Bilan démographique 2017 Insee.

Ce n’est pas l’immigration qui menace l’identité française !

La majorité des Français est très attachée à son identité française ou européenne, c’est mon cas. Or nombreux sont ceux qui estiment que cette culture est menacée par l’immigration ou par l’islam (ce qui se recoupe en partie). Mais l’examen montre que les vrais problèmes sont ailleurs.

En effet, pour que perdure une identité française, encore faut-il qu’il y ait des Français en nombre suffisant, que les citoyens et résidents aient une bonne connaissance de la langue, et qu’enfin cette langue leur donne accès à notre culture et qu’ils l’apprécient. Abordons successivement ces trois questions.

Pour commencer, il faut qu’il y ait des Français

C’est une question démographique bien documentée : la plupart des pays européens n’ont pas assez de naissances pour que la population européenne puisse se maintenir et cette tendance baissière dure depuis longtemps (voir notamment Europe 2050: suicide démographique).

La France est la moins touchée des pays européens, mais est néanmoins sur une mauvaise pente : avec 767.000 naissances en 2017 contre 833.000 en 2010, le taux de fécondité s’établit à 1,88 enfants par femme en 2017 contre 2,3 enfants par femme en 2010 (*). Et cette situation est aggravée par le nombre de jeunes français émigrant chaque année (200 000 ?) vers les pays les plus variés, Chine comprise. Leur moyenne d’âge est de 35 ans. C’est autant de parents en moins et ceux qui ont de jeunes enfants les emmènent avec eux. Or, mathématiquement, la seule façon de compenser les enfants qui ne sont pas nés en 2000, 1990 ou 1980, ou qui ont émigré, est d’accueillir des immigrant de 18, 28 et 38 ans.

Le Japon, pays de belle civilisation, est en voie de disparition : sa population de 126 millions en 2017 diminue de 300 000 habitants par an, et surtout il y a de plus en plus de vieux et de moins en moins de jeunes actifs, ceux sur lesquels repose le pays. Les anti immigration ont imposé leur point de vue, mais ils sont en train de changer d’avis devant l’évidence et les interdictions s’assouplissent (voir le dossier des Échos : « Le Japon peut-il survivre sans immigrés ?» du 11 septembre 2018). En Allemagne, où la conscience de la disparition est très vive, et où l’économie est bloquée par la diminution du nombre de jeunes, Angela Merkel a ouvert les vannes en 2015 pour les refermer partiellement ensuite. Elle se frotte maintenant aux questions d’intégration dont nous parlerons plus loin.

Les anti-immigration disent que le remède est pire que le mal. Pourtant il n’y a rien de pire que la disparition d’un peuple. Et on ne peut pas changer le passé : même si les Français avaient brusquement beaucoup plus d’enfants (alors que la tendance actuelle est d’avoir des enfants plus tard, donc moins chaque année), il faudrait 20 ou 25 ans avant que ces enfants ne puissent contribuer à la survie, en supposant qu’ils restent en France, et il faudrait beaucoup plus d’enfants par famille pour compenser la diminution du nombre de parents. Les évolutions démographiques sont lentes, mais implacables.

Bien avant la disparition arrive le vieillissement, déjà bien commencé. Il faut retarder l’âge de la retraite si on ne fait pas entrer des immigrants qui travaillent, ne serait-ce que pour s’occuper des vieux, pour lesquels les bras manquent déjà. De plus, il faut s’occuper de ce problème dès maintenant, car lorsque une grande partie de la population sera âgée, il sera bien tard pour faire venir des immigrants car il n’y aura pas assez de monde pour les encadrer et les intégrer. Comme la dénatalité, ce vieillissement est progressif et les hommes politiques évitent le sujet. J’ai même entendu dans les commissions de démographie à Bruxelles : « Davantage de vieux ? Ce n’est pas grave : comme il y a moins d’enfants, on pourra les nourrir avec l’argent ainsi économisé » ! Mais que se passera-t-il à la génération suivante ?

Reste à savoir si les immigrants, nécessaires, adopteront notre culture. Abordons d’abord l’acquisition de la langue, qui est une condition préalable.

L’expérience montre que l’assimilation linguistique se fait, au pire, en une génération

il y a 40 ans, on s’inquiétait des enfants d’immigrés qui parlaient peu ou mal français et on imaginait que le problème s’aggraverait sans cesse. Aujourd’hui, on constate que les enfants de ces enfants sont de langue maternelle française, et que seuls les enfants des nouveaux arrivants ont des problèmes initiaux. Aux États-Unis, où certains voyaient l’espagnol l’emporter sur l’anglais du fait de l’afflux massif des latino-américains, la 2e génération est bilingue et la 3e est anglophone. De même en Australie et au Canada, de même pour le français au Québec et l’anglais ailleurs. Certes, les Syriens qu’Angela Merkel a accueilli en grand nombre ont du mal à apprendre l’allemand, mais il s’agit d’adultes fraîchement arrivés et non de leurs enfants. Et il y a un immense effort de formation linguistique des adultes et des enfants.

Nous sommes dans une meilleure situation, puisqu’une grande partie des arrivants en France sont plus ou moins francophones. Mais, nous disent les anti immigration, cette assimilation linguistique sera-t-elle suffisante pour leur faire adopter notre culture ?

L’adoption de notre culture dépend de nous

Il y a 2 étapes dans l’intégration culturelle.

La première se fait par le travail, et là nous sommes très mal organisés. La masse des nouveaux arrivants se déclare réfugiés pour bénéficier de ce statut favorable. Dans l’attente de la décision, très majoritairement négative, ils n’ont pas le droit de travailler. C’est la porte ouverte à toutes les dérives : le manque d’argent et l’oisiveté mènent au travail au noir, aux trafics, aux incivilités et à la délinquance. Pourquoi empêcher de travailler des gens qui le pourraient alors que nous avons 500 000 d’offres d’emploi non satisfaites ? Et alors que c’est un apprentissage pratique et efficace des mœurs du pays.

Je ne serais pas choqué par des mesures hétérodoxes comme un « SMIC d’intégration » assez faible pendant, par exemple, les 2 premières années, de manière à en ressortir expérimenté. Les Suédois en ont débattu mais les syndicats s’y sont opposés pour ne pas faire d’entaille au système social national. Bref l’échec fréquent de cette première étape vient de nous et non d’immigrés soi-disant « paresseux ». En France, diminuer le SMIC pour certaines catégories est également totalement tabou depuis que le projet de Contrat Initiative Professionnelle (CIP à 80 % du SMIC pour les moins de 26 ans « en difficulté ») a été repoussé en 1994 par la rue. D’ailleurs, les méfaits de cette interdiction de travailler commencent à être perçus, et le gouvernement vient d’adopter la baisse de 9 à 6 mois de la durée de cette interdiction.

Une des raisons de cette interdiction de travailler est le sentiment que de nouveaux travailleurs empêcheraient les chômeurs de trouver un emploi. On sait depuis longtemps que c’est l’inverse. Alfred Sauvy nous a rappelé qu’embaucher une personne crée d’autres emplois en faisant sauter des goulots d’étranglement : si un contremaître est chômeur, il ne retrouvera un emploi que si l’entreprise trouve des ouvriers. On peut également citer l’exemple des gardes d’enfants africaines permettant aux mères françaises qualifiées de poursuivre leur carrière pour le plus grand bien de l’économie et de l’emploi. En travaillant, ils cotisent aux régimes sociaux et fiscaux des travailleurs et contribuent à leur financement, que ce soit pour l’assurance maladie, les retraites ou l’impôt sur le revenu. Et ils consomment en France, contribuant ainsi à la TVA nationale. (voir Le Courrier International : France. Les très bons comptes de l’immigration)

La deuxième étape de l’intégration culturelle est plus qualitative : un peu de littérature, de l’histoire, de l’instruction civique, des valeurs… Impossible disent certains, qui pensent notamment à des blocages religieux ! Le problème est réel (28 % des musulmans français auraient des penchants activistes d’après le célèbre sondage de l’institut Montaigne), mais on oublie la masse de ceux qui ne font pas parler d’eux : des ex musulmans ayant abandonné leur religion et la grande majorité qui l’a édulcorée. Les premiers seraient 1,5 à 2 millions (différence entre ceux « se considérant musulmans » et une évaluation du nombre d’immigrants musulmans et de leur descendance), les seconds sont les 62 % du même sondage de l’institut Montaigne.

Quant aux 28 % qui inquiètent, une meilleure formation ne leur ferait probablement pas de mal non plus, et, en attendant, il faut appliquer fermement les lois, ce que demandent d’ailleurs les autres musulmans soumis à leurs pressions, et victimes de leur mauvaise réputation. Aux imams ignorants disant que les lois de Dieu passent avant celle du pays, rappelons que Mahomet (qui était aussi un chef d’État) a dit au contraire qu’il faut respecter ces dernières et que si elles sont gênantes il faut émigrer. Ce que l’université El Azhar a confirmé à Nicolas Sarkozy.

Ce n’est pas l’origine étrangère qui est la cause de la mauvaise transmission notre culture. Le problème touche environ la moitié des élèves, par exemple en compréhension des textes lus, comme le montre l’expérience quotidienne, recoupée par les enquêtes internationales, dont la célèbre PISA. Et c’est vérifié par les problèmes des employeurs qui font face à de nouveaux embauchés incapables de remplir leurs missions. Mais soyons optimistes : le problème commence à être pris en main avec la multiplication des classes de 12 élèves dans les établissements « difficiles », la création d’internats et l’insistance sur l’enseignement du français, dont une dictée quotidienne.

Il ne semble pas y avoir de blocage religieux, comme le constatent ceux qui, comme moi, fréquentent les pays musulmans francophones où une frange de la population est tout à fait familière de notre culture. La crainte des islamistes est justement que ces instruits, et notamment les femmes, perdent leur religion à cette occasion et c’est pour cela qu’ils sont opposés à la scolarisation à l’occidentale. C’est une raison de plus de soutenir la francophonie, la principale étant que plus notre culture se répand dans le monde, moins elle risque de disparaître chez nous.

La transmission imparfaite de notre culture ne vient donc pas de l’immigration mais de notre système scolaire ! L’espoir est que les progrès évoqués ci-dessus mettent un terme à un nivellement par le bas de fait, hors établissements « bien situés » (je dis « de fait », pour ne pas entrer dans le débat sur le « pourquoi »). Cela intéresse tous les Français quelle que soit leur origine.

Il ne faut pas mettre sur le dos d’une immigration ce qui vient de nos propres imperfections. Une immigration assez importante est indispensable. Mais elle devrait être mieux gérée…

Yves Montenay.

 

* INSEE France Bilan démographique 2017

14 commentaires sur “Ce n’est pas l’immigration qui menace l’identité française !”

  1. On pourrait ironiser sur le fait que vous ne prônez une immigration nécessaire que pour mieux défendre une identité européenne menacée par la dépopulation: ce que la langue française identifie à la position de « gribouille ».
    Certes, la fusion avec l’Afrique que vous appelez de vos voeux ne se fera pas tout de suite, et numériquement, c’est de cela dont il faut parler maintenant, il y a des scénarios différents. On peut citer par exemple l’opposition toute récente entre les estimations de Stephen Smith et celles de François Héran.

    ll est rafraichissant de lire que certains (dont vous en l’occurrence) en sont ouvertement partisans, et je vous sais gré de citer enfin l’institut Montaigne et le tiers de musulmans réfractaires à la république, il y aussi la moitié formée de ceux qui veulent qu’on tienne compte de leur religion dans l’espace public…
    Verre à moitié plein ? Tout montre qu’il est dur à avaler, et les discriminations variées, plus les populismes qui montent, plus l’échec relatif économique et social de l’immigration (chômage, criminalité) pourrait justifier d’un refus des natifs de la fusion rêvée…

    Car vous le savez bien, l’histoire est pleine de meurtres de masses, de déportations de population et de fractures militaires entre civilisations. On peut y échapper c’est vrai, au prix de silencieuses disparitions, et la dignité des derniers indiens des grandes plaines est très émouvante, mais en attendant, il nous faut savoir: des chiffres ! des chiffres !

    1. Votre commentaire est intéressant par son approche « bloquée ». Pour défendre vos convictions vous escamotez le principal : le manque de bras et de cerveaux qui va s’accentuer avec le vieillissement.

      Sans immigration, non seulement nous disparaîtront par vieillissement, et de manière accélérée du fait de l’émigration, mais si auparavant nous serons obligés d’accepter une immigration massive pour prendre soin des vieillards que nous serons devenus, immigration beaucoup moins contrôlable qu’aujourd’hui faute d’adultes en nombre suffisant pour l’encadrer. L’aveuglement des pays d’Europe de l’Est qui se vident à toute vitesse et bloque néanmoins leurs frontières est terrifiant.

      Que l’immigration soit difficile à gérer, c’est certain. Mais l’alternative ci-dessus montre qu’il faut « s’y mettre », comme le font les Allemands et les Suédois : implication de la société civile pour éviter l’isolement, cours de langue et de civilisation, et surtout limiter les dégâts de l’interdiction de travailler. Et d’abord être lucide, ne pas tomber dans l’assistanat, appliquer rigoureusement les lois…

      Vous auriez été plus constructif en analysant le système actuel d’immigration qui permet des entrées automatiques, mais qui bloque les gens dont nous aurions besoin parce qu’ils n’entrent pas dans une catégorie comme le regroupement familial. Il y a beaucoup à perfectionner dans notre gestion des entrées, puis de la période d’adaptation

      Votre raisonnement suppose aussi que les immigrants forment une sorte de bloc hostile, alors qu’il s’agit de gens extrêmement variés, du Chinois au Sénégalais, de l’Ivoirien chrétien à la musulmane qui ne supporte plus des contraintes religieuses. Et surtout ne s’applique pas aux vrais réfugiés, qui sont prêts à toute adaptation pour fuir des guerres atroces.

      Au lieu d’aborder ce problème tel qu’il est, vous cherchez des formules chocs en résumant mon article par « la fusion de l’Europe et de l’Afrique ». Je connais bien l’opposition entre Stéphan Smith et François Heran, les études de l’institut Montaigne etc. Ce sont des approches divergentes mais utiles à connaître pour se saisir efficacement du problème.
      Il faut de faire pendant que nous en avons les moyens humains, sans attendre d’être maltraité en fin de vie par des immigrants que l’on ne pourra plus encadrer. Ce n’est pas le la meilleure façon d’assurer la pérennité de la culture française que nous souhaitons tous défendre.

      1. Mon amour (et mon exigence ) pour les chiffres se trouve redoublé par votre réponse. Pour estimer la situation, d’abord (y a-t-il vraiment autant de chinois que d’africains noirs à s’installer en France ? etc) il faut , et sans doute vous n’y êtes pas opposé, établir des statistiques d’origines précises et faire les projections démographiques à vingt cinq et cinquante ans dans le cadre des politiques actuelles, d’autres projections pouvant être faites en tenant compte (cela serait l’occasion de les chiffrer) de la mise en place d' »autres » politiques.

        Si vous disposez de versions de ces projections, je suis preneur.

        Car un autre point est la question (sous-jacent à tous nos échanges) du caractère « naturel » et « automatique » du phénomène. Pour beaucoup des « fusionnistes » (pardon de vous appeler comme ça, c’est pour vous taquiner), il n’est déjà tout simplement pas possible de changer quoique ce soit à ces choses. Bien en ligne avec l’inéluctabilité du réchauffement climatique auquel il va falloir aussi s’adapter, la présence majoritaire d’Africains en Europe, devrait (à tous les sens du terme)) agrémenter nos fin de vie comme vous le dites plaisamment.

        Il y aussi le coté humain que vous évoquez encore plus plaisamment, les amitiés étant à cultiver, selon vous, avant que nous ne puissions plus « encadrer » le respect qui serait du à notre statut d’occupant d’origine. Prenez garde à vos propagandes: elles pourraient susciter des vocations. Car, moi, c’est ce que je crains: que le refus naturel de la disparition des peuples ne conduise, comme cela a toujours été de mise dans l’histoire, à des violences insensées. Il est encore temps de fermer les frontières, puis d’encourager des émigrations et surtout de décider nous même de notre nombre.

        Et au sujet de la démographie, comme vous le savez, il est tout à fait possible à une population de revenir à un taux de renouvellement qui en stabilise le nombre à un certain niveau, inférieur à d’autres qu’elle aurait connu dans l’histoire, mais lui permettant de continuer à exister en tant que telle (c’est le concept d' »identité », sujet de votre papier).
        Je crois qu’il faut viser cette situation à moyen terme, et commencer par prendre conscience de l’extrême danger qu’il y a, comme vous le pensez, à laisser les populations africaines aller au delà de 40% de la population. Nous en sommes en gros à 20% avec les descendants (il faudrait préciser le chiffre) et cela a déjà de gros inconvénients.

    2. Désolé de ne pouvoir répondre à tous les commentaires de cette page et des réseaux sociaux. Quelques points essentiels :
      – l’immigration n’est pas un bloc : je ne vois pas les Chinois ni les chrétiens ivoiriens s’allier aux islamistes pour détruire la culture française. La seule menace vient des activistes musulmans, qui sont très minoritaires (selon la définition retenue, quelques milliers à plus d’un million de personnes si l’on inclut les 28 % du sondage Montaigne, dont la plupart sont passifs). Ces activistes sont un danger réel qu’il faut traiter plus vigoureusement qu’aujourd’hui.
      – Ensuite l’immigration n’est pas non plus un agrégat de blocs, mais des individus distincts les uns des autres, et là aussi il n’y a aucune raison de dire du mal de l’un pour le mauvais comportement d’un autre. Donc la présence d’activistes ne justifie pas de se priver de tous les autres, musulmans ou pas, qui nous sont indispensables
      – ce dernier point nous mène à la démographie : si je comprends bien certains préfèrent l’extinction indolore d’abord, catastrophique ensuite (voir l’article) aux difficultés de gestion de l’immigration. Pour reprendre l’exemple de Gribouille, c’est se noyer pour éviter de se mouiller,
      – je suis opposé au multiculturalisme et partisan de l’assimilation, mais je sais que cette dernière ne se fait qu’au fil des générations : il n’est pas dramatique qu’un migrant adulte continue à parler sa langue et à suivre ses rites en privé s’il est intégré notamment par l’emploi. Ses descendants s’assimileront sans même le décider. Tout cela à condition d’avoir un système d’emploi et un système scolaire « normaux ». Et ça c’est notre problème, qui est à la fois plus général et plus important que l’immigration

  2. Bravo.
    Connaissez-vous bien le système utilisé en Suisse sur l’intégration des étrangers et réfugiés? Je pense que l’étude mérite d’être faite, la Suisse étant un pays où la majorité des gens sont d’origine étrangère.
    Un exemple. Je parlais à un ami suisse Kosovard hier soir. Quand il est arrivé avec sa famille (son père professeur était menacé de mort, sa mère était trop partisane dans des partis tirant à gauche) ils ont été accueillis dans un village. Un homme reconnaissant envers la suisse et qui aime son pays actuel. Des musulmans qui mangent du cochon car un bon jambon cru c est bon et ils savent que la religion est l’opium du peuple. Des gens avec des responsabilités et sérieuses.
    Je parlais hier à midi avec un autre ami suisse. Un asyrien. Son père, chef d’un village Chrétien a été tué quand il avait 8 ans. Sa mère s’est réfugiée avec ses 4 enfants en Suisse. Parfaits citoyens, entrepreneur, père aimant ayant même construit avec ses moyens un site de jeux pour enfants alors qu’il est juriste.
    Un autre ami arménien, Suisse, avocat et juge. Une grande personne.
    Je pourrais en citer bien d’autres, comme mon collègue albanais de Macédoine ou d’autres de l’ex-yougoslavie qui sont de vrais Suisses.
    Mais pour venir sur votre théorie que je trouve essentielle. Tous, parlent le dialecte local. Tous parlent l’allemand littéraire (ce n’est pas la langue parlée au quotidien), tous parlent l’anglais couramment et bien sûr leur dialecte ou langue d’origine. L’italien, ils le comprennent bien et le français aussi. Tous ces gens sont de bons et honnêtes suisses.
    La France a su dans les années 1920 intégrer des peuples après des vagues de migration utiles et calculées, comme les polonais, italiens, espagnols, mourant de faim ou pour autre raison, qui ont pu y trouver refuge. Mais à cette époque on donnait des visas courts et d’utilité publique!

    1. Merci pour le témoignage. Cela recoupe bien ce que je connais de la Suisse, qui devrait être un modèle pour beaucoup de choses

  3. Et à cela je souhaite ajouter que l’Etat essaye de comprendre comment mieux enseigner le français à l’étranger. Je suis français résidant hors de France et ai reçu aujourd’hui un questionnaire du parlement bien établi pour ce fait. Si vous souhaitez plus d’info je peux vous envoyer le questionnaire. J’aime beaucoup l’initiative participative. Nous parlons ici de l’étranger et pas de l’enseignement en France mais c’est déjà une bonne chose. Bonne soirée. Stephane

    1. Oui, envoyez-moi ce questionnaire svp (ymontenay@gmail.com). Je suis par ailleurs un militant de la francophonie : voir mes articles à ce sujet sur ce site

  4. La France a de tout temps été un pays d’immigration européenne. Actuellement elle est mondiale avec les inconvénients et les avantages que cela peut apporter.
    Il faudrait d’abord définir ce que sont les devoirs des citoyens, dont le civisme est en baisse, et les enseigner aux nouveaux migrants, dont le flux devrait s’auto-contrôler. On en est loin.
    Le chant du départ, hymne du bataillon des Ardennes a été enseigné aux conscrit par mon arrière arrière grand père, maître de musique, qui venait d’Erfurt …

    1. À propos des devoirs, il y a le livret remis à chaque nouveau venu (officiel bien sûr) et comprend notamment l’égalité entre hommes et femmes

  5. La peur de l’immigration est un symptôme très éloquent. Pour le cas de la France, cette peur est intimement liée à certains cultes très répandus dans l’Hexagone: la honte de soi (dévalorisation de sa langue, de ses capacités créatrices, de son économie, etc), et la critique systématique de toute autorité autorisant les indisciplines les plus dangereuses (avec sa voiture, sa santé, etc). Dans un tel contexte, l’immigré est une menace logique, car il sera immédiatement suspecté de vouloir faire comme tout le monde (haine de soi et indiscipline) et de participer, ainsi, à la pagaille générale. Si les Français étaient un peu plus confiants et plus disciplinés, ils auraient moins peur de l’Immigré, car ils auraient une certitude: les immigrés respecteront la Loi républicaine et démocratiquement votée. Ce processus a plusieurs visages: assimilation, intégration, civisme, etc. Pour que cela marche, il faut que les Français portent plainte quand la loi n’est pas respectée (il faut la respecter aussi soi même…), et il faut accepter de payer des impôts pour mettre de l’argent dans la Justice et la Police. Est-ce le cas ? Non. Rien ne prouve que sans immigrés, les Français seraient plus sereins. L’individualisme français et son allergie à la responsabilité collective sont une mécanique semeuse d’angoisses et chercheuse de bouc-émissaires. La culture française originelle n’existant pas, et l’ethnie française encore moins (tout comme le type physique français), il y a quelque chose qui tient du faux problème à considérer l’immigration, en soi, comme une menace à l’égard d’un groupe humain (les Français) lui même produit historique d’immigrations séculaires. Qu’on parle de problèmes pratiques spécifiques ici ou là, sur tel ou tel secteur de la vie sociale en France, lié à une immigration soudaine et mal organisée: c’est acceptable. Mais qu’on généralise le phénomène migratoire en le considérant comme un Mal en soi, c’est participer à la Haine de Soi évoquée plus haut.

  6. Bravo pour ces commentaires très intéressants qui complètent bien le propos d’Yves Montenay dont je partage l’argumentaire. C’est l’argumentaire d’un démographe dont les visées concernent le destin à long terme de nos pays, de nos sociétés, de nos cultures.
    Un tout petit détail : le chiffre de 500 000 emplois non pourvus n’a pas de base statistique, ou plutôt c’est une exagération (qu’adore les politiques, mais qui est peut-être plus juste que les statistiques elles-mêmes, pourquoi pas !) d’une statistique tenue à jour par Pôle emploi. Selon Pôle emploi, le chiffre serait plutôt 150 000, ce qui n’est pas nul. Pour plus de détail voir l’article du décodeur du Monde : https://abonnes.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/09/17/conseils-de-macron-a-un-chomeur-derriere-les-chiffres-des-emplois-non-pourvus_5356264_4355770.html?

  7. Merci ! Effectivement le chiffre de 500 000 emplois est une faute de frappe. En sens inverse, une grande partie des recherches d’emploi ne passent pas par pôle emploi. J’aurais du dire « probablement beaucoup plus de 200 000, mais ce n’est pas recensable »

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