L’environnement est un problème géopolitique

L’environnement est un problème géopolitique

 On ne sauvera la planète qu’avec l’Inde et la Chine

Le 26 avril 2022, des milliers de militants de l’environnement ont organisé une trentaine d’actions partout en France contre des projets de routes, d’autoroutes, d’extension d’aéroports, de centres commerciaux, d’entrepôts, projets jugés « injustes et polluants soutenus pendant le (premier) quinquennat » d’Emmanuel Macron.

La protection de notre planète est certes un enjeu majeur et la France pourrait faire mieux. Mais ce que nous pouvons faire dans notre pays est négligeable par rapport à ce qui se passe notamment en Inde et en Chine, et c’est là qu’il faudrait porter l’effort principal.

Le gros défaut des militants est en effet de parler « de la planète » comme si elle n’était pas divisée en États, alors que ce sont ces États qui sont de loin le problème principal.

Rappelons d’abord les principales données mondiales, puis voyons le rôle de ces Etats.

L’effet de serre en chiffres

Les 25 milliards de tonnes de CO2 produites chaque année par l’homme viennent de la combustion du pétrole, 35,2%, du charbon, 32% et du gaz naturel, 12,8%. Les 20% restant viennent des défrichages des forêts équatoriales (Source WWF France).

Au côté du C02, il y a le méthane, à l’effet de serre beaucoup plus marqué et dont plus de la moitié des émissions provient également de l’activité humaine.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, AIE, les émissions de méthane seraient de 570 millions de tonnes par an environ, dont 60 % d’origine humaine avec notamment l’agriculture, et en particulier l’élevage de bovins, responsable à lui seul d’un quart à un tiers de ces émissions, le reste venant des fuites de méthane lors de la production pétrolière.

Energies fossiles, nucléaire et renouvelables.

Aujourd’hui, et pour plusieurs décennies, les énergies fossiles restent les sources d’énergie à la fois les plus simples et les moins coûteuses.

Mais elles sont également les plus nocives pour l’environnement, d’où la nécessité mathématique du recours au nucléaire et aux énergies renouvelables.

Voici le bilan carbone des différentes sources d’électricité :

Bilan carbone des différentes sources d'électricité infographie FranceInfo
Bilan carbone des différentes sources d’électricité infographie FranceInfo

Selon les experts du GIEC le bilan carbone du nucléaire est ainsi au niveau des énergies renouvelables.

Le nucléaire

Pour l’instant, le nucléaire ne représente que 4 % du mix énergétique mondial, à la suite du coup d’arrêt résultant de l’accident de Fukushima et de l’action des écologistes en Europe.

La France est le pays qui utilise le plus le nucléaire avec 37 % de son énergie primaire soit 10 points de plus que la Suède, deuxième pays du classement, à 27 % et bien au-dessus des États-Unis (8 %), du Royaume-Uni (6 %), de la Russie ou de la Chine (2%).

Pour la Revue statistique de l’énergie mondiale, ces 4 % du nucléaire mondial se comparent aux 33 % du pétrole, aux 27 % du charbon et aux 24 % du gaz.

L’énergie nucléaire vient d’être classée « énergie de transition » en février 2022 par la Commission européenne, décision à laquelle se sont opposés de nombreux Etats membres de l’Union tels que l’Autriche, la Suède, les Pays-Bas, le Luxembourg ou l’Allemagne.

Les énergies renouvelables

Les énergies renouvelables, quant à elles, représentaient en 2019, 5% du mix énergétique mondial mais tout de même 10,4% dans la production d’électricité et enregistraient une forte augmentation par rapport à l’année précédente.

Et puis se posent les questions de l’intermittence, celui des faibles capacités de stockage de l’énergie produite, du recyclage des cellules photovoltaïques (produites en Chine), de la consommation de terres rares, des questions environnementales posées par les éoliennes terrestres.

Comme le souligne Philippe Blanc, directeur de recherches à Mines Paris Tech, sur France Culture : « Toute énergie fabriquée a un impact sur l’environnement, plus ou moins, en fonction des filières. La meilleure énergie c’est celle qu’on ne produit pas ».

C’était d’ailleurs mon ancien métier : chez Montenay SA de 1965 à 1986, nous faisions ainsi économiser à nos clients institutionnels, tels que les hôpitaux ou les collectivités, jusqu’à 50% de leur consommation d’énergie !

Le poids des écologistes en Occident

L’augmentation du poids politique des écologistes, notamment en Allemagne, a conduit les gouvernements à diminuer ou arrêter leur production nucléaire. Les trois dernières centrales allemandes devraient d’ailleurs être mises hors service cette année.

De même, la Belgique a voté en 2003 une loi prévoyant la sortie progressive du nucléaire pour 2025… jusqu’à ce que la guerre en Ukraine et les enjeux de souveraineté énergétique conduise le royaume à reculer cette échéance à 2035.

Retour en grâce du nucléaire à la COP26

Cependant, la COP26 a été marquée par un retour en grâce de l’énergie nucléaire. Ce phénomène se manifeste au sein même du parti allemand EELV, comme le rapporte le quotidien de l’écologie Reporterre, qui note un essor discret des pronucléaires. D’autant que « viser la sortie des énergies fossiles 2045 est tellement proche, qu’on n’aura pas le temps de développer les énergies renouvelables ».

Il reste que, sur le papier, la doctrine d’EELV n’a pas varié. Tous les textes, toutes les motions adoptées demeurent dans le sens d’un abandon progressif du nucléaire.

L’ignorance ou la désinformation est particulièrement nette dans le cas des déchets dont les écologistes clament qu’ils « seront radioactifs pendant des milliers d’années » alors que le très faible volume de ces déchets ne générera qu’une faible quantité de radiations.

En effet il ne s’agit de quelques mètres cubes, la grande majorité des déchets n’étant pas radioactifs longtemps, n’étant pas non plus très volumineuse et pouvant probablement être utilisés comme combustible ou neutralisés dans de futures versions de réacteurs.

N’oublions pas que les Bretons vivent depuis toujours sur des rochers de granit plus radioactifs qu’autour des stockages de déchets envisagés !

Sur ce sujet des déchets radioactifs, je vous conseille la lecture des informations communiquées par ORANO Group.

Le gros du problème n’est pas en France, ni même en Occident

Que représente la France dans l’ensemble des émissions de C02 dans le monde ?

Selon le Global Carbon Project, la France a émis 299 millions de tonnes de CO2 en 2019, ce qui représente… 0,9% des émissions de la planète, loin derrière la Chine avec ses 9.825 millions de tonnes de CO2 émises la même année et responsable d’environ 29% des rejets ou les États-Unis avec leur 14%.

 

Vers une inversion du classement des pays pollueurs

Le graphique ci-dessous montre la progression de la Chine et l’Inde, tandis que les Etats-Unis et de l’Union européenne régressent.

Emissions annuelles de CO2 fossile par pays - infographie Le Monde
Emissions annuelles de CO2 fossile par pays – infographie Le Monde

C’est aussi l’occasion de vérifier, en suivant la courbe de la Russie, à quel point le communisme négligeait l’écologie et l’amélioration qu’a entraîné le changement de régime politique en 1990. On peut remarquer un effet analogue en regardant la courbe de la Chine.

Par ailleurs, l’électricité produite dans les pays riches est de moins en moins carbonée. Ainsi, chaque kilowattheure généré en 2019 a dégagé 6,5 % de CO2 en moins qu’en 2018, une amélioration trois fois supérieure à la moyenne des dix dernières années.

Bref les pays occidentaux sont en amélioration constante, contrairement à la Chine et l’Inde.

La poussée du charbon en Inde et en Chine

L’Inde et la Chine, dont la production d’énergie repose majoritairement sur le charbon, sont à l’origine de 39% des émissions de C02 dans le monde. Le charbon reste en effet l’énergie la plus répandue, la moins chère mais aussi la plus polluante.

La forte croissance des énergies renouvelables n’a pas empêché l’augmentation de la consommation de charbon, dopée par la hausse des prix du gaz. Elle a été à l’origine de 40% de la croissance des émissions de C02 du secteur énergétique, avec un niveau historique de 15,3 milliards de tonnes de CO2.

Certes, la Chine et l’Inde contre-attaquent en disant que leur consommation par tête est faible : apporté au nombre d’habitants, la Chine n’est qu’à la 50ème place avec 7,3 tonnes de CO2 par habitant (la France, avec 4,9 tonnes, est à la 78ème place).

Mais ce qui compte ce n’est pas ce classement « par tête » mais la quantité totale émise ! 

Ce chiffre « par tête » est même effrayant pour certains, car il implique un futur encore plus polluant au fur et à mesure du développement.

En 2020, la Chine représentait 57 % de la consommation mondiale de charbon.

Le charbon alimente la production d’acier, d’aluminium et de ciment ainsi que le secteur de la construction qui représente 30 % du PIB.

C’est aussi la source d’une grande partie de son électricité avec plus de 90 % des mises en service mondiales de centrales électriques (Chiffres institut Montaigne).

La dépollution des villes par le passage aux véhicules électriques va donc augmenter la consommation de charbon ! Et ce sera pareil pour l’Inde bien évidemment.

Du côté de l’Inde, le charbon est également la principale énergie consommée par le pays (44% du mix national). Dotée des 5ème réserves de charbon au monde, elle prévoit d’en augmenter fortement la production.

Il n’y a pas que la Chine et l’Inde : une grande partie de l’Amérique latine est environnementalement massacrée, notamment du fait de groupes de pressions pouvant avoir des appuis un niveau très élevé. Cela va de la déforestation, la pollution minière… à l’assassinats de militants.

Disons que, comme dans d’autres domaines, les pays relativement sérieux toujours les mêmes : le l’Uruguay, le Costa Rica et, un cran derrière, le Chili.

Les deux premiers vont même totalement décarboner leur production d’électricité (voir l’article complet sur ce massacre dans le numéro 39, mai 2022, de la revue Conflits, page 17)

Les promesses de la Chine et de l’Inde à la COP26

Que prévoient la Chine et l’Inde en matière de réduction des émissions annuelles de C02 à l’occasion des différentes conférences annuelles de l’ONU sur le climat (COP) qui se tiennent depuis 1995 ?

La Chine

En septembre 2020, le président chinois Xi Jinping a promis qu’il veillerait « à ce que les émissions de CO2 atteignent leur maximum avant 2030 et à ce que la Chine atteigne la neutralité carbone d’ici à 2060 » avant d’annoncer l’année suivante que Pékin cessera de financer de nouvelles centrales au charbon… mais uniquement dans les « nouvelles routes de la soie ».

En Chine, Pékin a fait pression sur les gouvernements régionaux pour qu’ils réduisent leurs émissions de carbone afin d’atteindre les objectifs fixés… provoquant d’importantes pannes d’électricité causées par le boom industriel post-Covid qui a fait exploser la demande d’électricité.

D’où un changement de cap brutal, et l’injonction aux centrales à charbon d’augmenter leur production de toute urgence !

N’oublions pas que la Chine est obsédée par son développement, même si son image est maintenant celle d’un pays moderne.

En effet le niveau de vie d’un Chinois est encore 4 ou 5 fois inférieur à celui d’un Français ou d’un Américain, et la dictature du parti n’est supportée que parce que ce dernier affirme « qu’en échange » il assurera une augmentation rapide du niveau de vie, ce qui a été effectivement le cas jusqu’en 2019.

L’Inde

De son côté, dans le cadre de la COP26 de novembre 2021, l’Inde, s’est fixé comme objectif d’atteindre la neutralité carbone en 2070. Elle compte y parvenir en accroissant d’ici 2030 « ses capacités énergétiques non fossiles » de 50 GigaWatts à 500 GW pour atteindre 50 % de ses besoins en énergie par des sources renouvelables.

D’ici 2030 l’Inde réduira l’intensité carbone de son économie de 45 % », a-t-il ajouté.

Pour atteindre ses objectifs ambitieux, New Delhi compte sur les transferts de technologies et laide financière des pays développés.

Nous voilà au cœur de notre sujet !

Notons que localement les Indiens sont en train de rechercher des résultats plus rapides.

Delhi, la capitale et la ville la plus polluée du monde envisage d’interdire les véhicules non-électriques. Quant à la métropole économique, Bombay, elle vise le « zéro émission nette de CO2 d’ici à 2050 », c’est-à-dire avec vingt ans d’avance sur la feuille de route fixée par le gouvernement indien (2070 !) d’après « The Economist ».

Alors, que faire pour la planète ? 

Un problème insoluble ?

Résumons : à l’échelle planétaire les deux gros problèmes sont le méthane et le charbon. Les deux sont abondants, le premier est produit gratuitement par l’industrie pétrolière et les animaux, le second est meilleur marché que ses concurrents et plus facile à stocker. Le charbon peut en effet être déversé sur un sol non préparé contrairement au pétrole ou au gaz dont le transport et le stockage sont très coûteux.

Quant au nucléaire, si l’uranium, et maintenant les autres combustibles, occupe peu de place, c’est sa production, l’électricité, qu’on ne sait pas stocker.

Par ailleurs, les énergies renouvelables partent de très bas et ne pourront avoir une place majoritaire que trop tard pour éviter le réchauffement.

Ainsi posé, le problème paraît insoluble, surtout si l’on tient compte du besoin impératif de la Chine et de l’Inde et d’une grande partie du reste du monde de se développer.

L’aide de la COP 25 peut-elle générer un développement durable ?

Bref, on est très loin des leçons de morale massivement distribuées aux Occidentaux, c’est-à-dire là où la liberté de presse et de manifestations est autorisée. Les militants diront qu’il faut commencer par montrer l’exemple. Bien sûr, mais cela n’aura aucune conséquence sur la politique chinoise ou indienne ou sur l’état d’esprit des citoyens de base de ces pays. Et puis, si l’exemple, c’est de fermer le nucléaire, on sait maintenant que c’est totalement contre-productif.

La solution sera géopolitique

Alors que faire ? On est ramené à la géopolitique.

Le cas de la Chine et de l’Inde sont très différents.

L’Inde est une semi démocratie. « Semi » parce que le gouvernement nationaliste hindou a fait récemment de plus en plus d’entorses aux libertés. Mais il y a toujours des élections libres et donc la pression populaire peut s’y faire entendre C’est aussi un pays fédéral avec une action possible sur les autorités locales, y compris urbaines.

Risquons un exemple probablement utopique : le FMI charge un opérateur – pourquoi pas Elon Musk, qui s’est fait connaître par sa capacité à déployer des projets pharaoniques à toute vitesse – de construire une gigantesque usine de voitures électriques bon marché dans la banlieue de New Delhi, dont nous avons vu plus haut le souhait de passer au tout électrique. Le FMI financerait largement cette usine pour le plus grand bonheur du gouvernement indien.

Cela signifierait probablement des tractations préalables sur d’autres points de géopolitique, tels que des contreparties quant à ses relations avec la Russie, son vieil allié militaire et partenaire commercial.

La Chine est une dictature réputée efficace, ce qui n’est pas toujours vrai, par exemple s’agissant de la gestion du virus, comme illustré par l’actualité récente.

Les échelons locaux ne décideront rien sans l’aval de Pékin. L’opinion publique ne peut pas s’exprimer. Il s’agit donc de décisions à prendre au sommet, donc le contexte géopolitique sera encore plus prégnant qu’avec l’Inde.

Pour le méthane, on peut rêver à des tractations aboutissant à une pluie d’usines de viande végétale et à une pression sur des compagnies pétrolières.

Je ne vais pas plus loin dans les rêves. Je ne suis pas un décideur politico-économique, mais simple blogueur agacé par tant de déclarations véhémentes qui passent à côté du problème principal.

Conclusion

Les débats sur la transition énergétique ne doivent pas se limiter à l’idéologie et la morale en ignorant des réalités géopolitiques. Ils doivent notamment être gérés en même temps que les dossiers brûlants de la politique étrangère.

Cela suppose d’intégrer les besoins en développement de l’Inde et de la Chine, ce qui présente l’avantage psychologique de sortir des affrontements actuels et de peut-être apaiser les discussions géopolitiques, très rudes actuellement. Je fais allusion notamment aux relations tendues avec la Russie depuis la guerre en Ukraine comme à celles avec la Chine, avec la perspective d’une invasion de Taiwan et une guerre permanente sur le front technologique.

Yves Montenay

21 commentaires sur “L’environnement est un problème géopolitique”

  1. Vu les émissions par tête des Chinois, multipliées par leur très grand nombre, il semble indispensable qu’ils poursuivent leur décroissance démographique, et que les Indiens s’y mettent aussi. Il n’y aura pas assez de monde pour les faire manger, dites-vous par ailleurs, mais on verra ça après le grand coup de frein démographique : avec sobriété (sans beaucoup de viande), et les progrès techniques (automatismes), il devrait être possible de cultiver assez de blé (et moins de riz, car il émet du méthane) pour nourrir les résidents restants de Chine et d’Inde !

    1. Attention ! La pyramide des âges ne se réduit pas homothétiquement, mais par la base, donc en faisant mourir les vieux de faim (ou en les transformant en jeunes, c’est-à-dire en les faisant travailler beaucoup plus longtemps). Je vous rappelle ma plaisanterie d’il y a 20 ans (donc avant Xi) en conclusion de mon livre sur les retraites : « un jour, un président autoritaire viendra en Chine et demandera à tous les plus de 75 ans de sauter par la fenêtre par patriotisme ». Il aurait mathématiquement raison…

  2. Bonjour, si je peux me permettre, il ne faut pas non plus que la forêt cache l’arbre. C’est si facile de reporter la faute sur les « gros pollueurs ». Certes, la France ne pèse pas lourd face à la Chine ou l’Inde mais c’est à mon avis une erreur de considérer que l’environnement, cad l’écologie, n’est qu’un problème de GES. Il ne faut pas confondre la transition énergétique et écologique. L’environnement, comme son nom l’indique c’est notre lieu de vie. Il faut le préserver. C’est un problème qui relie le local et le global. Ce n’est pas aux chinois de résoudre le local à notre place: l’urbanisme, la gestion des forêts, de l’eau, les transports, etc…

  3. Il y a aussi d’autres gros problèmes à résoudre….!

    D’abord, est-on sûr que le réchauffement climatique n’est dû qu’aux émissions de GES (Gaz à Effet de Serre) ? La température de la terre ne dépendrait donc que des GES…?!

    Ensuite, est-on sûr que les GES ne sont dus qu’aux Humains ?

    Enfin, la formule de base du raisonnement écologiste militant dominant est le suivant:
    P implique Q, (avec P = les Humains produisent de GES, et Q= la terre se réchauffe).
    Les écologistes prétendent stopper, ou limiter ce réchauffement, c’est à dire (en gros) obtenir NON-Q,
    Pour cela ils souhaitent stopper (ou limiter) la production humaine de GES, c’est à dire provoquer NON-P .
    D’où ma question: est-ce que NON-P implique NON-Q ?
    En logique mathématique, on sait que la négation de « P implique Q » n’est absolument pas « Non-P implique Non-Q)…..

    1. Ni vous ni moi nous pouvons trancher ça. Ce que je constate, c’est que les glaciers fondent et que les espèces végétales et animales remontent vers le nord et que si on extrapoler cela, ça se terminera mal. Comme par ailleurs il est pas idiot d’éviter de continuer à changer la composition de l’atmosphère il me semble que l’on est en pratique ramené réduire les émissions même si on n’est pas totalement convaincu logiquement, le risque de ne rien faire étant trop grand.

      1. Ce n’est pas le réchauffement climatique qui est à discuter, c’est son explication, DONC les solutions (LES solutions) pour y faire face…

  4. De toute façon, il y a un ensemble de données scientifiques pointant vers une responsabilité humaine, au moins partielle, des modifications du climat par les gaz à effet de serre, ce n’est pas une lubie écologiste.
    Et quand bien même l’influence des activités humaines serait surestimée, il y a bien d’autres arguments qui viennent s’ajouter pour justifier une limitation de l’utilisation des combustibles fossiles, hors argument du CO2.
    Problèmes géopolitiques (financer le jihad islamique ou l’expansion territoriale russe ?), de ressources (pas éternelles, le pétrole conventionnel décline déjà), pollution locale par toutes sortes de produits de combustion autres que le CO2.
    Et des pays comme l’Inde ou la Chine ne demandent pas mieux que de moins dépendre du pétrole ou du gaz, qui sont des points de vulnérabilité stratégique. Les deux pays construisent des réacteurs nucléaires, des barrages, etc. C’est seulement un peu plus long et compliqué que les centrales au charbon, pour des raisons techniques bien comprises. Mais les constructeurs nucléaire chinois sont en train d’acquérir une bonne expérience de construction en série, comme la France vers 1980.
    La pollution apocalyptique des grandes villes indiennes et chinoises finit aussi par avoir des effets sanitaires et économiques.

    1. Je suis d’accord avec ça :
       » Et quand bien même l’influence des activités humaines serait surestimée, il y a bien d’autres arguments qui viennent s’ajouter pour justifier une limitation de l’utilisation des combustibles fossiles, hors argument du CO2″.
      Quand on est conscient de ça, on ne met pas tous ses espoirs (et sa seule solution) dans les énergies prétendues « vertes »; ni surtout (et encore moins) dans la décroissance, au point d’affaiblir son économie et donc son indépendance.
      Quant au problème lui même du réchauffement climatique, les  » données scientifiques » sont partielles (peu de recherches, ou quasiment pas, sur les relations énergétiques de la terre avec son inclinaison, le soleil, le centre lui même à 5000 °C, les émissions énergétiques du Trou Noir de la Voie Lactée qui vise notre planète, etc).
      Les « données scientifiques » sont en train de s’appauvrir parce que les recherches sont en train d’être orientées….
      Quant au CO2, notre terre a connu des périodes d’émissions de ce gaz beaucoup plus abondantes qu’aujourd’hui, et il n’y avait pas humain ! Et puis l’argument « la terre s’est déjà réchauffée dans son histoire, mais aujourd’hui c’est plus rapide qu’avant (2 siècles) », il est exact, sauf qu’il suppose qu’il y aurait une loi naturelle (cosmique, voire…divine !) qui obligerait notre minuscule et insignifiante planète à changer de températures dans des délais obligatoirement longs et fixes (sur des milliers d’années), à jamais dans l’Univers: et pourquoi donc ?
      Les écologistes,qui passent leur temps à glorifier la nature et à demander à l’Humain d’être plus modeste, lui attribuent, de fait, des pouvoirs divins, au point même d’espérer que cet Humain intervienne sur le cosmos et le transforme….!

      1. Le réchauffement climatique est indéniable mais ses causes ne sont pas parfaitement élucidées. La science n’avance jamais seule. Le rôle des GES, et en particulier du CO2 a émergé dans les années 70 à partir d’un contexte culturel (rapport Meadow) et économique (choc pétrolier). Les intérêts pourtant différents des écologistes et des énergéticiens semblent converger vers un même horizon, la transition énergétique. Façon de dire que le problème est toujours déplacé mais jamais résolu.

  5. Vous avez en partie (seulement) raison avec « Les intérêts pourtant différents des écologistes et des énergéticiens semblent converger vers un même horizon, la transition énergétique ». Il y a en effet, des écologistes qui ne veulent pas entendre parler de transition énergétique (les partisans de la décroissance, par ex). Et puis, la « transition énergétique » inclut-elle le nucléaire ?
    Et vous avez raison aussi quand vous dîtes, du réchauffement climatique  » ses causes ne sont pas parfaitement élucidées ».
    Si on faisait plus de recherches sur ces causes-là, on aurait moins de militantisme mono-causal et de politiques économiques et énergétiques monolithiques.
    Autre chose, utile pour la recherche d’ailleurs (et pour notre construction du futur): il va bien falloir que les humains (et les intellectuels, surtout) soient moins égocentriques, ou plutôt moins anthropocentriques: notre perception du réchauffement climatique est totalement humain, totalement lié à notre environnement de vie humaine. Dans la troposphère (au dessus de notre stratosphère) les températures sont en train de baisser ! Il y a bien réchauffement climatique (ce que les humains appellent « climat »), mais y a refroidissement des hautes couches de l’atmosphère. Sans oublier bien sûr, que, sur le plan géologique ou astrophysique, la terre est en train de se refroidir….

    1. Merci, mais tout cela dépasse mon article. Je n’ai ni la compétence ni l’ambition de comprendre le phénomène actuel. Je suis suffisamment scientifique pour savoir que ça me dépasse ; je ne sais d’ailleurs pas combien de personnes sont capables de comprendre finement l’énorme système d’équations du GIEC. Ces discussions me rappellent celles avec mes élèves polytechniciens en année d’application à l’INSEA que je mettais en garde de ne pas devenir le Pygmalion d’un modèle mathématique

      Je me borne à l’aspect géopolitique : si les gouvernants veulent atteindre les objectifs qu’il proclament, cela passera la politique étrangère

  6. Pour les personnes intéressées par le réchauffement climatique en cours, et donc la géopolitique de l’environnement qui en découle, un article « tout chaud » paru dans la revue Nature (2022): il questionne les modèles climatiques promus par le GIEC en Doxa mono-lithique, en particulier sur le CO2 ( Climate simulations: recognize the ‘hot model’ problem » )
    Voici 2 URL qui cible cet article, .
    https://www.nature.com/articles/d41586-022-01192-2
    OU
    https://media.nature.com/original/magazine-assets/d41586-022-01192-2/d41586-022-01192-2.pdf

    1. Comme écrit dans cet article ou un précédent, j’ai une bonne formation mathématique et scientifique. En particulier je connais bien l’instabilité des grands systèmes d’équations et leur biais possibles. J’ai d’ailleurs alerté mes élèves polytechniciens sur la projection involontaire de leurs idées dans des modèles mathématiques très simples. Je pense donc que personne, et peut-être même pas leurs auteurs, ne peut être certains des conclusions des équations du GIEC. Attention : « pas certain » ne signifie pas « fausses ». Je préfère donc des constatations concrètes et contrôlables comme la montée des espèces vers le nord ou le niveau de la mer


  7. Vous avez raison « personne, et peut-être même pas leurs auteurs, ne peut être certains des conclusions des équations du GIEC ». Le GIEC, au passage, n’est pas un panel d’experts en climatologie, astrophysique ou géologie: il y a des organisations militantes prétendues « écologistes » en son sein ! Et le GIEC lui même commence à douter de ses propres raisonnements dogmatiques antérieurs, puisqu’il suggère (maintenant ) que la capture de CO2 puisse être une solution politique et technique au réchauffement en cours. Il est donc sorti du raisonnement (faux): « non-p implique non-q », si on suppose que « p implique q », avec p = « le CO2 est produit seulement par les Humains » et q = « la stratosphère se réchauffe ». On commence à sortir des œillères….Tous les élèves de Terminale qui ont fait un peu de logique (ou d’algèbre booléenne) savent que la négation de « p implique q » n’est absolument pas  » non-p implique non-q » ! Et d’ailleurs, beaucoup de climatologues ou géologues le disent depuis longtemps : l’arrêt même de nos émissions humaines de CO2 (ou autres GES) ne nous assurent pas que la température de la stratosphère diminuera (voire…se stabilisera !): l’inertie des phénomènes thermiques terrestres (et pas que « terrestres »…!) est telle que personne n’est capable de nous donner un délai pour chiffrer sa grandeur: inertie de 30 ans ? Inertie de 10.000 ans ? De 1 million d’années ? D’autant que si l’humanité arrivait à décarboner totalement toutes les économies du monde, des émissions non humaines de CO2 (ou autres GES) massives pourraient très bien survenir (comme ce fut le cas dans le passé de la terre, bien avant la survenue des Humains)….! Sans parler des autres causes possibles (à découvrir, ou à approfondir) de réchauffement du climat (on a quand même 5000 degrés Celsius sous les pieds…): inclinaison de la terre, interactions avec le cosmos, tectonique nouvelle de certaines plaques continentales, etc. Nous devons nous adapter, c’est une évidence. Quant à attribuer des pouvoirs titanesques et prométhéens aux Humains, à l’égard du climat, ça relève de la foi ou du mythe: et c’est consternant de voir que ce sont des « écologistes » qui croient à ça, eux qui professent l’humilité humaine, ou la modestie humaine, face à la nature.

    1. Certes, rien n’est certain, mais il y a un consensus politique et semble-t-il électoral sur le fait que même si c’est simplement possible cela peut être suffisamment grave pour déclencher une action. Dans un domaine voisin, tellement voisin qu’on le confond avec le climat, les problèmes de pollution me semblent évidents et graves.

      1. C’est pour ça que la transition doit être écologique ou ne sera pas. On se focalise sur les énergies alors que les pollutions constituent des menaces bien plus graves sur le vivant à mon sens. Il faut repenser les modes de production industriels et agricoles, la chimie et aussi, ce qui est moins connu, les rejets de produits pharmaceutiques (antibiotiques, anti-douleurs, anti-cancéreux). Les EnR sont également sources de nouvelles pollution (batteries, minerais).
        Pour le climat, de toute façon, il faudra s’adapter car sans décroissance, on ne pourra pas inverser le processus. Jancovici a beau se contorsionner dans tous les sens, et j’estime son travail, il ne peut rien faire face au monde en croissance (pour l’instant). C’est là que je vous rejoins.

        1. Je suis bien d’accord sur le fait que la menace numéro 1 est celle des pollutions. Par contre je me méfie des mots « croissance « et « décroissance ». D’abord la croissance n’est pas seulement matérielle, comme les croissances chinoise et indienne et leur consommation croissante de charbon dont je parle dans l’article. La croissance par les services (l’enseignement par exemple) est beaucoup moins énergivore ou polluante, et le sera encore moins lorsque qu’on aura progressé dans le recyclage des appareils électroniques. De même, la décroissance ne peut pas être « couper le courant à l’Indien de base » qui n’en a déjà pas beaucoup. Démographiquement la population mondiale hors Afrique Noire va diminuer de plus en plus vite (avec d’énormes problèmes de vieillissement). Pour le reste, voir mes articles de démographie sur mon site, le dernier est récent.

  8. Oui, en effet. Si « faire » (action) ne se transforme pas en » défaire » ( défaire le progrès économique, social, sanitaire, alimentaire et scientifique), alors le coup (et le coût, aussi) sera positif. Mais si cette action consiste à promouvoir la décroissance ou autre punition dite « écologique » contre nos émissions de GES, et que le climat continue son réchauffement, les conséquences peuvent être contreproductives (avoir perdu du temps, peut-être mortellement, en empêchant l’humanité de s’adapter au réchauffement climatique par le blocage bureaucratique de nos activités et inventions humaines). La lutte contre les pollutions est toute différente: on ne stoppe pas immédiatement et n’importe comment nos pollutions, on étudie les pollutions précises à éliminer pour bien les connaître avant de faire quoi que ce soit, on cible les solutions alternatives sans tout condamner (on fait un peu ça, déjà, avec les GES, puisque certains GES sont AUSSI des polluants). Quand la lutte contre la pollution et la lutte contre le changement climatique coïncident, tout va bien: on voit rapidement le résultat d’une lutte contre un polluant (CFC, amiante,etc); on est, en général, à peu près certain du résultat. Par contre, avec le climat, on est sûr de rien sur l’impact de nos restrictions. On ne sait pas, en fait, si le réchauffement climatique est d’origine uniquement (ni majoritairement) anthropique, d’abord. Ensuite, et c’est plus grave, on ne sait même pas si la suppression immédiate (hypothèse théorique, en +) de nos émission de GES diminuera (et je ne parle pas de stopper) ce réchauffement. Je me répète, mais c’est capital: le CO2 a déjà recouvert la terre, et la terre s’est déjà réchauffée de multiples fois, sans que les humains y soient pour quelque chose, à ces époques (ils n’existaient pas encore.)…

  9. On nous bourre le mou en nous répétant à longueur de journaux télévisés que nous sommes coupables, avec nos cotons tiges et nos sacs en plastique, qui sont maintenant, dans nos pays civilisés, correctement stockés ou éliminés.
    Les plastiques (et les cotons tiges) à la dérive à la surface des océans ne proviennent pas des pays développés.
    Allez voir les plages à proximité des grandes villes africaines, et vous comprendrez.
    Donc je rejoins votre raisonnement et votre « questionnement » quant à notre responsabilité, à nous français, et par extension au monde occidental.
    Malgré tout, la transition énergétique ne se fera pas chez nous non plus, dans des délais courts, car elle apparaîtra comme insupportable.
    Faisons tout de même confiance en l’homme pour trouver des solutions, et vivons.
    De tout temps, l’homme a eu à se confronter aux éléments.
    Et maintenant que nous sommes quand même un peu plus costauds, à tout point de vue (scientifique, technologique, et aussi en matière médicale), nous ne trouvons rien de mieux que de dire « Laissons faire la nature ».
    Et prenons nos clics et nos clacs, au profit des petits scarabées, des chauves souris et des loutres.
    Débile.
    Il faut tout simplement se battre, et ce combat nous maintiendra – peut-être – en vie.

    1. Merci pour ce commentaire plus réaliste que beaucoup de discours. Pour les pénuries passées et en général résolues, vous avez un chapitre de mon livre « le mythe du fossé Nord-Sud », dont le premier exemple est « nous ne pourrons plus nous éclairer faute de graisse de mouton pour fabriquer des bougies »

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