Trump la volte-face

Trump, taxes et chaos : que disent les économistes ?

Nouvelle volte-face de Trump sur les droits de douane américains : après ses coups de massue sur tout ce qui bouge, il annonce hier qu’on arrête tout pendant 3 mois… sauf pour la Chine, surtaxée à 125% ! Ça fait beaucoup de coups de volant en quelques jours…

La planète économique s’affole : quelles vont être les retombées de cette guerre économique déclarée au monde entier ? 

On aimerait bien être prophète ou du moins un expert des grands rouages économiques pour pouvoir imaginer la suite. 

Et donc, messieurs les économistes, au boulot !

La déferlante des petits papiers signés par le nouveau président américain déclenche des cris épouvantables chez les industriels concernés, ce qui est bien normal.

Mais on entend moins les économistes, sauf pour rappeler des grandes théories concernant le libre-échange ou le protectionnisme.

On aimerait pourtant bien qu’ils répondent à des questions concrètes.

En voici quelques-unes.

L’argent va-t-il tourner en rond ?

Les douaniers vont prélever des sommes énormes sur les marchandises qu’ils verront passer.

Où vont aller ces sommes ? Pour la plus grande partie au Trésor américain, pour le reste, au trésor des pays qui feront des représailles.

Mais ça ne s’arrête pas là.

À court terme ces recettes supplémentaires vont diminuer les prélèvements sur les marchés des capitaux : en effet, la plupart des grands pays, dont pour commencer les États-Unis, y prélèvent leurs paiements quotidiens pour financer d’énormes déficits.

Celui du budget américain pour commencer, mais aussi celui de la France et de bien d’autres.

Donc on prélèvera plus d’argent (probablement sur le consommateur final) d’une main, mais, de l’autre, on en prélèvera moins sur les marchés financiers.

Bref, l’argent va tourner en rond.
Messieurs les économistes, racontez-nous la suite…

Les circuits des biens vont-ils changer ?

En principe oui, puisque c’est fait pour ça : venez donc en Amérique nous ré – industrialiser, nous dit-il !

Mais en pratique ?

Prenons l’automobile américaine, ou Boeing et Airbus.

À court et moyen terme, ils vont continuer à produire, donc ils continueront à acheter de l’énergie pour faire tourner leurs usines, et des pièces détachées venant de dizaines de pays etc.

Ce sera également le cas d’Apple, de l’industrie électronique et finalement de presque tout le monde.

Donc, pendant un temps assez long, ça ne changera rien ou pas grand-chose aux échanges physiques.

Messieurs les économistes, dites-nous alors pourquoi toutes ces émotions sur les marchés ?!

Qui sera le payeur final ?

Ce sera principalement le consommateur, nous dit-on.

En effet, les producteurs ne peuvent pas baisser leurs prix de 20, 30 ou 100 %.

Mais les consommateurs, particuliers comme entreprises ont des moyens limités. Ce qu’ils dépenseront en plus pour les biens importés, ils ne les dépenseront plus ailleurs !

Messieurs les économistes, dites-nous la suite !

On sait déjà ce qu’en pense Donald Trump : il y aura une vague de prospérité américaine qui permettra à ses électeurs de supporter ces petits ennuis passagers.

Cela revient à la question précédente, mais en plus compliqué : dites-nous comment l’argent des consommateurs va tourner en rond !

Messieurs les économistes nous attendons vos explications avec grand intérêt.

Et si c’était une simple déformation professionnelle ?

Je rajoute une impression personnelle : Donald Trump est efficace quand il s’agit de récolter de l’argent par des émissions télévisées expliquant comment on peut s’enrichir.

Il paraît qu’il est également efficace lorsqu’il s’agit de construire un bâtiment.

Dans les deux cas, il ne s’agit pas d’usines construites pour des dizaines d’années avec des problèmes de recrutement, de formation du personnel ou de celui des sous-traitants…

Bref il pense naturellement que l’activité économique est parfaitement mobile : son expérience professionnelle n’est pas celle d’un industriel confronté aux questions de production de Boeing ou d’Apple.

Et le pouvoir politique donne une dimension excitante à cette probable déformation professionnelle : il imagine « une Riviera sur la bande de Gaza, peuplée de milliardaires du pétrole… » Je le cite ! Quel beau rêve !

Quid des Palestiniens ? Pour Trump, pas de problème ! « Il reste de la place dans les déserts du Sinaï (égyptien) et celui du sud-est de la mer Morte (jordanien)… avec un beau soleil en prime. Et peut-être des emplois dans l’énorme ville touristique que projette l’Arabie dans cette région, autour de quelques ruines de la civilisation de Petra… »

Retour à la vérité officielle

Ne nous cassons pas la tête.

Quels que soient les intentions ou les calculs, quelles que soient l’ignorance économique ou la finesse des négociateurs (ce qui est la vérité officielle), la situation concrète, c’est une incertitude généralisée !

En effet, après tant de coups de gouvernail contradictoires, que va décider Trump demain ?

Si les grandes multinationales américaines ont d’abord besoin de stabilité pour leurs investissements, c’est le cas de la plupart des autres entreprises aussi !

L’incertitude est peut-être pire qu’une mauvaise décision…

J’ose une réflexion politiquement incorrecte : quelques personnes de son entourage sont probablement rompues aux « coups » en bourse. Or ces zigzags sont du gâteau pour initiés (*) ! Je ne pousse pas le raisonnement plus loin mais vous voyez l’idée…

Bref on pense inévitablement à Brassens : « Trumpettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées »

Yves Montenay

(*) Un exemple ? L’action BNP Paribas a clôturé hier à Euronext Paris à 63.78€… avant l’annonce de Trump dans la soirée d’un report des taxes douanières pour l’UE… et l’action BNP s’est envolée de plus de 15% jusqu’à 73.63€ à l’ouverture ce matin ! 

10 commentaires sur “Trump, taxes et chaos : que disent les économistes ?”

  1. « Donc on prélèvera plus d’argent (probablement sur le consommateur final) d’une main, mais, de l’autre, on en prélèvera moins sur les marchés financiers. »

    Les grands perdants seront pays d’origine des entreprises exportant aux Etats Unis car pour payer moins de taxe douanière, elle seront obligées de produire sur place ou bien de créer des filiales d’importation auxquelles elles vendront à prix coûtant et dans un cas comme dans l’autre, l’impôt sur les sociétés ne sera plus payé à l’Etat d’origine, mais au gouvernement américain.

    Par ailleurs, la parenthèse de la « mondialisation heureuse » s’achève, les grands gagnants de celle-ci en Occident étant dans la même tranche d’âge que l’économiste l’ayant prophétisée et tout ce joli monde arrive tout doucement en fin de vie tandis que le monde devient de plus en plus dangereux et les intérêts nationaux reprennent leur droit.

    Par ailleurs, le chaos du Covid et la guerre en Ukraine rappellent l’importance stratégique d’avoir des sites de production à portée de main, l’industrie américaine s’étant montrée incapable de produire des obus pour aider l’Ukraine alors que la Russie a mobilisé ses vieilles usines de l’ère soviétique pour boucher les trous et grignoter le terrain lentement mais sûrement…

    Et il est à noter que ces jours-ci, l’Etat Français est en train de considérer d’intervenir pour sauver les industries « sensibles » (dit autrement susceptibles d’être converties en industrie de guerre, en particulier l’automobile pour produire des camions de transport de troupes).

  2. Tout cela est en effet assez peu logique. Admettons que la motivation principale soit de rester plus puissant que la Chine. Comme la Chine a un outil de production d’une grande puissance (du fait de la force de travail disponible et du rattrapage technologique), l’empêcher de produire pour l’exportation va évidemment libérer des forces productives pouvant alimenter sa force militaire. Et qu’auront alors gagné les USA ?

  3. Les Coups de volant de Trump sont habituels, mais sur l’économie il a eu peur après coup : peur de perdre beaucoup sur la dette américaine détenue par les Etrangers, peur de perdre en Leadership et donc peur de perdre sa cible «Great Again».
    Trump n’a jamais fait le centième de ce qu’il promettait contre les Forts : exemples avec Kim ou Poutine. Il finit par perdre ou par abandonner quand les plus forts résistent. Kim et Poutine ont gagné.
    Pour les droits de douane, avec l’UE par ex, il faut lire Trump comme on lit une attitude d’enfant (qui souhaite l’inverse du mal qu’on lui fait). « Tu m’as fait mal, donc je vais te faire mal cent fois plus». Comme l’UE met plein de barrières pour ses échanges (ex : le Traité Mercosur refusé par la France), derrière les excès de Trump se cache peut-être (hypothèse) l’envie de baisser (supprimer ?) les droits de douane….L’autarcie américaine va grandir les autres empires.
    Même constant avec l’OTAN : «L’UE veux dépenser peu, alors Les USA se retirent ! » En abandonnant l’Europe, Trump va rapetisser les USA.
    Pour la Chine : idem. « Tu triches ? Donc je casse le jeu » Mais la Chine va gagner (malheureusement). Et (malheureusement), pendant cette sale période, les asiatiques vont perdre confiance avec les USA et se tourner vers la Chine qui va dominer complètement l’Asie. Trump va rendre la Chine encore plus « Great Again » et faire disparaître les USA de l’Asie.
    Trump est un clown tragique, pitoyable et (donc) dangereux.

    1. Oui, mais dans l’autre sens la Chine me semble rongée par la démographie et la censure généralisée qui va forcément peser sur la vie intellectuelle (voir mes articles depuis 10 ans). Mais ce sera une évolution insidieuse et très progressive. Il peut se passer beaucoup de choses en attendant, notamment celles que vous évoquez.
      Ou d’autres… par exemple un ennui de santé (politique ou physique) du président.

      1. Pour la censure, je ne sais pas. La censure oblige la population à rester masquée mais qu’il y a t il derrière le masque ? On a connu en France une religion imposant un fort conformisme social. L’exode rural et l’anonymat des grandes villes (qui a fait bien plus que les bouffeurs de curés) l’a vaincu en moins d’une génération. Une population qui était baptisée quasiment à 100% il y a moins d’un siècle a aujourd’hui déserté les églises, ce qui prouve bien que ce n’étais qu’un vernis imposé par la censure-contrainte sociale.
        La facilité avec laquelle les asiatiques assimilent l’enseignement quand ils y ont accès est une des clef de leur décollage économique mais est aussi le ferment principal de l’ouverture d’esprit.

        1. @Jean-Claude Barescut effectivement, les Eglises ont généralement prospéré sur des populations rurales où tout le monde s’épiait, d’où le divorce de plus en plus consommé entre les métropoles et l’arrière pays avec sans doute aussi un fond de jalousie.

          L’urbanisation est aussi un facteur clé dans le déclin des naissances car le logement est cher en ville, au point que l’Etat doit compléter le salaire des travailleurs en bas de l’échelle et même des jeunes cadres qui ne s’en sortent plus…

          1. Je précise que c’est un phénomène mondial : c’est vrai dans le logement urbain formel tel que nous le connaissons, mais c’est vrai aussi dans l’informel, avec en plus une insécurité juridique.
            Mais l’urbanisation c’est bien plus que cela : c’est également beaucoup plus de contact avec des hommes et des idées qu’à la campagne, une meilleure scolarisation au Sud, des opportunités professionnelles même informelles et basiques etc.

          2. @Yves Montenay : oui, un peu partout on assiste à ce clivage grands centres urbains Vs arrière pays et en France, il est accentué car pour encourager les familles à faire des enfants, on s’est arrangés pour que les études supérieures soient gratuites et ceux au niveau ce sont précipités pour le faire et d’aller tenter leur chance en ville, ce qui fait que dans certaines communes de province, il ne reste pour dire plus que des personnes âgées, des cas sociaux abrutis par l’alcool et la consanguinité et les plus chanceux arrivent à se caser dans la fonction publique territoriale, d’où souvent la jalousie contre les fonctionnaires…

      2. Et pour cause, le déclin démographique est economiquement très positif si on part d’une économie complètement inefficace, ce qui était le cas de la Chine qui partait de très bas et s’etait rajoutée par dessus les politiques insensées de Mao parmi lesquelles une politique familiale ultra-nataliste ayant engendré la création massive d’emplois inutiles au nom de la « valeur travail ».

        Inversement, une natalité soutenue dans une économie mature conduit à la prolifération d’activités bureaucratiques à l’utilité douteuse (consultants, avocats, juristes, experts…) pour caser les enfants de la classe moyenne aspirant à marcher dans les pas de leur parents, surtout que les diplômés se marient souvent entre eux, une petite dizaine sur 50 rien que dans ma promotion d’école d’ingénieur!

        En Allemagne ou au Japon, on s’est arrangé pour que madame perde le bénéfice de ses études si elle fait un enfant et c’est un des secrets des performances à l’export, dans une économie avancée, faire des enfants ou exporter, il faut choisir!

      3. Déjà, maintenant, Trump recule devant ceux qu’il prétendait vouloir mater avec ses muscles (comme il a reculé, jadis, devant Kim). Avec Poutine, comme avec les fascistes iraniens. Et avec Xi Jin Ping, sans attendre les conséquences annoncées du déclin démographique de la Chine, Trump va s’écraser (et abandonner). Je conseille l’article « Pourquoi Trump est en train de perdre sa guerre commerciale avec la Chine » de Hubert Testard.
        URL = https://asialyst.com/fr/2025/04/15/pourquoi-trump-perdre-guerre-commerciale-avec-chine/

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