chinois pour ce que vous avez fait et pouvez faire à l’avenir !

      1. Il y a deux idées très différente dans ce commentaire.
        La première est relative à la définition d’une nation : est-on libre de décider à quelle nation on appartient ? À votre avis non à mon avis oui. Les programmes scolaires de ma jeunesse était consacrée à la guerre de 1870 et la perte de l’Alsace Lorraine. J’ai donc suivi cette question et constaté que les élus alsaciens-lorrains avaient protesté au Bundestag contre leur annexion: « Nous ne sommes pas allemands », Et on leur répondait : « Vous êtes allemand que vous le vouliez ou non, car votre langue votre architecture etc. sont germaniques ». Bien entendu mon opinion personnelle est celle des alsaciens-lorrains : la nation suppose une adhésion

        Votre deuxième idée est que notre intérêt est de laisser les Chinois coloniser l’Afrique et que tout le monde y gagnera. C’est intéressant. Je vous dirai seulement que tout n’est pas économique et que cela aurait aussi des conséquences politiques pour l’Europe

  5. A propos d’autarcie, la Chine est lourdement dépendante des importations de pétrole, et d’autres matières premières, et des voies maritimes qui permettent de l’acheminer, ce qui n’est pas comparable à la Russie et aux Etats-Unis, qui ont des réserves d’hydrocarbures abondantes sur leur territoire, surtout depuis le rebond de la production américaine depuis une quinzaine d’années.
    La Chine a du charbon, utilisé surtout pour la production électrique, et pas assez de pétrole.
    Les dirigeants chinois savent bien que c’est une sérieuse fragilité, pas très compatible avec la puissance, et agissent en conséquence pour traiter ce problème.

  6. Je ne crois pas, généralement, que les critères économiques fassent peur aux dictateurs du monde entier (et de tout temps). Une mauvaise croissance, et même la pauvreté (sans parler des grosses pollutions), a peu d’effets sur les oligarchies accrochées à leurs pouvoirs ou à leurs privilèges. Il est même possible (les faits l’attestent) que les problèmes économiques encouragent certains dictateurs à chercher des diversions (à leur autocratie ou à leur incompétence) dans le nationalisme ou les conflits militaires internationaux. La Corée du Nord en est un bel exemple, mais l’URSS a fait de même. Le Cambodge de Pol Pot était misérable, et ce n’est pas cette misère qui a stoppé sa dictature génocidaire. Hitler nous a montré aussi que la misère pouvait servir a asseoir un pouvoir autoritaire et expansionniste.Et pareil pour Mao. Bref: pour la Chine actuelle (celle de Xi), il est clair que si personne (pays asiatiques ou autres) ne répond à ses projets militaires expansionnistes, elle continuera (croissance en berne ou pas),et Taïwan sera sa prochaine conquête (pour Hong Kong, c’est terminé; affaire classée et abandonnée). La rationalité économique occidentale est peu utile dans ce type de contexte. Je pense qu’il faut qu’on apprenne à sortir (un minimum) de nos habitudes contemporaines liée au culte de l’Homo Economicus, pour prendre en compte (un minimum, pour savoir s’en méfier et s’en protéger) l’Homme du sacré, l’Homme de la Communauté nationale ou raciale, l’Homme du quasi « Irrationnel ». Avec la Chine actuelle (son Etat actuel, pour être précis), comme d ‘autres Etats du monde peuvent le faire aussi, la fibre raciale sinon raciste est mobilisée par les autorités dictatoriales en cours. Oublier cela, c’est oublier ce qui s’est passé au 20ème siècle dans le Pacifique (et qui a fini par toucher l’Occident): penser au Japon impérial et à son aptitude à la mort, au mépris de toute considération matérialiste sur la pauvreté ou la croissance. Les Chinois suivront Xi Jin PIng si ce dernier n’est pas stoppé: ce n’est pas une quelconque baisse de croissance de leur économie qui désolidarisera les Chinois de leur dictateur, mais l’arrêt factuel et réel des engins militaires ou des soldats (en mer, ou dans l’Himalaya) de ce démagogue (qui, dit au passage, cause un tort énorme à l’admirable culture chinoise)

    1. Je suis d’accord sur le fait que l’échec économique ne freinera pas la dictature . Mais il est néanmoins intéressant de se demander si la Chine va continuer à croître à la même vitesse, ou non, ce qui est mon avis. Même si ça ne change pas la dictature ça pèsera au niveau mondial.

  7. Il serait intéressant dans un autre art, de comparer la « réussite  » de Singapour avec les ambitions de la Chine.
    Ces deux pays sont fortement influencés par le confucianisme ( qui est un conservatisme) et considèrent que l’occident est entre en décadence. Ils rejettent les valeurs occidentales ( fondées sur les droits de l’individu) et promeuvent l’intérêt collectif avant tout. Comme les singapouriens, les chinois sont prêts à céder sur leurs libertés individuelles contre plus de sécurité , de prospérité et de puissance collective. La différence c’est que la Chine est toujours influencée par le marxisme, ce qui constituera à terme un handicap.
    A noter :
    Les nationalismes n’ont pas toujours été impérialistes. L’extrême -droite de la deuxième moitié du XX siècle visait la revanche sur l’Allemagne et était contre l’expansionnisme colonial (qui empêchait la préparation militaire de la Revanche), tandis qu’une certaine gauche (ex : Jules Ferry) soutenait les colonisations.

  8. En ce qui concerne la bonne suggestion de notre camarade Peyronnet, je suis tenté de dire, d’abord, que la « Cité-Etat » de Singapour n’est pas chinoise. Il y a beaucoup de Chinois sur ce territoire, mais il y aussi des populations d’origines ethniques et linguistiques très différentes (malaisiennes, en particulier) dont les spécificités sont officiellement reconnues. Cette réalité pluraliste est sans doute un frein à tout pouvoir qui serait tenté par une aventure agressive plus ou moins « raciste » et une fermeture économique et culturelle semblable à celle appliquée en Chine par les Maoïstes. Le passé britannique de cette société peut aussi expliquer son « ouverture » politique, ou (au moins) sa distance avec toute haine manifeste à l’égard de l’Occident (à Hong Kong, récemment, on brandissait des drapeaux britanniques dans les rues pour contrer Pékin), ce qui l’a sans doute gardée au contact du développement économique occidental de l’après-guerre (2ème). Il faut aussi reconnaître que Singapour ne serait pas en mesure d’adopter des « ambitions » trop dérangeantes à l’égard de ses voisins d’Asie (militairement ou politiquement). Ceci dit, sait-on si Singapour ne sera pas intégrée un jour dans la Chine « Populaire », suite à un référendum organisée par des militants pro-Chine-Pop sur la base d’une démographie favorable dans cette Cité-Etat, et avec la surveillance de la Marine chinoise installée dorénavant au large de Singapour…? Quant au marxisme comme handicap économique, ce serait une bonne explication si on considérait que la Chine est réellement « marxiste »: je pencherais plutôt pour la dictature comme frein au développement mais pas…à la guerre. Sur ce plan là (celui de l’expansion coloniale), la Chine me fait en effet penser à ces opinions dites « de gauche » de la 2ème moitié du 19ème siècle, qui concevaient que la terre avait besoin d’être éduquée (aujourd’hui, on dirait … »rééduquée ») et colonisée par les docteurs en bonnes intentions et en généreux modèles. La « convergence des luttes » entre le roi Xi (et sa rééducation expansionniste et coloniale) et les actuels « Décolonialistes » occidentaux dits « De Gauche » est frappante…

    1. Si la marine chinoise croise au large de Singapour,
      comme nous l’apprend notre ami lecteur Binh, il a alors raison d’attirer notre attention sur l’impérialisme inquiétant de la Chine,
      et sur le risque de voir un jour Singapour devenir un de ses satellites vassal.
      Il serait intéressant de connaître les relations entre la cité-Etat et la République populaire de Chine : ont-ils des intérêts diplomatiques convergents, des ressources naturelles complémentaires à partager, des investissements financiers croisés, des alliances communes ? Ont-ils signe des traités de coopération économique et culturelle, de libre-échange ?

      1. Pas à ma connaissance. Je relis plutôt cela a la pression que fait Pékin Sur les Chinois l’autre meilleur de tous les pays : vous êtes d’abord chinois et devait défendre les intérêts de la Chine. Or les intéresséssont souvent depuis plusieurs générations dans leur pays d’accueil, et n’ont aucune envie d’être considérés comme des traîtres par ces derniers et donc d’être victimes de soulèvements populaires anti chinois.

        1. Merci pour votre réponse aimable ! ( que je devine entre les lignes). Je suis conscient qu’il n’est pas facile de la développer en si peu de temps.

  9. La « Ligne en 9 traits » , ou la « Langue de Boeuf » marquant les revendications chinoises en Indo-Pacifique (aujourd’hui quasiment acquise par les armes) nous montre à quel point la Chine est proche de Singapour. Parmi d’autres références, une récente (2020): « La Chine, les cartes anciennes, et la langue de bœuf », sur France Culture
    URL: https://www.franceculture.fr/emissions/a-propos-dailleurs/a-propos-dailleurs-chronique-du-samedi-04-janvier-2020
    Une carte des revendications chinoises est proposée (en rouge, la Langue de Boeuf) sur le site web cité.
    Quant aux relations (diplomatiques ou commerciales) que la Chine entretient avec Singapour, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, petites ou grandes, la Chine actuelle n’en a cure (elle n’a pas respecté son contrat la liant avec Hong Kong, et elle évacue des espaces maritimes internationaux tout navire qui la dérange tel jour, ou telle heure, comme ce fut le cas pour le navire français « Le Vendémiaire » expulsé des eaux internationales par la Chine, il y a peu de temps). La Diplomatie ou les contrats sont, actuellement, le dernier des soucis des Staliniens au pouvoir en Chine.
    Quant aux manifestations populaires contre la dictature actuelle, elle n’ont aucun effet sur Xi Jin Ping (lequel n’a déjà pas peur des décisions judiciaires de la Cour de La Haye…): Tibétains, Ouïghours ou Hongkongais le savent. Et les menaces sur Taïwan continuent alors que Xi Jin Ping sait très bien que les Formosans lui sont hostiles et prêts à la guerre.
    Bref. Je suis très pessimiste et (en même temps) désolé de le dire. Je le répète: le scénario en cours ressemble fortement à celui des années 30 (c’est à dire: le recul des Etats face aux avancées militaires d’une dictature se finissant toujours par des encouragements à la guerre).
    Le seule dose d ‘optimisme que je peux avoir, c’est de constater que les Philippines réagissent un peu (tout comme la Malaisie et le Vietnam), et que les Australiens prennent conscience du danger qui les guettent (avec l’Inde et les USA, puissance du Pacifique aussi). Mais… jusqu’à quel point ?

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