La Guerre pour Taiwan ?

La guerre pour Taïwan ? Précédents historiques et risques militaires

La Chine répète de plus en plus fortement qu’elle est décidée à « réunifier » le pays en annexant Taïwan. Et tout le monde remarque que le terme « pacifiquement » a disparu. Comme il semble que Taïwan ne puisse pas se défendre sans les États-Unis, une guerre à grande échelle est tout à fait possible si ce soutien se matérialise.

Cela me rappelle des souvenirs historiques désagréables.

De nombreux précédents de mauvais augure

L’argument « c’est le même peuple, et il doit donc être rassemblé sous notre autorité », a beaucoup servi, y compris dans l’histoire récente de l’Europe.

Je vais me borner à cette dernière.

C’est en effet ce genre de discours qui a été une cause de grand affaiblissement de l’Europe. Cela commence par la guerre de la Prusse contre la France en 1870, avec l’annexion de l’Alsace-Lorraine. Ses habitants ont eu beau élire des représentants à Berlin répétant que c’était contre leur gré, il leur a été objecté : « vous êtes de civilisation et de langue germanique, donc des Allemands. Donc que ça vous plaise ou non votre place est dans notre empire (le deuxième Reich) ».

Or cette guerre de 1870 est largement à l’origine de celle de 1914 – 18 qui a détruit démographiquement l’Europe. Conflit qui est lui-même à l’origine de la guerre « revancharde » de 1939 – 45. Et on se souvient que les années 1930 ont vu le rattachement de l’Autriche et des Sudètes (Allemands de Tchécoslovaquie) à l’Allemagne, « parce que faisant parti du peuple allemand ».

Aujourd’hui la Russie a annexé la Crimée pour la même raison (elle est peuplée de Russes) et soutient les sécessionnistes du Donbass (Ukraine orientale) parce que leurs habitants sont russophones dans une république bilingue (russe – ukrainien) dans laquelle l’ukrainien a en principe un rôle prépondérant.

Mais revenons au monde chinois

Pourquoi Taïwan ?

Taïwan n’a pas toujours été chinoise, et la population initiale existe toujours, même si elle est maintenant très minoritaire.

Il y a eu en effet plusieurs vagues de colonisation chinoise, la dernière a lieu à l’occasion du repli de l’armée du Kuomintang dirigée par le président légitime de la Chine, Tchang Kai-Check, accompagnée de civils. Légitime ? En tout cas davantage que Mao, ce qui l’a amené à dire qu’il était le seul représentant de la Chine.

Le temps a passé, la Chine communiste a été reconnue, Taïwan ne l’est plus comme un pays distinct à la suite des pressions chinoises, mais, de facto, des relations quasi diplomatiques demeurent avec le monde occidental

Remarquons que Taïwan a gagné la guerre économique, puisque ce sont des sociétés de ce pays qui ont activement participé au décollage industriel de la Chine. Cela a illustré l’efficacité de son système libéral et capitaliste.

Mais psychologiquement c’est un épisode que le gouvernement chinois voudrait bien faire oublier. Et nous voyons tous les jours, notamment à l’occasion de la proclamation du centième anniversaire du parti communiste chinois que Pékin a l’habitude de réécrire l’histoire à sa façon.

Et la reprise en main de Hong Kong par la Chine communiste ne peut que crisper la population taïwanaise.

L’exemple de Hong Kong renforce le refus taïwanais et occidental

Il y a eu plusieurs tentatives de séduction chinoise envers Taïwan pour la réunification se fasse de manière paisible.

Il y a eu notamment la proposition de Pékin d’accepter le dispositif « un pays, deux systèmes, comme à Hong Kong » ce qui a paru un moment et pour certains un arrangement possible.

Mais les Taïwanais ne peuvent que constater aujourd’hui le non-respect du traité signé entre la Chine et l’Angleterre concernant la situation à Hong Kong.

Hong Kong : l’orgueil chinois réveille le souvenir des guerres mondiales

Et ce non-respect n’a pas seulement été une proclamation de principe pour affirmer la souveraineté de Pékin, mais a donné lieu, depuis mon article ci-dessus, à une nouvelle législation répressive et en pratique rétroactive, qui a mené à l’arrestation et à l’emprisonnement de nombreuses personnalités démocrates et a répandu une atmosphère d’autocensure et de crainte.

Il y a donc là une crainte très réelle de la population taïwanaise de se retrouver dans la même situation. Et pour les États-Unis de perdre leur statut de défenseurs de la démocratie et des libertés.

Sur le plan économique, l’offensive de Pékin contre ses propres capitalistes ne peut que renforcer la crainte de ceux de Taïwan.

Tandis que d’un point de vue américain, la crainte de voir la Chine mettre la main sur la principale entreprise mondiale de production de puces électronique accroît encore l’inquiétude.

Bref tout semble réuni pour que la Chine fasse une pression violente sur Taïwan.

Y aura-t-il résistance de Taïwan malgré la disproportion des forces (à ma connaissance du moins) ? Cela dépend probablement des assurances que Taïwan aura ou non de la part des Etats-Unis.

Ces derniers risqueraient alors d’entrer dans un engrenage les menant à une guerre nucléaire.  Ils n’y tiennent pas, la Chine non plus. Mais si des avions ou des navires sont détruits, les représailles viendront … d’où mon terme d’engrenage.

Une Chine admirée mais crainte et détestée

La guerre froide nous déjà fait vivre de telles péripéties.

Les leçons de la guerre froide se heurtent à la géographie

A cette époque, et malgré une forte hostilité réciproque, les États-Unis et l’URSS ont maintenu des structures de dialogue pour éviter un désastre nucléaire mondial, et notamment un « téléphone rouge » entre les responsables. Mais on a néanmoins frôlé plusieurs fois la catastrophe.

Je ne connais pas les secrets des contacts dans cet esprit entre Pékin et Washington, mais les sinologues sont pessimistes sur leur efficacité et même sur leur existence.

De plus la géographie du théâtre des opérations laisse moins de temps pour réagir qu’à l’époque de la guerre froide. Le film « Docteur Folamour » l’illustre en montrant des avions américains volant des heures avant de pouvoir larguer leurs bombes atomiques sur l’URSS, laissant au contre-ordre le temps d’arriver.

La « crise des missiles » (tentative d’installation de missiles soviétiques à Cuba) a entraîné une réaction particulièrement vigoureuse de Kennedy parce que Cuba est proche des Etats -Unis et que des missiles partant de cette île ne laisseraient pas le temps de discuter. Mais pour les installer il fallait traverser l’Atlantique, ce qui a laissé le temps de résoudre la crise.

Le détroit de Taiwan étant beaucoup plus petit que l’Atlantique ou le Pacifique, il y a là une première raison de la contraction du temps de réaction pour stopper une invasion.

De plus, aujourd’hui, les missiles remplacent les avions, deuxième raison de la contraction du temps de réaction.

Donc la « négociation au bord du gouffre » sera difficile ou impossible, et l’on en est réduit à compter sur une « modération » du président Xi, modération qui n’existera que si les États-Unis montrent qu’ils sont prêts au pire. Ce qui n’est pas certain : les États-Unis sont une démocratie avec les lenteurs et les faiblesses compréhensibles que cela peut entraîner.

On retombe sur l’avantage géopolitique en faveur des régimes autoritaires, dont la Turquie s’est servi avec succès pour envahir Chypre et Poutine en Crimée. C’est ennuyeux pour Taïwan !

Yves Montenay

45 commentaires sur “La guerre pour Taïwan ? Précédents historiques et risques militaires”

  1. le PCC a déjà tenter d’envahir Taïwan ; elle a échoué et a due se replier mais n’as pas subit de dégât sur son territoire !
    la prochaine fois, avec les missiles cela pourrait changer leur barrage des trois gorges est désormais accessible aux Taïwanais et leurs villes sont composées de tours de grande hauteur !
    La chine sait que cette guerre sera longue et doit s’assurer que ses approvisionnement énergétique ne puissent pas être coupés . son principale oléoduc passe par le Cachemire Pakistanais a portée de tir de l’inde qu’elle doit donc chasser de son propre Cachemire !
    la guerre de reconquête de Taïwan commencera en Inde !

  2. Excellente analyse. D’autant qu’il est difficile de faire la comparaison avec la « Guerre Froide » puisque nous sommes en face d’une vraie guerre « chaude » que la Chine mène depuis quelques années dans la Pacifique (contre ses voisins asiatiques) et dans l’Himalaya (contre le Tibet). Les obsessions expansionnistes chinoises en cours sont sans commune mesure avec la politique extérieure passée de l’URSS. Pour que la Chine recule dans son projet d’annexion de Taïwan, il faudrait que les USA ne soient pas les seuls à aider cette île, l’UE étant inexistante militairement. Convaincre la Russie en lui faisant miroiter certains avantages, économiques ou territoriaux (conflits de frontières avec la Chine) ? Pour cela, il faudrait entamer les démarches amicales rapidement…Convaincre les pays d’Asie du Sud-Est ? Ces derniers semblent désunis, sans doute en raison de leur faiblesses militaires (excepté, je crois, le Vietnam ou les Philippines). Il est certain que si la Chine devait combattre d’autres pays que les USA, elle y réfléchirait 2 fois: si les USA sont seuls, Xi Jin Ping foncera. Le monde ne voudra pas souffrir pour Taïwan (et il a tort) et les capitalistes occidentaux sont les meilleurs alliés du « Dictateur Rouge » (Lénine l’avait bien prévu: les capitalistes vendront la corde qui les prendra). C’est bien l’Occident qui a produit Xi Jin Ping. Taïwan risque fort de payer le prix du nouvel esprit qui parcourt l’Occident au 21ème siècle: le culte de ses minorités intérieures, la quête écologiste d’un climat idéal et permanent, le refus de la guerre et l’illusion de libertés acquises pour toujours. Le repli égocentrique et angélique de l’Occident peut lui coûter très cher, même à court terme.

  3. les États-Unis doivent impliquer le monde libre dans le refus de laisser la Chine violer le droit des peuples.
    Si les nations Unies ne sont plus le cadre de cette défense du droit, il nous faut créer une organisation parallèle;

    1. À mon avis les Nations unies ne l’ont jamais été, et le sont moins que jamais. Pour une organisation parallèle on va buter sur les pouvoirs supranationaux à lui attribuer.

  4. Vu de loin, on peut évidemment tout imaginer, craindre le pire ou rêver d’une bonne entente. Vous écrivez, à propos du pangermanisme : « Cela commence par la guerre de la Prusse contre la France en 1870 ». En fait c’était plus compliqué, si on remonte dans le temps. Le deuxième Reich allemand, assemblage de multiples petites unités politiques, a été fondé par les Prussiens suite à des guerres victorieuses de la Prusse sur l’Autriche et la France. Bien avant, il y eut la rivalité entre François 1er et Charles Quint, compliquée par les guerres « de religion », plus tard la volonté de conquête du Roi Soleil, puis l’impérialisme du « petit Corse », qui n’a pas laissé de bons souvenirs du côté de la Prusse. L’Alsace n’était finalement qu’un ballon que se disputaient des dynasties rivales. Résultat : deux guerres mondiales, fin du match par « tirs au but », si j’ose dire !
    On peut effectivement comparer Taïwan à l’Alsace, les rivalités étant ici amplifiées non plus par les religions, mais par des idéologies politiques, « communistes » d’un côté, « capitalistes » de l’autre, et par conséquent craindre le pire, sachant que souvent l’histoire bégaie ou se répète.

  5. Bonjour, si les USA veulent militariser Taïwan, ils retombent dans le même piège que l’URSS avec Cuba, et les USA, forts de leur bon droit ont alors gagné la guerre psychologique contre l’URSS.et en sont ressortis grandis. Maintenant, s’ils veulent défendre Taïwan à coups de silos de missiles, ils auront l’opinion publique internationale contre eux, et ils sont déjà cordialement « admirés » partout. Si, par contre ils veulent que Taïwan tienne le choc « classiquement », c’est un million de GI’s et d’alliés minimum et pas sûr de gagner. Le monde occidental, joue à perdant/gagnant au sujet de Taïwan avec la Chine. Celle-ci, déjà totalement gagnante grâce à ses liens économiques avec Taïwan et l’Occident et ressortira grandement rehaussée et c’est ce que veulent leurs dirigeants. Taïwan, prétexte pour humilier l’Occident ? Pour ma part, j’en suis convaincu. Plus aucun intérêt humain ou économique.Par contre, derrière tout ça se profile la domination du Yuan et des routes de la soie.

    1. L’histoire nous montre qu’il est probable que les américains ne s’impliqueront dans la question Taïwanaise que si leurs intérêts economiques vitaux sont menacés (ressources énergétiques et technologiques, accords commerciaux, approvisionnements alimentaires) ou s’ils sont attaqués directement ( ex : destruction de leurs navires de guerre, un blocus maritime autour des pays alliés du pacifique). Il existe toujours un vieux fond isolationniste dans la culture américaine, malgré sa réputation d’être le gendarme du monde (vision bien naïve).
      On a déjà laissé tomber Hongkong dans l’escarcelle du PCC ; Xi Jinping veut manifestement réitérer le même coup de poker. Le rapport de force est tout simplement en sa faveur. D’autant plus qu’une bonne part de la population Taïwanaise est en fait prochinoise ( notamment les nostalgiques du Kuomintang). Ce sont surtout les étudiants qui demeurent réellement attachés à la démocratie.

      1. C’est assez probable, mais l’histoire est pleine d’imprévu

        Les Taïwanais ont quand même élu une présidente indépendantiste

    2. Re-
      j’aurais bien aimé qu’on commente ma petite contribution. Je croyais avoir fait une bonne synthèse (avec quelques erreurs typographique)… mais quand ça veut pas, ça veut pas !
      J’essaie la même, en variant légèrement l’angle.
      Je suis persuadé que désormais, nous jouons perdant/gagnant avec la Chine.
      Les USA ont quasiment apporté à la Chine toute leur industrie informatique tayloriste en toute connaissance de cause, tout simplement pour la revendre à très bas coup ailleurs et par exemple écraser la concurrence européenne dans l’œuf.
      Et ce n’est probablement qu’un exemple parmi d’autres.
      Les Allemands ont d’ailleurs essayé de faire de même (profiter de leurs licences et casser un marché grâce aux bas coûts de production chinois) dans d’autres secteurs.
      Pour ce qui est d’un conflit militaire, la plupart des puissances nucléaires peuvent très facilement s’interdire l’usage de ces armes.
      Seul reste le risque d’un conflit dit classique, mais terriblement destructeur et ruineux. mais là encore c’est perdant/gagnant avec la Chine.
      Mourir pour Taïwan ! Ce n’est plus du tout le même problème que pour les sudètes.
      En 1940, la France ne s’est pas engagée assez tôt. Pour Taïwan, elle s’engagera toujours trop tard.
      Personnellement, je n’ai pas du tout apprécié le petit défilé naval de la marine française avec les USA et consorts en mer de Chine. C’est si sûr que ça que les USA vont aider rapidement la France en cas de contestation des ses « territoires d’Outre-Mer » par la Chine ? On peut déjà en douter !

      1. Expliquez-nous en quoi cela diffère des Sudètes. Ma première réaction est que les votes répétés à Taïwan suffisent à disqualifier le pressions chinoise, et que la répression à Hong Kong rend « un pays, 2 systèmes » non crédible. Et je ne sais pas ce que donnerait un conflit qu’il soit classique (quel missile peut, ou non, couler un transport de troupes ?) ou nucléaire

        1. En réalité, vous avez déjà tout dit dans votre article.
          Cela peut constituer les prémices d’un immense conflit : l’empire américain et alliés contre l’empire chinois et alliés (la Russie peut-être?)
          Il me semble que mourir pour Taïwan en 2021 ressemble sinistrement à mourir pour la Pologne ou la Tchécoslovaquie en 39-40. Or la Pologne et la Tchécoslovaquie (avec ses sudètes germanophones) étaient bien à cette époque des pays démocratiques.
          D’où un réel danger de conflagration mondiale, comme vous le soulignez très bien.
          Ce coup-ci, confiner la guerre, comme lors du conflit de Corée début années 50, peut s’avérer aussi impossible qu’en 39/40 et jusqu’en 1945
          *P.S. les chinois revendiquent une très forte diaspora chinoise comme les nazis revendiquaient un très forte diaspora germanique (il y en avait partout de la baltique, à la Volga, en « passant par les sudètes ».

  6. Il faut peut-être rappeler (surtout aux Occidentaux adeptes des adhésions de principe à tout ce que font les États anciennement classés dans le Tiers-Monde, voire « socialistes ») que les citoyens de Taiwan votent et qu’ils se considèrent totalement « chinois ». On a connu ça en France par exemple, avec le Vietnam: les électeurs ou militants de Gauche considéraient que seul le Vietnam du Nord méritait d’être reconnu, aidé ou considéré (Le Sud étant méprisé par les Gens dits De Gauche qui pensaient que le Vietnam du Sud n’était pas le « Vrai Vietnam »). Pourtant, tous ceux qui s’intéressent à ce pays savent que les courants nationalistes vietnamiens ont été décisifs dans le Sud du pays colonisé, et ils ont été aussi déterminants dans le départ des USA dans les années 70. Bref: on a bien vu que l’Occident des intellectuels ou des minorités actives (radio-actives ou média-actives) a sans doute contribué lourdement à la victoire des dits « Communistes  » au Vietnam. Le scénario vietnamien risque de se reproduire avec la Chine: la cécité (voire la sympathie), ou la simple complaisance, des Occidentaux avec Xi Jin Ping risque d’être cataloguée dans l’Histoire comme une complicité de certains Occidentaux avec le colonialisme, l’impérialisme ou les crimes du régime communiste chinois à l’égard des Taïwanais. Ce ne sera pas, certes, la première fois que l’Occident aura produit les conditions idéales pour que les catastrophes lui tombent dessus….

  7. Taiwan est trop près des côtes chinoises pour être valablement défendu contre une invasion militaire chinoise qui ne ferait pas l’erreur américaine de la baie des cochons, mais le retentissement serait très grand et les pays voisins pourraient en prendre ombrage, le Japon, notamment. Les conséquences seraient désastreuses pour une Chine qui monte progressivement toutes les marches du podium mondial et, par exemple, est devenue la première productrice-exportatrice mondiale de caviar. Pour conquérir quoi, d’ailleurs, car si les USA ne montreront sûrement pas le bout du nez de leurs fusées, toutes les technologies de pointes auront été exfiltrées. Mais il faut comprendre qu’il s’agit, pour la Chine, d’une cause nationale et que tout sera mis en œuvre pour arriver à ses fins. Tout se discute, surtout entre sur-armés, et je pense que la Chine y mettra le temps et la patience nécessaires, mais qu’elle arrivera à obtenir gain de cause relativement pacifiquement dans des conditions top secrètes pas forcément à son avantage, mais dont elle sera la seule à connaître les rouages invisibles qui lui permettront ensuite d’en sortir la tête haute.

  8. Je n’ai rien contre le nationalisme chinois, qui est aussi légitime que tous les autres, et donc suis favorable à la réannexion de Taïwan. Mais je ne vois pas pourquoi Xi Jin Ping ferait pour cela une guerre coûteuse en vies humaines et en destructions. Il n’a nul besoin de séduire un électorat, ni de se distinguer parmi d’autres meneurs concurrents. Attendons de voir comment évolue l’économie de Hong Kong, qui pourrait rester attractive et dynamique malgré la fin de certaines libertés institutionnelles, dont beaucoup de Chinois se fichent. Si Hong Kong évolue bien, cela pourra rassurer les Taïwanais et on peut s’attendre à une opération semblable pour Taïwan : création d’un groupe d’influençage taïwanais en faveur de l’annexion, intervention policière non militaire ou tout autre coup de force « pacifique ». Pas simple cependant !
    Le sort de Jack M’a est plus inquiétant, il ne me semblait pas menaçant pour les dirigeants politiques.
    J’ai une grande confiance dans l’intelligence des Chinois, j’approuve les annexions d’îlots leur permettant d’étendre à de grandes surfaces maritimes une souveraineté à la hauteur de leur nombre (l’anomalie physique de la ceinture de feu du Pacifique a fermé l’espace maritime chinois et interdit l’étendue qu’il aurait dû avoir). Je trouve peu gérant la reconnaissance faciale généralisée et admire leur politique nataliste, la plus vertueuse pour le climat de toutes les nations… mais je suis bien conscient que ces politiques extrêmes peuvent être très dangereuses si les dirigeants ne se montrent pas extrêmement intelligents. D’où quelques inquiétudes. J’espère très vivement que je ne me trompe pas sur l’oncle Xi !

    1. Je ne vois pas en quoi le nationalisme chinois justifie l’annexion de Formose contre l’avis de sa population. C’est bien pour montrer les limites de ce raisonnement que j’ai quitté l’Alsace Lorraine. Pour Hong Kong on verra, c’est l’avis des opérateurs qui va compter, pas celui du Chinois de base.

  9. Si certains Français, ou Occidentaux, acceptent (voire admirent) le nationalisme conquérant et fasciste de la Chine actuelle, ils devront donc être cohérents avec eux mêmes et accepter (voire admirer) que des dictateurs occidentaux (voire Xi Jin Ping lui même) fassent la même chose avec la France, ou l’Europe, par exemple: envahir l’Aquitaine, l’Alsace, les Pyrénées, la Savoie, ou envoyer des millions d’Européens dans des camps de concentration, ou déplacer des populations françaises (ou occidentales) pour les remplacer par d’autres (par des Han, par exemple). Bien sûr, si ces admirateurs de Xi Jin Ping ne sont pas des Français (ou des Occidentaux), mais des Chinois pro-Xi déguisés, alors la cohérence souhaitée n’est plus nécessaire, puisque l’admiration déclarée sera (en fait) l’expression d’un projet politique et militaire très clair.

    1. C’est vrai que sur les réseaux sociaux, certains commentaires donnent envie de répondre « combien avez-vous touché pour écrire cela ? ». Et pas seulement de la Chine : il y a aussi, notamment en Afrique, du délire antifrançais avec l’allusion à « nous amis russes »

  10. Le « Soft Power » chinois est actif sur Internet, par exemple en mobilisant des participants à des forums ou des sites pour promouvoir la politique actuelle de Xi Jin Ping, en Occident. Il fait la même chose aussi dans les Media: le cas très connu est celui de ce résident Français installé aujourd’hui en Chine, qui nie l’existence des camps de concentration remplis de citoyens Ouïghours et qui défend ce que fait l’Etat chinois au Tibet (malgré les témoignages, les journalistes et les vidéos) . La ficelle est un peu grosse, ici. Mais les citoyens du Monde entier ( y compris les Chinois) doivent se méfier de ces techniques d’influence.et de manipulation mentale des esprits. Il faut aussi rappeler que les maoïstes français faisaient, en France et sans scrupule, la propagande du goulag chinois, comme les militants des « comités Vietnam » servaient de courroie de transmission en France aux staliniens vietnamiens de la RDVN.

  11. Juste 2 petites récentes références (de Pierre-Antoine DONNET, sur le site Asialyst) , pour les personnes intéressées par le sujet de cet article:

    1) « Taïwan ouvre une ambassade de facto en Lituanie, camouflet pour la Chine en Europe  »
    2) « Cybercriminalité : les États-Unis et leurs alliés occidentaux accusent la Chine »

  12. L’annexion de Formose n’est pas la même chose que celle d’une province française par la Chine. Elle est à peu près semblable à celle de la Savoie (à la Révolution puis par Napoléon III) ou de l’Aquitaine par la France (par Clovis). Et aussi de l’Alsace-Moselle par l’Allemagne. En 1601, au traité de Lyon avec le Duché de Savoie) qui rattachait Bugey et Bresse à la France, Henri IV disait à leurs habitants : « il était normal que vous fussiez français puisque vous parliez français ». Il disait aussi : « Tout ce qui parle français est mien ». Or en Bugey et Bresse, on parlait franco-provençal, ce qui, en ces temps de patois nombreux, pouvait paraître comme une sorte de français… comme l’alsacien est une sorte d’allemand… et le tibétain une sorte de chinois.
    Parlons donc de culture et disons que les peuples de même culture ont vocation à faire nation, en n’oubliant pas que le refus des peuples n’est souvent que passager: au rattachement de la Lorraine francophone à la France (Louis XV), les Lorrains ont manifesté leur hostilité. Plus personne ne le regrette depuis longtemps. En Alsace, l’Histoire de France nous parle de l’hostilité du peuple, mais il y avait beaucoup d’Alsaciens germanophiles e 1918. Sans la volonté revancharde de la France, l’Alsace serait aujourd’hui allemande… sans regret.
    Aujourd’hui il y a beaucoup d’opposition anti russe en Ukraine ou antichinoise au Tibet et à Formose, parce que celles-ci sont attisées depuis des décennies par l’ « Occident ».

    1. C’est bien le fond de la question, et je ne comprends pas pourquoi vous mettez la communauté de langue avant la volonté des peuples. Les parlementaires alsaciens ont protesté au Reichtag, pas les parlementaires savoyards à Paris

  13. Annexer Taïwan pour la Chine, c’est comme, pour la France, annexer l’Aquitaine (Clovis) ou la Savoie (la Révolution puis Napoléon III), ou pour l’Allemagne annexer l’Alsace-Moselle, le Schlesvig-Holstein, l’Autriche ou les Sudètes, toutes régions de culture allemande (même si l’alsacien n’est pas tout à fait de l’allemand). Les Sudètes et l’Autriche étaient peuplés d´Allemands depuis toujours, qui étaient d’accord pour être annexés… sauf les juifs, non pas par haine des Allemands, mais par crainte d’Hitler.
    Quand, au traité de Lyon avec la Savoie en 1601, Henri IV annexe Bugey et Bresse, il déclare à ses nouveaux sujets : « Il était normal que vous fussiez français puisque vous parliez français ». Il disait par ailleurs : « Tout ce qui parle français est mien ». Car les peuples de même culture ont vocation à faire nation, les liens culturels devant suffire en général à assurer un « vivre ensemble » pacifique.
    Certes, lorsque la Lorraine a été rattachée à la France sous Louis XV, les Lorrains en furent mécontents, regrettant leur souverain, Stanislas Leczinski. Mais plus aucun Lorrain ne regrette cette annexion aujourd’hui. En Alsace, on retient les anti-Allemands qui ont fui, mais on tait le nombre de germanophiles qui ont apprécié leur germanité. Sans le revanchisme français, on aurait économisé une, voire deux guerres mondiales, et les Alsaciens seraient heureux d’être allemands aujourd’hui ! Quel gâchis !
    Les Taiwanais se sentent chinois, mais craignent le régime communisto-capitaliste de Beijing. Plutôt que d’empêcher l’annexion, demandons des garanties, comme à Hong Kong, où la limitation actuelle de la démocratie n’est pas une atteinte gravissime aux droits de l’homme ! Refusons catégoriquement une guerre avec la Chine et laissons les Chinois se développer tranquillement. Je suis prêt à parier gros que jamais la Chine n’annexera aucun territoire de culture non chinoise (le Tibet est indiscutablement proche de cette culture, les Ouighours sont une autre question, liée à l’Histoire).
    Idem avec lUkraine, russe depuis Catherine ll, et qui le serait encore sans les manœuvres de l’Occident à des fins géopolitiques.

  14. Si le Tibétain est une sorte de Chinois (!!) et que cela justifierait (!!) l’invasion du Tibet (et l’épuration ethnique en cours dans ce pays), je comprends mieux que l’État Chinois actuel décide d’envahir des territoires philippins, malais ou vietnamiens: sans doute que les langues philippine, malaise ou vietnamienne sont des sortes de Chinois…!! (tout comme la langue des Ouïghours serait une sorte de Chinois…!!).
    Et si « les peuples de même culture ont vocation à faire nation », on comprend bien, aussi, pourquoi la logique de Xi Jin Ping le rattache à celle de Hitler (Sudètes, Autriche, etc…)
    La France, pour l’instant, n’a pas encore décidé d’envahir la Belgique, la Suisse francophone, ou le Québec: sans doute parce que ce pays est sottement démocratique et bêtement respectueuse du droit international et des bulletins de vote.
    Et si, en plus, « le refus des peuples n’est souvent que passager » (comme « le refus d’un viol est passager »…??), on comprend encore mieux la logique de Xi Jin Ping (et de ses admirateurs…) : les peuples envahis finiront bien par s’adapter à leur envahisseur (la victime d’un viol finit souvent par accepter son violeur…??), les peuples finiront bien par se rééduquer (à force de camps et de coups). On a compris le raisonnement (et la défense de…): inutile d’en rajouter. Merci pour la démonstration: très utile………

    1. Merci pour votre réponse musclée ! Je suis frappé par l’indulgence de beaucoup on vers la Chine. Crainte ou autre raison ?

  15. Indulgence occidentale ou….Soft Power de l’État chinois ?
    Quant à l’indulgence (si c’est elle…), plusieurs hypothèses:
    1) Haine de Soi et Culpabilité occidentale,
    2) illusion d’un ancien Tiers-mondisme idéalisé et non actualisé,
    3) admiration des anciens communistes qui n’ont rien compris aux évolutions en cours dans les pays dits, ou prétendus, « communistes »,
    4) fascination parfois justifiée pour de belles civilisations (la chinoise, par exemple) mais confondue avec le soutien à des États ou des dictateurs autoproclamés représentatifs de cette civilisation (l’ histoire de la Chine est riche de ces impostures, mais l’Europe aussi),
    5) ou tout simplement: manque de diffusion massive de la culture démocratique, en Europe (certains pensent encore l’histoire et les relations internationales comme on faisait avant la naissance du droit international et des élections au suffrage universel): la démocratie a ses faiblesses (le culte des minorités et des oppositions), et les dictatures savent très bien en profiter..!

  16. Juste un petit commentaire à Louis (qui le demande….).
    Je réagis à :  » Personnellement, je n’ai pas du tout apprécié le petit défilé naval de la marine française avec les USA et consorts en mer de Chine. C’est si sûr que ça que les USA vont aider rapidement la France en cas de contestation des ses territoires d’Outre-Mer par la Chine ? »
    Ceux qui ont apprécié les exercices navals français, américains ou australiens, en Mer Indo-Pacifique, ce sont les États asiatiques agressés par la Chine (pays de l’ASEAN): il s’agit de savoir si on est solidaire (un minimum, au moins), nous Occidentaux, de ces pays asiatiques: si on ne l’est pas, il faudra alors qu’on assume les conséquences…politiques, commerciales ou diplomatiques.
    La dernière sortie navale française a été nécessaire; elle compense la catastrophique sortie du Vendémiaire qui s’est fait expulser des eaux territoriales internationales (je dis bien: internationales) par la Chine (Ceux qui croient encore que la Chine défend ses intérêts se trompent: actuellement, la Chine est clairement expansionniste, elle accapare, de plus en plus, de territoires marins et terrestres qui ne lui appartiennent pas).
    En ce qui concerne les territoires français en Pacifique (qui souhaitent le rester, démocratiquement, par des élections), ils seront certainement en danger d’invasion si la France abandonne tout de suite sa présence sur zone ! Ne rien faire, ou faire le mort, c’est donner immédiatement un chèque en blanc à Xi Jin Ping. Et si on accepte ça, pourquoi défendre la France, tout simplement ? On baisse les bras tout de suite, on accepte la défaite et …on collabore ?
    De manière générale, la référence à l’histoire sert souvent d’argument démagogique à ceux qui veulent envahir un pays: la Chine le fait actuellement, comme d’autres l’ont fait dans le passé (en Occident aussi, bien sûr)..Nous sommes au 21ème siècle, avec un minimum de droit international et un minimum de pratiques démocratiques réelles: si on garde ce type de références démagogies sur l’histoire (et donc avec les horreurs de l’Histoire) alors rien n’arrêtera les projets d’invasions futures, de qui que ce soit: Les Italiens pourront réclamer les territoires perdus par les Romains, les Grecs ou les Arabes pourront faire de même, les Français et les Anglais aussi: la Chine sera elle aussi victime de cette référence à l’Histoire territoriale puisque les Mongols pourront alors réclamer leurs terres passées sur l’actuel territoire chinois. Et les Japonais auront aussi des revendications « légitimes » à faire valoir. Bref: ce sera sans fin, et partout. La bonne et juste mesure pour tous les problèmes territoriaux identifiés par les États, ce sont les discussions fondées sur le droit international (à appliquer à la lettre, ou à modifier démocratiquement) et, SURTOUT, fondées sur les bulletins de vote. Les Taïwanais s’ont pas voté pour être rattachés à la Chine. Et tout accord avec la Chine est impossible pour eux depuis qu’elle a prouvé qu’elle ne respecterait jamais ses engagements officiels (Hong Kong): ce sont les dirigeants chinois actuels qui nuisent à la Chine, non la communauté internationale. L’État chinois gagnerait beaucoup à changer d’attitude à l’égard de ses voisins asiatiques, qui ne veulent pas devenir chinois, ou l’égard du Tibet qui ne veut pas devenir chinois. Quant aux Ouïghours, les staliniens chinois font tout pour avoir de gros problèmes avec eux, dès maintenant mais surtout dans le futur: ils s’exposent à encourager les Musulmans du monde à se solidariser avec les Ouïghours mis en camps de concentration, et ils vont se prendre à la figure l’argument fallacieux et démagogique que certains adorent : » les peuples de même culture ont vocation à faire nation  » ! Cet argument, les Islamistes (Daech, Al-Qaïda ou autres)) savent très bien le manipuler…

    1. Merci. J’espère que Louis le lira ! Les arguments historiques sont souvent à facettes multiples et surtout sortis de leur contexte (pas de suffrage universel par exemple). Je m’interroge aussi sur la présence croissante de sinophiles, de russophiles et autres sur les réseaux sociaux

      1. Et merci à vous pour votre blog, M. Montenay.
        Non c’est pas vrai ! Je suis pas un TROLL chinois ou russe ! Je suis « physique ».
        Les TROLLS, sont en réalité des « fermes » de serveurs qui inondent le public de propagande ou contrepropagande commanditées.
        Citons comme exemple l’affaire TRUMP, sous toutes réserves.
        Cordialement
        *P.S. Si je réussis à ressembler à un serveur de « fake-news », j’ai vraiment raté une vocation…

    2. Bingo, personne me répondait et ce n’est plus le cas maintenant.
      1/ manœuvres navales conjointes de l’Otan pour laisser ouvert le chenal international entre la Chine et Taïwan après la rebuffade du Vendémiaire : OK.
      2/ affichage de notre soutien indéfectible aux populations de la France d’Outre-mer : OK.
      3/ j’essaie de m’expliquer (plus haut) sur la référence aux Sudètes (germanophones de l’ancienne Tchécoslovaquie).
      4/ et je ne suis pas un TROLL chinois ou russe ! Voir plus bas.

    3. Mon point de vue synthétique (d’après les réponses d’Yves de Montenay, des autres contributeurs et des miennes).
      Attention, ça commence mal au début, je n’y parle que d’informatique. Ça alors !
      • La Chine est désormais grande gagnante, car les USA lui ont offert le monde numérique sur un plateau d’or constellé de pierres précieuse. Les USA ont sous-traité la fabrication de leurs produits informatique, en général à l’Extrême Orient et à la Chine en particulier, pour leurs coûts imbattables. Mais du coup, ils ont démasqué leur savoir-faire à la Chine pour rentabiliser leur industrie informatique pour mieux se recentrer sur la commercialisation des données des consommateurs exfiltrées par les GAFAM. Et du coup, la Chine est en position pour enchaîner les « doigts d’honneur » à l’Occident. C’est trop marrant !
      • Mais, en réalité, la Chine ne veut surtout pas casser Taïwan à coup de bombes, car c’est une véritable poule aux œufs d’or pour eux. D’une part, la Chine est LE très gros client de Taïwan dans le numérique et d’autre part ils suivent très bien l’évolution de l’industrie informatique grâce à l’île. Ce n’est pas vrai !
      • Donc, nos bons copains des USA ont encore une fois fait très fort ! mais leur plan pour empêcher l’Europe, l’Inde, et le reste du monde, de développer des compétences en numérique, est en train de se retourner contre eux. On se marre trop !
      Par conséquent, on laisse tomber cette histoire de vilains empires (par définition conglomérats multiethniques) qui veulent en découdre au sujet d’une mignonne petite île, honnête et super-travailleuse de surcroît, et accessoirement leader mondial en informatique appliquée aux smartphones. Un modèle international… tiens !
      Ce que veut la Chine, c’est que Taïwan admette son protectorat au détriment du protectorat américain. C’est tout. Puis progressivement faire passer le détroit de Taïwan en eau nationale pour élargir leur périmètre.
      A mon avis, leurs bonnes pratiques reviennent dans la gueule des USA. Tout pour affaiblir l’Europe et en particulier la France a montré ses limites.
      Bon malgré tout, ils semblent prêts à aider la France en cas de contestation des ses territoires d’Outre-mer au vu de leur petit défilé naval commun. Nous avons toujours ça.
      Par contre, si la France n’avait pas eu l’occasion de développer une industrie numérique autonome pour développer son industrie nucléaire et de défense…. Horreur !

  17. La propagande de Pékin en France (sur Taïwan, sur les territoires récemment conquis, sur les Ouïghours, sur le covid19, sur la pollution, …) est intégralement relayée, presque mot à mot, par des courroies de transmission (individus ou institutions) installées en France : les citoyens et les démocrates vont devoir s’habituer à la traduire ou la démasquer.

    Illustration de cette manipulation des idées en France, par la Chine, l’enquête récente du Sénat sur les stratégies d’influence en France qui cible largement les autorités chinoises pour leur activisme dans les universités et la recherche (en essayant de mobiliser des chercheurs ou des enseignants).
    Cette enquête est suivie, bien sûr, par les Renseignements

    A lire :
    http://www.senat.fr/commission/missions/influences_etatiques_extra_europeennes.html

    A lire aussi, un compte rendu rapide :
    https://www.la-croix.com/Famille/Ingerences-etrangeres-luniversite-lautre-menace-2021-07-25-1201167789

  18. Juste une petite remarque sur un commentaire passé de Louis, que je relève seulement maintenant.
    Le voici: « mourir pour Taïwan en 2021 ressemble sinistrement à mourir pour la Pologne ou la Tchécoslovaquie en 39-40 « .
    NON: en 1939, l’armée française n’est pas allée « mourir pour la Pologne » ! Encore moins pour la Tchécoslovaquie…
    Si elle l’avait fait, elle aurait gagné la guerre ! Hitler l’a même avoué immédiatement: il craignait une attaque sur son front Ouest qui l’aurait défait, à l’Ouest (avec ou sans soutien britannique) et à l’Est (les Soviétiques auraient forcément rompu le pacte germano-soviétique).
    D’ailleurs, l’armée française (très puissante, en 39) a fait pire: elle a pénétré en territoire allemand comme dans du beurre (comme dans du beurre !), puis…puis…puis… elle est revenue à la maison pour …. se réfugier calmement derrière sa ligne Maginot !
    Stratégie stupide et suicidaire du commandement français.
    On ne peut pas appeler ça « mourir pour… » !
    La France n’est pas allée mourir pour la Pologne, malheureusement, et c’est justement cet abandon qui lui est revenu en pleine figure: en laissant mourir la Pologne, la France s’est condamnée à mort (elle a été battue puis humiliée) et elle a condamnée à mort (indirectement) des millions de gens.
    Si on ne meurt pas pour Taïwan, l’Asie de l’Est tout entière sera en danger, océan Pacifique compris. Donc, à terme, l’Occident sera touché (en commençant par l’Australie, qui commence à se réarmer sérieusement).
    D’autant que le pacte germano-soviétique de 39 ressemble beaucoup (dans l’esprit) à l’amitié sino-russe actuelle: on peut deviner pourquoi…
    Si on abandonne Taïwan, comme on a abandonné Hong Kong, on n’aura pas la paix: on aura la guerre…un peu plus tard.

  19. Il faut lire « Libération » ou « Le Monde » de ces derniers jours, sur la stratégie d’influence et de manipulation des esprits dans les facs françaises, par la Chine, pour bien comprendre ce qui se passe en France avec l’État chinois (que je distingue de la population ou de la culture chinoises, bien sûr).
    L’argent, les Institut Confucius, et les échanges d’étudiants, sont les media essentiels de conquête des cerveaux au service du stalinisme chinois : à partir de là, toute la propagande chinoise se déplie aisément dans l’espace français global (sur internet, dans les associations, dans le militantisme humanitaire ou politique, etc).
    Les spécialistes français ou chinois qui témoignent pour ces 2 journaux le font souvent cachés, car ils craignent pour leur carrière, leur vie, et pour leurs familles : c’est dire où on est arrivé avec la Chine (intimidations et menaces sur les universitaires critiques, cours ou colloques interrompus si les sujets dérangent l’Ambassade, carrières de profs menacées en France si tel ou tel institut Confucius est critiqué pour sa propagande étatique, etc) !
    D’autres spécialistes, courageux, témoignent à découvert : franchement, ça fait froid dans le dos.
    Évidemment, la propagande sur la récupération de Taïwan fait partie des discours de base que les agents de Pékin (français ou chinois installés en France) font passer dans leur travail d’influence auprès des Français.

    Voici ces articles.

    Dans Libération, lundi 26 juillet 2021 :
    « Dans les facs françaises, des travaux dirigés par Pékin » par Laurence Defranoux,
    « La Chine dans les universités françaises, un pouvoir pas très soft » par Dov Alfon,

    Dans Le Monde, vendredi 9 juillet 2021:
    « Confucius en France : de si discrets relais chinois » par Nathalie Guibert

  20. Petite réflexion sur le dernier commentaire de Louis du 28 juillet. Merci.

    1) « La Chine est désormais grande gagnante, car les USA lui ont offert le monde numérique sur un plateau d’or ». OK. Lénine avait bien raison : les capitalistes vendront la corde qui les prendra. Mais ça vaut aussi pour tout l’Occident capitaliste (peut-être pour la Chine, demain ?)

    2) « la Chine ne veut surtout pas casser Taïwan à coup de bombes » OK : personne n’a jamais pensé ça ! Exemple : Hong Kong récemment, les Tibétains ou les Ouïghours, aussi. Pas de bombes. Juste une restriction des libertés (syndicales, entre autres) et juste une épuration raciste et ethnique. Seulement ça…On imagine ce que feraient les Français dits « De Gauche » si on leur appliquait le centième d’un tel traitement !

    3) « USA…leur plan pour empêcher l’Europe, l’Inde, et le reste du monde, de développer » : contradiction avec ce qui est affirmé des USA plus tôt. D’ailleurs, l’Inde est devenu un pays d’informaticiens. Et…Taïwan aussi développée grâce aux USA (« leader mondial en informatique »)

    4) « on laisse tomber cette histoire de vilains empires » : avec les USA, aussi, donc !

    5) « empires (par définition conglomérats multiethniques » : Les USA oui. La Chine, non ! La Chine des Han est devenue raciste avec Xi Jin Ping. Il faudrait que nos racialistes occidentaux (par exemple : Audrey Pulvar, Sandrine Rousseau, etc) aillent développer leurs discours racialistes en Chine (à l’égard des « Jaunes »), et ils verraient la différence….(il n’y pas d’équivalent en Chine du « Black Lives Matter » pour les Tibétains ou les Ouïghours)

    6) « Ce que veut la Chine, c’est que Taïwan admette son protectorat au détriment du protectorat américain. ». Doit-on, se soumettre (les Taïwanais, d’abord) à « ce que veut la Chine » ? Il y a une démocratie à Taïwan : les USA sont demandés ! Pas la Chine communiste. Pas une seule manifestation taïwanaise contre les USA ! Même si on est critique à l’égard des USA, on ne peut pas mettre sur le même plan ces 2 empires : l’un est une dictature agressive et militairement expansionniste, l’autre est un empire impérialiste capitaliste mais démocratique.

  21. Merci. Impeccable ! enfin on me réponds.
    – Taïwan est désormais une succursale industrielle de la Chine, vote de défiance ou pas.
    – Si la Chine annexe Taïwan, la confiance toute relative accordée à l’informatique orientale disparaîtra. Les cas Huawei se multiplieront.
    – Je pense, à tort ou à raison, que la délocalisation de l’industrie informatique US en Orient avait aussi pour but d’empêcher l’autonomisation de l’Europe en matière de matériel informatique par la concurrence sociale (les bas coûts).
    J’arrête de pérorer, je commence à prendre trop de place !

    1. C’est plutôt la Chine qui est une succursale de Taiwan vu les implantations réussies de Taiwan dans ce pays. Mais cela ne donne aucune force à Taïwan, c’est même une faiblesse car les capitalistes de Taiwan peuvent craindre des nationalisations.
      Par ailleurs, la principale usine mondiale de microprocesseurs est à Taïwan. J’avoue ne pas savoir si c’est une force ou une faiblesse. Dans quelques années son propriétaire ou ses concurrents en auront construit d’autres ailleurs, notamment aux EU. La Chine a-t-elle intérêt à agir avant ?
      Enfin je ne crois pas à un complot américain, c’est trop compliqué, et la situation actuelle est pire pour les États-Unis que s’il y avait un concurrent européen.

  22. Celles et ceux qui s’intéressent aux Asiatiques confrontés à l’expansionnisme chinois, pourront être intéressés par les recherches de l’Institut Thomas More (et plus particulièrement celles de Laurent Amelot et Hugues Eudeline).
    Voici 2 liens:

    1) https://institut-thomas-more.org/2021/07/07/du-japon-au-vietnam-en-passant-par-taiwan-%c2%b7-quelle-strategie-pour-les-europeens-face-aux-revendications-territoriales-chinoises/
    « Du Japon au Vietnam en passant par Taïwan · Quelle stratégie pour les Européens face aux revendications territoriales chinoises ? »

    2) https://institut-thomas-more.org/2021/06/01/progindopacifique/
    « L’Indo-Pacifique à l’épreuve des ambitions chinoises: Programme Indo-Pacifique 2021 de l’Institut Thomas More »

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