Le Nobel d’économie, la destruction créatrice et l’IA

Le prix Nobel d’économie 2025 remet à l’honneur la dynamique de l’innovation, dont l’IA est le dernier développement : le changement économique est inévitable et il sera positif !

En effet, cet automne, le prix Nobel d’économie a récompensé les travaux de Philippe Aghion, Joel Mokyr et Peter Howitt, validant la théorie de la « destruction créatrice » lancée en 1942 par Joseph Schumpeter (1883 -1950).

Selon Schumpeter, c’est l’innovation qui crée la croissance, en remplaçant les branches antérieures de l’économie par de jeunes pousses rapides. Et ce rajeunissement constant du capitalisme est, selon lui,  une des raisons de son succès.

Cette théorie a logiquement suscité l’opposition des marxistes anticapitalistes et, plus généralement, des anti-libéraux.

Ce prix Nobel d’économie 2025, qui valide les idées schumpetériennes, arrive au moment de l’essor de l’intelligence artificielle. Face à cette innovation technologique, on retrouve l’opposition entre les réactions enthousiastes et, en face, les voix qui sonnent l’alarme sur la destruction d’emplois.

Ce sont ces différents points que je vais aborder successivement, en me centrant sur l’aspect économique. Je n’évoquerai pas les répercussions de l’intelligence artificielle sur le raisonnement humain, car cela me semble très prématuré et difficilement mesurable.

Commençons par exposer les idées de Schumpeter.

La destruction créatrice

Joseph Schumpeter voyait dans l’innovation le moteur du capitalisme : chaque invention, disait-il, balaye des emplois, des savoir-faire, parfois des modes de vie entiers, mais ouvre la voie à d’autres activités et à une nouvelle prospérité.

En tant que démographe, je rajoute que la population active étant une donnée stable, il faut bien que des emplois soient détruits d’un côté pour permettre aux nouvelles branches de se développer.

Les lauréats du Nobel ont quantifié cette idée très générale : l’innovation n’est pas due seulement à des génies isolés inventant dans leur garage, mais découle d’un système nourri par les institutions, les marchés et la recherche publique.

La croissance durable ne vient pas seulement de l’investissement matériel, mais de la capacité d’un pays à créer, diffuser et absorber les innovations. Bref, du libéralisme.

Autrement dit, le progrès ne se décrète pas : il se construit puis se diffuse dans un système économique capable d’encaisser les chocs induits par les innovations.

Les critiques idéologiques

Cette théorie a nourri depuis des décennies une bataille idéologique entre les tenants du libéralisme économique et ses adversaires.

Pour les premiers, la destruction créatrice justifie les politiques pro-innovation : moins de contraintes, plus de flexibilité, des incitations fiscales à la recherche, bref, un environnement où les entreprises peuvent expérimenter, quitte à souvent échouer.

Les innovations qui réussissent entraînent des pertes d’emplois dans les secteurs traditionnels, et les remplacent par des entreprises plus productives, ce qui mène donc à l’augmentation du niveau de vie général.

Les adversaires du libéralisme rappellent que la destruction vient souvent avant la création, et que les individus ne vivent pas “à long terme”. Les ouvriers du textile ou les caissières remplacées par des automates ne bénéficient pas forcément des nouveaux emplois créés.

D’autres encore soulignent que les gains de productivité se concentrent entre les mains de quelques grandes entreprises mondiales, tandis que les revenus stagnent pour la majorité.

Donc les sociaux-démocrates plaident pour une régulation, tandis que l’extrême gauche y voit une justification du capitalisme honni, alors qu’il faut détruire ce capitalisme pour aller vers un monde meilleur.

À mon avis l’histoire a tranché : les pays qui ont détruit le capitalisme se sont effondrés, et parfois n’ont redémarré qu’en ré-autorisant le capitalisme dans une large partie de leur économie, comme l’ont fait la Chine et le Vietnam.

La controverse et les leçons de l’histoire

En France, la controverse s’est traduite notamment par un article récent du Monde éternel partisan de la régulation : ce n’est pas tant l’innovation qui crée la croissance, que la croissance qui permet l’innovation.

L’argument est qu’il faut des sociétés riches pour financer la recherche, investir dans l’éducation, créer un environnement favorable à la prise de risque. L’innovation naîtrait donc d’un confort matériel préalable, et non d’un génie créatif surgissant dans la misère.

L’histoire économique me paraît différente.

En pensant aux phases successives de la révolution industrielle, je pense que les Etats où prédominait le capitalisme libéral ont pris de l’avance à chaque phase : l’Angleterre autour de 1800, puis l’Allemagne, puis les États-Unis, alors que la France a été freinée par ses habitudes étatistes.

Et ne parlons pas de la misère du reste du monde !

Au passage, un coup de chapeau à Napoléon III, dont l’anglophilie a permis un assez large rattrapage l’économie française, et un reproche à son oncle Napoléon Ier qui, à côté de réformes très importantes, a été aveuglé par son anglophobie : « une nation de boutiquiers ».

Il est amusant de constater que, un siècle et demi plus tard, Margaret Thatcher a repris ce qualificatif comme une qualité et a redressé un pays paralysé par des réglementations travaillistes… ce que ne veulent pas voir les défenseurs du « social ».

Cette controverse soulevée par Le Monde me rappelle la vaine querelle de la poule et de l’œuf : en économie, causes et conséquences sont toujours bien mélangées !

Du tracteur à l’intelligence artificielle

Les discours alarmistes abondent : des millions d’emplois menacés, des professions entières promises à la disparition. Mais avant de céder à la panique, il faut se souvenir de l’histoire.

Prenons l’agriculture. L’arrivée du tracteur, des engrais chimiques, puis des moissonneuses-batteuses a provoqué une véritable hémorragie d’emplois en quelques siècles siècle. En France, environ 80 % des actifs travaillaient la terre avant la Révolution, 50 % vers 1900…. Ils sont moins de 3 % aujourd’hui. De même en Angleterre, en Allemagne et aux États-Unis.

Et pourtant, la société ne s’est pas effondrée.

La productivité agricole a bondi, les prix des denrées ont baissé par rapport au salaire horaire – même si cette baisse relative est rarement commentée, en dehors des travaux de Jean Fourastié – et le pouvoir d’achat libéré a nourri d’autres secteurs, dont, pour commencer, l’industrie manufacturière au XIXe siècle.

Mais aussi, et c’est souvent oublié, l’enseignement, la santé et les innombrables activités de services dans lesquelles on trouve la majorité des travailleurs aujourd’hui.

En somme, les emplois perdus dans les champs ont ressurgi dans les écoles, les banques et les hôpitaux.

Précisons que la production agricole de la plupart des pays du monde n’a pas chuté. Elle a considérablement augmenté en suivant l’expansion démographique, tout en employant de moins en moins de monde. Ce n’est pas un hasard, mais une illustration des ajustements permanents entre offre et demande.

Comment la destruction d’activité crée des emplois

Si les gains de productivité promis par l’IA se concrétisent, ils rendront certains services moins coûteux et libéreront des ressources pour d’autres activités.

C’est le même mécanisme que pour le tracteur : la machine ne supprime pas le travail, elle le déplace.

Voici un deuxième exemple, celui de l’automobile où les réformes « fordistes » mises en place par Henri Ford, puis son fils Henri Ford II et ses conseillers, dont le plus connu est Peter Drucker (1909-2005).

Le premier à divisé par 3 le prix de la Ford modèle T entre 1908 et les années 1920, le dernier, Peter Drucker a été le pape du management de toute l’industrie automobile et de bien d’autres. Cela tant par ses conseils directs aux grandes entreprises que par ses œuvres, telle « La pratique du management » en 1954.

Beaucoup d’Américains estiment lui devoir une large part du développement depuis les années 1940.

Cela nous rappelle que l’innovation n’est pas forcément technique, mais qu’elle est largement organisationnelle.

Or justement l’adoption de l’intelligence artificielle oblige à se pencher sur une redéfinition des tâches, comme naguère dans l’automobile, dans la plupart des branches de l’industrie, et maintenant des services.

La baisse du prix des voitures au XXe siècle a eu deux effets, que nous retrouverons plus loin : la croissance des secteurs liés (acier, construction de routes…), mais surtout, à mon avis, la distribution du pouvoir d’achat qui a créé une demande dans des secteurs n’ayant rien à voir avec l’automobile.

On pourrait faire la même remarque pour l’électroménager.

Un troisième exemple, celui du vêtement : le perfectionnement des métiers à tisser, puis leur remplacement par l’industrie moderne a fait chuter considérablement son prix.

N’oublions pas que dans l’utopie marxiste, la société communiste permettrait aux femmes d’avoir 2 vêtements chaque année, ce qui est dépassé depuis longtemps !

Cette économie pour les consommateurs a dirigé la demande vers d’autres secteurs.

Remarquons que cette industrie moderne du textile a quitté l’Occident pour aller dans les pays à bas salaires. Nous y reviendrons.

Et il y a eu de multiples autres exemples apportant chacun des bouleversements : le chemin de fer (particulièrement aux États-Unis où les communications routières étaient longues et irrégulières), le télégraphe, le téléscripteur, le téléphone, l’ordinateur, Internet… tout cela a bouleversé l’organisation des entreprises, permettant d’importants gains de productivité, mais a aussi facilité la vie quotidienne des individus.

Dans ces exemples, nous constatons d’une part la croissance de l’emploi dans les secteurs liés : fabrique d’engrais ou de tracteurs pour l’agriculture, sidérurgie pour l’automobile, machines-outils plus ou moins robotisées dans l’industrie textile. Ou, pour l’intelligence artificielle, le contrôle de qualité, l’ingénieure des prompts, la sécurité…

Mais, d’autre part, nous constatons surtout que les économies liées à la productivité, qu’elles restent dans les entreprises (qui les placent ou les réinvestissent) ou qu’elles se traduisent par des baisses de prix, se diffusent dans toute l’économie.

Cela crée une demande, donc des emplois dans les domaines demandés.

L’IA pourrait même faire émerger des métiers aujourd’hui inimaginables : éthiciens de l’algorithme, psychologues numériques, gestionnaires de confiance en ligne, ou accompagnants pour l’usage des technologies dans le grand âge.

Bref on parle beaucoup des bouleversements travail directement liés à l’IA… mais on ne parle pas assez de ce qui sera créé par le pouvoir d’achat généré par la hausse de la productivité, dans des secteurs qui n’ont rien à voir avec intelligence artificielle.

Les nouveaux emplois, où et quand ?

Je pense avoir balayé une grande partie des craintes de voir l’IA nous appauvrir.

Il reste néanmoins deux craintes à lever.

La première est le décalage dans le temps entre la destruction d’emplois actuels et la création de nouveaux. Je suis relativement optimiste sur ce sujet car les gains de productivité, lorsqu’ils seront effectivement massifs, seront assez rapidement répercutés dans l’économie par la baisse des prix ou des investissements (ou des placements) des entreprises bénéficiaires.

Or que font les consommateurs lorsque les prix baissent ? Ils achètent davantage d’autres choses !

La deuxième crainte est celle du décalage géographique. Nous avons vu par exemple que la France avait perdu son industrie textile au bénéfice des pays les plus pauvres, le Bangladesh par exemple. On pourrait généraliser en prenant l’exemple du Mexique par rapport aux États-Unis, ou de la Chine par rapport au reste du monde.

Un moraliste pourrait dire que l’essentiel est le progrès du niveau de vie des pays pauvres : des centaines de millions de Chinois et d’Indiens sont sortis de la misère, après les Japonais qui avaient pris de l’avance. Et on pourrait trouver des exemples analogues tout autour de la terre. Souvenons-nous que dans la majorité du monde, non seulement la nourriture mais aussi beaucoup de traitements et notamment les opérations sont hors de portée faute d’argent, et que nous sauvons donc des vies en délocalisant.

Mais certains Français diront : je ne suis pas un moraliste, je pense à mon emploi et je me moque des Indiens.

Pour cette deuxième crainte, ayez à l’esprit que les mécanismes sont plus lents. Il faut du temps pour délocaliser, et il faut également du temps pour que les échanges se rééquilibrent, quand les pays pauvres en voie d’enrichissement se mettent à importer davantage.

De toute façon les échanges sont forcément équilibrés à terme, sinon celui qui est en déficit ne pourrait plus payer les produits de ceux qui sont en excédent. Avec quoi paierons-nous la Chine si nous exportons insuffisamment  ?

Dans un premier temps, en nous endettant, ce qui ne fera qu’aggraver le problème : les Français en savent quelque chose… mais  ensuite ?

Le prix Nobel de cette année, en remettant à l’honneur la dynamique de l’innovation, rappelle que le changement économique est inévitable et qu’il sera positif.

Sauf erreur gouvernementale bien sûr. Malheureusement, en France, les habitudes étatistes sont fortes et il est possible que la France et peut-être la Commission européenne étranglent l’IA, sous prétexte de lui trouver de tel ou tel inconvénient.

Cela pèserait sur notre compétitivité et nous serions, une fois de plus doublés, par le reste du monde : n’oublions pas qu’il faut être compétitif pour pouvoir exporter chez les bénéficiaires de la redistribution mondiale, par exemple vers la Chine et l’Inde.

Depuis les débuts de la révolution industrielle, chaque nouvelle technologie apportant des gains de productivité suscite les mêmes peurs et les mêmes promesses.

Hier, le tracteur ; aujourd’hui, le robot conversationnel.

Et si l’IA se révélait ne pas apporter de gains de productivité ? Eh bien il y aurait eu quelques centaines de milliards de dollars dépensés pour rien, principalement aux États-Unis et en Chine !

Pour l’instant, le démarrage de l’IA ne m’inquiète pas car les sociétés libérales savent transformer leurs gains de productivité en emplois nouveaux.

Yves Montenay

 

Crédit image à la Une : Niklas Elmehed © Nobel Prize Outreach 

47 commentaires sur “Le Nobel d’économie, la destruction créatrice et l’IA”

  1. Pour ma part, je suis très inquiet car autant les innovations précédentes entrainaient la disparition d’emplois de piètre qualité que personne ne regrette, autant là, ce qui est menacé, c’est les emplois « qui font rêver », à savoir les lucratifs emplois de médecins, d’avocat ou ce consultant, bien les emplois créatifs permettant de se faire mousser à défaut de rapporter de l’argent (journaliste, graphiste, compositeur de musique…).

    Et aux Etats-Unis, l’effet est déjà sensible sur l’emploi des jeunes diplômés à en croire l’étude récente d’un poids lourd brassant chaque mois les fiches de paie de dizaines de millions d’Américains.

    Politiquement, c’est une grenade dégoupillée dont la question est de savoir quand elle explosera à moins que pour se maintenir, les pouvoirs en place ne commencent à faire comme dans dans « slaughterbots », lâchant des essaims de mini-drones tueurs ciblant les opposants, ce qui n’est pas un scénario si délirant que ça dans les Etats-Unis de Donald Trump multipliant les rhétoriques de « l’ennemi intérieur » et les déploiements de la Garde Nationale dans les fiefs électoraux du Parti Démocrate…

    1. Il est trop tôt pour répondre à votre question. Certaines disent au contraire que les gens de bon niveaux savent maîtriser cet outil à leur profit. Mais le sujet de mon article est un peu différent : si vraiment il y a de gros gains de productivité (c’est probable mais pas encore certain) l’argent libéré va permettre des dépenses dans des secteurs qui n’ont rien à voir (comme dit dans l’article) et les gens qualifiés ont plus de possibilités que d’autres de saisir les nouvelles opportunités

      1. une bonne partie des potentiels des AI seront dans les robots. Y compris pour fabriquer, entretenir et dépanner les robots. Inégalités fortes probables entre les terriens.

        1. Oui, mais ça n’empêche pas que les économies produites, si elles sont au rendez-vous, seront dépensées ailleurs et créerons des emplois dans des secteurs imprévisibles aujourd’hui

        2. Surtout on pourrait envisager l’automatisation des services à la personne, c’est déjà engagé au Japon, où ce n’est pas trop un problème car ça fait des décennies que la population en âge de travailler décline alors qu’en France, elle vient seulement à peine de cesser d’augmenter et des millions d’emplois sont artificiels…

          1. C’est une solution partielle, mais de là à dire que le vieillissement du Japon n’est pas un problème ! Un problème pour le Japon qui va disparaître après une période d’appauvrissement faute de bras et de cerveaux, sauf immigration massive auxquels la population est opposée pour l’instant. Une autre solution est l’immigration dans les pays voisins où une petite retraite est un gros revenu, ce qui a commencé vers les Philippines. Mais encore faudra-t-il que le yen vale encore quelque chose, ce qui n’est pas certain à long terme

          2. Ce que je veux dire, c’est que le déclin de la population en âge de travailler permet de négocier plus facilement le virage d’une rupture technologique ou organisationelle majeure… vous dites qu’il y aura des nouveaux emplois, mais je suis pour ma part septique car depuis les années 70, les nouveaux emplois sont de plus en plus rémunérés à crédit, comme en France où ces dix dernières années, le taux d’activité de la population a augmenté de 6%, mais la dette de 17% sur la même période car les nouveaux emplois sont concentrés dans des activités socialement utiles, mais économiquement non viables sans de copieuses subventions…

            Dans les pays anglo-saxons, n’en parlons pas, en France, l’Américain moyen serait tout de suite mis sous tutelle d’une assistante sociale pour endettement excessif!

          3. Les nouveaux emplois se sont créés à l’étranger : voir les paragraphes sur cette question dans l’article. Et d’où la nécessité de rester compétitif pour exporter vers les pays en développement rapide. Et puis la diminution de la population en âge de travailler à des conséquences beaucoup plus graves que la simplification du « dégonflements » dont vous parlez

          4. Mais combien de fois faudra-t-il que je le répète, c’était sur la dénatalité que les pays asiatiques ont bâti leur compétitivité à l’export!?!!?!

            Et inversement, pour occuper les populations la France, le RU et les US faisaient tourner la planche à billet pour financer des activités de services car les sercices ne se délocalisés pas et ils sont plus difficiles à automatiser que les emplois industriels où on avait décomposé le travail à l’extrême avec le taylorisme.

            Et puis il y avait eu le toyotisme pour intégrer la qualité au processus de production pour faire des produits qu’on peut garder plus longtemps au grand dam des entreprises occidentales qui faisaient leurs profits sur l’obsolescence rapide des produits pour soutenir la demande.

            L’obsolescence planifiée a été inventée par l’industrie automobile américaine confrontée au premiers signes de saturation du marché dans les années 20, d’où l’habitude prise de redessiner la carrosserie tous les ans pour créer chez les propriétaires la peur du ridicule et les pousser au renouvellement.

      2. Pour ma part, je pense que les gains de productivité ne seront pas spectaculaires et que, comme d’habitude, les gains de productivité seront principalement alloués à la rémunération des retraites par capitalisation à travers les dividendes et les rachats d’actions…

        Et, toujours comme d’habitude, que les dindons de la farce seront les nouveaux entrants sur le marché du travail et qu’il faudra empiler encore une strate administrative ou deux de plus pour les caser histoire d’acheter leur modération en vertu du bon vieil adage de Machiavel « garde tes amis près de toi, tes ennemis encore plus près ».

  2. « Sauf erreur gouvernementale bien sûr. Malheureusement, en France, les habitudes étatistes sont fortes et il est possible que la France et peut-être la Commission européenne étranglent l’IA, sous prétexte de lui trouver de tel ou tel inconvénient. »

    Etant un professionnel du numérique, je suis bien placé pour m’exprimer là dessus, le problème majeur, c’est les libertés individuelles dans les sociétés européennes ayant de lourds précédents de persécutions en particulier religieuses.

    Et puis il y a la question du sens des responsabilités des agents économiques car sans garde fous, les employeurs, les banquiers ou les assureurs vous demanderaient d’entrée de jeu un prélèvement ADN et vous diraient de dégager si la machine dit « mauvais risque »…

      1. A moins qu’on ne les interdise purement et simplement car le problème n’est pas tant l’IA que l’usage qui en est fait et si à un moment, ça engorge les tribunaux, l’Etat dira « stop ».

        C’est d’ailleurs une chose que je vois bien venir, que des cabinets d’avocats utilisent des IA pour générer massivement des dossiers de plainte et racketter les entreprises.

        1. L’État ne peut pas tout faire, et notamment pas interdire l’électricité, pour parler d’une autre rupture technologique très importante
          Quant à l’action des cabinets d’avocats, ce n’est pas dans mon domaine de compétence. J’espère que la concurrence jouera comme dans d’autres métiers et que les cabinets fautifs disparaîtront

          1. Les cabinets d’avocats, c’est un vrai fléau aux États-Unis, certains étant par exemple spécialisés dans le dépôt de brevets abusifs prenant des années à casser pour de bon, on les appelle les « patent trolls » (les em… aux brevets…).

            Et ce genre de pratique permetrant d’amasser des profits colossaux, je ne partage pas votre optimisme, le capitalisme américain devenant aussi connivent que dans les pays latins, Trump n’etant pas sans faire penser à feu Silvio Berlusconi…

          2. J’ai travaillé aux États-Unis, je n’ai rien « pour » le capitalisme américain, et en particulier « pour » les frais d’avocats qui sont exorbitants, ce qui tient en partie au droit coutumier qui fait appel aux précédents p alors que le droit romain et son descendant le droit français s’appuient davantage sur la loi. J’espère que l’intelligence artificielle va percuter cette profession « rentière » où la recherche des précédents demande plus de travail qu’en France

          3. « J’espère que l’intelligence artificielle va percuter cette profession « rentière » où la recherche des précédents demande plus de travail qu’en France »

            En même temps une des profession qui cotise le plus pour votre retraite et ils ne savent rien faire d’autre à part fonctionnaire ou politique :-)

          4. Il y a aussi beaucoup d’avocats et de consultants en France et c’est le conseil qui offre de loin les meilleurs salaires aux jeunes diplômés, ce qui veut dire en perspective effondrement des cotisations…

            J’ajouterais que contrairement à l’idée reçue propagée par la droite ce n’est pas socio ou psycho qui est le plus demandé à Parcoursup, mais le droit, sans doute en anticipant une américanisation, les cabinets de conseil propageant les modes américaines en vogue reprise de manière bête et méchante quand elles sont alignées avec les intérêts à court terme des dirigeants et des actionnaires (le modèle « sans usine », le :downsizing »…), ce qui conduit à détruire les carrières des vraies compétences, pressées de partir en retraite avant de prendre une balle…

          5. Le droit, comme la comptabilité, est une discipline transversale utilisable dans toutes les entreprises. Sauf vocation particulière il est donc normal de passer par là

          6. Oui, les fonctions support dont la réduction des effectifs est le sous-entendu quand les dirigeants annoncent une fusion-acquisition faisant monter les cours de bourse.

            Et comme beaucoup d’entreprise font pareil, on a tendance à empiler les strates administratives pour recaser ces diplômés qui sont souvent des enfants de notables, les université de droit étant un terrain de choix pour réseauter en vue de faire carrière en politique.

          7. C’est bien ce qu’il se passe, les entreprises les moins performantes sont rachetées, une partie des salariés se retrouvent en doublon, les plus âgés sont mis en pré-retraite et ceux encore à 20 ans de la retraite sont confiés aux bons soins de l’Etat qui les recase dans les strates administratives largement créées à cette fin par le biais de la décentralisation.

            C’est bien le problème, on détruit vite les entreprises ringardes et les nouvelles entreprises rentables sont généralement très pauvres en emplois…

          8. Je suis d’accord sur la première partie : les entreprises non performantes sont fermées ou achetées. Par contre des économies faites à cette occasion (voir mon article sur la destruction créatrice) créent des emplois ailleurs : les nouvelles entreprises rentables ne sont pas forcément de la technologie sans personnel, mais, par exemple, une foule de petits commerces ou fabriques. C’est ce qui se passe depuis deux siècles dans tous les pays qui se développent

      2. En fait, il faut toujours garder en tête que le numérique est au départ une ARME DE GUERRE dont l’Etat tolère l’usage civil et il peut très bien décider que l’accès à certains matériels le privilège exclusif des militaires et qu’on ne laisse au civil que des ordinateurs tout juste bons à faire de la bureautique, ce qui ne changerait au fond pas tellement les choses en entreprise…

  3. L’IA a en effet commencé à supprimer des emplois et les profils des personnes maîtrisant le développement de l’IA sont aujourd’hui les plus recherchés. Mais au delà des nouveaux métiers qui ne cessent de se créer et qui continueront de se créer c’est le monde de demain qui inquiète. Il inquiète parce qu’il est en train de se construire et que personne ne peut prédire aujourd’hui si notre futur sera meilleur que nos dernières années sans IA.
    Si l’IA reste un outil au service de l’homme et apporte la croissance, le pari sera réussi.
    Mais si l’IA n’est plus un simple « outil » et cherche à « remplacer l’homme » en créant un monde nouveau, où l’homme perd sa maîtrise du progrès et sa liberté, il nous faudra être prudent, et avoir toujours les moyens de réagir pour stopper une telle situation.
    L’homme doit toujours pouvoir maîtriser les outils qu’il crée en ce compris l’IA car cette nouvelle technologie semble pouvoir dépasser l’homme.

      1. Dépasser l’homme signifie pour moi une technologie que l’homme ne pourra plus maîtriser…cette technologie devenant plus « intelligente » que l’homme.
        C est assez bien illustré avec le dernier film en salle actuellement « chien 51 ». Une fiction certes, mais qui donne à réfléchir sur le monde de demain à construire

        1. « Maîtriser une technologie » est un terme trompeur. Au sens courant c’est « savoir s’en servir ». Un autre sens est « être le maître ». L’homme est le maître puisqu’il peut changer le logiciel, mais je ne vois pas la réciproque. Sauf dans des cas extrêmes où un esprit faible et déprimé demande un conseil, qui, après discussion, devient un conseil de suicide, conseil est suivi (c’est arrivé). Mais maintenant que le concepteur est alerté, je pense qu’il a rectifié cette façon de répondre.

          1. « L’homme est le maître puisqu’il peut changer le logiciel »

            Sous réserve de garder l’expertise, mais les comptables et les commerciaux à la tête des entreprises ont tendance à virer les vrais experts pour les remplacer par des salariés presse-bouton rémunérés au Smic et l’expertise est alors dans les machines.

            Ou quand l’installation a été faite à l’économie, ce qui est souvent le cas en France, il devient ensuite urgent de ne rien toucher et les experts passent leur temps à installer des rustines… jusqu’à ce qu’on considère qu’ils coûtent trop cher et on leur propose une rupture conventionnelle…

          2. « Vous avez une drôle d’idée des entreprises »

            Tel est pourtant le logiciel des entreprises françaises quand leur marché est arrivé à maturité et que la direction est à court d’idée ou bien qu’elle est mise sous pression par des actionnaires voulant des profits rapides, la stratégie se réduit à tailler dans les coûts, souvent la formation des salariés en premier et c’est comme ça qu’on se retrouve avec des cohortes de salariés inemployables quand les entreprises font faillite ou quand elles ferment des sites…

            Je me souviens de l’étude d’un gros cabinet de conseil RH qui n’était pas tendre avec la France car dans la pratique, les DRH françaises ne sont généralement pas de vraies DRH, mais plutôt la chambre d’enregistrement des décisions de la direction ou des investisseurs derrière, un classique étant « la moyenne d’âge des salariés est trop élevée, ça va plomber le prix à la revente! ».

            Le logiciel économique français est suicidaire, c’est bien pour ça que l’Etat tient tout à bout de bras et qu’1% de croissance s’obtient au prix de 5% de déficit budgétaire…

          3. Je maintiens mon opinion. Il y a certainement des entreprises caricaturales, mais si elles étaient toutes comme cela nous n’aurions pas notre niveau de vie actuel. Vous devriez varier vos sources

          4. Le niveau de vie actuel est maintenu parce que l’Etat dépense toujours plus d’argent et c’est bien pour ça que c’est si compliqué de baisser les dépenses publiques, outre l’électoralisme, il est des dépenses auxquelles on ne peut pas toucher car elles font partie intégrante de l’équilibre économique de pans entiers du privé, en particulier dans les services.

  4. Tout cela devrait être évident, en particulier pour les vrais écologistes (pas les faux qui ne sont que des anticapitalistes déguisés). Lorsque l’on veut tirer le maximum de ressources finies, il faut libérer les ressources mal utilisées (la destruction) pour qu’elles puissent se reporter sur des projets plus intéressants. Et la destruction doit se faire avant la réutilisation car en principe tout est utilisé à part ce qui ne vaut rien (notamment des travailleurs sans la moindre formation).

      1. Les moins qualifiés peuvent parfois être formés. Je crains néanmoins qu’il n’existe des cas où il faut plus de travail d’encadrement pour les mettre au travail que de travail produit par le non-qualifié. La logique est alors de faire soi-même le travail plutôt que de le sous-traiter à un incompétent.
        Le problème va devenir de plus en plus aigu avec le développement de l’IA et de la robotique qui amplifient le potentiel productif de ceux qui maîtrisent les outils. Que faire des individus qui deviennent inutiles à la société ? Pour ne pas aller dans le mur il serait essentiel de monter les exigences en matière d’éducation. L’école ne doit être ni une garderie ni un jardin d’enfant. Il doit y avoir des objectifs, une incitation au véritable effort, des vrais contrôles des mesures correctrices et des sanctions.

        1. Non qualifié ne veut pas dire incompétent : il y a des métiers très simples mais indispensables et donc utiles pour la société. Par ailleurs je suis d’accord avec vous sur l’importance primordiale de l’école.

          1. Oui, mais dans les pays latins, on a tendance à préférer les immigrés pour le travail simple car les travailleurs locaux vont avoir des exigences en matière de salaire, d’hygiène, de sécurité.

            Et j’ajouterais qu’un jeune travaillant bien à l’école a une fâcheuse tendance à aspirer à travailler dans la bureaucratie, Y COMPRIS LES INGÉNIEURS, c’est pour ça que les pays ayant privilégié l’enrichissement par l’export ont joué sur la dénatalité pour limiter la prolifération de futurs bureaucrates.

          2. Personne ne dirige la fécondité. De plus ce que vous dîtes existe peut-être dans certains cas mais ce n’est pas une tendance massive

          3. Dès les années 80, l’essentiel des étudiants de nos meilleures écoles d’ingénieurs se voyaient plutôt traders, managers ou consultants en organisation que dans l’industrie.

            Ils auraient souvent fait des écoles de commerce s’ils avaient eu le choix, mais une année à HEC, c’est 20000€ alors que les études d’ingénieur sont quasi gratuites…

            Et aux US où tout est payant, ça ne se presse pas à faire des études d’ingénieur, mais alors le droit ou la bureaucratie en général…

        2. « Que faire des individus qui deviennent inutiles à la société ? »

          C’était pour ça qu’on avait mis en place les retraites anticipées dans les années 70, empilé les strates administratives pour recaser les profils intermédiaires et créé le RSA pour les profils à problèmes.

          Dans d’autres pays, les gens au RSA en France sont déclarés inaptes au travail, mais en France, on les maintient dans le marché car :

          1. Ca exerce une pression à la baisse sur les salaires.

          2. La lutte contre le chômage de masse est une rente pour pas mal de monde car pour essayer de caser les profils dont vraiment personne ne veut, l’Etat engage des moyens considérables et des entreprises parasites se créent pour capter cet argent, ce que la Cour des Comptes dénonce pratiquement tous les ans…

          1. Les entreprises auraient fait faillite car il s’agissait de travailleurs très peu qualifiés de l’ère fordienne formés à la hâte qu’on remplaçait par des jeunes ouvriers de l’ère toyotiste, bien mieux formés et bien moins nombreux.

            Car les entreprises compétitives se sont emparées du toyotisme, les autres ont disparu ou bien vivotent aux crochets de l’Etat ou du système social….

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