Mise à jour au 20 août 2025
La réunion du 18 août entre Trump, les chefs d’État européens et Volodymyr Zélensky illustre bien que l’Europe n’existe pas complètement puisqu’il a fallu déplacer les chefs d’État.En effet, Madame Van der Leyen ne pouvait rien décider seule. D’ailleurs, le chef de la diplomatie européenne, Mme Kaja Kallas, ne dépend pas d’elle mais du conseil européen.
Les journaux font leurs gros titres sur l’issue des négociations sur les droits de douane entre Donald Trump et l’Europe. Mais en pratique, qui va négocier ? En effet, l’Europe n’est pas un Etat fédéral comme les Etats-Unis !
Au-delà de cette négociation, qui devrait être résolue d’ici la fin juillet, très provisoirement à mon avis, c’est la question de la nature de l’Union Européenne, qui se pose en permanence.
Depuis sa création, l’Europe n’a pas choisi entre fédéralistes et confédéralistes. Ils ne sont d’accord sur rien, sauf pour critiquer la bureaucratie européenne, qui complique le fonctionnement de l’Union.
Et les élargissements passés comme futurs n’arrangent rien.
Donc, qui va négocier ?
Commençons par la présidente.
Madame Von der Leyen n’est pas un chef d’État
Contrairement à Donald Trump ou Vladimir Poutine, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, n’est pas un chef d’État, selon l’article 17 du traité sur l’Union européenne.
Elle ne commande pas d’armée, ne dispose pas d’un pouvoir exécutif comme le président américain, ni de la légitimité de la représentation internationale que détient un dirigeant national, qui, comme son nom l’indique, représente « une nation ».
La commission qu’elle préside est un simple organe administratif, dans un cadre strictement délimité par les traités européens. Elle propose des lois, veille à leur application et représente l’Union dans certains domaines extérieurs – toujours dans les limites fixées par les États membres.
De plus, la présidente de la Commission n’est pas élue au suffrage universel direct, mais désignée par les chefs d’État réunis au sein du Conseil européen, puis approuvée par le Parlement. Un parlement européen dont l’élection ne passionne pas les foules, contrairement aux parlements nationaux.
Et puis, elle a un concurrent : le président du Conseil européen.
Ce conseil réunit les chefs d’État, et prend ses décisions en général par « consensus », une procédure imprécise. Ne pas le confondre avec le conseil des ministres qui vote à la majorité qualifiée (55 % des Etats regroupant 65 % de la population) pour des questions secondaires.
On se souvient de cette réception à Ankara du 6 avril 2021, où le président Erdogan avait prévu une chaise pour l’Europe, sur laquelle s’est assis Charles Michel, alors président du conseil européen, tandis que Madame von der Leyen cherchait où s’asseoir !
Bref une organisation pas très opérationnelle, qui compliquera la négociation sur les droits de douane, comme elle alourdit en permanence le fonctionnement de l’Union;
Fédéralisme ou confédéralisme ?
Les fédéralistes, comme Jacques Delors, souhaitent une Europe aux compétences étatiques fortes, tandis que les confédéralistes, comme de Gaulle, défendent une « Europe des patries ».
Le terme n’est pas juridique pour rappeler que ce qui existe est sentimental (ou identitaire ?), donc plus puissant que tout texte éventuellement fédéraliste.
Voir ci-dessous la Conférence de presse du 15 mai 1962 du Général de gaulle sur les questions européennes :
Il est bien évident que la réalité actuelle est confédérale, donc que l’Europe n’est pas un acteur diplomatique cohérent, avec une voix unique pour les affaires mondiales.
Une Europe confédérale, qui agit « par consensus », ralentissant, voire paralysant, toute décision commune, comme on l’a vu dans les blocages sur l’embargo pétrolier russe ou sur la reconnaissance du Kosovo.
Bref la première étape de la discussion sur les droits de douane sera de dégager un consensus.
Comme il y a urgence, cela peut peut-être marcher exceptionnellement, mais le problème de fond demeure.
En effet, l’Union oscille entre les deux modèles, ce qui la rend inefficace dans les négociations internationales : elle est trop structurée pour être simplement une alliance, mais trop fragmentée pour être un État.
On voit bien que les efforts diplomatiques du président Macron sur les questions ukrainienne et palestinienne, bien qu’il s’appuie sur le statut de puissance nucléaire de la France, sont dévalorisés parce que l’on sait qu’il devra chercher l’accord d’autres pays de l’Union, notamment celui des Allemands.
Une bureaucratie avant tout
La Commission européenne est une administration géante avec près de 32.000 fonctionnaires, auquel s’ajoutent les milliers de lobbyistes qui préparent largement les textes et fournissent les arguments en leur faveur.
Le processus est opaque jusqu’au moment où la proposition devient officielle… et quelquefois après : on se souvient de la surprise les hommes politiques voyant la télévision de l’Europe faire la promotion du voile islamique sous le slogan « mon voile, ma liberté ».
Bel exemple de travail silencieux d’un groupe d’influence, les Frères musulmans ou un groupe analogue !
On se souvient également des discussions sur la forme des concombres dont le degré de courbure ferait qu’il tomberait ou non sous le coup de la réglementation du 15 juin 1988. Réglementation abandonnée plus tard, suite au tollé qu’elle avait provoqué.
Parmi les actions controversées de la Commission européenne, on peut citer celles de sa Direction générale de la concurrence (DG COMP) qui surveille la concurrence entre entreprises privées, au détriment de la compétitivité industrielle de l’Union européenne, notamment face aux Etats Unis ou à la Chine.
La DG Com est notamment critiquée pour avoir empêché la fusion d’entreprises européennes indispensable pour atteindre la taille critique internationale et lutter à armes égales contre leurs concurrents américains ou chinois.
Les Français ont ainsi gardé un souvenir amer de la fusion avortée entre Alstom et Siemens Mobility en 2019, pour créer un géant européen du ferroviaire. La Commission européenne a bloqué cette opération, estimant qu’elle réduirait trop la concurrence sur le marché européen.
Et ce blocage de fusions intra-européennes a parfois fragilisé les entreprises concernées, les rendant plus vulnérables à des acquisitions étrangères, comme pour Alstom Énergie, cédé à l’américain General Electric en 2014.
Bref, cette technostructure produit des milliers de pages de régulations annuellement, souvent perçues comme abstraites ou inutilement contraignantes, notamment dans les secteurs agricoles, industriels ou environnementaux.
Ce travers, qui existe hélas aussi au niveau national, est exacerbé par l’irresponsabilité électorale des « directeurs généraux » de la Commission qui se voient en « super ministres ».
La Commission apparaît alors moins comme une force politique que comme une machine normative.
Le Règlement général sur la protection des données (RGPD, 2018) constitue une avancée majeure en matière de protection de la vie privée. Mais il fait aussi l’objet de vives critiques économiques, qui l’accusent d’avoir freiné la création de champions européens du numérique, sans véritable gêner les acteurs américains des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft).
L’élargissement : vers une Union ingouvernable ?
À ces fragilités s’ajoute la complexité croissante liée aux élargissements successifs.
Depuis 2004, l’Union s’est élargie à une douzaine de nouveaux membres, majoritairement issus de l’ancien bloc de l’Est. Ces pays, comme la Hongrie ou la Pologne, ont des traditions politiques, des systèmes judiciaires et des niveaux de corruption très différents des États fondateurs.
C’est encore plus net avec les pays ayant fait longtemps partie de l’empire ottoman (voir ci-après) : isolés de l’évolution intellectuelle et démocratique européenne, ils seront probablement une source de complications.
La Roumanie et la Bulgarie s’intègrent peu à peu. A signaler tout de même une alerte récente, avec l’annulation du premier tour de la présidentielle roumaine de 2025.
Mais l’Ukraine, la Moldavie ou les pays des Balkans occidentaux (Bosnie, Monténégro, Serbie, Kosovo, Albanie, Macédoine… et même la Grèce) sont moins « européens » en matière de démocratie, de transparence, d’indépendance judiciaire ou de lutte contre la corruption, comme en attestent les études de Transparency International.

Enfin, l’élargissement complique toute position commune.
À 27, il est déjà difficile de trouver des consensus ; à 30 ou 35, cela pourrait devenir quasi impossible sans réforme des traités et des règles de vote… mais il resterait alors à expliquer aux pays candidats qu’on pourrait ne pas tenir compte de leur avis…
Identités, langues…
Revenons à la notion de patrie. Derrière le confédéralisme, derrière l’élargissement il y a cette réalité : « je suis plus attaché à ma patrie qu’a l’Europe ».
Certes une partie de l’élite, dite « mondialisée » se voit très bien laisser tomber sa langue nationale pour l’anglais, et plus généralement son patriotisme local et profond pour un sentiment d’appartenance européen un peu abstrait.
Pourquoi l’anglais ? Je rappelle que les trois langues officielles de l’Union sont le français (utilisé en pratique exclusivement jusqu’à l’admission de la Grande-Bretagne), l’allemand et l’anglais.
L’élargissement aux pays de l’Est a brusquement augmenté la part de l’anglais, puisque les grands cadres de ces pays avaient bénéficié d’une avalanche de bourses des universités américaines dès la chute du mur. L’anglais se trouve donc être la langue commune entre un Slovaque et un Estonien.
Malgré le Brexit, l’anglais est resté langue officielle, bien que langue maternelle de quelques millions d’Européens seulement (Irlandais et quelques Maltais). Elle est devenue officiellement langue de travail de l’Union suite à une décision récente de Madame VDL, qui s’exprime donc dans cette langue bien qu’elle soit germanophone et francophone.
Outre le poids « naturel » de l’anglais (rôle mondial des États-Unis etc.) il y aurait également des intérêts financiers largement présents à Bruxelles.
En Roumanie, j’ai personnellement assisté au remplacement des générations de mon âge totalement francophones par les générations suivantes anglophones.
Cette « élite mondialisée » est très minoritaire, mais peut-être un peu plus importante qu’ailleurs en France, en Allemagne et au Benelux.
Mais même dans ces pays, et surtout ailleurs, c’est la lutte pour l’identité nationale, et parfois religieuse, qui est le souvenir le plus récent (révoltes, massacres et guerres) et le plus prenant.
Contre la Russie à l’est, voire auparavant contre les Ottomans au sud et au sud-est, c’est autour de la langue et souvent de la religion que se sont bâtis de nombreux Etats. Notamment la Slovénie et la Croatie catholiques et culturellement proches de l’Autriche, la Bosnie, l’Albanie et le Kosovo musulmans, le Monténégro, la Serbie et la Macédoine du Nord orthodoxes (et à minorités musulmanes). Sans parler de l’Ukraine…
Le fédéralisme : une évolution aussi logique qu’impossible aujourd’hui
Sur le plan logique, la solution fédérale est la meilleure : unité de comportement, éventuellement de langue, avec l’anglais pour langue commune.
L’exemple fédéral de la Suisse nous montre toutefois que l’unité linguistique n’est pas une nécessité.
Mais cette logique va en sens inverse des sentiments.
Je préfère parler de sentiments que d’identité, terme qui a des connotations très différentes suivant les options politiques. Or chacun sait que les sentiments sont plus forts que la logique.
« L’Europe, ça n’existe pas » disent les États-Unis, la Russie ou la Chine, pour les raisons que nous avons vues. Mais on lui demande néanmoins de négocier un accord important avec les États-Unis !
On y arrivera probablement, après des discussions très rudes entre Français et Allemands d’une part, ces derniers ne voulant pas froisser les États-Unis. Puis après avoir fait « des cadeaux aux petits Etats » qui chercheront à bloquer le processus pour défendre tel ou tel intérêt spécifique,
J’espère qu’on y arrivera dans les toutes prochaines semaines.
Après cette négociation, que j’estime provisoire – car la réalité économique obligera les États-Unis à assouplir leur position dans les mois qui viennent – le problème de fond demeure que l’Europe est tiraillée entre ambitions fédéralistes, sentiments nationaux, technocratie bureaucratique et diversité culturelle accrue par les élargissements.
Elle occulte les Etats constituants sans les remplacer. Et elle n’est pas légitime aux yeux de ses peuples.
L’histoire nous enseigne qu’une telle situation nécessite un choc extérieur pour se débloquer.
On peut penser à la guerre en Ukraine aux portes de l’Union, avec la menace russe qui se précise contre la Moldavie, la Pologne, les pays baltes et la Finlande.
Et même contre la France, selon notre chef d’état-major des armées, le général Burkhard, qui estimait que la Russie « constituera une vraie menace avant 2030 ». (Le Monde, 12 juillet 2025)
Yves Montenay

Extra. Vulgarisation politique pour… les « gueux »…
Quelques arguments SVP
La » Défense européenne » est un leurre toxique destiné à affoler les opinions publiques ignares et désinformées en martelant le thème rebattu du » danger russe » (tout en ironisant, – belle contradiction ! – sur la » nullité de l’armée russe), afin de faire avaler une augmentation considérable des dépenses militaires, laquelle profite d’abord et avant tout au complexe militaro-industriel étasunien, dépenses gigantesques (on parle de 800 milliards d »euros) exigées par Mme von der Leyen qui n’en a pas le droit. Pour la France, en très mauvais état financier, il faut refuser de gaspiller ainsi nos ressources en entretenant jusqu’au dernier Ukrainien la guerre russo-ukrainienne, laquelle est perdue. Notre priorité doit être de maintenir notre force de dissuasion et de développer notre Marine, ce dont nos » bons « amis et » alliés » européens n’ont cure. Et le général Burckhard ne se grandit pas en se mêlant de politique en ânonant docilement la propagande définie par M. Macron, lequel n’a pas de vision politique car son seul objectif est d’obtenir après la fin de son mandat un strapontin au sein de la Commission européenne… en attendant une grasse prébende, comme un poste dans une banque étasunienne, cas de M. Baroso, qui coule des jours heureux au sein de Goldman Sachs, artisan et profiteur de la crise grecque de 2008.
On doit se rappeler que M. Monnet » ce petit financier à la solde des États-Unis « , comme le disait le général De Gaulle dès 1943, l’UE est un instrument de vassalisation des pays européens au profit des États-Unis, notamment par le biais de l’OTAN. Ainsi, cofinanceur du programme Eurofighter Typhoon, l’Espagne continue de lui préférer l’achat ruineux d’avions F-35 pour rééquiper son armée de l’air…
Que Trump s’arrange encore plus que les précédents pour que l’argent de la défense européenne lui revienne, c’est évident. Par contre, pour voir que Poutine est lui aussi impérialiste, il suffit de l’écouter. L’occupation russe plus a laissé un souvenir terrible partout et il est tout à fait naturel que les pays concernés cherchent un allié puissant.
Réaction pour Liger : quand on voit la « vaillance » d’une majorité d’Ukrainiens, nous les Européens sans « puissance Europe » , sommes tenus de les soutenir avec ce qu’on a. Nous aurions du acheter et payer les bonnes armes depuis longtemps, sans attendre les votes et non votes des élus américains. Notre dépendance aux USA est factuelle mais la priorité est de défendre nos frères Ukrainiens qui cherchent à exister hors de Russie depuis 200 ans. Nous doter d’une industrie militaire européenne suffisante ne peut venir qu’en second.
UE bureaucratique certes, mais elle a le mérite d’exister sur certains sujets (même si elle coince les volontés politiques nationales de décider vite et nationalement sur des points capitaux. Sans oublier le rôle calamiteux de la Cour de Justice européenne….). Sans l’UE, en effet, notre continent aurait déjà éclaté après l’invasion russe de l’Ukraine en 2022 (2014 et la Crimée, c’est passé comme le facteur) L’Allemagne aurait même approuvé (j’exagère à peine). Et, inévitablement, immédiatement, les Pays Baltes suivaient. Et la Chine allait sans peur envahir Taïwan, comme elle le fait en ce moment dans le Pacifique et dans l’Himalaya. Certains diront « on s’en moque ». Pourtant, il suffit de regarder ce qui se passe, hier comme aujourd’hui, quand on ne réagit pas aux conquérants et aux impérialistes: on finit par passer à la casserole, à terme.
Vous avez raison d’un point de vue militaire, mais ce n’est pas l’Union qui nous a sauvé, mais l’OTAN
En fait, l’UE, c’est une France XXL, il suffit de remplacer Bruxelle par Paris, les pays européens par nos élus locaux embauchant pour recaser des travailleur mis hors jeu par des ruptures technologique iu organisationnelle reduisant sensiblement la demande de travail, le taylorisme aux États-Unis, puis le toyotisme dans les années 70 pour maintenir la production malgré le declin démographique et sans recourir à l’immigration…
Et l’application en France du toyotisme est un facteur de chômage car on a à la fois une politique familiale nataliste et encore par dessus l’élargissement de l’UE permettant l’em auche de travailleurs détachés d’Europe de l’Est, ayant eu pour effet d’évincer les travailleurs français de certains métiers et il avait fallu les reconvertir comme fonctionnaires.
Et c’était d’ailleurs le licenciement massif de fonctionnaires qui avait conduit aux Brexit, pour renvoyer les travailleurs détachés chez eux et permettre aux fonctionnaires virés de retrouver du travail avec des vrais salaires et pas un salaire minable complété par du social…
Je renonce à comprendre vos commentaires
Ok, je vous la fais courte : sans la générosité du système de retraite et sans l’embauche massive dans les années 80 de fonctionnaires invirables du fait de leur statut, il n’y aurait jamais eu assez d’électeurs pour voter la ratification du traité de Maastricht en 1992.
?????
Nous échangions ces jours-ci sur la question de la concurrence, de la masse des PME etc etc, et donc en 1992, la grande masse des TPE/PME était contre l’entrée de la France dans l’UE et l’Euro, mais le texte est passé quand même, cherchez l’erreur!
Et la raison, c’est que l’Etat avait préalablement fait basculer des millions de Français de la condition de producteur à celle de rentier, avec des retraites anticipées pour ceux encore dans l’emploi et des emplois protégés pour ceux au chômage et encore à 20 ans de la retraite….
Mais pour le reste, nous somme bien d’accord, l’UE est un plantage monumental
– Elle était censée peser à l’international, elle est inaudible…
– Elle était censée faire converger les économies, elle les a au contraire fait diverger…
– Elle était censée prévenir la résurgence du nationalisme, on a des néo-franquistes en Espagne et en Europe de l’Est, on assiste à des renommages équivalent en France à renommer l’avenue Charles de Gaulle en avenue Pierre Laval ou en avenue Joseph Darnand…
Ce type de renommage a eu lieu en Ukraine, inutile de vous dire que c’était du pain béni pour Poutine….