L’Ukraine, république indépendante, est agressée par une grande puissance. La guerre a des racines anciennes et la menace s’étend aujourd’hui aux pays voisins de la Russie.
Nous suivons de près le conflit et notre sympathie va naturellement au peuple ukrainien.
La géographie du pays et le poids de l’histoire éclairent l’agression de 2022… et l’ombre inquiétante qui plane désormais sur l’Est européen et le Caucase.
Une géographie déterminante
L’Ukraine occupe une position géographique charnière entre l’Europe centrale et la Russie.
Elle est bordée par la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie, la Roumanie et la Moldavie à l’ouest, la mer Noire au sud, et la Russie et la Biélorussie à l’est et au nord. Et le Caucase n’est pas loin avec ses multiples peuples dont les Géorgiens et les Arméniens également « gênés » par leur grand voisin.
Elle constitue une zone de contact, voire de fracture, entre trois espaces civilisationnels et politiques :
- le monde catholique à l’ouest et au nord,
- le monde orthodoxe à l’est et au sud-ouest
- et le monde musulman au sud.
Le tchernoziom, une terre très fertile, est à la fois un atout et une malchance pour l’Ukraine. Elle en fait depuis toujours un producteur important de blé, ce qui lui a porté malheur, comme nous le verrons.
Une histoire qui pèse lourd
Historiquement, l’Ukraine centrale et orientale a été conquise par les Russes et leurs légendaires cosaques sur les Tatars musulmans, plus ou moins soutenus par l’empire ottoman. Elle est devenue orthodoxe.
Par contre l’Ukraine occidentale a appartenu à l’empire austro-hongrois et à la Pologne. Elle était catholique ou d’une branche de l’orthodoxie ralliée à Rome
La sainte Russie d’avant 1917 n’a pas traité cette Ukraine centrale et occidentale de manière particulière. C’est l’URSS qui a divisé son territoire en Etats théoriquement très autonomes, mais en pratique soumis à Moscou par la hiérarchie du parti communiste.
Il se trouve qu’en 1917, l’Ukraine n’a pas accepté facilement de faire partie du monde soviétique. Si le pouvoir russe crée une république communiste de l’Ukraine, deux autres mouvements armés la concurrencent.
Finalement les communistes l’emportent au centre et à l’est en 1921, tandis que la Pologne annexe le reste, où une partie de la population était alors d’ascendance polonaise.
C’est à l’occasion de la communisation de l’économie qu’a eu lieu le deuxième drame entre Kiev et Moscou : entre 1931 et 1933, la collectivisation des terres a entraîné la famine, comme plus tard dans les autres pays communistes : les paysans n’avaient aucun intérêt à avoir une vie très dure pour apporter des récoltes à l’administration du kolkhoze.
Et il a fallu la police et l’armée rouge pour chercher les récoltes soi-disant cachées, en général la nourriture pour la vie quotidienne des paysans, et les semences nécessaires pour l’année suivante.
On parle de torture et notamment d’avoir brûlé les pieds les paysans pour les faire avouer. Beaucoup sont ensuite de morts de faim, toute la nourriture ayant été saisie pour les ouvriers des villes.
On parle de 3,5 à 5 millions de morts et cet épisode est resté gravé dans la mémoire ukrainienne sous le nom de Holodomor. S’y est ajoutée la répression stalinienne, d’au moins 500 000 morts.
Résultat : quand les troupes allemandes sont arrivées, elles ont souvent été bien accueillies !
Conséquence : lors de la défaite allemande, l’Ukraine a donc été encore plus réprimée par le pouvoir soviétique.
Aujourd’hui, pour Moscou, l’Ukraine est un espace d’influence légitime, d’autant que Vladimir Poutine proclame régulièrement que « tout ce qui était dans limite de l’URSS doit revenir à la Russie actuelle. »
C’est malheureusement aussi le cas des Pays baltes (l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie), de la Finlande et des pays au sud du Caucase, comme l’Arménie et la Géorgie.
Mais L’Ukraine s’est progressivement rapprochée de l’Europe depuis son indépendance en 1991, au lendemain de l’effondrement de l’URSS.
Cette indépendance a été validée par un référendum, où toutes les provinces ont voté « oui », même la Crimée et les provinces russophones de l’est.

Car si la langue ukrainienne est majoritaire, la partie orientale, actuellement occupée par Moscou était largement de langue russe, ce qui n’empêchait pas le nationalisme ukrainien.
A titre d’exemple, le président actuel, Vladimir Zelenski est lui-même russophone, même s’il utilise maintenant principalement l’ukrainien pour des raisons politiques.
Les débuts de la guerre en Ukraine (2022-2025)
C’est pourquoi le rapprochement de l’Ukraine de l’Europe est vu comme un crime de lèse-majesté par Vladimir Poutine.
En 2014, la Russie annexe la Crimée et soutient les mouvements séparatistes du Donbass. Le conflit devient une véritable guerre en février 2022, lorsque la Russie lance une invasion à grande échelle.
Vladimir Poutine pensait que son « opération spéciale » ne durerait que 3 jours et un commando avait été lancé sur Kiev pour prendre ou tuer le président , tandis qu’une colonne de chars prenait la route de la capitale ukrainienne.
Mais le commando été détruit et la colonne chars également, faute d’appui de l’infanterie, les généraux soviétiques pensant il n’y aurait pas de résistance ukrainienne.
Depuis, il y a eu la réussite de 2 contre-offensives ukrainiennes, l’échec de la troisième contre des positions russes fortifiées entre-temps, l’occupation provisoire par les Ukrainiens de la région de Koursk, qu’ils ont dû ensuite quitter.
Ces deux derniers épisodes ont probablement sévèrement atteint l’armée ukrainienne, tandis que l’armée russe accumule les centaines de milliers de morts ou de blessés.
Depuis, il y a eu une longue guerre de positions, suivie, depuis quelques semaines, d’une avancée russe sur le front nord.
Le matériel engagé a changé de nature, il y a moins de blindés et beaucoup plus de drones de toutes catégories.
Démographiquement, les deux pays, qui ont tous deux une faible fécondité, ont perdu une partie de leur jeunesse soit sur le champ de bataille, soit par émigration.
Pour son économie, Russie puise dans le réservoir des musulmans d’Asie centrale.
Économiquement, l’Ukraine ne survit que par des crédits américains et occidentaux, mais a toutefois réussi à sauver ses exportations de blé en gagnant une bataille contre la flotte russe, obligée de quitter la Crimée pour l’Abkhazie.
Tandis que la Russie dépend de ses exportations de pétrole acheté par la Chine et l’Inde.
L’un des objectifs de la Russie était et demeure d’empêcher de l’Ukraine d’adhérer à l’OTAN, disant que cette dernière « encercle » la Russie. La carte montre bien que ce n’est pas faux… mais à qui la faute ?

C’est d’autant plus raté que, face à la montée de la menace russe, les pays restés neutres jusque là – la Finlande (en avril 2023) et la Suède (en mars 2024) – se sont hâtées de rejoindre l’OTAN.
L’épuisement des ressources humaines en Ukraine, les hésitations occidentales puis américaines depuis l’arrivée de Trump, et la stratégie russe de pression constante rendent aujourd’hui l’issue du conflit incertaine.
Les répercussions régionales
Le conflit ukrainien agit comme un séisme géopolitique pour les pays voisins.
En Biélorussie, le régime autoritaire de Loukachenko est désormais totalement aligné sur Moscou, après des tentatives de révolte par la population. Le territoire biélorusse a ainsi servi de base arrière à l’invasion de 2022, et les forces armées biélorusses sont intégrées de facto au dispositif russe.
Dans le Caucase, les équilibres traditionnels sont bouleversés. L’Azerbaïdjan, profitant de la distraction russe, a consolidé sa position au Haut-Karabagh face à l’Arménie, longtemps alliée de Moscou. Cette dernière, se sentant abandonnée, cherche désormais à se rapprocher de l’Occident.
La Géorgie semble céder à la pression de Moscou, qui lui a déjà fait perdre en 2008 l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie.
La Roumanie, membre de l’OTAN et de l’UE, renforce sa coopération militaire avec les États-Unis et accueille des bases alliées. Elle s’affirme également comme une porte logistique pour l’aide destinée à l’Ukraine. Mais un candidat à la présidence qualifiée de pro-russe a failli être élu il y a quelques mois, avec l’appui de la Russie sur les réseaux sociaux.
La Moldavie, où je suis allé défendre la francophonie en 2015, est un pays qui a été arraché à la Roumanie pour le soviétiser. Dans sa partie est, à la frontière ukrainienne, la région de Transnistrie abriterait des troupes russes. C’est stratégiquement précieux pour la Russie qui pourrait prendre l’Ukraine à revers. Jusqu’à présent, malgré une forte pression russe médiatique et parfois violente, les élections ont confirmé sa préférence européenne, et c’est pour cela que les dirigeants européens y sont actuellement. Les prochaines législatives sont dans un mois…
La Pologne, quant à elle, a beaucoup souffert de la Russie, puis de l’URSS, qui lui a pris la partie orientale et méridionale de son territoire, au bénéfice notamment de l’Ukraine, après en avoir chassé tous les Polonais. En échange l’URSS lui a donné les provinces allemandes de Poméranie et de Silésie à l’est de l’Oder et même la partie ouest de son embouchure.
Au passage, notons que les Allemands reculent ainsi de plus de 1000 ans de conquêtes ou d’installations à l’est, des pays baltes à la Volga. Les fantasmes d’Hitler ont donc finalement beaucoup rétréci le territoire allemand.
La Pologne ainsi maltraitée par l’URSS, est donc devenue un des principaux soutiens de l’Ukraine en Europe. Elle a accueilli des millions de réfugiés, fourni une aide militaire significative, et milite pour un engagement plus ferme de l’OTAN. Mais cette solidarité s’accompagne de protestations de sa paysannerie, concurrencée par le blé ukrainien.
Enfin, les Pays baltes – Estonie, Lettonie, Lituanie – vivent dans la crainte constante d’une extension du conflit. Leurs minorités russes et les souvenirs des répressions soviétiques expliquent les craintes de ces trois Etats.
Or justement les Russes ont exigé et obtenu des Américains à Yalta l’enclave de Kaliningrad qui menace les pays baltes et la Pologne. Cette enclave russe est visible en orange sur la carte ci-dessus.
Les pays baltes ont donc considérablement accru leurs dépenses militaires et demandé une présence renforcée de l’OTAN sur leur territoire.
Un impact mondial
L’Ukraine, en résistant à l’agression russe, joue un rôle de rempart pour l’Europe. Mais cette guerre ne se limite pas à un affrontement bilatéral.
Elle a été pour l’Europe l’occasion de constater la fragilité de l’alliance avec les États-Unis, pour la Russie de resserrer son alliance avec la Chine, et, économiquement, avec l’Inde.
Et je ne parle pas des spéculations sur une entente discrète entre Vladimir Poutine et Donald Trump.
En Afrique, les mercenaires russes, troupes théoriquement privées, ont été repris en main par l’armée russe sous le nom d’Africa Korps et alimentent la Russie en or. Cela se fait au détriment du reflux français dans la région, et dans une moindre mesure du recul américain.
La Chine en profite pour avancer.
Et, quelle que soit l’issue militaire, l’économie russe, qui s’est focalisée sur la production d’engins et de munitions et a perdu le contact avec de nombreuses entreprises occidentales, devra se reconvertir.
Cela aura inévitablement des conséquences sur les oligarques soutiens de Vladimir Poutine, donc sur le régime russe lui-même.
Je pense donc que si l’Ukraine est pour l’instant en position périlleuse, c’est à terme le président russe qui sera menacé ce qui pousse Poutine à courtiser Trump pour gagner du temps et des territoires.
Yves Montenay
Crédit Arrière Plan de l’image à la Une : Situation en Ukraine – 25 août 2025 – Ministère des Armées


faudrait ajouter, et la coupe sera pleine, que les nazis sont à Moscou…
et puis écrire directement en anglais, on comprendra mieux !
Vous pensez ce que vous voulez. Il se trouve que j’ai bien connu l’URSS puis la Russie, et les anciens pays de l’Est avant et après la chute du mur. Je constate aujourd’hui une restriction sévère de l’information en Russie, l’incarcération ou pire des opposants, bref je constate que le régime actuel rejoint les totalitarismes de toute nature, communiste, nazi, militaire, religieux… Ce qui n’empêche pas les amitiés individuelles entre Français et Russes
Quant à écrire en anglais, vous êtes mal renseigné, allez sur mon site voir mes ouvrages et mes articles sur la francophonie
Il est à noter que le nom de l’Ukraine vient d’un mot slave voulant dire « limite » ou « frontière » et on pourrait effectivement, le pays a changé bien des fois de main…
Après, la question de l’holodomor est hautement politique car la famine du début des années 30 n’a pas été la seule et elle n’était pas spécifique à l’Ukraine, mais généralisée en Union Soviétique, principalement en raison de la politique d’industrialisation à marche forcée.
Ah, l’Ukraine et sa grande démocratie (interdiction des journaux et partis d’opposition, annulation des élections, prédominance des partis nationalistes banderistes, qui sont des nazis assumés…) heureusement que l’Europe, à travers ses valeurs, défend pleinement l’Ukraine (et surtout la politique hégémonique des neocons américains). J’aime beaucoup la plupart de vos articles (démographie, économie mondiale, histoire, sociologie), dommage que vous vous laissiez prendre par la propagande de l’état profond américain et de l’Europe qui lui est totalement inféodée. Ceci dit, Poutine n’est pas mieux, mais pas pire non plus. Comme disait le grand Charles, les états non pas d’amis mais des intérêts. Cordialement
Les différences de degré font les différences de nature
C’est assez curieux de constater que vous ignorez 2 évidences qui constituent la raison de l’opération militaire spéciale. De 2014 à 2022, les bombardements et les opérations militaires de Kiev contre le Dombass ont fait 15.000 morts parmi les Russes ethniques et d’un autre côté, si l’Ukraine était rentrée dans l’OTAN, Moscou ne serait qu’à 5 minutes pour les missiles étatsuniens. Ces deux raisons sont la raison pour laquelle la Russie est entrée en guerre et elle ira jusqu’à la démilitarisation totale de l’Ukraine que l’occident voulait transformer en une anti-Russie. Quant aux imbéciles finlandais qui sont rentrés dans l’OTAN, ils seront attaqués par les Russes dès qu’un seul missile à longue portée étatsunien sera installé sur leur sol. On pourrait également parler des accords de Minsk mais je ne vais pas faire une conférence pour vous convaincre. Il suffit d’écouter les traductions des discours de Poutine. Tout y est dit !
C’est bien ce que je vous reproche : écouter Poutine. Il sait très bien parler et il mélange nationalisme et patriotisme. Autant il est légitime d’aimer son pays, autant ça ne justifie pas l’agression des autres.
Ecouter Poutine ? Eh, bien, la France me l’interdit ! Impossible de me brancher sur RT ou RT en français sans un VPN. Pour avoir accès à RT, je branche mon VPN sur les Etats-Unis ou même Andorre. La liberté d’accès à l’information est incroyablement restreinte en France alors que nous sommes adultes et que nous avons le droit de lire et d’écouter qui on veut ! Je n’écoute pas spécialement Poutine mais des gens comme Jacques Baud, Xavier Moreau, Paul Craig Roberts, le colonel Douglas McGregor, Scott Ritter… Ces derniers sont des Etatsuniens et ils disent la même chose que Poutine mais ils sont probablement tous des agents du Kremlin qui reçoivent des valises bourrées de billets de 500 euros sans doute !
Vraisemblablement, sous cette forme ou sous une autre : chantage ou plus honorablement notoriété. Ou des « idiots utiles » comme Sartre, Yves Montant et bien d’autres avant qu’ils ne réalisent s’être fait rouler. Nous sommes en démocratie, pas à Moscou, et vous pouvez donc m’écrire ce que vous voulez.
Mais surtout voyez-vous une erreur historique dans mon article ?
Biais et omissions
Biais généraux :
Pro-ukrainien et anti-russe marqué : L’auteur exprime explicitement sa « sympathie au peuple ukrainien » et dépeint la Russie comme agresseur historique (brutalités soviétiques, Poutine impérialiste). Les Russes sont caricaturés (généraux « soviétiques » incompétents, recrutement « musulman » comme faiblesse). L’OTAN est défendue (« à qui la faute ? » ironique sur expansion). Pas de nuance sur perspectives russes (ex. : peur OTAN légitime pour certains analystes). Ton alarmiste sur « ombre inquiétante » sur Europe/Caucase, aligné sur narratif occidental.
Simplifications géopolitiques : Histoire binaire (Russie oppresseur, Ukraine victime) ; ignore complexités ethniques (russophones pro-russes en est avant 2014).
Sources implicites : Basé sur médias occidentaux (BBC, AP), sans voix russes ou neutres, ce qui renforce biais.
Omissions principales :
Contexte Donbass pré-2022 : Pas de mention des accords de Minsk (2014-2015, non respectés par les deux côtés), shelling ukrainien sur zones séparatistes (14 000 morts 2014-2022), ou rôle nationalistes ukrainiens (ex. : Azov). Omet que invasion 2022 justifiée par Russie comme « dénazification » (propagande, mais omit).
Rôle OTAN/Occident : Expansion OTAN depuis 1999 (14 pays) sans promesse formelle non-expansion (débat historiens). Omet armes US à Ukraine pré-2014 ou Maïdan 2014 (vu par Russie comme coup UE).
Problèmes internes Ukraine : Corruption (oligarchat, Zelensky critiqué), conscription forcée, attaques drones sur Russie (au-delà Kursk), ou échecs militaires (pertes massives 2024-2025).
Équilibres mondiaux : Omet aide Iran/Corée du Nord à Russie (armes) ; rôle Turquie en mer Noire ; impacts sanctions sur Europe (énergie). Sur Afrique, omet complexités locales (coups d’État pro-russes Mali/Burkina).
Événements récents (post-août 2025) : Avancées russes accélérées sept. 2025 (Donetsk) ; négociations paix US-Russie en cours, rendant « issue incertaine » plus pro-russe que décrit.
Sources diversifiées : Pas de vues arméniennes/géorgiennes complètes ; omet que Arménie a rompu CSTO 2024 partiellement.
Je vous conseille le chapitre sur l’Ukraine du livre d’Adam Tooze publie en 2018 (https://economiepublique.blogspot.com/2022/07/crash-une-decade-de-crises-financieres.html), le livre de Frank Sakwa de 2014, et le Grand Echiquier de Zbig (https://economiepublique.blogspot.com/2023/08/le-grand-echiquier-de-brzezinski.html), le chapitre sur l’Ukraine de Todd (https://economiepublique.blogspot.com/2024/08/la-defaite-de-loccident-selon-emmanuel.html) encore que ce dernier soit ecrit apres 2022 pour nuancer les propos.
Vous savez ce que j’en pense. Tout cela est démenti par la résistance ukrainienne, qui elle-même vient en partie de la répression soviétique
Le pays de la liberté peut il être pour un agresseur qui ne respecte pas sa signature et contre un peuple qui préfère se battre que se coucher ?
» si l’Ukraine était rentrée dans l’OTAN, Moscou ne serait qu’à 5 minutes pour les missiles étatsuniens »
C’est là la raison profonde du conflit.
La Russie a toujours eu une mentalité de pays assiégé et deux événements l’ont grandement alimentée et radicalisée, le premier étant les multiples ingérences étrangères lors de la guerre civile russe, le second étant l’invasion allemande de 1941, une guerre d’extermination en vertu du projet politique dément exposé dans Mein Kampf.
Depuis cette expérience traumatisante, l’URSS, puis la Russie, ne se sent en sécurité qu’entourée de régimes neutres ou bien à la botte de Moscou s’il n’y a pas moyen de s’entendre.
Et à ce jeu, l’Ukraine cherchait vraiment les ennuis en voulant intégrer l’OTAN et en tolérant ces dernières années qu’on renomme des places ou des stades en l’honneur de collabos ayant pris part à la Shoah par balles…
Même constat dans les pays Baltes qui sont sans doute les prochains sur la liste, en fait est surtout menacé les pays se trouvant dans les frontières de la Russie de 1914, mais aller à Paris, c’est un fantasme de vieux droitard, la Russie n’en n’a pas les moyens humains de par sa démographie et encore moins après les lourdes pertes en Ukraine…
Sans parler de Paris, est-ce une raison de massacrer des Ukrainiens puis des Baltes ? Mais surtout voyez-vous une erreur historique dans mon article ?
Je m’essayais à de la prospective.
Pour le reste, je m’en tiens au fameux adage de Carl Von Clausewitz, à savoir que la guerre est le prolongement de la politique par d’autres moyens et je ne pense pas trop me tromper en avançant que la guerre menée par Poutine n’est pas du fait de sa folie supposée, mais qu’elle est doctrinale et que n’importe quel autre dirigeant russe à sa place aurait pris la même décision.
Et j’ai aussi tendance à penser que la démographie déclinante a joué dans cette prise de décision, que Poutine a déclenché cette guerre parce qu’il avait encore les moyens humains de le faire.
Et puis il y a la question de l’Holodomor qui est très controversée car les milieux nationalistes avancent la thèse du génocide anti-Ukrainien et celle-ci est contestée d’une part car c’était pas spécialement les Ukrainiens, mais la paysannerie soviétique en général que Staline voulait mettre au pas et d’autre part, il y avait beaucoup d’incompétence à cette époque car la population était inculte et pour ne rien arranger, la guerre civile a décimé le peu de profils à la fois compétents et intègres qu’il y avait…
Il est exact que c’est l’ensemble de la paysannerie russe qui était visée. Mais cela n’empêche pas les Ukrainiens de se souvenir de ce qu’est arrivée chez eux, et des millions de morts de ce fait. Le fait que la révolution puis la guerre civile ont décimé ou fait émigrer les élites n’a sûrement rien arrangé, mais c’est à mettre au débit du gouvernement soviétique.
Tout le monde s’accorde sur la responsabilité du gouvernement soviétique, la controverse porte sur le caractère prémédité ou non car il y avait eu le cas de la famine en Irlande due à l’incurie du gouvernement britannique disant que s’il le mildiou ravageait les récoltes de pommes de terre, les Irlandais n’avaient qu’à travailler davantage pour manger du faux-filet.
J’espère que le gouvernement soviétique n’avait pas imaginé que le communisme entraînerait la famine. Mais quand c’est devenu évident, la solution aurait été de permettre aux paysans de vendre librement leur blé, comme ça c’est fait pour le riz au Vietnam dans des circonstances analogues (voir mon article sur le Vietnam) : la prochaine récolte dépasse toutes les espérances. Mais toute dictature, si elle est de plus dirigé par un Staline ou un Mao, pense d’abord répression !
J’ajouterais que les dirigeants soviétiques et chinois ayant fraichement pris le pouvoir étaient généralement fascinés par les Etats-Unis avec une population à 90% restée au moyen âge, ce qui voulait dire qu’une industrialisation en 10 ans supposait de prendre tous les risques, et vu la paranoïa de Staline, être nommé cadre était un cadeau empoisonné car vous risquiez d’être fusillé pour incompétence si vous ne teniez pas vos objectifs d’où ce qu’on appellerait de nos jours de la « comptabilité créative ».
Sur le commentaire de O.
1) Vous avez adopté la narratif du Kremlin qui justifie son viol de l’Ukraine en prétendant que la Russie allait être agressée par l’OTAN. Pourtant, il faut écouter et croire Poutine lui même: A) L’Ukraine n’existe pas. B) Là où les Russes mettent le pied, ça appartient à la Russie. Vous êtes en retard de 3 ans sur la rhétorique officiel du fascisme poutinien.
2) Quant à l’Holodomor , il a été reconnu « Génocide » par l’ONU : donc le crime spécifique perpétré par les Soviétiques en Ukraine n’est pas une invention de « Nazis » ukrainiens, mais le constat d’historiens (et de témoins de l’Epoque, d’ailleurs : lire par exemple, ce que pensait le communiste Ante CILIGA lors de son séjour en URSS à cette époque : « Au pays du mensonge déconcertant »). C’est la famine en Russie qui a justifié que les Ukrainiens soient sacrifiés pour réparer la 1ère. Le journaliste Gareth Jones était sur place , et il a témoigné aussi (voir le film « Moissons Sanglantes » récemment diffusé sur LCP, avec des images d’archives). Lire aussi le texte du paysan ukrainien Nestor Makhno qui, dès 1920, savait ce qui allait arriver à l’Ukraine face aux fascistes rouges (« Manifeste de l’armée insurrectionnelle d’Ukraine (1er janvier 1920) »
3) Il y a des Nazis en Ukraine. Peut-être. Et alors ? Il y en a aussi en France: la France mérite t-elle d’être envahie ? Si vous répondez oui, on va se demander qui vous êtes et pour qui vous bossez….
4) La Russie et sa grande culture sont très mal servies, ou traitées, par Poutine et sa clique de maffieux. Ce n’est sympa pour les Russes que de défendre un tel personnage…!
Mais non ! L’Ukraine ne voulait pas intégrer l’OTAN ! Les Ukrainiens qui sont sortis du pays vous le diront. La malheureuse Ukraine se trouve dans une zone où ont débarqué dès 1991 des tas d’ONG et d’organismes pour essayer de convaincre la population que l’avenir de l’Ukraine était dans l’Union européenne et pour arracher l’Ukraine au monde russe mais, finalement, ça n’a pas vraiment marché jusqu’au coup d’Etat du maïdan en 2014 financé par les amerloques. Tout ça est parfaitement documenté. Ainsi, une petite clique d' »ultras » soutenus par les Etats-Unis ont pris le pouvoir et exercé la terreur sur le reste de la population. A force de propagande, une frange de la population, principalement ceux qui parlaient un des divers dialectes ukrainiens, ont été convaincus que le Russe était un ennemi à combattre par tous les moyens ! Le gouvernement russe n’a malheureusement pas eu d’autre choix que de purger ce cancer qui a crû à leur porte et se sont donné les moyens de le faire !
Mais alors, comment expliquez-vous la résistance des Ukrainiens pass à une armée beaucoup plus nombreuse ? Il est plus simple de penser que vous êtes victime de la propagande poutinienne
« Mais alors, comment expliquez-vous la résistance des Ukrainiens pass à une armée beaucoup plus nombreuse ? »
Sur le plan politique, fastoche, la Russie a mené une guerre d’agression sans déclaration de guerre préalable et face à un puissant ennemi commun, même des ennemis jurés peuvent s’allier. Souvenez-vous du fameux cliché de Mao trinquant avec Tchang Kaï Chek, ils se détestaient, mais détestaient encore bien davantage les Japonais…
Sur le plan militaire, les Ukrainiens ont l’avantage d’être chez eux, les drones ont paralysé la guerre mécanisée, ce qui fait que l’essentiel des succès russes récents sont à mettre sur le compte de l’infanterie avec des pertes d’autant plus lourdes que l’essentiel des combats se déroulent dans des zones urbaines grouillant de tireurs embusqués…
les missiles d’aujourd’hui peuvent être positionner à des milliers de kilomètre d’une frontière…
et vous oublier les accords de budapest de 1993/1994 qui reconnaissaient la souveraineté absolue de l’Ukraine par les Russes, les américains et les anglais (en échange de la livraison de tous les missiles nucléaires que les russes ont récupéré). L’Ukraine devait être protégé par cet accord. Poutine n’a pas respecté sa signature et celle de la Russie; et il sait très bien que l’Ukraine ne peut pas adhérer à l’OTAN tant que la russie attaque l’Ukraine. Cela fait partie des statuts de l’Otan : Un pays peu adhérer à L’Otan que S’il est en paix avec ses voisins. Ce qui n’est pas le cas de l’Ukraine agressé et colonisé par les communistes poutiniens . Poutine ment comme il respire et raconte des fables malsaines ….
Merci Yves pour vos analyses toujours pertinentes et étayées par une grande connaissances de l’histoire. Vous soulignez bien « l’enchaînement des causes et des conséquences » selon la belle formule de Jacques Bainville.
a mandaroux
Merci Yves pour vos analyses toujours pertinentes et étayées par une grande connaissance de l’histoire. Vous soulignez bien « l’enchaînement des causes et des conséquences » selon la belle formule de Jacques Bainville.
annie mandaroux
L »Europe est bel et bien malade de son angélisme et de sa trouille (voire de sa propension à la collaboration avec l’Ennemi). Ceux qui croient qu’en laissant tomber l’Ukraine, l’Europe aura la paix, se trompent jusqu’à l’os. Il y a plein de dirigeants, sur terre, qui regardent ce qui se passe en attendant la Jurisprudence « ukrainienne », jurisprudence de fond qui fera basculer le monde : l’officialisation d’un Droit international à l’Invasion. Si Poutine obtient 0,0001 % du territoire ukrainien, alors la voie sera ouverte partout aux viols des nations voisines. Bien entendu , Xi Jin Ping sera certainement le premier à l’appliquer, d’autant que la Chine a déjà envahi tout la Pacifique Sud Ouest, dénommé Indopacifique ou Méditerranée Asiatique, mais avec des critiques et des contestation judiciaires (Cour de La Haye) : là, si Poutine réussi son coup, ce sera alors Open Bar pour Xi. Mais pour d’autres aussi: l’Europe sera directement atteinte: revendications territoriales (voire ethniques) sur son propre sol, routes commerciales fermées pour les envahisseurs ici ou là, conflits territoriaux à nos ports soutenus par La Russie et la Chine pour des infiltrations déstabilisantes (via l’Afrique ou le Moyen Orient).
Cette abdication mentale européenne a été flagrante en 2021 (entre autres moments d’évidence) : quand les troupes russes étaient massées aux frontières de l’Ukraine, les Européens étaient certains que Poutine ne violerait pas. Les USA de Biden ont fait pire (mais ce n’est pas leur continent….): ils ont encouragé le viol (Biden: « je n’interviendrai pas ». Ce qui a encouragé les Européens à faire pareil). Séquence pitoyable de l’Occident. Les Pro Poutine peuvent se réjouir. Mais bêtement: la Chine ne fera qu’une bouchée de la Fédération de Russie, en récupérant d’abord les territoires asiatiques de cette prétendue « Fédération », et en soumettant ensuite la Russie aux intérêt de l’Empire du Milieu. Historiquement parlant, sur le long terme, Poutine a fait une erreur en choisissant la Chine contre l’Occident. Il a voulu prendre le contrepied de Gorbatchev, sans aucune vision globale des rapports internationaux (Trump essaie de la ramener vers l’Occident, mais c’est trop tard: Xi Jin Ping a mis le grappin sur Poutine, via le Coréen Kim par ex).
Pour ceux que ça intéresse, je signale:
1) Le colloque tenu à l’INALCO en 2018:
« Holodomor : Les Témoins. La Grande famine en Ukraine 1932-1933 »
2) Le film « Moissons Sanglantes, 1933, la famine en Ukraine » documentaire de Guillaume Ribot. 2022.
3) Le film d’Agnieszka Holland (2020) « Dans l’ombre de Staline » (« Mr Jones, The Truth that can’t be hidden forever ») sur le journaliste russophile Garth Jones, témoin de l’Holodomor
Merci pour cette documentation
Ce qui est impressionnant est le nombre et les contenus des commentaires « favorables » à la dictature pootinienne et russe. La peur d’une extension de la guerre ? L’aspiration à l’ordre pootinien pour leur pays ?
Je me pose la même question. Et c’est pareil sur les réseaux sociaux. La majorité des commentaires me traite de vendu à je ne sais qui !
En effet, il y a en France comme un air de déjà vu ,
– Soit en 1936: Hitler réoccupe la Ruhr en violant le Traité de Locarno. Aucune réaction. Peur ? Innocence ?
– Soit en 1938 : Traité de Munich. Mêmes questions
– Soit en septembre 1939, après l’agression nazie contre la Pologne, la France entre comme dans du beurre sur le flan Ouest de l’Allemagne, à la grande panique de Hitler, et….revient à la maison au lieu d’aller jusqu’à Berlin. Bêtise ? Début de la Collaboration ?
– Soit en 1940 : Collaboration avec l’envahisseur.
Oui, l’esprit de cette époque est encore, ou de nouveau, là. Inquiétant.
Pour ma part, je suis persuadé que si l’Occident avait menacé de défendre l’Ukraine, Poutine aurait reculé. Mais Biden a dit qu’il ne bougerait pas, et Macron a dit qu’il ne fallait pas humilier Poutine. La suite est logique
L’Europe semble se réveiller, en prévoyant des troupes pour aider l’Ukraine en cas de….Traité de Paix ou de Cessez-le-feu ! L’affaire devient pitoyable. On prépare des troupes…en cas de paix. Franchement, on pourrait en rire, s’il n’était pas question de vies humaines, ou de notre sécurité.
Heureusement que les Polonais sont là (ou les Baltes, ou les Finlandais) et bien sûr les Ukrainiens, pour nous montrer ce qu’est le courage (en +, eux, n’ont pas la bombe atomique. La France et le UK l’ont…mais en ont honte, car ces deux pays ont perdu le mode d’emploi de la Dissuasion Nucléaire)
Pour l’instant, on a 19 drones russes qui ont survolé la Pologne, 3 seulement ont été abattus, et….? Rien.
Je serais Poutine, je continuerais.