Les racines de la guerre entre l’Iran et Israël

Pourquoi ce déclenchement soudain des hostilités en Iran ? La guerre que se mènent Israël et l’Iran depuis 40 ans a ses origines dans une rivalité religieuse, stratégique et politique, exacerbée par l’effondrement des équilibres régionaux et l’isolement de Téhéran.

Les Iraniens et les Israéliens sont deux peuples dont une partie est profondément religieuse, voire, vu de l’extérieur, fanatique. Dans ces deux pays, les partis religieux sont au pouvoir, ce qui paraît étrange à beaucoup de Français laïques, voire athées.
Cette dimension s’ajoute à la situation géopolitique où l’Iran voit ses alliés régionaux s’affaiblir ou disparaître. À cela s’ajoutent les intérêts divergents des grandes puissances.

Je vais donc examiner les fondements religieux, les dynamiques régionales et les implications internationales de cette guerre.

Le contexte religieux : « Dieu est avec nous»

Depuis la Révolution islamique de 1979, l’Iran s’est doté d’un système théocratique singulier, fondé sur le principe du Velayat-e Faqih, la tutelle du juriste-théologien qui s’impose aux instances élues au suffrage universel.

Le Guide suprême, actuellement Ali Khamenei, n’est pas un prophète mais il est censé incarner l’autorité suprême inspirée par la loi divine chiite, donc, pour certains, par Dieu lui-même. Certains Iraniens sceptiques rajoutent que l’actuel guide suprême est surtout le « parapluie religieux » cachant la dictature militaire des pasdarans (« les gardiens de la révolution ») qui tiennent le maintien de l’ordre et la vie économique.

Or Israël est qualifié par l’ayatollah Khomeiny de « tumeur cancéreuse », et il multiplie les appels à la destruction de l’« entité sioniste ».

Le gouvernement israélien est donc inquiet de voir s’enrichir l’uranium iranien à un niveau permettant bientôt de charger des missiles nucléaires. Et, en attendant, de voir l’Iran armer et financer les ennemis à sa frontière : le Hamas, le Hezbollah, la Syrie de Bachar El Assad.

Du côté israélien, il y a également un argumentaire religieux.

L’État d’Israël évoque la promesse biblique faite à Abraham et à sa descendance : la Terre d’Israël comme patrimoine divin du peuple juif.

Cette conviction, enracinée dans l’Ancien Testament, justifie pour certains la souveraineté israélienne sur Jérusalem et les territoires occupés.

Le concept de « peuple élu » va dans le même sens.

Mais, côté musulman, Jérusalem est une ville sainte de l’islam, où Mahomet est passé en montant au ciel. D’où une sorte de droit de propriété.

Bref, des deux côtés, la foi religieuse alimente un sentiment de légitimité exclusive … Et tant pis pour la large partie de la population de chaque pays qui n’est que peu ou pas religieuse !

Géopolitique : l’Iran a perdu ses alliés

Depuis quelques mois, l’Iran est considérablement affaibli, ce qui mène logiquement Israël à agir maintenant.

Le Hamas, l’allié de Téhéran dans la bande de Gaza, a été très durement frappé par l’offensive israélienne depuis octobre 2023.

Au Liban, le Hezbollah a été affaibli lui aussi. Il a perdu son chef et de nombreux cadres ont été tués ou blessés par deux séries d’attentats faisant exploser leurs bipeurs, puis leurs talkies-walkies

En Syrie, le régime de Bachar El Assad, chef de la communauté chiite de Syrie, s’est écroulé. Les troupes iraniennes ont largement participé aux massacres de la partie non chiite de la population. Le nouveau régime est sunnite, comme la grande majorité du pays, et proche des islamistes au pouvoir en Turquie.

En Irak, les milices chiites proches de Téhéran, autrefois influentes, sont fragilisées par la contestation interne. De plus, elles sont arabes et non perses.

Enfin un point sur lequel Israël est discret : bien que ce ne soit pas officiel, ce pays possède la bombe atomique. Cela fait bien sûr des jaloux …

Côté israélien, les accords d’Abraham ont permis de normaliser les relations avec plusieurs États arabes. Ces derniers ont certes une population massivement pro-palestinienne, mais les pouvoirs en place préfèrent traiter avec un pays moderne et puissant.

La situation est encore compliquée par le fait que les deux ennemis, l’Iran et Israël, sont minés par des faiblesses intérieures.

Les faiblesses du régime iranien

La bourgeoisie iranienne, et probablement une partie croissante du peuple, sont exaspérés par la pression islamiste. Cette pression se traduit notamment par la deuxième place mondiale qu’occupe l’Iran derrière la Chine pour le nombre d’exécutions capitales par habitant.

Une partie du clergé est conscient que la politisation de l’islam éloigne les croyants de leur foi, mais la nature du régime et la personnalité du guide suprême pousse à un islam traditionnel symbolisé par l’obligation du tchador.

Une partie de la population refuse de le porter et est sévèrement réprimée.

Cela s’ajoute aux difficultés économiques dues au boycott occidental, insuffisamment compensées par les ventes de drones et de pétrole respectivement à la Russie et à la Chine.

Malgré la production pétrolière, la situation a été aggravée par de nombreuses pannes de courant, comme dans d’autres régimes affectés par des coupures, bien qu’ils soient richement dotés en hydrocarbures, tels le Venezuela, Cuba (par des dons notamment vénézuéliens) et nombre de pays africains.

Les protestations politiques ont pour origine les dysfonctionnements des services publics d’eau, d’électricité et de transports, sur fond de d’inflation (+37 %).

L’attaque israélienne a accru le chaos et Jérusalem a même appelé les Iraniens à renverser le régime actuel !

Les faiblesses du régime israélien

En Israël, la population est divisée.

Une partie de l’opinion accuse le premier ministre de faire la guerre pour se mettre à l’abri d’un procès pour corruption.

Les plus religieux, à l’extrême droite, refusent le service militaire qui pèse très lourd sur le pays et ont un comportement envers les femmes « pire qu’en Iran ».

Malgré le nombre de réservistes rappelés par l’armée, la situation économique reste néanmoins bien meilleure qu’en Iran.

Le rôle des grandes puissances

Ce conflit régional a des répercussions mondiales.

Les États-Unis restent les alliés indéfectibles d’Israël. Leur soutien militaire et diplomatique ne faiblit pas, même lorsqu’il suscite des critiques internationales. Washington considère l’Iran comme un État voyou, soutenant le terrorisme et menaçant l’équilibre régional.

La Russie était l’alliée de l’ancien régime syrien et est partenaire de l’Iran, elle a néanmoins toléré les frappes israéliennes contre les positions iraniennes en Syrie. Ses relations avec Israël sont ambivalentes.

La Chine importe massivement du pétrole iranien et a facilité un rapprochement entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Elle cherche la stabilité régionale avant tout, pour sécuriser ses investissements et ses flux énergétiques et refuse de choisir un camp.

L’Union européenne est surtout préoccupée par la sécurité énergétique et la prévention d’un nouveau choc migratoire ou humanitaire. Mais elle a une grande affinité avec la société israélienne dont une grande partie est d’origine européenne (liberté d’expression, statut de la femme, sauf pour la partie ultra conservatrice religieusement…). Par ailleurs, elle pense avoir une dette envers Israël suite à la Shoah.

En conclusion

La guerre entre l’Iran oppose deux visions du monde, deux récits fondateurs enracinés dans le religieux.

La seule issue positive possible est l’écroulement du régime iranien, mais la situation actuelle peut également mener une partie de la population à faire bloc autour de ses dirigeants.

Un autre est un compromis allégeant les sanctions économiques contre des assurances en matière nucléaire. C’est peu probable, Israël craignant un développement clandestin ou un revirement une fois la menace éloignée.

Par ailleurs tout cela ne fait progresser en rien le problème palestinien qui va donc continuer à empoisonner le Moyen-Orient.

Bref il n’y a rien de réjouissant en perspective !

 

4 commentaires sur “Les racines de la guerre entre l’Iran et Israël”

  1. « mais la situation actuelle peut également mener une partie de la population à faire bloc autour de ses dirigeants »

    Oui, le pouvoir iranien aura beau jeu de jouer la fibre nationaliste, comme les attaques du 7 octobre ont bien arrangé le premier ministre israélien car dans les semaines qui précédaient, la question de sa destitution était sur la table, même les réservistes ayant alors commencé à se mettre en grève…

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